EFFET DU DON TOTAL DE SOI A DIEU
n'avait jamais trouvé de livre qui lui eût mieux appris la nature de Dieu, de Jésus-Christ, de l'homme et d« toutes choses ^ l'auteur de cet opuscule, au fond, n'enseigne pas une autre doctrine. 2 Les contemporains catholiques de Luther, eux aussi, entendaient dans le même sens cette proposition (et non pas ce « dogme ») que celui qui fait profession devient pur comme un enfant au baptême : ils avaient en vue la donation intérieure et complète de soi-même à Dieu au moment de la profession, et non la simple entrée en religion et la vêture, ou l'énoncé purement mécanique de la formule de profession 3. Celui qui se donne ainsi à Dieu
1. Préface de i5i8 (Weim., I, 878). Luther y dit aussi que jamais, ni en latin, ni en grec, ni en hébreu, il n'a aussi bien entendu et trouvé Dieu que dans l'allemand de cet opuscule.
2. Theologia deiitsch, éd. Pfeifîer, a* éd., i855, c. 8, p. 28 : « Aussitôt que l'homme se recueille avec son cœur et toute sa volonté, et que par-dessus le temps il tourne son esprit vers l'Esprit de Dieu, tout ce qu'il avait perdu lui est rendu en un clind'œil. Et si l'homme en agissait ainsi mille fois par jour, il se ferait constamment une nouvelle et réelle union. » [Nouvelle édition, par H. Mandel, 1908; voir Theologische Literaturzeitung, 1909, AgS ; Grisar, I, 49, ihi-iln]'
3. J'en mentionne seulement quelques-uns. En i5oi, le dominicain Marc de Weida, dont il a déjà été question, donne expressément comme fondement de la perfection l'abandon total, le sacrifice complet « de ce que l'homme a de plus noble et de meilleur, de ce que Dieu prise et aime au-dessus de toute prière et de toute offrande : c'est-à-dire le cœur et la liberté». « C'est ce qui a lieu surtout dans les ordres, où l'on s'oblige à vivre à l'avenir non selon sa volonté propre, mais selon la volonté de Dieu et de ses supérieurs. A ceux qui y font convenablement le vœu d'obéissance. Dieu donne aussi la grâce de s'y purifier de tous leurs péchés, et ils sont en sa présence comme l'enfant innocent qui vient de recevoir le baptême ». Dans Hasak, Die letzte Rose, p. ^9-5o. N. Paulus, Markus von Weida, dans la Zeitschrift fur hath. Theol., XXVI, 1903, p. a53-254. Naturellement, en pratique,
10 SENS DU C( BAPTE>fE MONASTIQUE ))j
le prend véritablement comme « la part de sou héritage^ ». C'est pourquoi l'on dit : se consacrer entièrement à Dieu. Or, si c'est là vraiment la pensée que l'on a quand on fait profession, — et c'est bien en effet ce qu'entend l'Eglise, — alors cette profession a de la valeur devant Dieu. Saint Augustin a dit : « Ce n'est pas le fait d'être vierges que nous louons chez les vierges, mais bien de s'être consacrées à Dieu dans une pieuse continence ^ ». C'est ainsi seulement que se vérifie la parole de l'Imitation : « Quittez tout, et vous trouverez tout ^ » .
Voilà ce qu'en i5i6 Luther comprenait encore à moitié; mais en 1621 il avait perdu toute aptitude à entrer dans cet ordre d'idées. Comme sur d'autres
le cas de la totale donation à Dieu est rare, donc, rare aussi le plein effet de la donation. Geiler de Kaisersberg écrit lui aussi : « Au jugement des saints, la vie religieuse est comme un second baptême, parce que dans ce genre de vie comme dans le baptême, on renonce totalement et sans réserve à tout ce qui est du monde ». Toutefois ces effets ne se produisent pas sans le Christ, mais avec le Christ. « Comme le néophyte reproduit en lui la passion et la mort du Christ, ainsi, à son entrée dans l'ordre, le novice tue... la vie ancienne ; il se revêt d'une vie nouvelle et il devient conforme à la passion du Christ ». De Lorenzi, Geilers von Kaisersberg aus~ gewâhlte Schriften,! (Tner, 1881), p. 278-279. Dans ses Sermones de tempore et de Sanctis (Argentinae, i48/i), Sermo 121, P., Jean He- ROLT (Discipulus), dominicain, mort en i468, se borne à transcrire, sans remarque aucune, le passage où saint Thomas parle de la rémission delà peine (2' 2", qu. 189, a. 3, ad 3) et que l'on trouve ci-après, p. 25, n. 2.
1. Ps. i5, 5 : « Dominus hœreditatis meae et calicis mei, tu es qui restitues hsereditatem meam mihi. »
2. De s. virginitate, n. 11 : « Nec nos hoc in virginibus praedicamus, quod virgines sunt, sed quod Dec dicatae pia continentia virgines».