Cf, infra, ch. vii (morts prématuréesj
Dips explosions bruyantes de douleur, puis des manifestations prolongées d'affliction prouveront d'abord à celui qui s'en est allé qu'il est vraiment regretté et qu'on ne se réjouit pas d'être débarrassé de lui. Les lamentations de la famille réunie autour du cadavre étendu sur sa couche se retrouvent chez une quantité de peuples aryens et non aryens i, et pour les rendre plus impressionnantes, souvent des pleureuses à gages {praeficae) étaient invitées à y participer. Chez les anciens les plus civilisés les chants funèbres étaient encore accompagnés fréquemment de cruelles mutilations, comme chez les primitifs : les femmes s'arrachaient les cheveux, s'égratignaient les joues, se frappaient la poitrine et la tête 2. Avec leur sens de la mesure les Grecs s'attachèrent à modérer l'excès de la violence dans l'expression de la douleur s. Les lamentations des Romains avaient, à l'origine, le même caractère de sauvagerie ef donnaient lieu aux mêmes transports. Atténuées, elles continuèrent à être pratiquées jusque sous l'Empire* et les sculptures des sarcophages montrent quelle importance l'on persistait à y attacher, quoique leur sens primitif fût probablement oublié''. Ni le triomphe du christianisme*', ni la domination de l'Islam ne purent détruire une couutme millénaire, regardée comme un devoir envers les disparus. Les cantilènes attristées et les hurlements aigus des parents et amis, comme l'emploi de « vocératrices » professionnelles, se sont maintenus dans plusieurs provinces françaises jusqu'au XIX^^ siècle'. Aujourd'hui encore en Corse et dans bien d'autres régions de l'Europe et de l'Asie, lorsqu'une vie s'est éteinte, on entend retentir dans la maison endeuillée la lugubre mélopée de la complainte funèbre^.
1. Eugen Reiner, Die rituelle Votenklage der Griechen, Stuttgard, 1938 j M. Cramer, Die 'Cotenklage bei den Kopten (Sitxungsb. Akad. Wien, tome 219, 2) 1.941 (comparaison avec les autres peuples).