‹ Lyon à l'Exposition universelle de 1889 (volume 2)Chapitre 60 sur 97 · ÉCOLE DE CHIMIE INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE CHIMIE INDUSTRIELLE

t/ïïf5 Wb£ ^COLE de chimie industrielle de Lyon a exposé des spécimens des produits préparés par les élèves de première année et par ceux de deuxième année, des photographies de nos laboratoires, et un tableau de statistique. Elle a obtenu une médaille d'argent.

Cette Ecole a été fondée en 1883 dans les locaux destinés à la chimie appliquée, à la Faculté des Sciences, Palais du quai Claude-Bernard.

On n'exige à l'entrée à l'Ecole aucune condition de titres ou d'âge ; il y a un concours très large dont les sciences élémentaires constituent les matières obligatoires ; les candidats présentent en outre tout ce qu'ils veulent comme matières facultatives. On reçoit !q élèves en première année. A la fin de la première année a lieu un examen éliminatoire dans lequel les notes hebdomadaires comptent pour moitié, et 9 élèves seulement sont admis à passer en deuxième année. A la fin de la deuxième année, a lieu l'examen de sortie, dans lequel les notes de l'année comptent encore pour moitié, et à la suite duquel les élèves reçoivent un diplôme d'honneur ou un certificat d'études.

Pendant la première année les élèves étudient la chimie minérale; pendant la seconde année la chimie organique ; pendant les deux années la chimie industrielle : ils suivent les cours de chimie de la Faculté, et fréquentent le laboratoire tous les jours de huit heures et demi du matin à midi moins un quart et de deux heures à six heures.

Les meilleurs élèves, au sortir de la deuxième année, peuvent encore passer

à l'École deux autres années pendant lesquelles ils apprennent d'abord, sous la direction des maîtres, les méthodes de recherches ; ils font ensuite sous la direction du directeur un travail original.

Tous les élèves sortis de l'École à ce jour sont placés dans des industries diverses de la région : teinture, impression, fabrication des matières colorantes, usines à gaz, laboratoires d'analyses, métallurgie, raffineries de sucre, chaux hydraulique, etc.

Cette École est subventionnée par la Chambre de Commerce de Lyon, la ville de Lyon, le département, le Ministère de l'Instruction publique et le Ministère du Commerce.

Le personnel enseignant se compose de : un directeur, un sous-directeur, un maître de conférences, un chef de travaux, quatre préparateurs.

Le progrès réalisé par la création de cette École peut être envisagé à un double point de vue :

i° Offrir à l'industrie lyonnaise des chimistes lyonnais qu'elle préférera sans nul doute aux chimistes que, il y a quelques années encore, elle était obligée de demander à l'étranger;

20 Jusqu'à ce jour les laboratoires des Facultés des Sciences ont été exclusivement réservés aux jeunes gens qui se destinent au professorat. Cependant les jeunes gens qui se destinent aux industries chimiques ont besoin de connaissances chimiques bien plus étendues, et je dirai plus élevées que les candidats à la licence. Pourquoi donc ne pas leur ouvrir largement les portes de nos Facultés alors que là seulement ils peuvent trouver l'enseignement dont ils ont besoin.

C'est là le principe dominant de l'enseignement des Universités allemandes et étrangères : appeler à profiter de cet enseignement, de la façon la plus large, tous les jeunes gens auxquels il peut être utile, à quelque carrière qu'ils se destinent. La réalisation de cette idée a contribué pour beaucoup à la prospérité de ces Universités dont les laboratoires de chimie sont en majeure partie occupés par de futurs industriels. Et si l'Université lyonnaise veut devenir une véritable Université, elle ne doit pas négliger ce point de vue.

C"est du reste l'application de la même idée que la Faculté de Droit vient de réaliser dans un ordre d'études bien différent, grâce à l'initiative éclairée de son éminent Doyen, M. Caillemer, par la création de l'École de notariat.

ÉCOLE LA MARTINIÊRE

il "~-s,«,->"v> • ^ fondation de l'École la Martinière est due à un legs du

%e2 ^sÉs^ÇJ^ major-général Martin, né à Lyon, en 1755, mort à Lucknow

1 Indes anglaises!, en 1800.

Ce legs, qui était de 700,000 francs à l'origine ne fut

$f-é:x\ ^JÈy=é^*tWt touché qu'en 1826. Les intérêts capitalisés l'avaient élevé \s# i^/:J0J$ au chiffre de 1,700.000 francs. Plus tard, on toucha en

Jz^ÊÊ& plus > 15,000 francs provenant encore de la succession

Martin. Enfin, lors de l'abolition de la contrainte par corps, le legs Martin pour la libération des prisonniers pour dettes, devenu sans emploi, est échu à la Martinière. 11 s'élevait alors à 20,000 francs de rente environ.

La fortune de la Martinière s'est augmentée successivement, en 1843, de la succession du docteur Eynard s 'élevant à 15,000 francs de rentes, en 1873 de celle du docteur Gilibert, s'élevant à 21,000 francs de rentes, en 1876 d'un legs du docteur Bonnaric, s'élevant à 55,000 francs en capital. Tout cela, indépendamment de legs de moindre importance de M. Christophe Martin, de M. Arlès-Dufour, etc., ayant des destinations spéciales.

En ce moment est pendante la succession de Mmi de Cuzieu en faveur de la Martinière. succession qui s'élèvera à près de trois millions.

La Martinière, Garçons et Filles, possède un immeuble et des collections valant de 1 2 à i.>oo mille francs et 200.000 francs de rente environ, sans compter le legs de Cuzieu. C'est une des institutions d'enseignement les plus riches du monde entier.

Lyon S 9.

L'École s'est ouverte à titre provisoire, au Palais Saint-Pierre, le 9 juin 1826. Elle a été fondée à titre définitif, et inaugurée le 2 décembre 1833 dans son local actuel, qui est l'ancien cloître des Augustins.

La Martinière a été organisée par M. Tabareau, ancien élève de l'École Polytechnique, qui devint plus tard doyen de la Faculté des Sciences de Lyon et qui resta professeur à l'École jusqu'à sa mort, en 1866.

M. Tabareau, aidé plus tard de M. Dupasquier, a créé pour la Martinière des méthodes spéciales d'enseignement qui ont fait la prospérité de cette école et qui constituent encore son originalité.

La Martinière est administrée, sous l'autorité et la surveillance du Préfet, par une commission gratuite dont les membres sont désignés par le Conseil municipal et définitivement nommés par le Ministre du Commerce. La liste des noms des administrateurs de la Martinière qui se sont succédé jusqu'ici pourrait constituer le livre d'or des notabilités les plus éminentes de la ville, dans le commerce, dans l'industrie et dans la science.

La Martinière est une école professionnelle destinée à l'étude des sciences et des arts appliqués à l'industrie et au commerce. Elle a pour but, non de préparer les élèves à l'exercice spécial de telle ou telle profession, mais de les rendre aptes à réussir dans une profession quelconque, avec les avantages que donnent une intelligence ouverte, l'habitude du raisonnement scientifique, une instruction relativement large, et surtout cet énorme entraînement au travail, qui est la caractéristique dominante des élèves de cette école.

Cet entraînement exceptionnel au travail, cette émulation, qui n'existe peut-être à un degré égal dans aucune autre école composée d'enfants aussi jeunes, cette suppression absolue des queues de classe, sont précisément le résultat des méthodes spéciales d'enseignement delà Martinière, principalement delà méthode Tabareau.

L'enseignement de la Martinière, qui est surtout scientifique, est à la fois théorique et pratique. Il comprend des travaux manuels, mais qui n'ont pas la moindre prétention à l'apprentissage.

La Martinière compte 600 élèves. Elle reçoit chaque année environ 300 enfants âgés de 1 3 ans et sortant de l'école primaire. Ceux de ces enfants qui achèvent leurs études passent trois années à la Martinière. Les meilleurs

obtiennent le diplôme à la sortie. Il est délivré chaque année de 50 à 60 diplômes. Les examens de sortie sont faits par des jurys composés de personnes étrangères à l'Ecole, négociants, industriels, artistes, professeurs, choisis parmi les plus compétents dans chaque spécialité.

Les élèves sortants de la Martinière se placent, en général, dans le commerce et dans l'industrie. Ils sont tellement demandés qu'il y a toujours plus d'emplois proposés par des patrons à l'Administration de l'Ecole qu'il n'y a d'élèves disponibles.

Les industries chimiques absorbent un nombre assez considérable d'élèves de la Martinière. Les chefs de presque toutes les grandes maisons de teinture de Lyon ont fait leur instruction en chimie dans cette institution. Or, on sait le rang élevé que tient l'industrie lyonnaise de la teinture, non seulement en France, mais à l'étranger. L'Ecole la Martinière peut revendiquer une part sérieuse dans les progrès réalisés par cette industrie, et ce n'est pas un de ses moindres titres de gloire.

Une partie notable des grands constructeurs mécaniques de Lyon, dont l'industrie est aussi une des premières dans notre cité, se compose de même d'anciens élèves de la Martinière. Le commerce en absorbe beaucoup et un grand nombre de patrons lyonnais sont aussi d'anciens élèves de la Martinière.

Du reste, on peut dire qu'on les trouve à peu prés partout, à Lyon et dans la région lyonnaise. Et partout ils réussissent admirablement, grâce à leur intelligence ouverte, à leur esprit d'ordre et de méthode et à leur habitude du travail. Toutes ces qualités tiennent chez eux précisément au mode d'éducation intellectuelle qu'ils ont reçu à l'Ecole.

Il est sorti environ 20,000 élèves de la Martinière.

L'opinion de tous les hommes compétents, en France et à l'étranger, sur l'enseignement de la Martinière, et particulièrement sur la méthode Tabareau, est absolument unanime. Cette école est aussi connue, plus peut-être, dans tous les pays de l'Europe, et même au-delà, qu'en France même. Les professeurs les plus éminents de l'Angleterre, de la Belgique, de la Suisse, du Portugal, de l'Allemagne, du Danemark, de la Hongrie, de l'Italie, de la Grèce, de la Russie, des États-Unis, du Japon, sont venus la visiter, ont étudié avec soin son organisation et ses méthodes spéciales d'enseignement et s'en sont inspirés dans les réformes qu'ils ont essayé d'introduire dans les écoles de leurs pays respectifs.

En France, la réforme universitaire de renseignement du dessin s'est faite à l'imitation de la méthode employée à la Martinière pour cet enseignement.

La Martinière a obtenu une médaille d'or à l'Exposition Universelle de 1878. A l'Exposition de 1889, elle a obtenu un grand prix, et son directeur, M. T. Lang, personnellement une médaille d'or.

En résumé, la Martinière est une institution célèbre dans le monde entier, unique dans son genre et l'une des gloires de la cité lyonnaise. Elle a rendu depuis 60 ans les services les plus éminents au commerce et à l'industrie de notre

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