‹ Lyrisme et Structures Sonores: Nouvelles méthodes d'analyse des rythmes appliquées à Atala de ChateaubriandChapitre 61 sur 77 · LES VERS SYMÉTRIQUES · texte numérisé non relu

LES VERS SYMÉTRIQUES

les seules structures régulières examinées, parmi celles dues à l’accent tonique, seront les vers symétriques.

I semble qu'il n’y ait plus lieu d'envisager les rythmes dus à des vers blancs intérieurs : ces vers blancs se règlent en effet sur les accents toniques. Néanmoins on verra plus loin qu’il y a lieu d'examiner cette classe, qui ne se confond pas absolument avec les régularités toniques.

3. Les VERS SYMÉTRIQUES. En cheminant d’un signe de ponctuation au suivant, il arrive que les chemins parcourus jusqu’à rencontrer les accents toniques successifs, soient symétriques. C’est la structure que nous appelons vers symétriques. | |

Voici ce que nous avons rencontrés dans les passages examinés : (en excluant les monopodies, nécessairement toujours symétriques de ce point de vue).

4. VERS SYMÉTRIQUES CLASSÉS SUIVANT LA SIMILITUDE pes vers. Dipodies. Les types possibles sont v-u- ou UU-UuuT, OUUVUUUTUUU-, OU VvUUuUu-VvuUuUuUu-. Ce dernier type a déjà une tendance, an moins dans un de ses pieds, à se scinder en pieds moindres. Quand aux dipodies formées de pieds plus longs, il n’y a pas à en envisager l'existence : il arrive à la rigueur qu'on trouve un pied UUUUU- OU UuUUUUUT, qui n’aient pas de tendance à se scinder én pieds moindres ; mais, de deux piéds successifs ‘aussi longs, un au moins se scinde-

rait, ‘Le type v+ v- est absent, dans nos analyses.

. Type VU NUIT

c'est le Nil des déserts.

le désert fit silence s'élevait dans les airs pour église un désert pou saisir dans l'abîme

On remarquera que tous ces vers ont une césure entre les deux pieds égaux; et généralement une césure masculine, plus rigoureuse.

Type UUU- VUUU— S

il les cimente avec des vases alors les chaînes de feuillage à balancer ces corps flottants à réunir tous les murmures ses pieds modestes étaient joints c'est moins un fleuve qu'une mer

Une moitié de ces vers se coupent encore en deux vers égaux par une césure médiane :

il les cimente avec des vases

à balancer ces corps flottants à réunir tous les murmures

Type UUUU- UUUU—= :

et l’on respiraït la faible odeur d’ambre

Ce type a déjà une tendance à se scinder en plusieurs pieds moindres. Ce qui lé maintient, c’est la forte césure médiane.

Quant aux types supérieurs, il n’y en a pas, et on

peut douter de la possibilité de leur existence (ce serait par exemple le cas d’un alexandrin ne dégageant d’accent tonique qu’à la césure médiane et à la fin du vers).

Tripodies : Elles sont formées, soit de pieds tous égaux entre eux, soit de pieds inégaux. | | A) La! première de ces deux classes se divise en sousclasses, précisément comme les dipodies.

Le type u-u-u- n’a pas été rencontré par nous. Sans doute le français n’a-t-l pas d’accents toniques assez forts pour dégager un pareil type, qui se rencontrerait facilement en italien, en roumain ou en allemand.

Le type UU = VUU- UU— :

s’entrelacent au pied de ces arbres la cigogne criait sur son nid s’arrondit en un vaste cylindre

Le type UUU- UUU- UUU-

et sa lumière gris de perle descendait qui vient pleurer sur le cercueil d’une campagne

C’est l’alexandrin ternaire si fréquent vers la fin du xix° siècle.

Les types formés de pieds plus longs seraient trop fragiles et s’effriteraient en pieds inférieurs.

B) Les tripodies formées de pieds inégaux ne peuvent être formées de plus de deux pieds inégaux. On peut donc les classer suivant le pied qui y domine, pied qui

168 vers SYMÉTRIQUES CLASSÉS PAR VERS SEMBLABLES

se trouvera nécessairement commencer et terminer le vers.

Pied u- dominant {le pied 1, on l’a vu, est une rareté, il ne pourrait être dominant).

celui du désert augmente

c’est le type u- uu- u-. Nous n'avons pas relevé d’échantllons u- vuuu- Où u- uuuu- u-, etc.

Pied vu- dominant :

Type vu-u-uu-:

il domine tous ces berceaux

tout à coup la nue se déchire enflammait le vaste orient j'entr'ouvrais mes lèvres aux brises s'embrasaient du feu de mon souffle

Le type suivant, uu- uu- uu-, est le type à pieds égaux dont nous venons d'étudier des exemples. Le type suivant, uu- vuuu- uu-;

quel affreux et magnifique spectacle sous les voûtes d’une église chrétienne le soleil doit se coucher à présent

ses rayons seront bien beaux au désert qui s'élèvent au-dessus des forêts

les cadavres des élans et des ours.

Le type suivant UU—= VUUUU- UU— :

il se passe de telles choses aux yeux sur la cime indéterminée des forêts si ma main tombe par hasard sur la tienne

Pas d'exemples des types suivants, à cause de la

rareté et de l’incertitude des pieds supérieurs vuvuu-, etc.

Pied uuu- dominant.

Type vuv- u- uuu-, pas d'exemple.

Type UUU- VUU= VUUU—

sortit enfin d’un abîme de lumière

Type vuu- vuu- vuu- : c’est le type à pieds égaux dont nous avons vu des exemples.

Le type suivant vuu- uuuu- uuu- :

toutes les voix de la solitude s'éteignirent

Pas d'exemples des types supérieurs.

Pied UUUU- dominant :

les détonations de l'orage et de l'incendie

soit UUUU- UU- VUUUU—-,

Tétrapodies : À mesure qu'on monte dans la série des structures organisées, les types théoriquement possibles augmentent beaucoup en nombre, et l’on conçoit que, à moins d'étudier des étendues de prose lyrique beaucoup plus grandes que nous ne l'avons fait, il n’y ait pas lieu d’espérer qu’on trouvera au moins un repré- - sentant de chaque type. Aussi il est inutile d’entrer dans le détail, désormais (la manière de procéder ne serait d’ailleurs pas différente de celle qui nous a permis de classer les dipodies et tripodies).

Voici donc des échantillons de tétrapodies sommaire-

ment classés :

470 vERS SYMÉTRIQUES CLASSÉS PAR VERS SEMBLABLES

Pieds tous égaux :

ces lianes traversent des bras de rivières

VIe ROUE RUES

Pieds inégaux : par raison de symétrie, on voit bien qu'il ne peut entrer dans la composition de ces vers plus de deux pieds inégaux :

les feux ne jettent plus que des notre rougeâtres les corps des animaux et des poissons noyés tous deux du type u- uuu- uuu- uqui pend avec tous ses arbres sur le chaos des ondes

u- vuuu- vuuu- u-; c’est-à-dire également compris entre pieds u-.

Pentapodies : Elles sont nécessairement composées, ou d’un seul pied, ou de deux, ou de trois différents. Voici des échantillons de ces trois types :

Un seul pied :

sur lesquels elles jettent des ponts et des arches de fleurs UM == CCE CPAS Deux pieds différents :

la lune brillait au milieu d’un azur sans tache SO CU ET NEA ET SP EAU Trois pieds différents :

les nuages abaissés entrent sous l'ombrage des bois UU—- UUU- = UVUUU—- UVUU-

à l'instant un vent impétueux sorti du couchant

UJU= U= VUUU- U-= VUU-

Hexapodies : Nous n’en avons trouvé qu’une [et dans un passage qui n’a pas été retenu pour les exemples précédents : c’est un passage dont nous avions étudié en détail les deux versions, par extraordinaire; dans ce qui précède nous n'avons retenu que O; l’hexapodie Suivante est en D].

et la chute répétée du tonnerre qui siffle en s’éteignant dans les eaux

OUI COUP UUe JU UV = JU

4. VERS SYMÉTRIQUES CLASSÉS SUIVANT L'ÉGALITÉ DES VERS. — Reprenons les mêmes vers, en les classant au point de vue des vers blancs; en mettant ensemble les vers égaux.

En laissant de côté les vers d’un seul pied, dont la symétrie est inintéressante, nous éliminons par là les vers très courts. Les premiers retenus sont des vers de six syllabes.

Vers de six syllabes : La seule possibilité effectivement réalisée (les autres semblent écartées par la faiblesse des accents toniques en français) c’est :

c'est le Nil des désserts le désert fit silence s'élevait dans les airs pour église un désert pour saisir dans l’abîme

type : vu- uu- (On peut faire la remarque curieuse suivante : si l’on rencontre, dans tous les fragments exa-

minés, un vers de six syllabes symétriques, il ÿ a une chance sur deux qu'il contiendra le mot « désert » : ÿ aurait-il une relation thématique entre cette notion et cette structure? C’est au moins une coïncidence curieuse. Ce qui la préciserait, c’est que toujours les hexasyllabes symétriques contiennent le son « zer » où «zir » en position tonique).

Vers de sept syllabes : Un seul type est possible, et on en trouve effectivement un exemple : u- uu- u-

celui du désert augmente

Octosyllabes :

Type UUU—- UUU-

il les cimente avec des vases alors les chaînes de feuillage

à balancer ces corps flottants

à réunir tous les murmures

ses pieds modestes étaient joints c'est moins un fleuve qu'une mer

Type UU—= U—= VU-

il domine tous ces berceaux

tout à coup la nue se déchire enflammait le vaste orient j'entr'ouvrais mes lèvres aux brises s'embrasaient du feu de mon souffle

Pas d'échantillons du type possible &- vuu- u-

VERS SYMÉTRIQUES CLASSÉS PAR VERS ÉGAUX Vers de neuf syllabes :

Type UU—- UU—- UU—

s'entrelacent au pied de ces arbres la cigogne criait sur son nid

et les fleuves roulaient pêle-mêle s’arrondit en un vaste cylindre

Pas d'exemple de U- UUUU- U-

Vers de dix syllabes (décasyllabes) :

Type UUUU- UUUU-

et l’on respiraït la faible odeur d'ambre

Type UU-= UUU= UU-

quel affreux et magnifique spectacle sous les voûtes d’une église chrétienne le soleil doit se coucher à présent ses rayons seront bien beaux au désert qui s'élèvent au-dessus des forêts les cadavres des élans et des ours.

Type U=UVUU—UU- VU - Uv-

la lune brillait au milieu d’un azur sans tache.

Vers de onze syllabes :

Type UU- UUUU- UU-

il se passe de telles choses aux yeux

sur la cime indéterminée des forêts

si ma main tombe par hasard sur la tienne.

Type UUU- VU UUU-

sortit enfin d’un abîme de lumière.

174 VERS SYMÉTRIQUES CLASSÉS PAR VERS ÉGAUX Vers de douze syllabes (alexandrins).

Type UUU- UUU- UUU-

et sa lumière gris de perle descendait qui vient de pleurer sur le cercueil d'une compagne.

Type UU—- VUU—= UU- UU—

ces lianes traversent des bras de rivières,

Type U= UUU- UUU- U-

les feux ne jettent plus que des lueurs rougeâtres les corps des animaux et les poissons noyés.

Vers de treize syllabes :

Type UUU- UUUU- VU U-

toutes les voix de la solitude s’éteignirent Type UUUU= VU VU UU-

les détonations de l'orage et de l'incendie.

Vers de quatorze syllabes :

Type U= UUUU—- UUUU—- U—

qui pend avec tous ses arbres sur le chaos des ondes. Type UU- U= VUUU- U= UU-

à l'instant un vent impétueux sorti du couchant. Vers de quinze syllabes :

Type UU- UU- UU- UU- UU-

sur lesquels elles jettent des ponts ei des arches defleurs. Type VU AU UV -ROUU= UIUE=

les nuages abaissés entrent sous l’ombrage des bois.

COMPARAISON DES DEUX CLASSIFICATIONS. À comparer ce classement au précédent, on s’aperçoit que le second n’est pas le plus naturel; ou tout au moins ne s'impose pas. Deux vers égaux n’ont pas entre eux des rapports plus étroits que deux vers semblables.

On voit les vers naître de la prose ; on voit représentés. le plus fréquemment les types effectivement employés le plus souvent en poésie; et s’il y a plus d’octosyllabes, par exemple, ce n’est pas parce que les octosyllabes ont été recherchés de préférence : il suffit de se reporter au premier classement, pour douter que ce qui s’y trouve puisse être expliqué par le second.

1. Cf. Les Rythmes comme introduction physique à l'esthétique (Bibl. de la Rev. des Cours, Boivin 1930), chap. De la prose au vers. Hiérarchie des vers français.

HI

Structures régulières des ensembles.

1. CONTINUITÉS OU CORRESPONDANGES. Nous venons de voir s'organiser le vers, Nous examinerons maintenant comment les ensembles de vers acquièrent une individualité organique, comment ils se disposent en structures régulières.

Ces régularités sont, ou bien par contact, c’est-àdire du type des continuités; ou bien à distance, du type des correspondances, des symétries.

2. CLASSES DE coNTINUITÉS Nous distinguerons les continuités où l'élément de liaison est le pied. Autrement dit, dans cette évolution continuelle qu’est une structure, on voit se conserver cerbains pieds.

D’autres fois, le lien est le vers : s'il y a des invariances, c'est dans le cadre du vers qu'on les aperçoit.

Parfois se conserve un type net de structure, qui peut même déborder le vers : un thème. (On pourrait d’ail-

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