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CHAPITRE I. — LES VIEILLES CROYANCES

historiques du premier âge du fer, rappelons-le, ont fourni une quantité d'urnes cinéraires imitant les types divers des cabanes où s'abritaient les tribus qui peuplaient alors la péninsule 1. D'autre part, les hypogées grandioses des Étrusques sont souvent disposés selon le plan de leurs demeures, et tous les visiteurs de l'antique Caeré auront gardé le souvenir de cette « Tombe des stucs » où sur les parois sont représentés en relief les ustensiles domestiques qui, dans la réalité, étaient accrochés au mur des habitations. Les Celtes, en Gaule et hors de la Gaule, ont, au moins depuis le IV^ siècle avant notre ère, sculpté des stèles funéraires en forme de maison et y ont déposé les cendres du mort, qui était censé s'établir à jamais dans cet étroit espace, image réduite de son ancien domicile 2. Une curieuse découverte faite récemment à Sim-' pelveld dans le Limbourg hollandais, montre combien cette croyance naïve d'une antiquité immémoriale restait encore vivace à l'époque des Antonins ^ Les faces intérieures d'un sarcophage sont décorées de bas-reliefs représentant la défunte étendue sur une couche et, à côté d'elle, le mobilier de sa chambre avec sa vaisselle rangée sur une table et sur un dressoir ; en face, se voit en réduction l'aspect extérieur de la villa où cette matrone avait vécu. Ces simulacres, cachés sous un lourd couvercle et profondément enfouis sous la terre, étaient mis au service personnel de l'ombre qui habitait l'obscurité de cette cuve de pierre.

Comme ces sculptures, les épitaphes romaines ne laissent aucun doute sur la persistance de la conviction que le mort réside dans le sépulcre. La propagation des cultes orientaux, à cet égard comme à plusieurs autres, revivifia des croyances archaïques. Le nom de « maison éternelle » domtis aeterna^ ^ emprunté aux Égyptiens et aux Sémites, apparaît fréquemment clans les inscriptions funéraires. Un texte de l'époque républicaine précise même que c'est « la maison éternelle où les défimts passeront ensemble la durée du temps "^ »,. Un autre invoque comme motif de consolation cette co-habitation future de toi;te la famille, où se retrouvera l'intimité d'une mère avec ses deux

1. A. Grenier, o-p. cit. [supra, p. 15, n. i], p. 79 ss. ; Von Duhn, op. cit., p. 213 ss., 319 ss. et passim. — Gisela Ricnter, Bull. Metropol. Muséum, 1939, XXXIV, p. 06.

2. Linckelheld, Les stèles funéraires en forme de maison (Public. Univ. Strasbourg, 37)> Paris, 1927.

3. Holwerda, Oudheedkundige Mededeelingen du musée de Leyde, Suppl., XII, 193 1, P-27 ss. et J.A.I., Anzeiger, 1933, XL VIII, p. 55-75. — C.-R. Ac. Inscr., 193 1, p. 351 s. — Bspérandieu, XI (Supplément), 1938, n° 7795.

4. Relig. orient., p. 247 ss. ; Parrot, p. 164-167 ; Lattimore, p. 165 ss. 5- CIL, I, 1008 = C. É., 59; cf. Dessau, 8.341,

filles*. Le sépulcre n'est donc pas un lieu de passage, que l'âme traverse sans s'y fixer pour se rendre dans une autre région du monde ; il reste à jamais sa résidence. « Ceci, dit une inscription, est notre demeure certaine, celle que nous devrons habiter » '\ Dans l'Enéide on voit les Troyens élever à Polydore, dont on n'a point les restes, un cénotaphe et y ensevelir son âme {ardmaîn sepulcro condimus) en lui offrant un sacrifice et en l'appelant à haute voix^. Car, celui qui n'a point de tombeau devient un esprit vagabond, un gueux sans abri. Au contraire, lorsqu'on bâtit au défunt un beau monument, il est heureux de pouvoir y offrir l'hospitalité au passant et il l'invite à s'y arrêter *.

La conviction que l'esprit des trépassés continuait à résider dans le tombeau explique seule le souci que l'on avait de lui assurer dans ce séjour inconfortable toutes les commodités possibles. « Il est contraire au bon sens, dit Trimalcion dans le roman de Pétrone^, d'orner les maisons des vivants et dei ne point donner les mêmes soins à celle que nous devons habiter plus longtemps. » Parfois on se représente l'ombre logée dans une chambre à coucher où elle dort un sommeil sans fin ; mais ce n'est point là l'idée primitive ni dominante en Occident^. On se la figure généralement attentive aux égards qu'on a pour elle et pointilleuse dans l'exigence de ce qui lui est dû. Il ne faut pas seulement assurer au défunt un toit, mais pourvoir à son entretien, car il a les mêmes besoins et les mêmes goûts dans la terre qu'auparavant sur la terre. On mettra donc auprès de lui les vêtements dont il se cou»vrait, les bijoux dont il se parait, la vaisselle de terre ou de bronze qui ornait sa table, les lampes qui l'éclairaient'. L'âge historique ne renonce ni aux croyances ni aux rites de la préhistoire (p. 15). Si c'est un guerrier, on lui donnera les armes qu'il portait, un artisan, les outils "qu'il maniait, une femme,

i.C. E. (Suppl. Lommatsch), 2177.

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