L'ASSEMBLÉE DE LA DIÈTE
CHARLES-QUiNT ( à l'électeuT Frédéric ).
Électeur Frédéric, intendant de l'Empire,
Je vais dicter l'arrêt.... C'est à vous de l'écrire !
l'électeur FRÉDÉRIC.
Sire, on n'a pas encor recueilli les avis.
charles-quint ( avec étonnement ).
Qu'est-ce donc, s'il vous plaît?
l'électeur FRÉDÉRIC
Les états du pay$ Prononcent,,,.
CHARLES-QUINT (o l'ékcteur Joachim), Joachim» quel est donc ce langage?
IH MltttÈK.
JOACHIM, ÉfcECTÈDri bfe mAmèuouro {selevanl).
Je |)ai'Uïge l'avis de Frëdërie-le-Sage : Sire , c'est noire droit ; nous sommes électeurs ; Notre choix Souverain nomme les empereurs , Et de nos fonctions la puissance légale Tempère sagement là vôldritë royale.
CBARLES-QUINT.
Mais qui donc juge ici?
l'électeur de saxe.
La diète, Seigneur; El vous votez avec deux voix, comme Empereur; C'est votre privilège, et nous avons les nôtres...
ciiARLfes-QtHN+ (à part ).
Ali ! ce sont-lû vos Idis ! ribiis vdùs ah ferons d'autres !
{H nul.) Mes Seigneurs, excusez... Je ne le savais pas!
( A part. ) Cédons, puisqu'il le faut!
{Au Héraut.)
Consultez le.» états !
LE MARÉCHAL HÉRÉDITAIRE DE LA DIÈTE (se levant).
Mes Seigneurs, il s'agit, en c€ jour mémorable ,
LUTHER. IJ
De déclarer Luther innocent ou coupable.
LE HÉRAUT (appelant).
L'honorable marchand, Jean Frûger, député. Pour la ville d'Augsbourg.
JEAN FRUGER.
A Votre Majesté, A vous, nobles Seigneurs, j'adresse mon hommage ; Et d'aboixl veuillez tous excuser mon langage. De nos libres cités je vous dirai les vœux : Nous sommes divisés sur quelques points douteux. Mais nous vivons en paix ; et chacun, je le pense, Pratique Ubrement son culte et sa croyance. On s'entend sur un point : Bon nombre d'habitans Se refusent. Seigneurs , à payer plus long-temps Ces énormes tributs, tous ces droits d'indulgence. Qui de la cour de Rome augmentent l'opulence. Parce que notre ai'gent avec peine amassé Dans nos propres comptoirs serait bien mieux placé. Nous désirons aussi qu'on nomme en chaque ville Un noble conseiller , dont le pouvoir utile Surveille le clergé , qui, par tous les moyens,
i4i LUTHER.
Nous taxe, nous pressure, et voudrait tous nos biens. Nous confions , Seigneurs , à votre vigilance Nos franchises, nos droits, et notre indépendance. Enfin le vieux dépôt de nos immunités.
Jaloux de noti'o honneui- et de nos libertés. Nous les recommandons à l'Allemagne entière; Qu'en nos villes toujouis le commerce prospère ; Que jamais dans nos dioits nous ne soyons troublés... Après cela brûlez Luther, si vous voulez !
[Les greffiers écrivent après chaque discours. )
LE HÉRAUT
Le deuxième suffrage est pour le sainl-empire,
{AppcUmi.) Le comte de Dalberg!
LE COMTE DE DALBERG (sclamii).
J'ai peu de chose à dire ; {Montrant Friujer.) Mais je ne viendrai pas, comme ce bon bourgeois , Parler de mon repos et de mes propres droits. Il se peut que Luther soit fort mal vu de Rome ; Mais je le tiens, Seigneurs, pour un brave et digue homme: En hii tout est noblesse, amour et loyauté.
LUTHER. i«
Secours au vrai courage, à la sincérité , De mes noiiles aïeux fut toujours la devise , Et je la garderai, n'en déplaise à l'Eglise. {Les Moines murmurent .)
LE HÉRAUT {appelant).
Le comte de Stolterg !
LE COMTE DE STOLBERG [se levant).
Rome seule est ma loi î Luther ose troubler l'unité de la foi : Je le condanme donc , d'aboixl comme hérétique , Puis comme factieux,
LE HÉRAUT
A l'ordre Teutonique, A son grand-maître Albrecht, la quatrième voix.
LE MARGRAVE ALBRECHT (sC levant).
je fus élu , Seigneui*s, en vertu de nos lois, Grand-maître et souverain de l'ordre ïeutonitiue. Je règne sur ces lieux bornés par la Baltique^ Par ses flots écumans et les champs polonais; Vaste empire , caché sous des voiles épais. De funèbres forêts et d'immenses nuages
146 LUÏUEU.
Couvrent celte contrée où régnent les orages ; Le ciel sombre et pesant qui glace ce pays Semble aussi de mon iDCuple obscurcir les esprits. De Frédéric-le-Sage imitant la prudence , Je veux à Kœnigsberg, ma noble résidence, Établir une école , où le peuple , sans frais , Trouve l'instruction , le plus grand des bienfaits. C'est, je crois, pour un prince une dette sacrée, D'instruire ses sujets , d'éclairer sa contrée. Car, mes nobles Seigneurs, dans ces temps incertains. Nous avons tous besoin , peuples et souverains , Que du savoir sur nous brille l'éclat prospère. Or donc, puisque Luther nous donne la lumière, Comme prince , et chef d'ordre, admis en ces débats. Je l'acquitte et, s'il veut, l'appelle en mes états.
LE HÉRAUT (appelant).
Le duc Georges de Saxe !
LE DUC GEORGES {se levant).
Empereur d'Allemagne, Et VOUS, nobles Seigneurs, que la paix accompagne!... Je serai sans pitié pour un schisme odieux : Quoi ! Seigneurs, tant de bruit pour ce moine orgueilleux! Traitons-le sans clémence, et selon ses mérites!
LUTHER. I4r
Avez-vous oublie la guerre des Hussites? Le bûcher, c'est mon vole... et je m'en fais honneur! (// se rassied.)
LE HÉRAUT
Duc Eric de Brunswick, c'est à vous...
Éftic {se levant).
Empereur, Prélats, nobles Seigneui's,Bourgeois,voustous, mes frères, J'ai vécu dans les camps , et j'ai vu dans nos guerres Plus d'un brave Allemand , intrépide au combat; Luther est à mes yeux un plus vaillant soldat. En dépit de l'Eglise et des clameurs de Rome, Je donnerais mes jours pour sauver un tel homme ! Mais , par malheur , Messieurs , devant le Cardinal Je me sms engagé par un serment fatal. . . J'en suis vraiment fâché , par mon ame chrétienne ! J'ai donné ma parole, il faut que je la tienne. Je voudrais le sauver ; mais l'honneur a parlé... Et mon avis est donc que Luther soit brûlé !
LE CARDINAL {vlvenient aux greffiers).
Ecrives...
148 tUTHER.
ÉRIC
Un instant... que j'ajoute autre chose...
Je tiens à ce qu'ici l'on le sache, et pour cause !
Je vous préviens, Seigneurs, que si , dans mon duché ,
J'avais aux droits du ciel par mégarde touché.
Et quelque peu changé les statuts de l'Eglise,
Je prétends être maître en pareille entreprise,
Sans que nulle prétraille, au froc noir, rouge, ou bleu,
Ne puisse s'en mêler... ou nous verrions beau jeu!,..
Notez aussi cela !
( 7/ se rassied. )
CHARLES-QUINT (à part).
Le Cardinal enrage î
LE HÉRAUT {appelant).
Frédéric, duc de Saxe, et surnommé le sage...
l'électeur de saxe {se levant).
Je serai court, Seigneurs.... La justice et la paix C'est mon vœu... sur ce point consultez mes sujets! Je vois Luther frappé des foudres du saint-siége ; L'EgUse le poursuit ; le bon droit le protège ! C'est mon avis du moins... et vous , jeune empereur,
LUTHER. 149
D'un supplice exécrable , ah! redoulez rhorreur! Le fer et les bûchers maîtriseni mal les âmes : Jamais nouvelle foi n'a péri dans les flammes!