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CHAPITRE VI. — SURVIVANCES MYTHOLOGIQUES

pasteur chenu trayant ses brebis pour des milliers d'Élus vêtus de blanc'. Le symbolisme du moyen âge continua à regarder l'échelle comme une garantie du salut qui conduira les justes au ciel, et l'art byzantin représenta cette échelle allégorique avec un curieux réalisme ^. Le moine Jean Climaque, qui vivait au VP siècle, doit son nom à im ouvrage où, s'inspirant du songe de Jacob, il traite des trente échelons, vices à fuir, vertus à pratiquer, par lesquels le chrétien peut parvenir au séjour des Élus, et les riianuscrits illustrés de cet écrit ascétique nous montrent les moines grimpant à l'échelle mystique : un ange tenant la couronne de gloire accueille ceux qui parviennent au sommet, tandis que d'autres, arrachés à mi-hauteur par des démons ailés, sont précipités dans la gueule ouverte d'un dragon, qui représente l'Enfer '. D'autre part, dès l'antiquité cet emblème de salvation fut adopté comme phylactère par la magie, qui le conserva à travers les siècles * et aujourd'hui encore une petite échelle se vend à Naplès comme amulette contre la jettatura, le mauvais œil.

Barque. — La croyance que les trépassés voguent à travers la mer vers une terre reculée où ils vivront désormais, est commune à beaucoup de peuples dans les cinq parties du monde s. En Babylonie, pour aider les morts à accomplir leur longue course vers l'Occident, où le soleil se couche, afin de pénétrer avec lui dans les régions infernales, on leur donne une barque, des mets, des boissons, un vêtement, des sandales ®. Il n'est pas surprenant qu'en Egypte où la plupart des transports • se faisaient par la voie fluviale, on se soit imaginé que même le dernier voyage s'effectuait en bateau. Les défunts parvenaient à la demeure des dieux dans la harque de Râ, de même que les divinités traversaient les espaces célestes montées sur un navire. C'est pourquoi de petites nacelles ou même parfois de vrais vaisseaux ont été déposés dans les sépultures ou consacrés dans les temples de la vieille terre des Pharaons'. Cette antique doctrine

I. Pio Franchi, La -passio Perfet. et Felic, 1896, p. iio. Echelle à l'époque chrétienne; cf. Cabrol, s. v. « Echelle du ciel ».

a. Perdrizet, La Vierge de miséricorde, Paris, 1908, p. 208 ss.

3. Charles Morey, East-christian faintings in the Freer collection, New- York, 1914, t>. 17 ss.

4. Disques de Tarentc et de Brindisi. Cf. supra, p. 282, note 4.

5- Hastings Enc, s. v. « Ships » ; Van Gennep, I, p. 797. Cf. Capelle, Elysium und Insein der Seligen {A. Relgw., 1928, XXV), p. 245 ss.. Vaisseau sur un sarcophage de Sidon : Contenau, Syria, 1920, I, p. 35 ss.. M. Fernand Benoît a rassemblé une abondante documentation sur les barques représentées sur les monuments funéraires dans les Mémoires de l'Institut d'histoire provençale, 1946, XXI, pp. 59-75.

6. Thureau-Dangin, Revue d'assyriol., 1921, XVIII, p. 184 ss.

7- Erman, Aegypt. Religion, p. 93 ss., p. 130 ; Paribeni, Monumenti antichi dei Lin' cet, 1906, XIX, p. 24 ss.

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eschatologique ne paraît pas avoir passé dans les mystères d'Isis en Occident, mais en Orient elle se conserva dans le manichéisme. La lune était pour lui un bateau qui, tous les mois, se chargeait d'âmes lumineuses qu'elle transbordait ensuite sur le grand navire du soleil'. En Grèce, la conception des îles des Bienheureux situées par delà l'Océan, aux confins de la terre, où étaient transportés des mortels favorisés des dieux pour mener une existence exempte de soucis et de labeurs, est antérieure à la colonisation des Hellènes. Elle appartient à l'époque minoënne^, et le célèbre sarcophage d'Haghia Triada, peint pour un mort divinisé par une apothéose, nous montre un sacrificateur offrant l'esquif à l'aide duquel s'opère le passage vers la terre marine des héros ^ Née ou développée en Crète sous l'influence de l'Egypte, adoptée par les Grecs, introduite dans l'Odyssée, cette idée ne devait plus être effacée du credo de la religion hellénique : que les morts dussent naviguer vers les îles Fortunées, ou passer simplement l'étang de l'Achéron, c'était toujours une barque * qui les transportait. Grâce à ces croyances la coutume se vulgarisa chez divers peuples de placer près du corps, dans la sépulture, des canots que les fouilleurs y ont découverts en maint pays du bassin de la Méditerranée et notamment en Italie ^.

Ce mode de locomotion posthume, admis depuis les âges les plus reculés, ne disparut pas; de l'imagination des croyants lorsque le séjour des Élus fut transféré au ciel et que les Pythagoriciens voulurent reconnaître dans le soleil et la lune les îles des Bienheureux baignées par les flots de l'éther ". Des barquettes sont toujours enfermées dans les tombeaux ou représentées par la sculpture funéraire ; l'on voit des Erôs, figuration connue de l'âme héroïsée conduisant des nacelles '. Mais la traversée que les âmes doivent accomplir dans la barque du salut est désormais celle de l'atmosphère, et c'est dans les cieux qu'elles atteindront le port où elles trouveront un mouillage tran-

I. Cf. Symbol., p. 179, n. 2 et supra, ch. III, p. 173 ; Pelliot tt Chavannes, 'Cexte manichéen retrouvé en Chine, Paris, 1912, p. 35.

a. Nilssotij Griech. Rel., 1, p. 302 ss. ; TZhe minoan-mycenian religion, p. 544 ss.

3. Paribeni et von Dului, A. Relgw., 1909, XII, p. 178. Cf. Nilsson, /. c.

4. Bruao Leer, Philologus, 1903, LXII, p. 567 ; Usener, Sintflutsagen, 1899, p. 214 ss.. Cf. Platon, Phédon, 113 d.

5. Usener, of. cit., p. 218; Paribeni, /. c, p. 126; cf. Macchiono, p. 69 [61] ss.. Pagenstecher, Votenschiffe in a-pulischen Grâhern (Symbolae in honorem J. De Petra), Naples, 191 1, p. 62 ss.. Chez les Celtes, cf. H. Hubert, Les Celtes, t. II, p. 298.

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