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Nota. — Ce tableau comprend les soies asiatiques expédiées en Amérique, mais la production des soies consommées par les fabriques indigènes de la Chine, du Japon, des Indes et de l'Asie centrale est inconnue. On estime qu'elle peut atteindre 10 millions de kilogrammes annuellement ; elle équivaudrait donc à la consommation de toutes les fabriques d'Europe et d'Amérique réunies.
LA FABRIQUE LYONNAISE DE SOIERIES
tisseurs, constructeurs de métiers, apprèteurs, teinturiers, rivalisent d émulation pour en doter notre ville, et il y a peu d'exemples que de ce faisceau d'efforts ne résulte pas pour elle une acquisition qui viendra désormais accroître le fonds commun de la collectivité industrielle.
La plupart des autres fabriques se meuvent dans un cercle plus ou moins resserré ou élargi de spécialités : Zurich aborde de préférence les tissus unis légers de soie pure ; Crefeld et Elberfeld, les velours et les peluches de basses qualités et certains tissus mélangés de coton ; les vieilles fabriques anglaises et les fabriques naissantes de l'Amérique du Nord, les belles étoffes unies; Côme en Italie, les satins légers de couleurs ; Vienne, en Autriche, les armures : Moscou en Russie fait des progrès dans la fabrication des étoffes d'or et d'argent et des velours. En France, Saint-Etienne ne produit à peu près que des rubans: Saint-Chamond des lacets et des passementeries ; Calais et Saint-Pierre-lez- Calais, des tulles façonnés et des dentelles; Paris, des passementeries et des soies à coudre; les fabriques d'étoffes pour ameublements de Tours, de bonneterie de Nîmes, ne comptent presque plus; la jeune et vaillante fabrique de Roubaix devient une rivale pour certaines étoffes mélangées de soie et de bourre de soie. Mais la fabrique lyonnaise aborde tous les genres à la fois ; sa production s'étend à tout, et cette universalité se manifeste, mieux qu'elle ne l'aura jamais fait à aucune des grandes Expositions universelles précédentes, à l'Exposition universelle de 1889.
De quels fâcheux présages n'accompagnait-on 'pas, naguère encore, un réveil, espéré et redouté à la fois, de la consommation pour les beaux tissus façonnés et brochés qui sont restés l'apanage réservé des métiers de la ville! Ce personnel de tisseurs d'élite, dispersé pendant les mauvais jours, pourrait-il être retrouvé.- Tous ces petits constructeurs d'ustensiles de tissage, groupés autour d'eux n'avaient-ils pas disparu? Pourrait-on reconstituer ces ateliers de Usage, inactifs depuis tant d'années, ces anciens cabinets de dessins et de mise en carte, d'où étaient sortis tant de modèles de grâce et de bon goûtr Une fois de plus la Fabrique lyonnaise, mettant en œuvre toutes ses ressources, a renoué la chaîne interrompue des vieilles traditions; la renaissance du façonné l'a trouvée prête à produire à la fois les plus somptueuses étoffes, valant jusqu'à 400 et $00 francs le mètre et les tissus teints en pièces dont le prix descend au dessous de cinquante centimes le mètre et qui n'ont que le mirage de la soierie.
C'est que nulle autre ville ne possède, à côté d'une organisation aussi parfaite, soit de métiers mécaniques, soit de métiers à bras dans les campagnes, ces incomparables tisseurs delà Croix-Rousse attachés à leur industrie comme le paysan à ses plaines et à ses montagnes, jaloux de leur indépendance, mais poussant au suprême degré Pamour-propre de leur travail, doués d'une ingéniosité inépuisable, habiles à tourner toutes les difficultés du tissage. Jacquard était un des leurs; ils aiment à le rappeler et la passion des petits perfectionnements de détail les hante, en même temps que ces utopies sociales, ces rêveries mystiques qui charment, dans leur isolement, le bruit monotone de leurs métiers.
Nulle autre ville ne présente un tel corps de traditions lentement acquises par la suite des siècles, un trésor aussi inépuisable de connaissances accumulées, à commencer par le maniement du fil de soie qui constitue à Lyon comme une aptitude héréditaire, qu'il s'agisse de tissage, de teinture, d'apprêt ou de tout autre manipulation. C'est à ces aptitudes particulières permettant d'employer les soies les plus fines que nous avons dû notamment l'industrie des tulles et des dentelles façonnées qui est venue s'implanter d'Angleterre à Lyon à la fin du xvme siècle et qui occupe aujourd'hui, soit au tissage, soit à la broderie, près de io,oooouvriers ou ouvrières. Nullepartonn'apousséaussiloinl'étude approfondie de la matière première. Les relations constantes de nos fabricants avec les filateurs et les mouliniers du midi de la France et de l'Italie l'avaient développée de longue date; elle s'est affinée encore au contact de ce grand marché universel des soies asiatiques dont le commerce lyonnais est parvenu, à force d'efforts, à déposséder Londres, afin de suppléer à l'insuffisance des récoltes de soies européennes.
Il y a trente ans à peine la presque totalité des soies de l'Extrême-Orient importées en Europe était débarquée à Londres : l'immense majorité de ces mêmes soies arrive maintenant à Marseille ou à Lyon. Sur les 50,000 balles expédiées de Shanghaï en Europe pendant la campagne soyeuse 1 888-1889, 5,561 balles seulement étaient destinées à Londres et 3 5, }6o balles à Marseille, pour le marché de Lyon. La proportion est la même pour Canton : des 8,624 balles expédiées de ce port en Europe pendant la même période, 7,359 balles ont été expédiées pour Marseille contre 1,265 balles pour Londres. En ce qui est des exportations de Yokohama, la prépondérance de la France est sur l'Angleterre encore plus forte: 17,981 balles pour Lyon contre 2,779 balles
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LAMPAS de MM BÉRARD & FERRAND
LA FABRIQUE LYONNAISE DE SOIERIES
pour Londres sur un total de 20,760 balles expédiées, toujours pendant la même campagne 1888-1889 (')•
La Condition des soies de Lyon, qui constate les affaires faites sur notre
Le commerce des soies de New-York, qui était autrefois tributaire de Londres et de Lyon pour les soies asiatiques employées par les fabriques américaines, a noué dans ces dernières années des relations d'affaires directes avec les marchés de l'Extrême Orient, et particulièrement avec le Japon. Yokohama, a expédié ainsi près de 20.000 balles de soies à New- York pendant l'année 1888-1889. Voici du reste le Tableau des exportations des soies de Chine, du Japon et des Indes de 1873 à 1888, d'après les circulaires des maisons de commerce de Shanghaï, Canton, Yokohama et Calcutta.