LES TISSUS DE SOIE
ET
L'EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES
^es rapports annuels de la Chambre de Commerce et le brillant exposé des pages qui précèdent établissent %§6? éloquemment que l'industrie de la soie est l'industrie lyonnaise par excellence.
Le développement merveilleux qu'elle atteint actuellement doit être attribué aux mêmes causes que l'extension à laquelle nous assistons dans toutes les autres industries : progrès de la mécanique, découvertes de la chimie, facilités de communications, création de débouchés nouveaux. On peut ajouter à ces éléments de prospérité, en ce qui concerne particulièrement notre industrie : améliorations incessantes apportées au métier à tisser, augmentation considérable des stocks de matières premières mises à la disposition des fabricants, soit que la sériciculture du bassin méditerranéen y subvienne, soit que les importations de soies asiatiques aient suppléé au déficit causé en Occident par les maladies du ver à soie.
Pour établir un tableau saisissant, tant au point de vue commercial, qu'au point de vue artistique de ce que l'Exposition lyonnaise a révélé de vigueur et
de progrès, jetons un regard en arrière et suivons à travers les siècles l'évolution suivie par la fabrication des étoffes de soie.
Nous n'avons pour cela qu'à résumer les pages que M. Pariset consacre à cet historique dans son remarquable ouvrage : Les industries de la soie.
Fig. 1. — Tissu en soie pure, antérieur au vme siècle.
Exécuté en cinq couleurs ; rouge, vert, bleu, jaune et blanc.
(Musée d'Art et d'Industrie de Lyon).
Période Byzantine. — C'est celle qui s'étend du i" au xe siècle de notre ère. La Chine est d'abord le grand fournisseur de ces produits : Constantinople est le principal marché, mais aussi le gros consommateur, et bien que la Grèce, province byzantine, se livre à la fabrication des étoiles de soie, peu de spéci-
L EXPOSITION LYONNAISE DE SOIERIES
mens arrivent en Occident. Les siècles les ont d'ailleurs fait disparaître, et les seuls fragments qu'on en trouve encore proviennent des tombeaux des hauts dignitaires civils ou ecclésiastiques.
Ces étoffes sont typiques par le tissage et le dessin. La chaîne est grosse ; la trame passe dans toutela largeur de l'étoffe, mais ne paraît à l'endroit que dans un espace déterminé par le dessin, et, là, lie toujours la chaîne de la même manière. La surface est brillante, mais plate ; on dirait le dessin d'un émail ou d'une mosaïque. Le tissu est mou.
Fig. 2. — Tissu soie et or, de la fia du xne siècle, à fond rouge et dessin or. (Musée d'Art et d'Industrie de Lyon).
Certaines étoffes sont à plusieurs trames formant camaïeu. Dans d'autres la composition est multicolore et à tons heurtés.
Le fil d'or n'est introduit dans les tissus que postérieurement au Xe siècle.
Le dessin rappelle presque toujours les jeux du cirque ou les chasses. La grossièreté, les imperfections du motif décoratif tiennent aux procédés primitifs de tissage et non aux artistes qui ont laissé d'autres preuves de l'étendue de
leurs connaissances. Une grande variété d'animaux se retrouve dans les compositions. Griffons, licornes, lions, éléphants, aigles, paons, faisans, canards, etc. L'art assyrien exerce aussi son influence et le dessinateur lui emprunte les fleurs, les palmes, les feuillages, les figures géométriques.
Citons enfin les croix tantôt isolées, tantôt enfermées dans un cercle.
De nombreux métiers tissaient sans doute les galons, d'une fabrication plus facile, et d'une consommation plus considérable.
Mais la grande fabrication devait être le tissage des étoffes unies. La broderie offrait des ressources depuis longtemps connues pour les décorer.
Ajoutons que dès cette époque on savait mélanger à la soie un textile plus commun pour abaisser le prix d'un tissu.
Période Arabe. — Les Arabes trouvent des manufactures de soieries florissantes en Perse et en Syrie. Ils leur accordent la protection la plus intelligente. Sous leur domination, Ispahan, Bagdad, Damas, Palerme, Almeria, Grenade, pour ne citer que les noms les plus connus, ont des fabriques importantes. L'industrie prospère, un vaste courant commercial ne cesse de faire circuler les produits. Les relations avec l'extrême Asie sont maintenues. Les bazars de toutes les villes importantes sont largement approvisionnés d'étoffes de soie. De là, l'abondance relative des étoffes de fabrication arabe qui représentent, dans les collections, les xue xuie et xive siècles.
Mais le grand nombre de points de production détermine une grande variété dans les produits, et il en résulte une grande difficulté pour fixer l'origine des tissus de cette époque.
Nous pouvons, d'une façon générale, constater de grands progrès dans le tissage. Les dimensions des dessins demeurent, il est vrai, restreintes, mais la contexture est meilleure ; la plupart des étoffes façonnées sont à double chaîne ; l'une pour faire le fond, l'autre pour lier la trame au dessin ; avec deux armures seulement, taffetas et sergé. Le dessin s'enlève bien. Tout indique une industrie soigneuse et maîtresse de ses moyens d'action.
L'or apparaît dans un grand nombre de tissus. C'est le plus souvent un fil de lin enveloppé de lamelles en baudruche ou papier doré.
Le drap d'or, dont nous donnons le dessin figure 3, est broché à la main,