‹ Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents; (volume 2)Chapitre 8 sur 23 · ET 19 VENDÉMIAIRE AN V · texte numérisé non relu

ET 19 VENDÉMIAIRE AN V

La Commission militaire, chargée de juger les conspirateurs du camp de Grenelle, condamne à mort entre autres accusés, Antoine-Marie Bertrand, âgé de 42 ans, négociant, manufacturier, ex-maire de Lyon, natif de cette ville et demeurant à Paris, rue Montmartre, n° 238, arrêté sur la route de Sèvres, armé d'un sabre ; Claude Javogues, âgé de 57 ans, propriétaire, natif de Bellegarde, canton de Chazel, district de Montbrison, département de la Loire, demeurant à Paris, rue de Cléry, no 49, ex-conventionnel : arrêté porteur d'un plumet, d'une écharpe de député et d'un poignard ; Joseph Cusset, âgé de 3S ans, négociant en soieries, natif de Lyon, demeurant à Paris, rue de l'Ecole-de-Santé, n° 31, ex-conventionnel, est condamné et exécuté le 10 octobre (14 vendémiaire).

La Galette Nationale ou le Moniteur Universel an V, no 20,

10 vendémiaire (i i octobre ijç6),

« Javognes, dit Pelzin, a balbutié la Marseillaise en allant au supplice. Il avoit été arrêté le 24 fructidor à 1 1 heures du matin au grand Montrouge par la gendarmerie, et traduit devant le juge de. paix de Fontcnay-aux-Roses. II avoit sur lui un plumet, une

écharpe de député et un poignard. Il voulut persuader à ses juges qu'il n'avoit été arrêté que comme voleur.

Javogues fut un des bourreaux de Lyon. Par sa conduite révolutionnaire, il peut figurer à côté des CoUot et des Carrier. Il a couvert son département de cadavres ; il fusilloit des communes en masse. Il se faisoit accompagner dans ses missions d'une guillotine. C'est lui qui dit dans la Société populaire de Bourg que « la 'E^épithlique ne pourrait jamais s'établir que sur le cadavre du dernier des houiictes gens. » Il est célèbre dans les fastes du jacobinisme par sa dénonciation contre Couthon, qu'il accusoit de modérantisme et de faiblesse.

Javogues avoit trente-sept ans. Il avoit été membre du Comité de sûreté générale sous Robespierre, et en dernier lieu employé dans les bureaux de Merlin et chargé des radiations sur la liste des émigrés.

La nouvelle du supplice de ce monstre a fait une si vive sensation dans les communes de Montbrison et de Saint-Etienne, qu'elle s'est manifestée, dit-on, par une illumination générale.

Cusset, qui avoit montré beaucoup d'impudence dans son interrogatoire, est allé à la mort en lâche.

Il fut arrêté le 24 fructidor à une heure et demie du matin, dans la rue de VaugirarJ, un peu au-dessus des Invalides, c'est-à-dire aux environs de Grenelle.

Cusset s'étoit rendu fameux par sa conduite crapuleuse et sa correspondance avec Carrier. Il fut intri-

gant et frippon (sic) toute sa vie. Il étoit âgé de trente-huit ans. »

Pel\in, Journal de Lyon, n° 144, (30 vendémiaire an F), vendredi 21 octobre iy^6.

Arrivé au lieu du supplice, l'ex-maire Bertrand, dit Pelzin, harangua les soldats au nom de la liberté, de l'égaUtéj etc. etc. et les accusa d'être les esclaves des députés. La liberté, répondirent les grenadiers, vous ne la vouliez que pour vous, et ils lâchèrent leurs coups de fusil.

Le Jotiriial des hoiiiiiies libres, en rendant compte de l'exécution, a fait l'éloge le plus complet de Bertrand. « 11 a été condamné, dit-il, sans preuves, sans avoir fait d'autre crime que de joindre à des talens, de grands services révolutionnaires. » Or, ces services sont comme chacun sait, la guillotinade, la fusillade, la mitraillade des habitans de Lyon. Il a fait périr jusqu'à son neveu : Collot n'avoit pas de suppôt plus cruel et plus hypocrite.

La fraternisation de Grenelle ayant eu un succès contraire aux vœux des fratcrnisenrs, Bertrand se réfugia avec Baby et Hennequin sous le chaume d'un moulin à vent où ils attendirent le point du jour. S'étant décidés alors à aller à Sèvres, chez un des amis de Baby, ils furent arrêtés en route, Bertrand, avec deux sabres, et conduits au camp. Bertrand avoit quarante-deux ans.

Pel:^iii, Journal de Lyon, n° 14^, {2j vendémiaire an F), 18 octobre i'/<)6.

28 Février 1797

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