PLUVIOSE AN IV
Un arrêté du représentant Reverchon renferme les prescriptions qui suivent :
«Vu la lettre du général de division Carteaux, commandant à Lyon ;
Considérant qu'ir importe de faire disparaître les signes de ralliement à la Vendée, et d'arracher aux royalistes tous les moyens de renouer leurs trames criminelles ;
Arrête: que les soi-disant victimes qui seront trouvées porteurs de signes de ralliement à la Vendée, savoir : gatices blanches, cadenettes on nattes retroussées, faces pendantes ou oreilles de chien, cravattes et collets verts, seront mis en état d'arrestation et poursuivis comme perturbateurs de la tranquillité publique.
Donné à Lyon, le 6 pluviôse, etc. »
ViAzm, Journal de Lyon, n» 97, 10 pluviôse an IV, 20 janvier 1796.
19 mai
ler PRAIRIAL AN IV
Le commissaire du pouvoir exécutif près le département du Rhône, Paul Cayre, adresse au Ministre de la police le rapport suivant sur les événements survenus à Lyon le i prairial an IV,
Citoyen ir.inistre,
La conspiration qu'a découverte et déjouée le Directoire exécutif me donnait de l'inquiétude sur une réaction de la compagnie de Jésus. Je communiquai mes craintes au général Alontchoisy le 29 floréal. Elle s'est manifestée le i^r prairial, à l'occasion d'un détachement de quinze hommes de la garnison, qui, rentrant entre onze heures et midi, s'étaient mis en bataille devant la porte de la maison commune de la municipalité du Nord , où siège l'administration du département.
Ce détachement a dû traiter de royahste un individu portant un bouton blanc à son chapeau, et ayant sur chaque flanc trois boutons formant un triangle regardé comme fleur de lys. Ce particulier répliqua par des invectives ; d'autres particuliers se joignirent à lui et la rixe s'engagea. Le détachement fut menacé de coups de bâton, il repoussa les assaiilans avec ses armes, et un individu fut grièvement blessé d'un coup de baïonnnette ; alors l'attroupement commença à se former.
Le président de l'administration du département avait déjà tenté d'apaiser cette rixe; je me portai sur le front du détachement et j'exhortai les plus échauffés à ne pas troubler la tranquiUité publique, en les assurant que justice serait faite et que la loi punirait les coupables. Toutes mes observations n'obtinrent que des vociférations. Je rentrai dans le lieu des séances de l'administration. J'appellai (sic) le général
Montclîoisy ; il vint avec une partie de son étatmajor; il employa beaucoup d'exhortations, promit justice, obtint des promesses qu'on se séparerait et des applaudissemens, et l'attroupement continuait. Un officier de la garnison, nommé Ronsereau, traversant cette foule pour venir à la maison commune, fut maltraité, terrassé et atteint d'un coup de pistolet sur l'escalier, à trois p.as du général.
Je requis le général de faire marcher la garnison ; il en donna l'ordre ; mais, au moment où un ba taillon débouchait sur la place, les séditieux se portèrent en masse à sa rencontre avec leurs bâtons et l'arrêtèrent.
Le général s'y porta et employa encore les moyens de douceur et de persuasion; sur les promesses réitérées qu'ils lui firent de se retirer, il la contremanda, et ce bataillon se retira. Un instant après, la soixantième demi-brigade ayant en tête Hayaert, chet de bataillon, débouchait sur la place à pas redoublés. Le général accourut et la fit retirer. De nombreux applaudissements succédèrent à cet ordre, le calme parut renaître ; cependant je vis un nommé Giraudier n'éviter la mort qu'en se jeitant (sic) au milieu de la garde, le visage ensanglanté et poursuivi à coups de pierres.
Quelque temps après les administrateurs de la police apprirent qu'un de leurs agents nommé Cérisia avait été tué à coups de pistolet. Ce meurtre fut suivi de celui de Roubas, capitaine réformé à cause de ses
LE CONSULAT ET l'eMPIRE
blessures . Pendant le reste de la soirée et de la nuit la ville fut calme; de nombreuses patrouilles la parcoururent et arrêtèrent la réaction des terroristes royaux de l'an 3 contre les terroristes de l'an 1763, [sic pour 1793 ?) qui leur servirent d'échelons pour arriver aux amis de la République.
Cependant quinze compagnons de Jésus se portèrent pendant la nuit du i^r au 2 dans la maison du nommé Dardel,à l'extrémité de la ville, comme étant isolée, pour y chercher une de leurs victimes qu'ils ne trouvèrent pas. Ils ont fait deux semblables perquisitions pendant la nuit dernière, heureusement inutiles. La ville de Lyon, Citoyen ministre, est restée calme. L'attroupement s'est borné à la'place de la Li'oerté, dont il occupait un tiers environ. Trente à quarante scélérats, parmi lesquels on a reconnu les compagnons de Jésus, l'agitaient; le reste a paru être des gens égarés par eux et des curieux imprudens.
L'on a dit qu'on avait fait boire, avant qu'il entrât dans la ville, ce détachement de quinze hommes, qui a été l'occasion de ce malheureux événement. Je puis assurer que je n'ai vu aucun de ces quinze volontaires, qui, à sa démarche et à ses propos, parût pris de vin. Je les ai vus pendant deux heures, et j'ai été présent à l'interrogatoire que leur a fait subir le général Montchoisy, pour connaître celui d'entre eux qui a porté le coup de baïonnette , qui a été cause de l'attroupement et le prétexte des meurtres qtii ont été commis. L'on avait trompé le général Montchoisy
l6 LYON SOUS Lli DIRECTOIRE
sur les auteurs de cet attroupement, qu'il annonça à l'administration du département être les anarchistes de 1793. Je le désabusai, pour que les mesures portassent à plomb, et je n'ai pas cesse de le désabuser dans les diverses lettres que je lui ai adressées... »
Pelzin, Joui tial (h' L\on, n" 107, du 18 prairial an IV, (6 juin 1796.)
Les Lyonnais étaient naturellement en désaccord avec le rédacteur du précédent rapport sur les auteurs des malheureux événements qui y .sont relatés. Voici comment Pelzia, organe d'une partie considérable de la population, raconte les faits :
(t Avant-hier, i" prairial, (il étoit environ midi, et la plus parfaite sécurité régnoit parmi les citoyens), un détachement de 14 hommes, faisant l'avant-garde de la soixantième demi-brigade, qui avoit été envoyée .1 Issingeaux, rentre dans la ville en' se répandant en imprécations contre les Lyonnois, qu'il traite de chouans. Arrivé sur la place des Terreaux, il annonce qu'il vient des environs du Puy, où il n'a pas ménagé les muscadins. En même temps il apperçoit (sic) non une gance blanche, mais un bouton blanc à un chapeau. C'étoit celui du citoyen Rollet. Ce père de famille est aussitôt percé de plusieurs coups de baïonnette Il tombe aux pieds de ses concitoyens; on l'emporte mourant. Mille cris d'indignation s'élèvent contre le détachement assassin. De nouveaux coups de baïonnette sont donnés et le sang de plusieurs
citoyens coule. Alors les pierres volent, le détachement est obligé de se réfugier dans l'hôtel commun. Cependant le commandant de la place, le général Montchoisy, arrive. Sa présence calme l'agitation. Mais une foule immense se presse autour de lui pour lui demander justice. Il la promet. Les quatorze hommes composant le détachement sont arrêtés et désarmés ; il en fait l'annonce, la place retentit d'applaudissemens. On alloit se retirer, lorsqu'on entend dans l'éloignement le bruit du tambour ; on se porte aussitôt à l'endroit d'où le bruit vient. Ce sont deux cents hommes de la cazerne (^sic) des Collinettes qui arrivent sur le pas de charge. Les citoyens en conçoivent des alarmes qu'ils font connaître au général. Sur leur promesse d'attendre dans le calme l'effet de la justice, les deux cents hommes sont renvoyés dans leur quartier. Au même instant un autre détachement de deux cents hommes, faisant partie du détachement cazerné {sic) aux Bleu-Célestes, débouche sur les Terreaux par la place des Carmes. Les mêmes alarmes se manifestent; elles redoublent à la vue de quelques volontaires, qui, sans ordre, chargent leurs armes, et parlent du rétablissement des sans-culottes ; mais d'autres volontaires s'étant permis des voies de fait contre deux ou trois jeunes gens, et ayant même blessé l'un d'eux grièvement, une action alloit s'engager, une horrible tuerie alloit peut-être marquer cette journée, lorsque le général instruit se porte à la hâte sur le lieu, arrache lui-même un jeune homme
des mains de deux volontaires et donne Tordre au détachement de rentrer dans la caserne.
A la suite de cet événement un agent de la police provisoire, nommé Seriziat, a été tué à la montée de la Glacière, et un nommé Roubas dans la rue de la Cage. Ces deux hommes, qui auroient dû chercher à faire oublier leurs anciens crimes, ont provoqué euxmêmes leur mort, le premier en déchargeant dans le tumulte un pistolet sur les citoyens ; le second en blessant d'un poignard un jeune homme qui lui a arraché son arme, qu'il a tournée contre lui-même.
Le calme est aujourd'hui, 2 prairial, parfaitement rétabli, il l'était déjà hier à six heures du soir. Il est dû entièrement à la pleine confiance qui existe entre le général Monichoisy et les citoyens, qui le proclament l'ami de l'humanité et le sauveur de Lyon ; car il n'est pas douteux que l'événement du !«■■ prairial à Lyon ne sôit une queue de la conspiration du 22 floréal à Paris.
On connoît maintenant les raisons de l'apparition subite dans nos murs de tous ces suppôts de CoUot et de Robespierre, qui n'avoient pas encore osé se montrer depuis le 9 thermidor ; celles de la présence de plusieurs montagnards forcenés des communes voisines. On a la certitude qu'ils avoient donné à quelques citoyens qu'ils vouloient bien protéger l'avis secret d'une explosion très prochaine, et les avoient invités à s'éloigner pour un temps de la ville.
On assure généralement que plusieurs individus
LE CONSULAT ET L'eMPIRE I9
avoient été accueillir l'avant-garde avec des boissons à quelques lieues de Lyon et l'avoient circonvenue.
On donne beaucoup d'éloges à la conduite vraiment républicaine des volontaires qui composoient la garde de la maison commune. Si parmi ceux de la caserne des Bleu -Céleste, quelques-uns ont oublié que les soldats et les citoyens sont frères, cet oubli est attribué aux insinuations perfides des ennemis du gouvernement. »
Le P'' prairial, à la suite de l'échauffourée qui vient d'être racontée, le général Montchoisy adresse aux citoyens de Lyon les deux proclamations suivaines :
« Citoyens, dans les momens de désordre qui ont troublé la tranquillité et la sûreté de ce canton, j'ai recueilli de vous bien des promesses de calme et de sagesse : je les reçois avec reconnoissance, comme vous les tiendrez avec loyauté. Je vous préviens que je vais prendre toutes les mesures que commandent les circonstances, pour que les citoyens ne soient point alarmés d'un moment d'agitation, qui, sans doute, n'aura plus de suite. La troupe restera sous les armes, les postes seront doublés, les patrouilles se succéderont, et l'honneur des Lyonnois, sur lequel je compte, m'épargnera la douleur de déployer, pour faire respecter la loi, des moyens de force qui sont dans mon devoir, mais qui ne s'accordent point avec mes affections pour un peuple, chez qui j'ai la gloire
bien pure d'avoir maintenu jusqu'à ce jour l'ordre et la sûreté publique. »
Lyon, le i" prairial, an iv de la République.
L'autre proclamation du général en date du même jour, est ainsi conçue :
« Citoyens, des assassinats publics ont été commis et j'ai promis justice. Demain, je convoque à cet effet un conseil de guerre, mais il lui faut des renseignemens. Tous ceux des témoins des délits et de leur origine sont invités, sont priés de venir au quartier général, sans délai, déposer la vérité et diriger par des détails circonstanciels l'opinion des juges militaires.
Lyon, le i<;i^ prairial an iv.
Le général de division,
MONTCHOISV.
Pclzin, Journal de Lyon, n" 103, (3 prairial an iv, 22 mai 1796).
La lettre suivante, trouvée avec d'autres papiers dans un portefeuille oublié au milieu des verres et des bouteilles dans un cabaret, donne une idée des vrais coupables sur lesquels il faut faire peser la responsabilité de la journée du i'^"' prairial.
Au citoyen Boucharla à Genay.
A Lion, ce 15 mai 1796.
Mon cher Boucharlat, voilà que je crois biento ton exil fini, les patriotes von avoir le déçu pran pacience
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encore quelque tance tu te pliii quon ne ta pa fait touché d'argent depui Ion tan nou avon cepandan recommandé à C. qui et le boursié de Neuvile de te remetre 30 liv. tu ne uou dit pa si tu les a resu, y ne vien rien de Paris depuy lontant parce que nos frères ont de deçou come nou. Nou doneron un bon cou de main biento nous atandon un batayon ici tout de véritables sans culote les chef son bon ils son tout pour nou il son tou prévenu depuy Besauçon que le aristocrate et les muscadins ont le déçus ici II son prévenu que le général d'ici qui s'appelle Monchoisy et un véritable coquin qui fait contre le patriote et se tien ausi de la ristocratie mé tout ça na cun tan quan le batayon cera ici nous feron dancé une belle carnianiole à tou ces coquin qui l'on manqué dans le tan, si nou avon le decu je tanveré de suite cherché par ta famé à qui le tan dure autan qua moi de te voir venir ranforcé les sanculote ta di à Galet qui fu te voir l'otre dimanche que tu a toujour dans ta paroisse de aristocrate qui t'inçulte et que ces sacré coquin de pesan son coronpu tu en sera bien vangé de même que de ses sacrés lâche de déserteur des batayon le povre Gonin qui et toujour en prison ici cet combien tu soufre dans ce sacré coquin de village m'a dit que pour te vangé quan y sera rétably an place qui te fere avoir l'ordre de les fère tou rejoindre et suivant la loi foutre tous ces père et mère en prison et vendre leur bien, pran pran patience ca ne durera pas antretien toi toujour avec
ces deux sacré coquin de pésans avec qui nous bunie chés toi ca sera toujour des cadé qui serviron bien pour fère arrêter ces jeunes gans de la réquisicion une foi qui seron déor une sisenne de Jbon bougre les feron cliié dans leur culote de peur. Boi toujour quelque cou pour noyé ton en nui ca ne peu pas duré lontan et méprise tous ces vils aristocrates et ces fanatique qui non ainvé la révolution que quan ison trouvé à volé et à san riclii de dépouile de ces gro des viles que nou apartiene plutôt qua eux parce que ces gro des ville s'étoi enrichi à nos dépan ta fanie connesé mieu ces coquin de pésan que toi elle te dise toujour que n'étion que de ipocrite et que u'étion pa patriote léson ca et parlon un peu des veceau de l'éta je te dire que les patriotes se rande à Paris pour un cou de min suivant ce que j'ai entendu dire si son le dessu les bougre daristocrate son foutu et la bienureuse guillotine marchera je nai pa pu savoir au juste com on comancera mais les montaguar de la couvention on ecri de vite se rendre à Paris on dit que la troupe et dans les principes de la risto^ratie mais tu se qu'un véritable sans culote vot deux aristocrate je te promé que quan il i aura quelque chose de sur pour nou je te le marqueré tu es plus eureu que nou tua un bon gite pour nous nous avons bocou de crinte ces vils açacins en détruise sou van, nos trois ami que tu à caché ché toi un moi aurion été foutu ici les açasin le on épié pendan 1 3 jour ta povre famé nou et d'un grand secour.
Adieu boi souvan à nos santé avé les amis de
neuville vasi dimanche il i a un dinc de sanculote
ché le vinégrié.
Ton ami, G. B.
Pelzin, Journal de Lyon, n" 200, 30 floréal an v, 19 mai 1797.
27 mai
Le Directoire, sans doute à raison du rapport de Paul Cayre, commissaire du pouvoir exécutif près le département du Rhône, rapport qui mettait injustement à la charge des Lyonnais toute la responsabilité des événements du i prairial, prend l'arrêté suivant, dirigé et contre les magistrats municipaux de Lyon, et contre le général Montchoisy. Ce général, quoiqu'il eût entre autres mesures prises pour assurer la tranquillité publique, défendu aux Lyonnais l'usage des bâtons qu'ils avaient pris l'habitude de porter, est destitué, comme n'ayant pas a déployé l'énergie qu'exigeait la situation de la commune de Lyon : »
«. Le Directoire exécutif, vu le rapport du Ministre de la police générale relatif à la situation de la ccm-
mune de Lyon et à la nécessité d'y établir un régime de police capable d'y ramener l'ordre et le respect dû aux lois :
Considérant que l'événement arriv.é à Lyon le premier de ce mois paraît être l'effet d'une odieuse réaction de la part des royalistes ; qu'en cherchant à comprimer l'anarchie, le Directoire doit s'appliquer également à empêcher toute espèce de réaction, à poursuivre toute action qui tendrait à renverser le gouvernement républicain ;
Considérant, que quel que soit le nombre des malveillans dans la commune de J-yon, la masse du peuple y est bonne, qu'il suffit pour la ramener à l'exécution des lois, d'y établir une exacte poHce, dont la sagesse l'éclairé et dont la fermeté le garantisse des efforts et des suggestions des ennemis du bien public ;
Considérant que l'effet du décret du 6 messidor de l'an 3 qui avait mis Lyon en état de siège, et avait retiré la pohce des mains des autorités civiles, pour la remettre en celles de l'autorité militaire, est censé aboli par la constitution : que déjà il existe à Lyon des municipalités d'arrondissement et un bureau central ; mais que ces autorités se croient dans l'impuissance d'agir, par la persuasion où elles sont que les effets du décret du 6 messidor subsistent encore ;
Considérant que cette inaction, de leur part, pourrait encore avoir les suites les plus funestes, tant
par le mépris, que le peuple est naturellement porté à concevoir, d'une autorité établie, et qui n'a pas le pouvoir d'agir, que par la sécurité où pourrait se croire l'autorité militaire, qui, se persuadant aussi qu'une autorité rivale vient d'être élevée à côté d'elle, n'exercerait ses fonctions qu'avec crainte ou défiance ;
Considérant que le général Montchoisy n'a pas déployé l'énergie qu'exigeait la situation de la commune de Lyon ; qu'il était de son devoir de dissiper par la force, conformément aux dispositions des articles 365 et 366 de la Constitution et de la loi du 27 germinal, l'attroupement duquel il est résulté le meurtre de plusieurs citoyens.
Arrête :
Article premier. — Le général Montchoisy est destitué de ses fonctions.
Art. h. — Les auteurs, fauteurs et complices des meurtres, assassinats et autres délits commis à Lyon le i« de ce mois, seront exactement recherchés et poursuivis; les commissaires du pouvoir exécutif près l'administration centrale et près les tribunaux civils et criminels sont chargés, sous leur responsabilité personnelle, de prendre toutes les mesures et de faire toutes les diligences nécessaires pour qu'ils soient Hvrés à la justice et jugés promptement suivant la rigueur des lois.
Art. in. — Les municipalités d'arrondissement et
le bureau central établis à Lyon en exécution de l'acte constitutionnel entrevont dans l'exercice de leurs fonctions, aussitôt la promulgation du présent arrêté.
Art. IV. — Néanmoins dans toutes les opérations qui auront pour objet la sûreté et la tranquillité publiques, elles se concerteront avec l'état-major de la place, de manière que toute mesure à prendre à cet égard soit le résultat du concours des deux autorités .
Art. V. — Le bureau central fera exécuter dans toute sa force l'article VII de la loi du 6 messidor de l'an 3, relatif aux individus non domiciliés à Lyon, depuis les six mois antérieurs à la dite loi qui sont tenus d'en sortir.
Art. VI. — La partie des subsistances est confiée exclusivement aux municipalités d'arrondissement et au bureau central, sauf à l'autorité militaire à protéger, quand elle en sera requise, les arrivages et l'approvisionnement des marchés, suivant les règles établies par la loi.
Art. VII. — Le bureau central exercera la plus sévère police aux spectacles ; il veillera à ce qu'il n'y soit représenté aucune pièce qui puisse donner lieu à des allusions capables de troubler l'ordre et la tranquillité publics.
Art. VIII. — Le Ministre de la justice chargera le Commissaire du Directoire près le Tribunal de Cassation de requérir, pour les clauses énoncées au troisième paragraphe do l'article 254 de l'acte constitu-
tionnel, le renvoi des procéduies qui seront faites en exécution du présent arrêté, circonstances et dépendances à un autre directeur de jury que celui de l'arrondissement de Lyon et à un autre tribunal criminel que celui du département du Rhône.
Art. IX. — Les Ministres de la justice, de la guerre et de la police générale sont chargés chacun en ce qui les concerne de l'exécution du présent arrêté qui sera imprimé.
Carnot, jn-csidciit.
Lyon, Dàstcfanis. iit-Joliu.
30 mai
La fête des Victoires et de la Reconnaissance, écrit Pelzin dans son journal, a été célébrée avec pompe et solennité, quoique contrariée par une pluie abondante. Des discours, des chants analogues, des salves d'artillerie, des cris nombreux et unanimes de: Vive la République ! ont caractérisé cette fête, à laquelle toutes les autorités ont assisté. Les seuls administrateurs provisoires de la police Badin, Parenthou et Rivaux ont fait remarquer leur absence. Parmi les discours qui ont été prononcés, on a distingué celui du chef de la 12"": ti^.,iii brigade Lucotte, et dans ce discours le passage suivant :
« Et VOUS, Lj'onnais, à qui l'étranger et l'anarchiste ont fait tant de maux, ce jour ne vous intéresse-t-il pas deux fois? Nous avons vaincu Ils puissances jalouses et rivales de votre industrie, de votre commerce, le premier du monde". Votre courage, dans ce jour mémorable, l'emporta sur l'audace des scélérats, qui pourtant ont après envahi la criminelle puissance d'appeler sur votre ville le fer, la flamme, le pillage, la mort ! /. Aujourd'hui le gouvernement et ses amis triomphent ; aimez, aimez la République sage, ce n'est plus la République de Robespierre ; réunissez-vous à vos frères d'armes pour la faire triompher toujours ; s'il faut une dernière victoire sur l'étranger, sur le parti qu'il alimente au sein de la France, sur les anarchistes, réunissons-nous ; le parti le plus juste sera vainqueur, et nous jouirons ensemble des bienfaits de la Victoire, qui amène la paix, la paix qui rappelle l'ordre, le commerce, le règne des lois, l'abondance, les vertus, le bonheur. »
Pelzin, Journal de Lyon, n" iio, fay prairial an W , 15 juin 1796.)
31 mai
Le Ministre de la guerre écrit au général Montclioisy pour lui annoncer sa destitution:
« J'ai reçu, général, la lettre en date du 5 de ce mois, qui renferme le détail des mesures que vous avez adoptées pour rétablir la tranquillité dans Lyon. Lorsque vous croyez avoir tout fiiit pour remplir les devoirs que la circonstance vous imposoit, il m'est pénible de vous annoncer la destitution que le Directoire, par son arrêté en date du 8 de ce mois, relatif aux troubles de cette grande commune, a prononcé contre vous. Puissiez-vous convaincre bientôt le gouvernement de la pureté de votre conduite et me procurer l'avantage d'être chargé de vous rendre sa confiance.
Salut et fraternité,
Signé: Pettit. »
Pelzin, Journal de Lyon, n" 108, 20 prairial an YV , mercredi 8 juin 1796.
5 juin
Les chefs des bataillons et escadrons de la garnison de Lyon, les officiers attachés à l'état-major de la place, et les sous -officiers et soldats adressent au Directoire une protestation contre la destitution du général Montchoisy :
Citoyens directeurs,
«■ Ceux qui se battent pour la République, ceux qui défendent la constitution, ont sans doute le droit de se
compter au nombre des citoyens et seront écoutés avec confiance par le gouvernement, s'ils se permettent de faire entendre leur voix.
Militaires, il ne nous conviendroit pas d'être d'aucun parti !
Militaires, nous devrions ne nous occuper que de nos devoirs ! Cette pensée est pour les officiers qui veulent être le jouet, les lâches instrumcns des factions qui domineraient ! ! Mais nous qui sommes d'un parti, nous qui avons juré avec réflexion la constitution de 1795, la maintenir, la protéger, défendre ceux qui l'aiment, est encore un de nos devoirs, et c'est avec reconnoissance que nous allons le remplir dans un moment qui intéresse un officier général précieux à la République par ses talents militaires, sa prudence, sa fermeté sage, ses vertus civiques et morales, par sa conduite jamais incertaine.
Nous osons le déclarer au Directoire exécutif, on a trompé, surpris sa religion en lui faisant un rapport astucieux sur les événements qui ont troublé la ville de Lyon ces premiers jours de prairial. On lui a fait commettre une injustice, en provoquant, en obtenant la destitution du général Montchoi.'^y
Un assassinat commis par un soldat sur un citoyen paisible, par suite de propos injurieux, de provocations entre un détachement et des citoyens, a causé des rassemblemens nombreux. Le sang versé arbitrairement a échaulFé, révolté les esprits. D'un côté les royalistes, les amis des réactions, les hommes de
désordre accouroient pour satisfaire leurs passions ; de l'autre, les anarchistes, autant ennemis du gouvernement, venoient avec audace, poussés par l'espoir de triompher, de rétablir leur règne atroce et de diriger à leur gré coupable le mouvement commencé sous les auspices les plus sinistres. On crie vengeance, on alloit s'égorger, le général Montchoisy, aiiporté par la sollicitude paroît, il voit une multitude de citoyens remplissant la place, assiégeant, pour ainsi dire, la maison commune, où s'étoit retiré le détachement, et où étoient renfermés des magistrats avec leurs agens qui sont loin de posséder la confiance publique.
Le général harangue la foule, il essaye de calmer l'agitation, il donne (article 366 de la constitution; l'ordre de se retirer, il promet justice, il réussit avec trop de peine à se faire entendre par la multitude poussant des cris d'indignation, et redoutant de voir renaître le temps de pillage, de mort, de destruction qui déjà avoient désolé, perdu cette intéressante et malheureuse cité.
Pendant que la prudence du général luttoit contre la violence des esprits, la troupe après des ordres donnés, descendoit de ses quartiers pour venir protéger la maison commune et dissiper les rassemblemens. (art. 366 de la constitution) Au bruit du pas de charge, les citoyens que l'on engageoit par la voix de la persuasion à se retirer, saisis de l'inquiétant effroi qu'inspire la fermeté même, ne fuyent pas, mais se portent au devant de la troupe, demandent que les
bayonnettcs se retirent, que le plomb mortel ne verse pas inutilement un sang précieux, et continuent à promettre obéissance aux sommations du général : lui seul s'est montré, lui seul s'est dévoué, il est la seule autorité qui ait bravé l'insurrection. Les bataillons reçoivent l'ordre de se retirer, les rassemblemens disparaissent, la tranquillité renaît, et de fortes patrouilles, le reste du iour comme la nuit, protègent l'ordre.
Dans ces mouvemens trop dangereux, même après, des crimes ont été commis. Le sang versé d'un citoyen innocent, cette calamité publique, avoit étouffé dans les cœurs toute humanité ; quelques hommes, qui dans leurs places avoient abusé de leurs pouvoirs, s'étoieni aliéné la confiance publique, avoient attiré sur leur existence la haine de ceux qui ont souffert, ont eu l'imprudence de se montrer pnbliquement, leur présence a forcé leur égorgement par des furieux qui ne conuoissent que la justice des passions féroces et oublient dans leurs excès criminels ce pouvoir qui n'appartient qu'aux loix {^ic\
Mais ces crimes, ces assassinats n'ont-ils pas été commandés, protégés par les circonstances, commis dans le désordre de l'insurrection ? Mais ces crimes, ces assassinats, ont-ils été favorisés par le général qui employoit toute son énergie, toute sa prudence pour épargner le sang ? Mais ces crimes n'ont pas été répétés quand la tranquillité publique a été rappellée ! (sic) Mais les victimes étoient armées de poignards et
de pistolets! Mais enfin quelle autorité, quelle puissance auroit pu les prévenir, les empêcher, en arrêter les auteurs ? Q.uand une ville entière s'émeut, se soulève, l'œil le plus vigilant, l'activité la plus étendue, la force, les mesures les mieux dirigées empêcherontils des malheurs ? Non, et de toutes les injustices la plus abominable, la plus réfléchie, est celle qui rend responsable des cvénemens celui qui ne peut que les comprimer, les arrêter, mais jamais les prévenir.
Qj.iand le sang d'un malheureux père de famille indignoit, soulevoit, exaspéroit tous les cœurs, quand des milliers de citoyens, se retraçant tous les maux qu'ils ont éprouvés, demandoient vengeance, quand sans armes, mais avec l'énergie du pays, leurs voix tonnoient contre les anarchistes, il etàt donc fallu ordonner aux troupes le massacre inutile des insurgés. Il eût donc fallu appeler aux armes une ville populée, (sic) que le royalisme, habile à profiter de tout, auroit entraînée, la forcer à lutter contre deux bataillons, qui, avec une résistance opiniâtre, immolant beaucoup de citoyens, eussent aussi beaucoup perdu des leurs ? Si le sang des citoyens, si celui des soldats n'est pas précieux, oh ! le général qui a voulu le ménager est coupable, le gouvernement a dû le destituer !
Au narré précis de l'événement, aux réflexions qui s'ensuivent nous n'ajoutons rien, nous terminons en déclarant au Directoire exécutif que le général de division Montchoisv a exécuté de tout son courage
la constitution ; que sa conduite, sa fermeté, sa prudence pendant le premier jour de prairial loin de lui valoir sa destitution lui méritent la reconnoissance et les éloges des bons citoyens et des braves militaires.
Que le Directoire exécutif a été trompé.
Que la perte d'un général dont la moralité, les talens, la sagesse etjes vertus civiques et morales sont connus, est un grand malheur pour les armées qu'il honore.
Que l'injustice commise envers un officier supérieur aussi recommandable doit être réparée, ou que les militaires, amis de leur état, dévoués à l'ordre, à la justice, au maintien du gouvernement doivent désespérer de servir utilement, si le sort des meilleurs généraux dépend des rapports d'une autorité suspecte ou des efforts de l'intrigue.
Nous n'appellerons pas à l'appui de nos attestations celles des soldats, nos frères d'armes ; ils doivent savoir mieux se battre que suivre les événemens politiques ; ils peuvent être trompés par les intrigans de tous les partis ! Mais nous qui avons l'avantage honorable de commander, nous osons croire qu'il nous importe de savoir pour qui, comment et à quelle fin nous devons commander. Nous osons croire encore que notre témoignage est celui de la vérité, que le gouvernement le recevra favorablement, et que le brave général si digne d'inspecter, d'instruire, de commander dans les armées , obtiendra une prompte
justice. Tel est notre vœu bien sincère, bien tonde, telle est la volonté du Directoire exécutif, nous le présumons.
Respect et dévouement.
Les officiers attachés à l'état-major de la place de Lyon ont dit : « Des militaires méconnaissent l'art de feindre et de tromper. Forts de la vérité que nous connaissons, nous ne craignons pas d'attester hautement que la lettre que vous adressent les chefs de la garnison de cette place est exacte dans tous ses détails et que les faits qu'elle rapporte sont tels qu'ils se sont opérés. Nous espérons que la vérité triomphera et que le gouvernement saura distinguer les hommes justes des hommes méchans ; puisque ces derniers nous forcent de rompre le silence, nous osons croire que la conduite du général Montchoisy, qui a évité à cette fameuse cité des malheurs incalculables sera enfin reconnue. »
Les officiers des corps ont ajouté :
« Nous, capitaines, lieutenans et sous-Iieutenans, employés dans les compagnies, après avoir pris connaissance de la lettre de nos chefs au Directoire exécutif, en certifions la vérité, rendons avec eux justice à la conduite du général Montchoisy, et demandons avec confiance au gouvernement de réparer sur des rapports sincères, l'injustice qu'a dû attirer sur un brave général ou la perfidie, ou l'erreur, ou l'intrigue. »
Du 17 prairial an IV de la République, les sousoffîciers et volontaires de la douzième demi-brigade d'infanterie au Directoire exécutif:
Citoyens Directeurs,
Apprenant que nos officiers viennent de vous écrire en faveur du général Montchoisy, fâchés de ne pas avoir été appelles (sic) à réunir nos vœux aux leurs, non moins enthousiasmés de sa conduite admirable, nous osons, aussi nous, élever nos voix en faveur de l'innocence opprimée.
Qiioi, citoyens, au moment où les casernes at la ville retentissent des éloges de ce brave général, au moment où dans l'effusion de nos cœurs, nous ne savons quel hommage lui rendre, il se trouve des hommes assez pervers pour le dénoncer ! Voudraientils donc ces ennemis de l'humanité que Montchoisy nous eût ordonné de répandre le sang de cette foule de Français réunis ? Ah ! cette barbarie eût répugné à nos cœurs! Nous voulons la République. Oui, nous la voulons I Nous saurons la défendre contre quiconque osera l'attaquer ! Mais détruire nos concitoyens que la frayeur, la curiosité amenaient sur une place publique ! Nous ne sommes pas des Babœuf ! N'offrirent-ils pas au général de se retirer ? N'exécutérent-ils pas cette promesse et que demander de plus ?
Nous n'aurons pas l'éloquence des dénonciateurs.
sans doute, mais pourvu que vous puissiez entendre le vœu de nos cœurs, nous aurons toujours assez bien dit.
Vive la République ! Respect et obéissance ,
Felzin, Journal de Lyon, n° io8, 20 prairial an iv, 8 juin I 96 (i).
II Juin 1796
Le général de division Héli arrive à Lyon pour remplacer Montchoisy.
27 Juin
Mohamet Goga, commandant général de^la marine et gouverneur de Porto-Farina, arrive à Lyon, allant à Paris en qualité d'ambassadeur de Tunis. Dans sa
suite composée de quatorze personnes se trouvent son fils, jeune homme d'environ seize ans, un secrétaire d'ambassade, le vice-amiral de Tunis, un médecin et un drogman ou interprète. On n'a pu rien savoir de l'objet de sa mission. Il passera peut-être de Paris à Londres, écrit Pelzin. On lui a donné une garde d'honneur.
Pel^inj Joui liai de Lyon, n" 114, (11 messidor au .'/', 25? juin J']<)C'>)-
3 Juillet 1796
L'nmbassadeur de Tunis quitte Lyon après y avoir assisté le décadi précédent à la fête de V Agriculture
Pel^n, Journal de Lyon, n° 11^, (73 messidor an IV, 3 juillet ijp6).
Juillet
<( Un Corse, qu'on dit s'appeler Pancrasse Histria, passant par Lyon, s'était permis à l'hôtel où il logeait, en présence d'un très grand nombre d'assistans, des propos infâmes contre les Lyonnais : « La ville n'avait pas été asseï punie... on devait entièrement la raser... il ne faudrait épargner aucune tète, etc. etc. » Ces propos, exécrables d'ailleurs, excités par certains journaux qui distillent continuellement le venin de la fiiction baboviste, étaient très imprudens dans une commune remplie de ruines et de décombres, qui rendent sans cesse présens les anciens crimes de ses tyrans, les abominations des Collot, des Fouché, des Dubois- Ciancé, et de tant d'autres. Ils furent bientôt connus dans toute la ville; et le lendemain, le Corse Histria fut trouvé sur le quai de Serins, blessé et couvert de sang. Il est emporté à l'hôpital : peu de jours après, le
26 du courant, il reçoit dans son lit un coup de poignard qui lui donne la mort. Par quelque main qu'ait été commis ce meurtre, il est affreux, révoltant; il l'est surtout par la violation d'un lieu qui jusqu'à aujourd'hui n'avait cessé d'être sacré que pour le féroce Dubois-Crancé, qui fit bombarder cet azyle (sic) de l'humanité souffrante.
On a arrêté cinq individus qui se sont trouvés dans l'intérieur de cette vaste maison au moment où l'on s'est aperçu de l'assassinat ; mais il paraît par tous les rapports qui nous ont été faits que le vrai coupable s'est évadé et n'est point connu. Quand ou se décide à un pareil acte dans un lieu bien surveillé, qui renferme une immense population, qui est de plus entouré de barrières et d'une garde nombreuse, il est à présumer que l'on a pris toutes les mesures propres à favoriser la retraite. »
Peîiin, Journal de Lyon, n" iiç, (jo messidor an IV, I S juillet 77 95). »