HISTORIQUE ET TERMINOLOGIE
Les luxalions sous-astragaliennes acquièrent droit de cité, dans le cas de la pathologie chirurgicale, dans le traité de pathologie externe de NéLarox el surtout dans ie remarquable mémoire que Broca leur consacra en 1852.
Jusque-là, elles sont confondues avec les luxations du tarse, par Desauzr et DuPuYrREN par exemple. Les premiers faits rapportés, ceux de Broxriezp el de Jupcy sont assez incomplets ef ne contiennent aucun détail au point de vue du traitement employé. I faut arriver Jusqu'en 1835, date à laquelle Nécarox publie une observation du service de Roux, pour avoir des détails précis sur les lésions anatomiques de cette luxation. Deux ans plus tard. ArNorr en rapporte un nouveau cas dans lequel les manœuvres de réduction, infructueuses d'ailleurs, sont opérées sous le chloroforme.
Türner ensuile leur consacre une longue monographie de 150 pages, où 1! rassemble toutes les observalions publiées : jusque-là, en ometlant toutefois l'heureux résultat obtenu par Mac Donvez dans la luxation du professeur CarMicHAEL de Dublin.
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Ce n'est cependant que quatre ans plus lard que les luxations sous-astragaliennes prennent place dans la littérature chirurgicale avec les quelques pages que Nécaron leur consacre dans son Trailé de pathologie externe, sous l'expression impropre de luxations parlielles de l’astragale.
I n'en est pas moins vrai que jusqu'au milieu du siècle dernier, on confondait dans un seul chapitre la luxation totale de lastragale, la luxation de l'astragale sur Ja jambe, la luxation de l'astragale sur le pied, el c'est BrocA le premier qui, réunissant tous les cas publiés jusqu'à lui de luxations sous-astragaliennes, étudia leur mécanisme et tenta leur classification. Aux luxations de l’astragale dans l’articulaion astragalo-calcanéenne et scaphoïdienne il donne le nom de lerations sous-astragaliennes, nom qu'elles ont conservé aujourd'hui (seul Hamirrox les appelle luxations astragalo-calcanéo-scaphoïdiennes). Pour Broca les os du pied se déplacent sous l’astragale, celui-ci restant en place solidement fixé aux os de la jambe.
MALGAIGNE, au contraire, déclare que c'est l’astragale qui quitte sa cavité. C’est ainsi que la /wration en dehors de BrocA devient la luxation en dedans de MALGAIGNE.
QuEnt en simplifiant les diverses variétés de luxalions décrites par MALGAIGxE, accepte sa terminologie, suivi en cela par NéLarox, Canier, Dénoey, Bain, ete.
Lesars revient à la classification de Broca « Dans les luxations sous-astragaliennes, dit-il, lastragale reste dans ses rapports normaux avec la jambe, c’est le reste du pied qui se déplace sous l'astragale ».
Il en est de même en Allemagne, où la luxation sousastragalienne est la leralio pedis sub talo.
Quelle nomenclature adopter et comment s'y reconnaître, au milleu de cette grande logomachie, pour employer lexpression plaisante de Desror? Le tableau Suivant emprunté à l’article de BAuMGarTNER et HuGuier en résumant la question, donnera une idée des divergences des auteurs :
Broca. MALGAIGNE. QuExu. LEyars. ALLEMANDS.
Luxationsous- Luxationsous- Luxation sous- Luxationsous- Luxatio pedis astragalienne - astragalienne astragalienne astragalienne sub talo. du pied. del’astragale. de l’astragale du pied. 1. - En dehors 1. - En dedans. l.- Marginale. l.- En dehors. 1. - Latérale. RUE L 1. En dehors.
27 ÉNRÉLENNE 2. Oblique en 1. Oblique en dehors et en dedans. arrière.
Il. - En arrière. 2. Directe en Il. - Dorsale. IL. - En arrière. I. - Sagittale. avant. 1. En avant. En arrière.
| ñ " à . d 3. Oblique en 2 Obliqué en Hero dehors, avant et en LS dehors, 1. Oblique en IV. - En dedans. Il. - En dehors. 2. Directe en [If -En dedans. que et en dehors et en CRC Rer avant. 2. En dedans.
IV. -En arrière. II. - En arrière. IV. - En avant. IV. — Sagittale.
En avant.
Pour nous, il nous semble que lorsqu'on examine des radiographies l’impression que l’on à est un DÉPLACE- MENT DU PIED, et non de l’astragale où même de lastrasale et de la jambe. L'erreur a été de ne considérer exelusivement que la saillie de la tête de Pastragale, si bien qu'on néglige le déplacement du ealcanéum. Or, ne voyons-nous pas dans la luxation du genou, la proéminence antérieure formée par les condvyles du fémur, et ne dit-on pas cependant luxation du tibia en arrière”... Si nous considérons la région du pied, ne dit-on pas
EXO pour l'arliculation tibio-larsienne, luxalion du pied, pour les luxations de l'articulation de Chopart, luxation du tarse antérieur. Pourquoi n'en serait-il pas de même de l'articulation sous-astragalienne ?
Dans une luxation sous-astragalienne ce qui importe, c'est l'ouverture de l'interligne astragalo-calcanéen, c'est l’état du ligament interosseux, le déplacement du calcanéum. La luxation ne peut guère se faire si l'on n’agit sur le calcanéum d'abord, de telle sorte qu'en premier lieu s'entr'ouvre linterligne astragalo-calcanéen, se déchire le ligament interosseux el se produise le glissement du calcanéum sous le corps de Fastragale.
Nous considérons donc le pied sous-astragalien comme déplacé sous l’astragale et le sens de la luxalion suivant le sens vers lequel se porte le pied, el nous dirons : LUXATION SOUS-ASTRAGALIENNE EN DEDANS lorsque le pied basculant en dedans, la fuce plantaire devenant interne, le tibia et le péroné tenant embrassé l'astragale filent en dehors.
Nous aurons en vue dans ce travail uniquement les luxations sous-astragaliennes complètes du pied en dedans sans perforation de la peau, lésion rare du reste, car le plus souvent dans ce genre de traumalismes, la mortaise tibio-péronière et l’astragale qu'elle maintient emboîté basculent complètement en dehors de l’axe du corps et viennent perforer la peau au niveau de la face externe du pied.
Dans sa séance du 2 juin 1910, M. Desror présentail à la Société de Chirurgie de Lyon les radiographies très nelles d'un homme de 40 ans, porteur d'une luxa-
lion sous-astragalienne du pied en dedans, survenue à l'occasion d’un effort minime et réduite facilement, les téguments n'ayant pas été touchés.
À la séance suivante et à propos du procès-verbal, M. le professeur agrégé PATEL rapportait une observation analogue, à laquelle venaits ajouter le 8 décembre de la même année une communication de M. le professeur agrégé GAYET sur un cas identique qu'il venait d'observer dans son service de la Croix-Rousse.
Ce sont ces deux observations consignées dans les pages précédentes et d’astant plus intéressantes qu'elles sont entièrement superposables et se rapportent à des lésions relativement rares, qui inspirèrent au professeur agrégé Parez l’idée du travail que nous entreprenons aujourd'hui.