‹ Lux perpetua [microform]Chapitre 325 sur 468 · Julien, Césars, p. 336 c 5 cf. N. C. IX · texte numérisé non relu

Julien, Césars, p. 336 c 5 cf. N. C. IX

rejoindre les héros et retrouver les dieux. Mais si l'on se demande quelles idées avaient cours sur le séjour qu'habitaient ces âmes bienheureuses et sur la félicité qui leur était réservée, on s'apercevra que de vieilles traditions mythologiques continuaient jusqu'au bout à coexister avec les doctrines des philosophes. Ceux-ci peuvent enseigner que les sages éprouveront dans l'autre vie une joie indicible au spectacle de notre monde et des cieux étoiles, dont leur raison pénétrera alors tous les mystères*. Ou bien, pour ces théologiens^ la béatitude céleste ou supra-céleste consistera à s'absorber dans la contemplation éternelle de l'Être suprême^. Mais jamais les esprits simples ne se convertiront à un credo aussi abstrait, et ils continueront à attendre de l'existence d'outre-tombe des jouissances beaucoup plus matérielles. Sans doute les masses vulgaires ont-elles eu, à toutes les époques, une religion très différente de celle que se forment les intelligences élevées, mais le fait caractéristique dans le paganisme romain est que certains mystères persistaient à faire espérer à leurs initiés les plaisirs les plus grossiers, telle une ébriété sans fin, ou un érotisme sempiternel 3, et que le séjour céleste où doivent se réunir les élus ne cessa pas d'être dépeint comme un jardin ombreux et fleuri et rappela toujours la pairi daeza des anciens Perses, à qui ce lieu de récréation a dû son nom de « Paradis » *. Tant il est vrai, comme ce chapitre achèvera, nous l'espérons, de le montrer, que dans l'eschatologie païenne des idées contradictoires appartenant à des âges différents et à dés stades successifs de la mentalité religieuse ont toujours vécu côte à côte parmi les croyants jusqu'à souvent cohabiter dans le cerveau d'un même individu^

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