MANUSCRITS, IMPRIMERIE, LIVRES, JOURNAUX
Manuscrits. — Outils employés; matières employées; types de tablettes, de papyrus, de parchemins, etc.
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LE MUSÉE GUIMET
e n'est pas sans regret que nous sommes obligés par la suite de ces courtes études, de ces brèves notes sur le développement de la vie littéraire et artistique dans notre ville de parler du musée Guimet. C'est que cette œuvre superbe, ce musée presque unique au monde où toutes les religions se retrouvaient comme dans un sanctuaire historique et voyaient revivre à travers les vitrines, précieuses gardiennes de merveilleux trésors, sous le ciel embrumé de l'Occident, les souvenirs les plus reculés de leur origine orientale, ces collections d'un prix inestimable, notre ville n'a pu ni les garder ni leur offrir un cadre digne d'elle et qu'en parlant de
ce musée, il nous faut maintenant le représenter à la fois à Lyon où il fut et à Paris où il est.
C'est en 1882 que M. Guimet conçut le projet de transporter son musée à Paris, jugeant, et nous n'osons trop l'en blâmer, que notre ville n'était pas un centre où cette admirable institution pût se développer comme il convenait et rendre les services en vue desquels il l'avait fondée. Il offrit donc au ministre de l'instruction publique les collections qu'il avait réunies dans une mission dont il avait été chargé en Orient, les divinités, les livres, les objets sacrés, les manuscrits religieux, qu'il s'était plu à rassembler.
Le musée était alors à son apogée, en correspondance régulière avec tous les musées ethnographiques et archéologiques, avec les bibliothèques publiques, les académies et les sociétés savantes ; il avait acquis la collaboration de tous les savants qui s'occupent des questions religieuses de l'Orient et de l'antiquité. Il avait donné à ces études spéciales une impulsion puissante et copiant son organisation, d'autres musées semblables allaient se créer en Allemagne, en Angleterre, en Hollande, en Suède. Il était fâcheux, avec notre déplorable système de centralisation, qui reporte tout à la capitale et en fait l'âme, le souci unique de toute la vie intellectuelle de la nation, que le musée relégué à Lyon, y fût oublié dans une obscurité relative et que la France parût laisser dans l'ombre, après avoir donné l'exemple, le premier musée de religion qui eût été créé.
Précisément, à ce moment même, les collections ethnographiques du Trocadéro, les recherches du savant docteur Hamy sur les divinités du Mexique, prenaient une ampleur nouvelle. C'était compléter d'une façon heureuse le cercle de ces études que juxtaposer à cet ensemble les séries japonaises, indiennes et chinoises organisées et expliquées parles collaborateurs de M. Guimet.
Avec le large désintéressement dont il est coutumier, notre éminent concitoyen offrit à l'Etat toutes ces collections d'objets religieux, ces antiquités et curiosités indoues, chinoises, japonaises, thibétaines, égyptiennes, grecques, romaines, gauloises, alexandrines, ces riches spécimens de céramique japonaise, ce tableau ethnographique si intéressant, sa merveilleuse bibliothèque relative à l'Orient et composée de 1 3,000 volumes imprimés ou manuscrits, tout cela d'une valeur artistique et vénale de plusieurs millions.
Il demandait seulement que sur un terrain offert gratuitement par la ville de Paris, l'Etat élevât à frais communs avec lui, un musée en tous points semblable à celui de Lyon. A frais communs n'est même point tout à fait exact puisque la
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dépense était divisée en deux fractions inégales. Ce n'est pas la moins grosse qu'il s'était réservée. L'Etat se chargeait en outre de subvenir aux frais annuels du Musée et s'engageait à lui maintenir à perpétuité le nom de son généreux donateur.
On ne rencontre point souvent pareilles aubaines; celle-ci était si évidente que l'État et la ville de Paris se hâtèrent de se mettre d'accord avec M. Guimet et de signer avec lui le traité qui dépossédait si malheureusement notre ville au profit de la capitale.
Tout au moins M. Guimet s'est-il attaché à faire du musée parisien, situé avenue d'iéna, la reproduction aussi exacte que possible du musée lyonnais, construit en 1878 par M. Jules Chatron, l'un des architectes-décorateurs les plus habiles du département du Rhône.
Nous présentons du reste dans les deux gravures jointes à cette note la vue du musée, tel qu'il était à Lyon et tel qu'il est à Paris.
Le vaste développement de constructions qui forme le musée de Paris construit par M. Charles Terrier à qui l'on doit déjà l'installation des galeries de l'histoire de l'art ancien à l'Exposition de 1878, occupe les côtés d'un quadrilatère irrégulier, suivant la forme même du terrain acheté par la Ville pour cette destination spéciale. Il a paru naturel à l'auteur de l'œuvre d'emprunter, pour un édifice destiné à contenir l'histoire des religions, les éléments de sa conception architecturale et de son parti décoratif à l'art gréco-romain, vu la place importante occupée par la Grèce et Rome dans l'histoire politique, religieuse et artistique de l'Europe.
C'est en 1885 que la Ville mettait à la disposition de M. Guimet le terrain destiné à recevoir le nouvel édifice ; la construction a été achevée à l'époque prescrite et inaugurée l'an dernier par M. le président de la République.
C'est sur la rue Boissière que se développe la façade principale, suivant une longueur de plus de 70 mètres. Elle comprend trois avant-corps reliés par des galeries, celui du milieu plus saillant que ceux des extrémités. La façade donnant sur l'avenue d'iéna, longue de 50 mètres, ne comporte pas de motif milieu; elle se termine seulement par deux ailes saillantes. Les deux façades sont raccordées entre elles par un bâtiment de forme circulaire, dont le dernier étage abrite un vaste panorama accentué au dehors par une loggia décorée de pilastres, qui se profilent en vigueur sur un fond peint en brun rouge.
Il nous reste à dire un mot sur les publications du musée Guimet, d'après
une note émanant de M. Guimet lui-même et qui renferme l'exposition du vaste plan de travaux conçus par lui.
Ces publications sont au nombre de deux, les Annales du Musée et la Revue de l'Histoire des religions ; elles sont certainement les créations les plus intéressantes parmi cette série de résultats scientifiques dus à l'organisation du musée Guimet.
Ce musée n'est pas seulement une collection d'objets curieux, c'est, avant tout, une collection d'idées. Chaque vitrine représente un dogme, une croyance, une secte ; il a donc fallu, en dehors du catalogue qui ne peut donner que des esquisses à grands traits, publier un ensemble d'études destinées à déterminer et à mettre en lumière les idées représentées par les objets.
C'était, à tout prendre, l'exposé complet de toutes les religions de l'antiquité et de l'Orient qu'il s'agissait de présenter au public, et, pour une telle entreprise, il fallait un plan que voici :
C'est à l'Asie qu'on a voulu d'abord s'attaquer. On a l'espérance d'y trouver l'origine d'un certain nombre d'idées religieuses, et puis, il y a là au point de vue chronologique une masse d'inconnues à dégager. Or, la religion la plus répandue en Asie est le Bouddhisme, et c'est aussi celle qui nous fournit la littérature la plus abondante. C'est donc par le Bouddhisme qu'on a commencé, et c'est le Bouddhisme au Tibet qu'on a interrogé le premier, car là, les croyants n'ont pas eu, autant qu'en Chine, au Japon et à Java, à s'assimiler des superstitions locales ; à part quelques pratiques de sorcellerie, les rites, les dogmes et la littérature sont restés sensiblemeut purs.
Deux collaborateurs de haut mérite, M. Léon Feer et M. de Milloué se sont attachés à ces études sur les cérémonies et les mœurs des bouddhistes thibétains.
Des travaux analogues sont en préparation sur le Bouddhisme en Chine, au Japon, à Java, à Siam, au Cambodge, en Birmanie, etc. Resserrant ainsi le cercle, on arrivera au Bouddhisme indien, point de départ des autres ; mais qui, soit par les persécutions, soit par un contact incessant avec les idées qui l'avaient inspiré, a fini par disparaître et s'absorber dans les religions d'où il était sorti.
Pendant que les Foucaux, les Feer, les Bigandet, les Alwys, les Regnaud et les bouddhistes de l'Orient eux-mêmes exécuteront ce vaste mouvement tournant, d'autres spécialistes s'occuperont des hymnes védiques, de leurs transformations et migrations, et suivant leurs traces jusqu'en Grèce et en Italie
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arriveront peut-être à reconstituer cette littérature latente qu'on devine comme véhicule de certaines légendes, et qu'on pourrait appeler les Hymnes perdus. Puis, serrant de plus près ces poésies curieuses où l'on voit naître les dieux sur la bouche du poète, ces savants détermineront la part que le Brahmanisme doit à ces cantiques primordiaux.
Ainsi cerné par ces émanations et ses origines, le Brahmanisme, et peutêtre le Jaïnisme, nous livrera sa chronologie. L'Inde retrouverait son histoire! Mais pour atteindre à ce résultat, il faudra que les philologues s'appuient sur le concours actif des archéologues de l'Inde, de l'Inde du sud particulièrement où les dieux locaux ont laissé dans les temples, dans les usages, dans les légendes, des traces vivaces de leur ancienneté et du rôle qu'ils ont joué antérieurement à l'assimilation grossière que les Brahmanistes sectaires en ont fait avec leurs divinités d'origine védique. On pourra alors répondre sûrement à la question que se pose la science actuelle au sujet de l'influence des Grecs dans les Indes, et on saura si les soldats d'Alexandre qui ont détruit les livres perses et les palais de Darius, qui ont fait sur l'histoire de l'Asie cette tache noire que produit la perte d'une littérature, sont les mêmes qui ont donné à l'Inde son architecture merveilleuse et ses philosophies transcendantes.
En poursuivant le Bouddhisme à travers la Chine et le Japon, le musée ne néglige pas les religions locales plus anciennes, qui sont encore en honneur dans ces pays extrêmes. Les doctrines de Confucius sont bien connues ; les livres des lettrés chinois ne donneront guère à glaner que quelques monographies sur les croyances antérieures à Confucius.
Pendant que ces études se feront sur l'Asie, il y aura un autre centre d'action qui étendra ses recherches tout autour de la Méditerranée. L"Egypte, qui semble au premier abord immuable dans ses usages et ses croyances, nous montrera qu'au contraire, depuis huit mille années, elle n'a cessé de modifier ses mœurs et ses idées. Cernée par la mer et le sable, elle a souvent jeté ses regards au-delà du désert et de l'Océan. Son histoire est connue et remonte à une antiquité vertigineuse, mais il yaà faire une histoire de la religion égyptienne. Ce sera un monument dont les travaux déjà donnés aux Annales par Mariette, Chabas, Maspero, Naville, Lieblein, Lefébure, etc., sont de magnifiques pierres d'attente. Il y aura même à suivre les dogmes égyptiens pénétrant à travers l'empire romain, et déjà les documents abondent, et les travauxde MM. Lafaye, Rigollot, etc., sont prêts à paraître. Ils nous mèneront au seuil du christianisme
qui. s'inspirant de l'édit de Théodose II, n'a pas dédaigné d'utiliser un grand nombre de représentations Isiaques; l'ancien monde pénétrant dans le nouveau par l'iconographie.
Depuis longtemps les savants s'occupent des religions phénicienne, pélasgique, étrusque, grecque, romaine et gauloise ; il n'est donc pas nécessaire pour ces études de suivre une marche particulière ; il faut prendre les travaux à mesure qu'ils se présentent. On peut espérer pourtant que les découvertes faites en Egypte et en Asie feront voir ces croyances sous un nouvel aspect, et, après les avoir considérées pendant longtemps à travers les classiques, il sera intéressant de les éclairer des reflets de l'Orient mieux connu.
Enfin le cercle de ces études historiques est terminé par des travaux personnels, des aperçus originaux et qui témoignent d'une érudition spéciale sur les origines du judaïsme et du christianisme traitées avec toute la délicatesse et toute la mesure que comporte un pareil sujet.
Les Annales donnent de deux à quatre volumes par an. A cause des difficultés que présente l'impression des caractères étrangers, des textes sanskrits, chinois, hébreux, coptes, égyptiens, etc., il y a toujours simultanément sous presse trois ou quatre volumes qui paraissent dès que le bon à tirer est donné par les auteurs.
A côté des Annales on a créé chez M. Leroux, éditeur à Paris, et sous la direction de M. Maurice Vernes, la Revue de l'histoire des Religions qui paraît tous les deux mois.
On comprend quelle impulsion tous ces travaux ont donné à la science des religions et on voit que c'est une véritable armée de savants qui plane dans les Olvmpes et vit dans les dogmes pour y trouver les matériaux variés destinés à constituer plus tard l'histoire de la pensée humaine.
La Revue, qui a coûté certains frais d'organisation, peut maintenant vivre de ses propres forces. Il n'en est pas de même des Annales du musée Guimct, publication luxueuse avec textes orientaux et illustrations. Les Annales coûtent, en moyenne, 20,000 francs par an. Si on en déduit le produit des ventes chez les libraires, la dépense est réduite à 14,000 francs. C'est là le budget que l'administration du musée y consacre chaque année. Les ventes iront sans doute en se développant et allégeront les frais ; mais cette bonification sera immédiatement utilisée pour éditer des ouvrages plus chers qu'on n'a pas encore osé aborder à cause du coût des planches qu'ils nécessitent.
Tout cela était un peu à nous, on nous l'a ravi, c'était pourtant jadis un
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des fleurons de la couronne littéraire de notre cité. M. Guimet a cédé à l'attraction de Paris, à son irrésistible influence, à la légitime ambition de voir son musée où tant de richesses ont été si péniblement amassées par un incessant labeur, devenir le point de mire de tous les érudits européens. Le motif est trop louable, trop hautement scientifique et trop patriotique à la fois pour qu'on puisse en la regrettant, blâmer cette détermination. Mais en tout cas notre compatriote peut être assuré que nous ne cesserons de suivre avec intérêt le développement considérable auquel son oeuvre est appelée et que nous nous plairons toujours à croire que si elle est féconde en résultats heureux, c'est peut-être parce qu'elle est née en terre lyonnaise. Si elle n'y a pas eu l'éclat de Paris qui se prend vite, elle y a gagné dans son obscurité relative, dans le repos, dans le calme favorable aux choses de l'esprit, cette maturité heureuse et robuste que notre ville sait donnera tout ce qu'elle enfante.
Le fhCusèe Ciiiiiui, à Lyon.