Lyon de 1778 au Directoire, notes et documents;
Le compte-rendu de l'assemblée orageuse des corps administratifs, tenue le 1 3 janvier, dans la grande salle de l'hôtel commun , nous a été conservé. Il a été imprimé plusieurs fois, et en voici les principaux passages :
« Le citoyen Lambert, organe des citoyens de Lyon, fait lecture d'une adresse à la Convention nationale, relative au prompt jugement de Louis le traître :
« Mandataires, vous avez juré de purger la France de la tyrannie, et Louis le tyran respire, tenez votre serment ; le renvoyer aux Assemblées primaires , ce seroit embraser la République des feux de la guerre civile. »
L'orateur s'est tû, et soudain les voûtes de la salle ont retenti d'applaudissements , et les bravos ont fait éclater l'enthousiasme populaire : « Citoyens magistrats, nous venons de vous transmettre nos sentiments républicains , nous vous invitons à élire dans votre sein des commissaires qui les porteront à l'Assemblée Nationale (Applaudi). »
Le citoyen maire a prononcé un discours plein d'é-' nergie , où il a développé son opinion et les principes sur lesquels elle étoit assise (Applaudissements.)
Plusieurs membres ont successivement pris la parole, et , en adhérant à l'adresse , ont pensé que Capet devait porter sa tête sur l'échafaud. (Applaudissements réitérés.)
Les spectateurs ont fait silence, et les présidents des corps administratifs et judiciaires se sont levés, et avec le mâle accent du patriotisme , ont manifesté le même vœu.
Le citoyen maire a fermé la discussion et a mis aux voix si l'adresse lue par le citoyen Lambert seroit adoptée , ou s'il en seroit rédigée une nouvelle ; au milieu de la bruyante explosion des transports patriotiques, l'adresse soumise à l'Assemblée est adoptée.
Le procureur de la commune a élevé la voix et a dit : « Frères et amis , ne nous séparons pas , nommons, séance tenante , les commissaires chargés de porter cette adresse à la Convention nationale. »
L'Assemblée, par un mouvement spontané, s'est levée, en y adhérant.
Aussitôt les citoyens administrateurset j udiciaires ont élu pour commissaires les citoyens Gaillard, membre du tribunal du district, Lafarge , membre du tribunal de commerce , Bertachon , membre du directoire du district , Granier et Emery , membres du Conseil général de la commune.
Un des membres a appelé l'attention de l'Assemblée sur le mode à adopter pour recueillir les signatures des citoyens, et de suite il a été arrêté que le tarhbour seroit battu dans chaque section, qu'il seroit dressé des listes sur les places publiques , à l'elîet d'y recevoir les signatures ; arrêté encore que le présent procèsverbal seroit publié et envoyé dans les quatre-vingtquatre départements de la RépubHque.
Lyon, ,A. Leroy, i']<)S, in-4, de 2 pages. — P. Bernard, in-8, de 4 pages. — /. Pellisson, in-12 de 6 pages.
Deux cents signatures, au plus, furent apposées au bas de cette adresse, malgré l'empressement des clubistes à la signer, malgré leurs menaces de noter sur une liste noire les assistans qui ne signeroient pas avec eux. L'administration du département , que la municipalité avoit convoquée pour signer avec elle,
refusa de s'y rendre ; et si quelques-uns de ses membres y vinrent, ce fut par inclination, et sans délégation de leur corps.
Comme il importoit d'avoir une masse plus nombreuse de signatures, on établit ensuite des tables sur les places , au coin des rues, et sur les quais, pour faire signer les passans. On les arrêtoit par le bras, on les amenoit de force au bureau, où néanmoins la plupart refusoient de s'inscrire. Le bruit de ces violences s'étant répandu, fit rentrer chez eux tous les bons citoyens. Tl ne resta plus aux clubistes, que cette classe stupidement curieuse de femmes et d'enfants, avides de choses singulières, à qui l'adresse présentée, comme un moyen d'obtenir le pain à vil prix, fit donner facilement des signatures.
Histoire du siège de Lyon , des événements qui l'ont précédé et des désastres qui Vont suivi ainsi que de leurs causes secrètes générales et particulières (par Guillon de Monléon, Paris et Lyon, 1797, an V , in-8, p. 108.)
14 Janvier
Ces scènes de contrainte s'étaient passées le dimanche (13 janvier.) « On avoit compté sans doute sur la multitude, trop ordinairement immorale et cruelle, en choisissant un de ces jours, où son oisiveté la livre à tous ses vices ; mais on ne s'étoit pas attendu à de si foibles succès. Le peuple de Lyon parut
indigné ; et même en certains quartiers , il renversa les bureaux, brisa les tables et les chaises sur les hideux personnages qui , couverts de haillons , surprenoient des signatures aux imbécilles. Cette action illustre assez les quartiers où elle se fît, et les habitans qui en furent les auteurs , pour que je sois autorisé à les désigner. La gloire de cette louable espèce de justice populaire, appartient aux citoyens du Tort du Temple et du Port Saint-Vincent , non moins recommandables par leur probité, leur franchise et leur courage, que remarquables par leur stature , leur force, leur adresse , et leurs dispositions guerrières : ces hommes estimables se sont toujours montrés irréconciliables avec les Jacobins, et toujours prêts à les écraser. »
Les excitations continuent de plus belle, le jour même de cette manifestation en faveur du roi, les membres du Comité central des trente-une sections de la ville de Lyon lancent la proclamation suivante ;
<s Frères et amis , sortez de votre stupeur, une
sanglante révolution se prépare ; de tous les points de la République, des traîtres sont en marche pour aller se serrer autour de l'anthropophage ; ils courent sauver le tyran de l'échafaud, lui sacrifier tout un peuple. Réveillez-vous, et si vous êtes les enfants de la liberté, volez défendre vos frères, volez. C'est vous en dire assez ; le rendez-vous est dans le courant de ce mois, sous les murs de Paris. »
Ouvr. cit., p. 108.
15 Janvier
Le procureur général syndic , Me5'nis , au sein du Conseil du département de Rhône-et-Loire, provoque les dénonciations : « Le remèdes à nos maux, dit-il, ce sont les lois des 26 août et 23 octobre de l'année dernière, portant peine de mort contre les émigrés, et celle de la déportation, à la Guyane française, de tous les prêtres rebelles à la loi du serment. Au nom de la patrie et du salut de l'Etat, tous les citoyens sont invités à dénoncer tous ceux qui se trouveroient dans les cas ci-dessus »
Lyon. xA.-V. Delaroche , 175?^, in-4, de 6 pages, ou in-fol.
16 Janvier
Les votes des députés de Rhône-et-Loire à la Convention nationale se répartissent de la manière suivante, dans le procès de Louis XVI
Chasset : la détention jusqu'à la paix. Dupuis fils : la mort.
Vitet : la réclusion de Louis et l'expulsion de la race des Bourbons.
Fournier : la réclusion.
Dubouchet : la mort.
Marcelin Béraud : la réclusion et le bannissement
jusqu'à la paix.
Pressavin : la mort.
Moulin : la mort, mais seulement après l'exclusion
de tous les Bourbons.
Michet : la détention à perpétuité.
Patrin : la réclusion.
Forest ; la réclusion jusqu'à la paix, et ensuite le
bannissement.
Noël Pointe : la mort dans les 24 heures. Javogues : la mort dans les 24 heures. Lanthenas : la détention et l'abolition de la peine de mort sous différentes conditions.
24 Janvier
Des réjouissances ont lieu dans les clubs à l'occasion de la mort du roi.
La guillotine est en permanence sur la place des Terreaux, à côté de l'arbre de la Liberté.
28 Janvier
« Chalier conduit sur la place des Terreaux ses affidés les plus féroces, et là, au pied de l'arbre de la liberté, il leur fait prononcer avec lui, l'épouvantable
serment « d'exterminer tout ce qui existe sous le nom d^ aristocrates, de feuillatitins, de modérés, d'égoïstes, d'agioteurs, d'accapareurs, d'usuriers, ainsi que la caste" sacerdotale fanatique. »
Histoire du siège de Lyon... Aimé Guiïïon , Paris et Lyon, ly^y, an V, p. 112.
30 Janvier
Les collisions étaient fréquentes entre les citoyens et les militaires. A la fin de janvier 1793, il y eut une querelle très vive sur la place des Terreaux, entre les citoyens et les volontaires dn département du Var , qui étaient alors en garnison à "Lyon, à la caserne de Serin.
Le représentant Vitet, qui était à Lyon, voulut faire entendre des paroles de conciliation, mais il fut gravement insulté.
Justement indigné, M. Vitet, fait prendre les armes à plusieurs bataillons de la garde nationale , et il les dirige, sur deux colonnes, contre la caserne de Serin. La première de ces colonnes, précédée par deux pièces d'artillerie , se porta par la rue de Bourgneuf au port de l'Observance , et ses canons furent mis en batterie sur la culée de l'ancien pont de Serin. La seconde colonne se porta par les quais de Saint-Vincent et de Saint-Benoît, à l'ancien couvent de Sainte-Marie des
Chaînes , et le magasin à poudre fut mis, par cette manœuvre, à l'abri de toute espèce d'accident.
Le représentant Vitet, accompagné de l'autorité municipale, se rendit alors à la caserne de Serin, et il notifia au commandant des volontairej du Var, de sortir sur le champ, lui et sa troupe de la ville. L'appareil militaire déployé contre la caserne produisit son effet , les volontaires n'osèrent résister ; le bataillon partit le soir même , et il alla gagner la route de Bourg, en passant par les Tapis de la Croix-Rousse, et le chemin de la Boucle.
Cette force militaire fut remplacée par deux escadrons du 9e régiment de dragons, venus de Grenoble.
A la fin de janvier, paraît chez Faucheux VAlmanach républicain du district de h ville de Lyon pour Vannée i']<)^. Les noms des saints y sont supprimés et remplacés par ceux d'hommes célèbres.
3 Février
Dans la lettre suivante, écrite à son ami le jacobin Gaillard, Chalier rendait compte de ses exploits passés et faisait pressentir ceux qu'il allait essayer d'accomplir :
« Challier au citoyen Gaillard, salut,
« J'ai bien reçu dans le temps avec une vive satisfaction les deux lettres du 21 et 22 du passé, et quand à peine on a le temps de se moucher, comment
lO LYON EN 1793
est-il possible de t'écrire ? Je prends néanmoins sur mon sommeil celui de profiter du départ de nos fédérés porteurs de la présente, pour te dire laconiquement où nous en sommes en cette ville.
« Et quoique les patriotes soient toujours entourés de traîtres qui jouent le patriotisme comme des pantins, cependant l'opinion publique est toujours au point où l'on peut raisonnablement la désirer, en dépit des intrigants et de la race feuillantine qui embrasse tout le commerce. Le club central est toujours monté à sa hauteur. J'y lis à chaque séance celle de nos frères les Jacobins. J'aimois bien dans ce journal le Miljuent crêol, l'article : la température, pour désigner la hauteur du patriotisme de Paris. Depuis quelques jours avant la mort du scélérat Capet, je ne vois plus de température ; tous les intrigants ne sont cependant pas morts, puisque le vertueux Roland et sa secte est encore en vie, il Jaut qu'elle connaisse et éprouve la guillotine. Nous nous adressons à l'Assemblée Nationale pour le faire mettre en état d'accusation. Le seul crime d'avoir soustroit les papiers chez le monstre Capet mérite la mort : il ne sauroit échapper au glaive des lois, et si r .Assemblée IsLationale est sourde à notre voix, le peuple saura de lui-mêine abattre cette perfide tête... tonnés... tonnés... mon ami, tonnés; c'est un monstre que cet homme, son parti étoit épouvantable... la tête, la queue et le milieu du corps de la municipalité de Lyon étoient pour ce gueux : Nivière, Sallière, Biollet, Vanrisamburg et Bertholon. Ce dernier est
un faux patriote. 11 a été mis à l'épreuve, on l'a fait fondre dans une coupelle de quelques patriotes, et il n'a produit que du plomb et de la bave ou écume que nous avons mise hors du vase ; mais en le rejetant il a été cause que la coupelle a été manquée ; patience... mon ami ; tenés-nous sur les avis de tout ce qui se passe à Paris.
« Vous savés la lettre que j'écrivis à l'ami Soulet, du comité de sûreté générale. Eh bien ! il l'a fait mettre tout au long sur le journal de Tallien. Vous savez qu'elle racontoit les traits d'aristocratie de Vitet à Lyon : il a eu l'imprudence d'y mettre mon nom. Ce Vitet a écrit au département de me poursuivre ; Pipon et Achard, administrateurs du département, s'y sont opposés. Quand il a vu qu'il ne pouvoit en venir en bout, il a fait afficher dans Lyon un placard rouge incendiaire contre moi. Mais cette ruse ne lui a pas réussi, Pipon est venu au centre jurer que tout ce que j'avois écrit et dit contre Vitet étoit la pure vérité. Les aristocrates, les hotinêtes gens, les feuillantins, etc., etc., sont furieux de ce qu'on démasque cet homme. Les quarante notaires, vous le savés, ont cherchez à séduire le procureur de la commune : le premier appoint de 1,600 livres qu'il avoit reçu pour fermer les yeux sur les certificats du civisme, a été déposé au conseil général, «/ remis à nos fédérés, qui vont vous aider dans vos travaux apostoliques auprès des Jacobins et de la Convention...
« Eh bien ! le croirois-tu, ami et frère, ce Nivière
avec Willermoz ont tout tenté, tout osé de nouveau pour protéger encore tous les notaires ? Cette affaire tombera en eau de boudin, si l'Assemblée ne frappe d'anathème les syndics de ce corps, comme premiers agents de la corruption.
« Dans le même temps, Dodieu, notre collègue, a reçu également d'un des clients un assignat de 200 livres... nous l'avons donné sur-le-champ en expiation du crime, et par affiche, à la société fraternelle.
« Dimanche dernier, les sans-culottes se sont rendus autour de l'arbre de la Hberté avec un cortège de cent piques, qui l'entouroit, pour y proférer le serment sacré de la mort de tous les tyrans dû monde. Nous avons tous juré de les exterminer, ainsi que tous ceux désignés sous le nom d'aristocrates, de feuillantins, de modérés, d'égoïstes, d'agioteurs, d'usuriers, et la caste sacerdotale fanatique, ennemie irascible de la liberté. Cette cérémonie a été imposante et a dû faire frémir les ennemis du bien public. Demain, dimanche, nous célébrerons pompeusement les funérailles de Michel Lepelletier. Nous vous en donnerons les détails ; il n'y aura aucune ai*me quelconque, mais des branches de cyprès, des épis de blés, des rubans tricolores et noirs serviront de baïonnettes pour contenir ce peuple, que le vice s'efforce tous les jours de calomnier,
« Que les Jacobins ne s'assoupissent jamais, leur sommeil est funeste à la chose publique : de l'énergie, de l'énergie, sans quoi tout est perdu ; déjà Taris-
tocratie relève tant soit peu la tête ici. Avant-hier, il y avoit projet de faire du bruit au club central, à l'apparition de Kellermann, par des muscadins qui étoient venus pour l'applaudir à l'instar des satellites de Lafayette ; mais un certain Derieux a été saisi, conduit à la cave, et de là en prison. J'ai mené dans la même séance ce butor de Kelkrmann ; en descendant de la tribune, il s'est approché de moi pour me dire bêtement : « Vous êtes donc mon ennemi ? » Juge de la réponse que j'ai dû lui faire ; il a été content et n'a pas tardé de sortir avec Sérisiat, son aide de camp, et un autre aristocrate qui le suivit dans une brillante voiture. Il faut réformer toute l'armée, sans quoi nous courons de grands risques au printemps. La ville a besoin d'une forte purgation, vomitifs, lavements, apo^cnies, le mal est à son comble. La tête et la queue de la municipalité ne valent pas une cerise : Nivière et Bertholon ; les autres sans-culottes sont d'une faiblesse que rien n'approche, parce que le nombre des Brutus parmi eux est très petit.
« Nos chers collègues Dodieu, Bussat, Fcrnex, Dubessay et Hydens, vous saluent très gracieusement, ainsi que vos braves compagnons pour le salut public.
<< Dites-nous ce que devient ce fripon de Roland : Champagneux, Lanthenas, Patrin, Vergniaud, Pétion, Guadet, Gensonnet, Condorcet, Brissot ne doivent pas être perdus de vue un seul moment, voyez leur allure ; que les Jacobins soient enfin intrépides ; qu'ils
élèvent les sociétés affiliées à la hauteur digne des circonstances, nous avons plus besoin que jamais de nous réunir. Les chefs de nos armées et nos étatsmajors ne valent rien ; voilà ce qui ramollit le courage de nos braves volontaires. Purgeons, purgeons enfin la Répubhque, il est temps de porter de grands coups ; si nous tardons, nous sommes perdus. Je vois que la Convention ne contient pas assez d'énergie et de caractère pour sauver la chose publique. Il faut qu'elle déclare sa puissance ou son impuissance, si elle veut se sauver et ne pas rendre le mal incurable.
« Saluez fraternellement le cher patriote et ami Renaudin et sa chère moitié ; saluez aussi son ami et le mien, le brave Retourna et sa chère épouse ; saluez vos chers collègues, embrassez-les tous pour moi Comprenez-y, dans vos embrassements fraternels, Robespierre, Legendre, Montaut, Soulet, Chabot, Bazire, Merlin. Je n'ose vous parler de CoUot d'Herbois, parce que l'on dit qu'il est ministre de l'intérieur ; et en cela je le blâme, ainsi que Dubois Crancé, parce qu'ils ne doivent jamais quitter leur poste important de représentants ou mandataires pour devenir commis, et cela parce que ces places sont trop lucratives encore, et avec une responsabilité chimérique, témoin les Roland, etc., etc., qui échappèrent à l'échafaud, nonobstant l'énormité de leurs crimes envers la patrie, commis avec la plus basse imprudence à la barbe des Athéniens. Vous recevrez l'adresse sur la fixation des grains et autres. Emploj'ez avec fruit et avantage
pour la chose publique les fédérés qui se rendent à Paris aux frais des sans-culottes. Nous étions tous ici disposés à purger la ville de la vermine aristocratique ; mais vos lettres que j'ai fait voir au comité, ont éteint nos premiers feux, surtout celle du 22 janvier. Patience, cependant ! »
4 Février
Chalier prononce, devant un sarcophage élevé sur la place Bellecour, en l'honneur de Michel Lepelletier, l'oraison funèbre de ce conventionnel, assassiné à Paris, la veille de l'exécution de Louis XVI, dont il avait voté la mort.
Le dépouillement des gens riches intéressant le parti jacobin autant que le massacre auquel il les avait dévoués, Laussel, l'un de ses chefs, avait dit confidentiellement, avant les visites domicihaires, qui eurent lieu dans la nuit du 4 au 5 février, et qui amenèrent l'arrestation d'un grand nombre de personnes suspectes, prêtres, religieux, etc., « il ne m'en faut qu'une, pour faire ma fortune » ; et c'était pour cela que parmi les détenus on voyoit les personnes réputées opulentes, les banquiers les plus riches, les agents de change les plus accrédités. Pour se consoler de ne pouvoir encore se partager leur héritage, ils se divisèrent une grande quantité d'effets précieux, dont
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l'enlèvement s'étoit fait de leur ordre, par les commissaires de la visite ; ensuite ils exigèrent des sommes considérables, pour la rançon des prisonniers.
Non seulement ils vendirent chèrement à ceux-ci la liberté qu'ils leur rendoient , mais encore ils taxèrent insolemment ceux auxquels ils n'avoient pu la ravir. Leur exécrable cupidité s'ouvrit une autre source de profits, non moins affreuse, dont ils convinrent entre eux de tirer le plus grand avantage, ce fut de vendre des certificats de résidence, notés d'un signe, propre à perdre ceux qu'ils auroient euxmêmes forcé d'en acheter. Un arrêté de la municipalité autorisa le notable Roullot à leur faire payer ainsi de véritables arrêts de mort, comme d'excellents titres de sûreté. Le signal fatal devoit être la signature du maire. Qui pouvoit se défier d'un tel piège ! Qui pou voit y échapper, puisqu'il n'étoit presque personne, hors de la sphère des sans-culottes, qui n'eût besoin de certificats de résidence, soit pour repousser les dénonciations si fréquentes alors, soit pour se garantir du séquestre, soit enfin pour obtenir le paiement de ses rentes sur l'Etat ? Amené vers Roullot par la nécessité, on y éprouvoit des insultes, des rebuts, des menaces même, jusqu'à ce que, sur le point d'être arrêté comme suspect, on imaginât enfin d'apaiser ce brigand magistrat, par l'offre d'une somme qu'il dédaignoit encore, tant qu'elle ne montoit pas au taux de sa cupidité. Et lorsqu'enfin, après lui avoir compté cette somme, on croyait obtenir de lui un témoignage légal et rassurant de sa résidence, on ne
recevoit qu'une sentence, par laquelle on étoit condamné réellement à la confiscation de ses biens et à la perte de sa vie.
Ce fait est si incroyable qu'il mérite d'être appuyé par la transcription de l'arrêté dont je parle. Du 4 février 1793 Considérant qu'il est urgent d'autoriser le citoyen Roulîot à délivrer de faux certificats aux divers émigrés, ou à leurs agens qui en demandent, afin de pouvoir en mettre sous le glaive de la loi, autant qii'il sera possible ; le procureur de la commune entendu : l'assemblée arrête que le signe qui caractérisera la fausseté des certificats de résidence délivrés par la municipalité de - Lyon, sera la signature du maire, quel que soit son nom, présent et à venir : — Que RouUot reste autorisé à délivrer lesdits certificats, à recevoir toutes les sommes qui en proi'iendront, et à les déposer au greffe de la municipalité. — Cet arrêté sera envoyé au comité de surveillance de la Convention (qui l'approuva), ainsi qu'à tous les départements (ils le repoussèrent) ; les invitant de garder le plus grand secret, et de faire arrêter toutes les personnes porteuses des susdits certificats.
Hist. du Siège de Lyon, p. 122.
6 Février
Les montagnards crurent qu'il n'y avait qu'un moyen de sauver la France, celui d'intimider l'ennemi étranger par l'extermination des royalistes de l'in-
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térieur. Ce fut d'après ce plan qu'eurent lieu les épouvantables et terribles journées des 2 et 3 septembre 1792 à Paris. Des émissaires furent envoyés aussi dans les départements ou contre les patriotes, et c'est à la suite de ces provocations qu'eurent lieu les massacres de Pierre-Scize, à Lyon, dont nous avons rendu compte. Mais tous ces moyens violents furent paralysés et déjoués par la municipalité qui était composée d'hommes modérés. Le moment étant venu de renouveler le corps municipal, les Montagnards ou Jacobins employèrent tous leurs efforts pour avoir une municipalité à leur gré. Tout cela était facile : les assemblées primaires étaient désertes, ou pour mieux dire, elles n'étaient formées que des membres des clubs. Laussel fut nommé procureur de la commune, Fillion et beaucoup d'hommes semblables furent nommés municipes ou notables. Parmi eux, il n'y eut qu'un très petit nombre d'hommes modérés. Chalier fut ballotté avec Nivière pour la place de maire, mais il échoua. La municipalité, composée ainsi de Jacobins, força bientôt les membres qui ne partageaient pas leur exaltation à se retirer, et les Jacobins pensèrent alors à mettre à exécution leurs terribles projets contre leurs ennemis. Voici des détails extraits du procès de Chalier, page 13 : rr Pour les écraser plus facilement, on projeta de rassembler et d'entasser dans un même lieu une partie des victimes qu'on vouloit immoler. On annonça à cet effet et on publia dans tous les clubs que la ville de
Lyon étoit remplie d'étrangers, de malveillants, d'aristocrates, de contre-révolutionnaires, de fanatiques, qui avoient projeté d'égorger les patriotes. On fit, le 4 février, arrêter un très grand nombre de personnes ; pour pouvoir en grossir le nombre, les clubs sollicitèrent une visite domiciliaire, qui fut ordonnée dans la nuit du 4 au 5, et exécutée dans la journée du 5 février. Les barrières de la ville furent fermées, la visite fut faite dans le jour avec la plus grande tranquillité, et le soir, à la tombée de la nuit, la municipalité fît publier que la visite étoit parachevée, que les barrières étoient libres, que les citoyens pouvoient être tranquilles, vaquer à leurs affaires ordinaires, et qu'ils dévoient surtout se retirer à neuf heures et fermer leurs portes d'allées. Dans cette visite on arrêta plusieurs personnes. Nivière Chol se retira dans son domicile, mais, après sa retraite, on convint, sans doute dans un conciliabule, de faire arrêter pendant la nuit quelques citoyens, chefs de famille, dont les crimes étoient d'avoir de la fortune. On ferma les uns dans les salles de l'hôtel commun et les autres dans les caves ; ces arrestations faites, les clubs s'agitèrent, ils furent tous convoqués au son d'une cloche promenée dans toutes les rues ; tous les affiliés se rendirent au lieu des séances, et ils y trouvèrent une lettre circulaire, conçue en ces termes :
« Du 6 février, « Amis; « Les scélérats conspirent votre mort, et vous dormez. Levez-vous, courez au comité du centre. « Signé : Monfalcon,
Archiviste.
« Ce Monfalcon étoit alors officier municipal ou notable.
« Chalier reçut de son côté une lettre particulière sous cette adresse : « Au citoyen Chalier, à Lyon, pour ses amis et coopérateurs, » dont voici le contenu :
« Lyon, le 6 février 1792.
« Citoyens,
« Le comité central est convoqué pour une heure après-midi au plus tard. Le salut de la cité a nécessité cette convocation. Le salut de la cité repose sur les chauds amis de la liberté. Les scélérats méditent de les égorger ; déconcertons-les ; volez donc au comité central ; préparez-y les sans-culottes ; organisez-les par vos grands principes ; rendez-les dignes du moment où nous nous trouvons.
<( Signé : Vos frères les sans culottes, « Magot, Fillion.
« Magot étoit le secrétaire de la municipalité et Fillion un officier municipal.
« Tous les clubs des sections envoyèrent des députés au centre ; là ils trouvèrent des sentinelles placées à la porte, et ne furent reçus qu'après avoir fait vérifier leurs qualités. La réunion faite, les portes fermées, Chalier monta à la tribune ; il annonça qu'on devoit proposer des choses de la plus grande impoitance pour le salut public, qui deniandoicnt le secret le plus rigoureux ; il proposa en conséquence de prêter serment de garder le secret, sous peine de mort, et de ne point aller au cabaret, crainte de s'enivrer, parce que dans le vin l'on pourroit manquer à son serment, et il ajouta que, quant à lui, il se soumettoit d'avance à toutes les mesures qui seroient adoptées. Les assistans levés, Chalier prononça la formule du serment, et chacun répéta : Je le jure. Chalier descendit de la tribune et fut à la porte pour introduire ceux qui se présenteroient et leur faire prêter le serment. Quelqu'un lui succéda à la tribune et annonça que tous ceux qu'on avoit arrêtés et qui étoient enfermés à l'hôtel commun étoient entaches de tous les crimes ; que c'étoient des agioteurs, des accapareurs, des usuriers, des insouciants, des prêtres fanatiques, des aristocrates , des contre-révolutionnaires, ennemis de la république, auteurs de tous nos maux, qui avoient projeté d'égorger tous les patriotes et qui méritoient la mort. Il proposa en conséquence de les juger et de les faire exécuter dans la nuit même.
«Laussel, procureur de la commune, revêtu de son
écharpe municipale, appuya la motion de Chalier, et sembloit par sa décoration annoncer que cette mesure étoit concertée avec les autorités constituées. Il faut observer que , dans eette séance , il y avoit plusieurs officiers municipaux ou notables, le commissaire national du tribunal du district de la ville, Hidens, enfin quelques j uges du tribunal dont Chalierétoit le président. On proposa d'ériger un tribunal populaire composé de 24 juges et de 72 jurés , qui seroient pris parmi les commissaires des clubs des sections , pour purger la ville de tous les contre-révolutionnaires prisonniers, ainsi que de tous ceux qui n'avoient pas encore été arrêtés, mais qu'on arrêteroit et dont on donneroit la liste. Le projet fut adopté, les juges et les jurés furent choisis et nommés dans les députations des clubs des sections.
« Il s'éleva alors une longue discussion pour savoir où l'on placeroit la guillotine. Les uns vouloient que l'arbre de la liberté fut arrosé du sang des victimes , que leurs corps fussent enterrés au pied de l'arbre, et que leurs têtes fussent placées autour sur des piques, comme décoration et signe de victoire et de triomphe.
« D'autres proposèrent (c'est Hidens), d'établir la guillotine sur le pont Morand, afin que la tête tombant d'un côté et le corps de l'autre, fussent à l'instant ensevelis dans le fleuve du Rhône. On s'arrêta à ce dernier parti ; on convint de placer deux pièces de canon aux deux extrémités du pont, et déjà ces pièces de canon étoient prêtes ; Laussel, sous prétexte d'une
insurrection dans la section du Port-du-Temple, avoit, le 4 février, fait amener huit pièces de canon, qui avoient été déposées dans la petite cour, d'où il étoit facile de les enlever. On arrêta que le tribunal siégeroit au club central , que les détenus y seroient amenés, et que le président de ce tribunal sanguinaire, tenant une petite baguette à la main, la romproit et diroit au condamné : « // est aussi impossible que vous restiez sur la terre de la liberté, qu'il est impossible aux deux bouts de cette baguette de se réunir. »
« Chaque commissaire de club de section devoit se rendre dans son club, pour y faire armer les citoyens, qui, assemblés, attendoient avec impatience le résuhat de la convocation extraordinaire. On délivra en conséquence des cartouches aux commissaires , pour les distribuer dans leurs sections.
« Pour empêcher aux autorités constituées, de faire aucune réquisition qui pût s'opposer à l'exécution, il fut convenu qu'on leur donneroit une forte garde qui en défendroit l'approche et empêcheroit toute communication , et que , si le maire vouloit s'opposer à l'exécution, il seroit guillotiné le premier.
« Il ne manquait plus qu'un bourreau ; on dit que ce seroit un acte civique, qu'au surplus , il seroit masqué, et n'auroit rien à craindre. Un citoyen se présenta, dans l'espoir d'être dédommagé par une forte portion dans le partage des biens des immolés ; ce fut Fillion, officier municipal. Mais un grenadier, soulevé
par le tableau de tant d'horreurs , demanda la clef, que Chalier avoit prise et qu'il avoit déposée sur le bureau. Ce grenadier s'écria : « Chalier , es-tu donc souverain ? » La porte fut ouverte et enfoncée ; quelques citoyens profitent du moment, se précipitent pour sortir et s'éloignent d'un lieu où l'on niéditoit tant de crimes.
L'un d'eux court dévoiler la conspiration au maire Nivière. Nivière fait battre la générale ; tous les bataillons sont armés, des pièces de canon sont à l'instant amenés devant l'hôtel commun , et l'ordre est donné au commandant général Julliard, de protéger par tous les moyens possibles et sous sa responsabilité, les malheureux détenus à l'hôtel commun, et les prisonniers de Pierre-Scize, Roanne et Saint-Joseph.
« Cependant, la discussion se continuoit encore au club central, dont on avoit refermé la porte. Quelqu'un frappe , on ouvre, c'étoit un officier municipal : « Sauvez-vous, s'écrie-t-il , tout est dévoilé. » Les conspirateurs déconcertés se séparent , et le coup est manqué. »
6 et 7 Février
La municipalité , nous l'avons vu , malgré la résistance du maire Nivière Chol, était dévouée à Chalier et entrait dans tous ses projets, et ces visites domiciliaires , les arrestations et des projets plus sinistre.
encore, effrayaient tous les citoyens. Le directoire du département était tremblant devant la municipalité. Cependant, devant tout ce qui se passait sous ses yeux, le directoire s'assembla , le 6 février, mercredi , sous la présidence du médecin Grandchamp, et on délibéra. On arrêta d'écrire à la municipalité pour s'informer de la situation de la ville, et quelles étaient les causes qui avaient déterminé à faire placer des canons autour de l'hôtel de ville ; quels étaient les motifs des arrestations de la veille, et quels délits avaient commis les individus arrêtés.
Sur les six heures et demie du soir , les bruits devenant plus inquiétants, les citoyens Bonamour et Allard, sur l'invitation de l'assemblée , se rendent auprès du maire pour le prier de venir au directoire du département.
Le maire entre dans l'assemblée, accompagné de deux officiers municipaux, et dit que la ville lui paraît tranquille, que la municipalité s'occupe de la réponse demandée par le département.
La réponse de la municipalité ne fut apportée au département que le lendemain à onze heures. Voici quelques passages de cette lettre, où la municipalité exposait les raisons des mesures qu'elle avait prises.
« Citoyens, notre ville recèloit depuis longtemps une quantité prodigieuse d'émigrés, de réfractaires,
de malveillants de toutes les classes Des placards
incendiaires, affichés régulièrement toutes les nuits,
des officiers municipaux assassinés ou menacés, tout invitoit la municipalité à prendre des mesures de sûreté générales et vigoureuses, pour assurer la tranquillité publique et déjouer des complots sinistres dont l'existence n'étoit plus douteuse.
« Les bons citoyens alarmés invitèrent la municipalité à convoquer le conseil général de la commune, à se rendre permanents et à ordonner des visites domiciliaires. On s'empressa de faire droit à ses réclamations ; de suite les portes de la ville furent fermées Quelques troubles occasionnés par l'arrestation d'un certain nombre de citoyens du bataillon du Port-du-Temple ont été la cause qu'on a placé les canons à la porte de l'Hôtel-de-Ville pendant la nuit, et ils ont été retirés au jour. La position de la ville n'est point alarmante, les amis de la liberté et de l'égalité veillent, les magistrats du peuple ne désemparent point et ne se reposeront que lorsqu'ils auront
purgé la cité des reptiles qui l'infectent Quant
aux arrestations faites hier, plusieurs ont été faites d'après des dénonciations formelles ; plusieurs personnes ont été arrêtées d'après leur réputation bien connue d'incivisme ; plusieurs filous, voleurs et autres gens suspects ont été saisis. Trois comités ont été établis pour faire le dépouillement des procès-verbaux d'arrestation et des accusations et renvoyer aux tribunaux respectifs.
« Le conseil général de la commune infiniment convaincu de votre zèle à concourir au maintien de
l'ordre et à l'exécution des lois, invite les corps administratifs à se réunir à lui pour coopérer à la recherche et expulsion complète de ses ennemis intérieurs.
a Signé : Bertrand, faisant fonction de maire ; Destèfani , officier municipal , Saiitemouche, idem ; Laiissel, procureur de la commune. »
Le directoire, satisfait des raisons énoncées dans la lettre de la municipalité de Lyon, crut devoir faire une adresse aux citoyens de Lyon, pour les rassurer sur les différentes mesures que la tranquillité publique avait paru exiger, et en même temps engager les bons citoyens à surveiller les malveillants.
Nivière Chol, qui avait renversé les projets de Chalier, en faisant armer de suite toutes les sections, pour protéger les détenus et maintenir la tranquillité publique, trouva une telle opposition dans la municipalité, qu'il envoya sa démission au directoire du département par la lettre suivante :
« Citoyens Administrateurs,
« L'autorité municipale a été anéantie hier en ma personne, par une partie des citoyens qui se trouvoient assemblés au conseil général de la commune. Des précautions urgentes, qui ne pouvoient être différées d'un moment, et que j'ai prises, ont été blâmées ; on m'en a même disputé le droit ; mais la patrie n'a pas moins été sauvée d'un jour.
« Je joins ici la copie d'une lettre qui vient de
m'être adressée, il y a une heure ; elle est sans signature, il est vrai, mais j'atteste sur serment que les mêmes faits qui y sont détaillés m'avoient été rapportés par un des citoyens qui avoient eu le malheur de se trouver dans cette assemblée clandestine.
« Citoyens administrateurs, je dépose dans vos mains la mairie, et je me repose sur vous pour empêcher que l'on ne sacrifie la vie des citoyens qui sont sous la protection de la loi. Vous connaissez les dangers, vous agirez sans doute vigoureusement. Rappelez-vous que le massacre de la Saint-Barthélemi ne souilla pas les murs de Lyon, ou du moins que celui qui y avoit l'autorité première ne voulut jamais y tremper ; loin de là, il s'y opposa.
« Signé: Nivière-Chol, 7 février 1793. »
Le directoire lui fit la réponse suivante :
« Citoyen,
« La loi défend d'accepter votre démission dans les circonstances ordinaires, et à plus forte raison dans des moments difficiles ; l'intérêt de la chose publique exige que vous soyez à votre poste. L'administration vous invite de vous y rendre ; la nécessité vous le commande, plus encore, la dénonciation qui vous a été faite ; ce danger est assez pressant pour vous y déterminer et pour presser l'exécution des mesures
que l'administration a cru devoir prendre pour la sûreté publique. Fait au directoire, etc.. »
On assure que le projet des conjurés était d'exécuter immédiatement les détenus.
Dans l'ouvrage de Maurille, intitulé : Les crimes des Jacobins à Lyon, on lit page 37 :
« Dans la nuit les conjurés vont dans les prisons visiter l'instrument de mort, s'assurer de la présence et de l'état de la guillotine, avertir les guichetiers d'être diligents à la remettre, lorsqu'on viendra la demander. »
A l'appui de ce fait il rapporte la déclaration, suivante :
« Je soussigné, Villard, lieutenant de la gendarmerie nationale à pied de cette ville, dis que ce jourd'hui, étant de garde au poste delà police correctionnelle, sur les huit heures du matin, plusieurs gendarmes, descendant la garde du renfort de nuit de la prison de Roanne, se rendirent à mon poste ; alors je leur demandoi s'il n'y avoit rien eu de nouveau pendant la nuit dans ladite prison. Ils me répondirent que non, mais qu'ils avoient vu venir pendant la nuit plusieurs particuliers, s'étant annoncés comme commissaires, demander au guichetier si la guillotine étoit en bon état, et s'il n'y manquoit rien, et que lorsqu'on viendroit la lui demander, il fût prêt et diligent à la donner. Ces mêmes commissaires, s'adressant aux gendarmes, leur demandèrent s'ils ne s'opposeroient point à l'enlèvement de ladite guillotine. Alors les
gendarmes répondirent que cela ne les regardoit pas. Moi, croyant que les gendarmes me faisoient un conte, pour m'assurer de la vérité je me transportoi de suite à ladite prison, où je trouvoi les trois guichetiers, qui me dirent mot pour mot ce que m'avoient dit les gendarmes, et que si l'on venoit la demander, ils la donneroient pour ne pas s'exposer à la fureur populaire. En conséquence, et des ordres que j'ai reçu du citoyen maire, j'ai rédigé le présent procès-verbal, que j'ai remis au directoire du département de Rhône-et-Loire.
« Fait à Lyon, le 7 février 1793, an 2^ de la République.
« Signé : Villard,
( Lieutenant. t>
9 Février
Le maire Nivière Chol renouvelle sa démission par la lettre suivante adressée au département :
Du 7 février 1793.
« Nivière Chol aux administrateurs du département de Rhône-et-Loire :
« Lorsqu'on n'a plus en son pouvoir les moyens suffisants pour exercer une place importante, la première de toutes les lois, le salut de l'Etat, com-
mande impérieusement de la faire passer en d'autres mains.
« Mes facultés morales et physiques se trouvent en ce moment très épuisées ; ce seroit nuire à la chose publique que de me mettre à la tête d'une administration. Je persiste donc dans ma démission de maire de la ville de Lyon. J'ai constamment, depuis le commencement de la révolution, sacrifié, pour l'établissement de la liberté et de l'égalité, ma fortune et ma santé. Mes forces ne me permettent pas d'aller combattre l'ennemi, mais j'en emploieroi les restes à élever mes enfants dans les principes de la vraie liberté, c'est-à-dire à être esclaves de la loi.
« NrviÈRE Chol. »
17 Février
Nivière Chol, malgré sa démission, est réélu maire de Lyon.
18 Février
Le directoire du département, effrayé des événements précédents , dans sa séance de ce jour, arrête qu'il sera écrit de suite à la Convention nationale et au ministre de l'intérieur. Le projet de lettre est adopté dans la forme suivante :
« L'administration, depuis quinze jours, est à lutter contre les malveillants de tous genres, qui ne cessent d'agiter cette contrée et d'y exciter des fermentations désastreuses.
(' Tant qu'elle a pu tenir les rênes de l'autorité, et maintenir la tranquillité publique, elle s'est dispensée de vous informer de mouvements qu'elle ne croyoit que passagers. Mais aujourd'hui, que ces mouvements prennent un caractère de gravité alarmant, qu'il n'est plus en son pouvoir d'arrêter par la force de la persuasion , ni l'appareil des armes , la discorde gagne parmi les citoyens, si vous n'apportez, par une réunion de mesures, le calme dans une cité malheureuse dont les propres enfants déchirent le sein.
« Nous vous demandons instamment, citoyens, des commissaires, pour pacifier notre ville. Le besoin est pressant , hâtez-en l'envoi , si vous voulez sauver la seconde ville de l'Etat.
« Nous vous enverrons, dans d'autres moments, les procès-verbaux de notre administration ; le temps, les circonstances, ne sont pas de nature à attendre la lenteur des expéditions. »
Le même jour, le club central est envahi par des jeunes gens qui en expulsent les Jacobins et qui s'emparent de leurs registres.
19 Février
Nivière Chol est réélu maire par les Assemblées primaires convoquées, le 17 février, avec une majorité de près de neuf mille suffrages sur onze mille. La municipalité , consternée de cette nomination, réunit des forces et veut enlever de l'arsenal huit pièces d'artillerie que les sections opposées, maîtresses des lieux, lui refusent.
La municipalité écrit alors au directoire du département, la lettre suivante :
« Citoyens,
ft Comme nous, vous savez que le danger de la cité est imminent ; le moment est venu où les administrateurs doivent se réunir pour faire cesser les troubles causés par des ennemis de la tranquillité publique ; c'est en conséquence de ce principe, que nous vous invitons à vous rendre dans notre sein pour prendre des mesures convenables.
«Lyon, 12 février 1793.
« Signé : Bertrand,
a Maire par intérim, »
Le même jour , les Jacobins parviennent à se faire réintégrer dans le club central.
21 Février
Noël, officier municipal, faisant les fonctions de maire , se rend à l'assemblée du directoire pour exposer la situation de la ville et les causes et la nature des arrestations qui ont eu lieu. Ce rapport porte en substance, que la ville jouit d'une tranquillité apparente , que les troupes auxiliaires se composent de 150 dragons et de 1,000 à 1,100 volontaires; que les arrestations avaient eu lieu , en suite des dénonciations faites au comité de surveillance, contre ceux qui ont pillé et dévasté le club central, qui se sont emparés illégalement du poste de l'arsenal , qui ont méconnu et menacé les autorités constituées ; qui, sans réquisition , ont fait battre la générale ; enfin, contre tous ceux qui ont été les moteurs et fauteurs des troubles de la ville ; que les désarmements ont eu lieu sur plusieurs citoyens, parmi lesquels on compte des notaires, des avoués, des huissiers , qui, mécontents du refus qu'ils ont essuyé de certificats de civisme, ont tenu des propos qui tendaient à troubler la tranquillité publique, et chez lesquels on a trouvé des armes prohibées par les lois, même trois poignards dans une seule caisse.
Le procureur de la commune Laussel, qui fit ce rapport , ajoute , que les dénonciations avaient fait découvrir beaucoup de gens sans aveu ou suspects^ de
ci-devant nobles même, qui sous le costume de perruquiers cherchèrent à fomenter des troubles ou à cacher leur malveillance.
Ces arrestations avaient été faites sur les ordres du comité de surveillance. Le département requiert, qu'à l'avenir les arrestations et les visites domiciliaires , quoique faites sur dénonciations, soient soumises à l'examen du conseil de la commune , et non pas du simple comité de surveillance.
Ce même jour, le département écrit au ministre de l'intérieur, et demande de nouveau le prompt envoi à Lyon des commissaires qui avaient déjà été demandés à la Convention Nationale.
Voici un extrait de la correspondance échangée entre le département et le gouvernement, à l'occasion de l'envoi de ces commissaires à Lyon :
« Lyon, le 21 février 1793.
« Monsieur le Ministre,
« Vous voudrez bien renouveler à la Convention
Nationale et presser autant qu'il dépendra de vous le départ des commissaires dans notre cité.
« Sigué : Grandcha.mp,
« Président, etc. »
23 Février
Les administrateurs du département de Rhône-et- Loire, au ministre de l'intérieur :
« Citoyen Ministre,
« L'administration de Rhône-et-Loire, s'empresse de vous faire parvenir le procès-verbal de la séance d'hier. Vous verrez, que toujours occupée à maintenir la paix et la tranquillité publique, elle ne la doit qu'à son caractère de douceur, et que les moyens qu'elle a pris ont eu le but salutaire d'empêcher l'effusion du sang. Elle est toujours en mesure de continuer les mêmes soins de la chose publique, duoique les défiances, les inquiétudes soient immenses, nous jouissons d'un calme apparent , qui ne peut être durable, qu'autant que des commissaires de la Convention apporteront dans cette cité le baume de la consolation, et viendront y inspirer l'amour des lois et la confiance dans les corps constitués.
« Les administrateurs ,
« Signe : Grandchamp,
o Président, etc. »
Kaience Patriotique Lyon - y^S
S-.or^k-Lvon
ColUclio:. A S
LYOK EN 1795 37
25 Février
Paris,
Le ministère de l'intérieur par intérim, au président de la Convention :
<( Citoyen Président,
«Je fais passer à la Convention nationale, la copie d'une lettre que je reçois dans ce moment du département de Rbône-et-Loire, qui donne les inquiétudes les plus alarmantes sur la situation actuelle de la ville de Lyon, situation qui exige la présence de commissaires pris dans le sein de la Convention. Il n'est pas besoin de dire, que les circonstances paraissent exiger que ces commissaires soient investis de la plus grande autorité, pour établir l'ordre et suspendre, sïl est besoin, ceux des fonctionnaires publics , dont la laégligence auroit compromis la sûreté de la ville. La Convention Nationale ne verra pas sans étonnement, qu'aucune des autorités constituées ne m'ait donné jusqu'ici, aucune connoissance des événemens qui s'y sont passés depuis le 5 de ce mois. J'étois au moment de proposer au conseil exécutif, la répression d'une faute assez grave ; mais ces commissaires verront sur les lieux, jusqu'à quel point ces administrations sont répréhensibles , et sauront plus efficacement les rappeler à leurs devoirs.
27 Février
Le docteur Gilibert est élu maire de Lyon.
2 Mars
Les commissaires de la Convention Nationale, Bazire, Legendre et Rovère, arrivent à Lyon.
Parmi les requêtes qui leur furent adressées, figure la curieuse lettre suivante de Dodieu. C'est un tissu de plaintes contre le directoire, l'objet de toutes les haines des Jacobins, et dans cette occasion, au sujet du régime des prisons, que l'avortement de la conspiration de février avait remplie de leurs partisans.
« Aux citoyens commissaires du Corps législatif, chargés de la poursuite de la conjuracion éclatée à Lyon la nuit du 18 au 19 février 1793.
« Citoyens,
« Nous ne devons pas vous taire les abus sans nombre, les funestes abus qui existent dans l'administration générale et dans l'économie particulière des prisons de cette ville.
« Leur distribucion inconstitucionnelle, le vice de leur destinacion^ la confusion de tous les détenus de l'un et de l'autre sexe, et pour toutes les causes, leur
insalubrité, leur défaut de sûreté mille fois éprouvée, les concussions qui s'y commettent , soit sur les individus mahureiix qui les remplissent, soit sur leurs parents, amis, ou les amis de Viimanité en général qui les fréquentent, sont autant de plai)ite que nous avons à vous soumettre et de griefs sans doute contre l'indolence et l'apatie du département de Rône-et-Loire.
« L'évidence en toute matière peut se passer de preuves ; mais la conviccion exige en cette occasion quelque développement. Voici donc, citoyens, le résultat de mes ohservacions.
« En vain les lois récentes, expression de la volonté libre du peuple françois, ont ordonné la distinccion des causes de l'emprisonnement et la classification des détenus en débiteurs civils, en prévenus arrêtés, en accusés décrétés de prise de corps et en condamnés à des peines correccionnelles , en conséquence établi quatre prisons séparées : en vain les législateurs de la nacion remplirent les premières obligations de justice et de bienfesance, en assujettissant les administrateurs à y fonder tout genre de travaus et d'industrie ; en vain les décrets rendus sur la police des prisons défendent d'y faire subir aux détenus d'autre peine que celle de la simple dètencion ; en vain la salubrité des cachots y est recommandée, indépendamment de la sécurité extérieure et intérieure. Toutes ces mesures, quelque touchantes , quelque fréquentes que soient les réclamacious des incarcérés , sont impunément violées dans cette ville ; les dettes d'un maJeureiis, pris
souvent pour dupe, y sont associées aux crimes déjà jugés ; un artisan chargé de famille n'y trouve aucun moyen d'exercer ses talents utiles : (ô combien nous sommes encore loin de la sagesse qui a dicté cette institution sublime !) des vexacions de mille espèces sont dénoncées, et tantôt c'est un concierge qui admet les riches prisonniers à sa table moyennant des pensions exorbitantes, et leur assigne des chambres distinguées , la lumière , le chauffage , un bon lit, tandis que le pauvre, languissant, exténué, n'obtient qu'un peu de paille pour litière, dans des cachots redoutables autant par leur infection que par leur obscurité. Tantôt c'est un droit de geôle abusif de quatre livres dix sous, qu'il faut nécessairement acquitter, ne demeurât-on qu'un quart d'heure en arrestation ; tantôt c'est une rétribution de cinq ou dix sous, que les guichetiers savent exiger même des parents et amis des détenus, qui viennent les voir et leur tendre des secours.
« Mais, indépendamment de cette rapacité, que sont les prisons de Lyon en elles-mêmes ? D'abord l'extérieur aspect en est imposant : la maison de la place de Roanne surtout paroît bien bâtie, fortifiée par une double enceinte, les jours fermés par d'épais barreaiis de fer bien joints ; plusieurs portes et une bonne garde protègent celles de Saint-Joseph et de la Quarantaine; à l'égard de celle du fort Pierre-Scize, depuis quelque temps elle est déserte, quoique la plus sûre et la plus saine.
« Pénétrez ensuite dans ces retraites si effraj^ntes pour l'homme libre, vous y trouvez un caos immoral, le mélange du vice et de l'infortune, des omtnes, des femmes et des enfants confondus, la débauche bruyante et le libertinage couchés auprès de la misère gémissante ; vous diriez que tous ces lïciis d'exil ou de réclusion ne sont établis que pour enrichir des individus, des geôliers avides et monopoleurs sans aucun avantage pour la société.
« Je ne vous entretiens pas, citoyens commissaires, des meurtres et autres excès qui se sont passés dans ces prisons, ni d'une longue énmnéracion d'évasions récentes bien connues et bien caractérisées que des guichetiers pris de vin ont occasionnées, ni de l'affluence d'étrangers de tout sexe, qui, sous prétexte de visite, apportent des limes ou d'autres instruments, et concertent des projets de fuite aux détenus. Qiie tant d'autres considéracions vous touchent, et si l'antiquité d'un abus n'est pas une raison de le perpétuer, veuillez, avant de nous quitter, mettre dans cette partie, un terme ans dangers qui inquiètent la République et ans maus terribles que plusieurs bons citoyens, dont la liberté individuelle seroit compromise, pourroient endurer.
« Signé : Dodieu,
Directeur de juré, citoyen de Lyon. 0
3 Mars
Une vive polémique s'engage entre Chalier et le journaliste Carrier, que celui-ci accusait de corruption. Le journal de Marat intitulé le Tiihliciste de la République française, dans le no 173 du samedi 20 avril 1793, publie à ce sujet la correspondance suivante :
« Lettre de Chalier a Carrier,
« Pour répondre à toutes les calomnies dégoûtantes contre moi, dans vos numéros 191 et 193, je vous invite à insérer tout au long la lettre ci-après : elle servira à faire connoître à quel degré de perversité sont arrivés les ministres, les fonctionnaires publics et les faux patriotes, tels que vous, Prudhonime, depuis la mort du tyran. »
Copie d'une lettre de Lebrun, ministre des affaires étrangères aux administrateurs du directoire du département de Rhône-et-Loire.
« Paris, le 3 mars 1793, l'an second de la République française,
« Je vous préviens, citoyen, que le conseil exécutif provisoire a arrêté, à votre recommandation et dans des vues d'utilité publique, de venir efficacement au secours du citoyen Carrier, journaliste de votre département. Il lui a été donné une somme de 600 livres, pour lui personnellement^ et je vous annonce de la
part du conseil, que vous pouvez vous prévaloir sur moi jusqu'à concurrence de la somme de 3,000 liv,, dont vous disposerez pour le rétablissement de son journal et pour le créancier du citoyen Carrier, relatif à ce journal. Le conseil s'en rapporte à vous pour l'arrangement de cette affaire, et je dois vous ajouter que si. pendant quelques mois, ce journal a besoin d'un encouragement, nous ferons sur cela tout ce qui sera possible. Bien entendu que la chose sera demandée et dirigée par vous.
a Le Ministre des affaires étrangères, « Lebrun. »
« Je certifie la vérité et l'authenticité de la susdite lettre.
« Ce 9 avril 1793, l'an 2^ de la République
française.
« Chalier,
a Président du tribunal civil du district de Lyon.
4 Mars
Les deux lettres suivantes figurent parmi les Papiers inédits trouvés che\ Robespierre, St-Just, Payan, t. 11, p. 252.
« Aux citoyens députés, commissaires de la Convenvention Nationale, à l'hôtel de Milan :
« (Très pressée). Municipalité de Lyon.
« Et au dedans de l'enveloppe, ces mots :
« (S. V. P. Lisez attentivement ces deux mots de billet écrits à la hâte ; les moments pressent, il est cinq heures. Plus de délais, au nom de la patrie en péril !)
« Citoyens,
« Les Marseillois sont tellement acharnés à vouloir la tête de Chalier, qu'ayant appris qu'il étoit réfugié chez moi, ils sont venus, il y a environ une heure, au nombre de trois, ec se sont présentés à ma porte sous prétexte de vouloir me parler. Je me suis méfié de leur dessein, j'ai fait appeler la garde, ils se sont enfuis sans vouloir répondre. Vous voyez à quel point ces scélérats portent l'audace, puisqu'un citoyen n'est pas en sûreté dans l'hôtel commun, et dans le sein de la famille du procureur de la commune. Veuillez bien donner les ordres nécessaires pour purger notre ville de ces brigands. 11 n'y a pas un moment à perdre, et qu'en attendant, avant leur départ, les chefs soient mis en otages. La troisième compagnie surtout, d'après toutes les informations prises , renferme les assassins dont nous nous plaignons.
« Agréez mes salutations civiques et fraternelles. « Le pivciireiir de la commune de Lyon, « Si^nc : Laussel.
« Lyon, le 4 mars 1793, an II de la République, et à la hâte. »
« Chalier aux citoyens députés, commissaires de la Convention Nationale, à l'hôtel de Milan.
« Salut,
« Depuis le 19 du mois dernier, je suis obhgé de découcher de chez moi. Les Marseillois que je croyois être les défenseurs des vrais patriotes, sont venus, vous le savez, augmenter le nombre de mes assassins, et ils sont encore dans Lyon ! ! N'est-ce pas dans le perfide dessein d'exécuter leurs complots ? Et ils se disent et ils osent se dire soldats de la patrie ! Ah ! non ! sans doute ils ne le sont pas. Ordonnez que pour la sûreté de ma personne, les officiers répondent sur leur tête de celle que quelques mal intentionnés ont dit vouloir absolument abattre.
« Il est temps enfin que ma vie, qui n'est employée que pour le salut du peuple, soit en sûreté.
« Je vous salue avec la plus sincère fraternité. Je me dis votre ami et celui de l'égalité.
« A la hâte,
« Signe : Chalier,
« Président du district
<' Lyon, 4 mars 1793. »
9 Mars
Huit cents citoyens s'assemblent dans le couvent des Augustins et y signent une pétition aux commissaires de la Convention, Bazire et Legendre, envoyés avec la mission apparente de calmer les Lyonnais exaspérés par les vexations de Chalier, Laussel et autres révolutionnaires, mais dont le but secret était de soutenir les sans-culottes.
La pétition avait pour but de se plaindre de la municipalité, et de donner, par un moyen légal et respectable, plus de poids et d'intérêt à cette plainte.
L'assemblée s'était formée en vertu d'une loi qui portait que les citoyens auraient le droit de se réunir paisiblement et sans armes en assemblées particulières pour rédiger des adresses et des pétitions, sous les conditions de donner avis aux officiers municipaux du temps et du lieu.
Toutes ces formalités avaient été remplies, et cependant, par l'ordre secret des commissaires, deux municipaux vinrent avec la force armée pour disperser les citoyens réunis légalement.
L'on acheva toutefois de rédiger la pétition, dans laquelle on demandait que les commissaires convoquassent les sections pour connaître, d'une manière plus imposante, par leur organe, ce qu'ils refusaient de savoir par des rapports particuliers sur les actes de la municipalité.
Lorsque cette pétition fut présentée aux commissaires, Legendre demanda de combien de signatures elle était revêtue : de huit cents répondit-on. La loi, dit-il, n'en veut que cent cinquante. On lui fit observer que la loi, en fixant le minimum exigé, n'avait pas défendu le plus grand nombre. Alors Legendre, furieux : « Taisez-vous, s'écria-t-il, vous n'êtes que des factieux. La force armée est là, je marcherai à sa tête contre vous. » Et par son ordre un des délégués de l'assemblée, le sieur Boissonnat, fut arrêté et envoyé à Mâcon pour être jugé.
La pétition, étant inutile, allait être rendue à ceux qui l'avaient présentée, lorsque Legendre, l'arrachant de leurs mains, leur dit : « Je garde vos signatures, vous répondrez sur vos têtes des troubles qui arriveront. » Et il en donna aussitôt copie à Chalier, qui courut au club central, en s'écriant : « Nous les tenons, j'ai tous leurs noms ; au premier mouvement, il faut qu'ils soient tous égorgés. » Il fit ensuite afficher une liste imprimée de ces noms, sous ce titre :
« Avis aux sans-culottes. Copie sincère et véridique de la pétitiott des contre-révolutionnaires, ensemble les signatures. »
Archives du Rhône, VII, 410.
Voici comment ce même incident est rapporté par un contemporain dans le Procès de Chalier, p. 27.
« Les citoyens, instruits de la manière indigne dont les députés de la Convention avoient traité ceux qui s'étoient présentés auprès d'eux, pour lui faire une
4o LYON EN 1793
dénonciation civique sur les causes des troubles de cette ville, crurent donner plus de prépondérance aux éclaircissements, s'ils étoient émanés des sections. Le 9 mars 1793, ils s'assemblèrent en conséquence aux Augustins, au nombre de 400, pour y rédiger une pétition tendant à la convocation des assemblées des sections, pétition qui fut portée aux commissaires députés de la Convention. Cette pétition est à la date du 9 mars.
« Les pétitionnaires furent accueillis de la manière la plus indécente, et si indécente qu'on n'ose répéter la réponse qu'ils firent. Les pétitionnaires envoyèrent des députés à Paris pour présenter leur pétition. Mais quel usage la Convention a-t-elle fait de cette pétition ? Le croiroit-on ? Elle en a fait délivrer une copie avec les noms de tous les signataires, pour les faire connoître au club central et les livrer à leur rage vindicative, et à la proscription. »
(Voir ci-dessous, à la date du 16 avril, la lettre des citoyens Fillion et Gravier).
Le même jour, 9 mars, la populace, excitée par les Jacobins, démolit un obélisque, élevé en 1609, en l'honneur de Henri IV, au milieu de la place Confort, et sur lequel le nom de Dieu était gravé en différentes langues.
14 Mars
Laussel, procureur de la commune, est arrêté avec son secrétaire, Leclerc, sous l'accusation d'avoir arbitrairement disposé de la liberté de ses concitoyens.
22 Mars
En conséquence de la pétition présentée au nom de 150 citoyens, qui demandaient que les maire et officiers municipaux fussent salariés, il est arrêté que les sections seront convoquées à l'effet d'émettre leur vœu, lequel est constaté par le procès-verbal de recensement fait en la maison commune le 29 octobre 1792, dans lequel la très grande majorité des citoyens a été pour le salaire ; et encore de la décision du 8 décembre 1792, qui fixe les traitements pour le maire et les officiers municipaux à la somme de 2,000 liv. ; enfin de l'autorisation des membres de la Convention Nationale, députés à Lyon pour le rétablissement de l'ordre, en date du 18 mars 1793, an II de la République française, il est arrêté que les citoyens exerçant lesdites fonctions d'officiers municipaux seraient tous payés à raison de 2,000 livres par année, à compter du moment où ils les ont exercées.
29 Mars
La lettre suivante, d'un nommé Villars, l'un des fédérés de Lyon, qu'il écrit de Paris, à la date du vendredi-saint 1793, à sa femme, demeurant à Lyon, rue Bourgchanin, mérite d'être rapportée comme un témoignage du fanatisme politique de ce temps :
« Tu feras voir ma lettre au citoyen Bassien et au citoyen Chalier. . . Ce que tu vas lire sont des vérités essentielles à y faire attention. Fais les voir au citoyen Bassien et au citoyen Chalier. Que Lyon prenne les armes sur le coup, sans attendre que Paris leur dise, pour qu'on n'ait pas à leur reprocher qu'ils ne se montrent jamais qu'après les autres et à force d'être persécutés. On a dit que le décret qui punit les auteurs des insurrections n'a pas lieu dans un temps de nécessité, où le peuple ne peut se sauver qu'en s'insurgeant. Faites-le par votre municipalité, que vous prierez de nous en donner l'ordre secret. Vous désarmerez tous les gens suspects et tous les aristocrates... vous formerez dans chaque section, au moins en chaque canton, un comité révolutionnaire pour juger promptement les coupables et faire servir votre guillotine,
qui se rouille faute de servir On a reconnu qu'il
n'y a que les sans-culuttes qui soient républicains.
« Levez-vous, levez-vous, levez-vous. »
Procès de Chalier, p. S2 .
Une autre lettre, adressée à Chalier par un nommé Joseph Germain, est"conçue en ces termes : « Nous touchons au grand moment, je vous assure d'avance, les Brissotins, Rollandins, Gensonné, Barbaroux, les Guadet et Vergniaud, et tout ce qui tient à la clique, font à présent leurs derniers efforts ; ils ne
savent A quoi se résoudre ; ils se voient f Avant
qu'il soit huit jours, il faut qu'ils dansent la carmagnole. Tous les sans-culottes sont debouts; le Père Duchêne en tète ; les femmes déchirent leurs coiffes, et n'attendent que le moment que Marat sorte de la grotte, pour paroître au tribunal révolutionnaire et le porter de suite en triomphe à la Convention, et traduire les MM. côté droit, tant qu'il y en aura un, à la guillotine, et bientôt tout voudra être Maratiste ; la guillotine est en permanence, elle ne passe pas de jour sans travail. »
jer Avril
Nivière Chol est remplacé à la mairie par Antoine- Marie-Bertrand.
3 Avril
Les commissaires de la Convention Nationale font emprisonner le jeune J.-L. Fain, rédacteur du Journal de Lyon, publié sous le nom de Carrier, son propriétaire , ainsi que trois autres Lyonnais, qui passaient pour les stipendiés du parti rolandin.
5 Avril
Jean-Emmanuel Gilibert avait été arrêté et emprisonné par les Jacobins , qui voulaient se débarrasser de lui, parce qu'il était le concurrent de Bertrand pour la place de maire. (On l'accusait d'être contre-révolutionnaire et d'avoir parlé en faveur de la permanence des sections). Dans une lettre justificative adressée à ses concitoyens, il réfute toutes les accusations portées contre lui, et prouve son pur républicanisme.
7 Avril
Chalier écrit à Marat, la lettre suivante :
Lyon, ce 7 avril 1793, l'an second de la République française.
« Ami et Frère,
« Je ne te connois que parce que j'ai été affligé l'année dernière des persécutions que tu as éprouvées de la part de la faction brissotine, et par ton journal,
le sauveur de la liberté et du peuple Je suis en ce
moment persécuté comme toi , il est si glorieux de l'être pour une si belle cause ! L'Assemblée constitutionnelle a cru sauver cette ville , en y envoyant des Montagnards ; mais elle est plus que jamais exposée au couteau des assassins. Sauvez la, sauvez la, amis de l'humanité, du déluge de maux, dont les patriotes vont être inondés. Le porteur de la présente , que le
pur patriotisme conduit à Paris , te dira le reste. Demandez aux Jacobins et à grands cris, que l'on nous envoyé au moins cent citoyens énergiques, pour tirer les patriotes de l'état de stupeur dans lequel ils sont plongés. Il n'y a pas de temps à perdre; ne balancez pas... Oui, les patriotes vont être exposés plus que jamais , si on n'y porte remède. Il nous faut des Jacobins purs et incorrigibles, et ne va pas croire que nous venions , par les conseils de nos trois commissaires, Rouvère, Bazire et Legendre, d'établir un club de Jacobins, que cela opère quelque changement ; il n'y en aura d'autres que celui de se donner un vernis de patriotisme ; il ne sera pas moins vrai que les patriotes y seront abandonnés, et que les ennemis du bien public échapperont impunément.
Au nom de la patrie ! n'abandonnes pas cette ville infortunée , où il y a tant de patriotes égarés ou séduits. Sauvez cette ville, et la république est aftermie. Nos ennemis y fondent toutes leurs espérances criminelles , parce que tout paroît favoriser leurs funestes projets. Je ne t'en dis pas davantage. Frappez, tonnez, parez aux coups dont nous sommes menacés et la patrie est sauvée , et le peuple bénira ton nom en horreur aux aristocrates.
« Adieu ! adieu ! salut , santé , force , courage , et fraternité.
(' Ton compatriote, Chalier. »
Voyez le Ptihlicnte de la République française , par Marat, l'ami dupeuple,no 173, du samedi 20 avril 1793.
La venue des commissaires de la Convention, ne remplit pas les espérances des Jacobins lyonnais, ainsi que le prouve la lettre suivante , du même jour , 7 avril 1793, adressée par Achard, l'un d'eux, aux citoyens Gravier et Fillion , députés de la commune de Lyon au comité de surveillance de la Convention :
a Amis, salut,
« Depuis longtemps j'avois prédit la perte et la fin de Dumouriez; son masque est tombé et il ne pouvoit tenir davantage sur sa face fayetique. Le procès-verbal des commissaires ne m'a nullement frappé ; mais ce qui m'inquiète et ce qu'il faut rechercher avec soin, ce sont les complices de Dumouriez. Ils sont nombreux, je pense , et un grand nombre d'entre eux, placés au centre de la machination, épuisent toutes les ressources de la France pour assouvir leur ambition, et ensuite remettre les rênes entre les mains des tyrans couronnés. Amis , je vous dois la vérité , je la dois à mon pays. Plût à Dieu qu'elle pût sauver ma patrie ! La corruption gagne toutes les parties de la République, à peine peut-on compter quelques mandataires vertueux, la chose publique ne peut plus être sauvée que par le peuple, le peuple est seul capable de pourvoir à son salut. Tout tend à le ronger, à le détruire. La Convention est trop faible ou trop perfide. Beaucoup de scélérats la composent, et quand on voit
les hommes sur lesquels nous avons cru jusqu'à ce jour être les seuls vertueux, quand on les voit, dis-je, se mettre à l'encan, après avoir fait les charlatans, je ne puis que dire : la liberté n'est plus !
« Oui , amis , et vous verserez des larmes sur ce papier, j'en ai versé à meilleur compte pour la même cause , Rovère , Bazire , Legendre , Pressavin et Reverchon , tous cinq députes dans ce département , sont des âmes de boue , que la faiblesse humaine a gangrenées. A peine sont -ils arrivés ici, que, comptant autant sur leurs talens que sur leurs vertus, nous nous sommes dits : ils feront notre bonheur. Ils nous l'ont promis, dès les premiers jours, et leur réception dans le centre, fut un jour de triomphe et de gloire pour notre sans-culotterie. Belles promesses, beaux plans , belles perspectives , ils ont tout employé pour s'attirer d'abord l'enthousiasme et la confiance. L'aristocratie devoit être anéantie , l'égoïsme pulvérisé , le modérantisme avili et chassé ; ils ont mis jour sur jour, attente sur attente, et le tout s'est réduit à quelques déclamations sans effet. Bien plus , ils ont machiavélisé, ils ont servi leur mollesse et leur sybaritisme, ils ont vécu en épicuriens et agi en contre-révolutionnaires. Eh ! n'est-ce pas agir en contre-révolutionnaires , eux qui , depuis un mois , n'ont visité le club central qu'une fois ; eux qui n'ont nullement réformé les abus des administrations et tribunaux, eux qui ont servi leurs passions en élargissant des prévenus de faits liberticides ; eux qui se sont permis de dire à
des patriotes, qu'il falloit que tous les amis de la liberté quittassent cette ville ! Que vouloient-ils dire par ces mots ? L'ont-ils vendue à l'aristocratie ? En veulent-ils faire un foyer de contre-révolution ? Je crains que mes soupçons , peut-être trop vifs, ne s'effectuent ; les preuves que j'en pourrois donner, c'est leur sollicitude à détruire les sociétés populaires, en établissant une société de Jacobins, où ils ont voulu faire recevoir tout ce qu'il y a de plus impur; où une vengeance particulière s'est montrée, avec un despotisme et des principes d'inégalité, que l'on ne peut se rappeler qu'en frémissant; où enfin, les meilleurs patriotes ont été vilipendés, pour faire accepter un Perret, ennemi juré de Chalier , lequel ils ont voulu sacrifier, pour exécuter leurs projets perfides.
« Amis, dénoncez aux Jacobins les cinq députés qui ne sont venus ici qu'avec l'aristocratie, et qui sont partis de cette enceinte chargés de sommes immenses qu'ils ont receux {sic) d'elle. Ils partent et puissent {sic) la terre s'entr'ouvrir sous leurs pas ! Ils ne laissent ici que l'espoir de la désolation dans le cœur des patriotes , du triomphe, de la victoire dans l'âme des contre-révolutionnaires, ils ont vendu et volé la nation. Ils sont des scélérats à guillotiner.
« Amis, brûlez ma lettre. Je pourrois en être la victime. Dénoncez les faits, mais ne me découvrez pas ; il ne faut pas périr pour des coquins. Je ne dois ma vie qu'à ma patrie.
<Arch. de la ville de Lyon.
8 Avril
Les commissaires de la Convention délivrent au nommé Perrussel, spadassin , étranger à toute administration de police, un mandat d'arrêt contre tous les individus que celui-ci trouverait chez son beau-frère Gerbert , tenant un cabaret à bière , sur le quai du Rhône. Ce mandat était ainsi conçu :
Lyon, ce 8 Avril 1793.
« Tous les officiers civils et militaires , demeurent requis de faire saisir, arrêter et conduire à la maison commune, pour y être détenus sous bonne et sûre garde et au secret, tous ceux qui seront indiqués par le porteur du présent, et de la manière qu'il proposera.
Les Commissaires de la Convention Nationale pour l'étabhssement de l'ordre dans le département de Rhône-et-Loire.
« Signe : Bazire, Legendre, Rovère. »
En vertu de ce mandat, qui fut retiré de ses mains par les commissaires, après qu'il eut rempli sa commission, Perrussel, accompagné de la force armée, arrêta dans le cabaret, quatre-vingt-treize personnes^ qu'il fit conduire aux prisons de l'Hôtel-de-Ville.
Plusieurs habitués du cabaret de Gerbert , chez lequel la bonne qualité de la bière attirait un nombre infini d'amateurs, avaient été indiqués à la municipalité, comme ayant dans leur langage l'accent de
Marseille, et la municipalité avait dénoncé vaguement aux commissaires la plupart d'entre eux comme Marseillais. Or, Marseille, était déjà dénoncé comme un des foyers du girondisme, auquel ils étaient particulièrement chargés de faire la guerre, et quelques-uns des buveurs de bière pouvaient être des émissaires girondins de cette ville. Mais, parmi les familiers du cabaret de Gerbert , il pouvait se trouver aussi des gens du parti orléaniste ; il ne fallait donc pas laisser arrêter les uns avec les autres , par des agents de la municipalité, qui, en les confondant tous, auraient pu, dans l'interrogatoire de ces derniers obtenir leur secret, et trouver matière à compromettre les commissaires. Voilà pourquoi, en paraissant les mettre d'abord sous la juridiction de la municipalité , par leur emprisonnement dans l'Hôtel-de-Ville, ils se réservèrent de les interroger eux-mêmes. Tous les trois s'y transportèrent, dès le soir, à cette fin, et les firent comparaître l'un après l'autre devant eux. C'était Bazire qui faisait les questions. La principale était celle-ci : « Q.u'alliezvous faire dans ce rassemblement? » Chacun des détenus répondit à son tour : «J'y venais boire de la bière, » Les assistants se moquaient de ce que cet interrogatoire avait de burlesque; mais les commissaires s'en applaudissaient , parce qu'il ne menait à aucune découverte. Il dura jusqu'à deux heures du matin, et finit par la restitution de la liberté à tous les détenus. Guillon de Montléon. Mémoires pour servir à l'histoire de la ville de Lyon pendant la Révolution. Paris , 1S24, in-8, tome I, p. 21S.
10 Avril
On retrouve les mêmes passions dans la lettre suivante du maire Bertrand au club de la place Saint- Pierre :
« Citoyens,
« La France est trahie par le général Dumouriez. Il a livré quatre représentants du peuple aux Autrichiens, et, si nous ne prenons de grandes mesures, notre liberté sera dans le plus grand danger. Nous avons arrêté que nous ferions une adresse à la Convention Nationale pour lui déclarer que les députés, qui ont voté pour la conservation du traître Capet, avoient perdu notre confiance, et l'inviter à décréter aussitôt leur renvoy. Nous vous invitons à donner votre adhésion à notre adresse, et envoyer le procèsverbal qui en fait mention, au greffe de la municipalité, signé du président et du secrétaire seulement.
« Salut, « Bertrand, maire. »
Collection Rosas,
15 Avril
Trois Lyonnais, Genet-Bronze, Pelzin et Badjer se présentent à la barre de la Convention Nationale, et demandent que l'élection de Bertrand soit déclarée nulle.
16 Avril
Fillion et Gravier, qui se trouvaient à Paris, rendent compte de la précédente démarche dans la lettre ci-dessous :
« Le très honoré Pelzin, constitutionnalre, et son très digne collègue Badjer, se sont présentés hier à la barre, comme représentants du peuple de Lyon. Mais nous allons vous faire connoître ce peuple, nous en avons la liste et nous pensons qu'il viendra des circonstances où elle nous sera très utile. Il seroit même à propos que chaque citoyen en eût une dans sa poche, parce que chacun doit savoir qui il fréquente. Demain vous la recevrez. Il est temps enfin que nous connaissions les contre-révolutionnaires de Lyon. C'est une liste qu'il faudra conserver solennellement, elle est précieuse dans sa qualité scélérate. »
Copie de la pétition, avec les noms des pétitionnaires, étant arrivée, Chalier la fait imprimer.
Procès de Chalier, p. 2j.
Cp'i^