Hermès au repos (Statur de bronze). (Musée de Naples
Lysippe est quelque chose de plus. Son influence ne se limite pas à ses disciples immédiats; elle exerce une action 1res réelle sur Tari hellénistique, notammenl dans les écoles d'Asie Mineure où la hure productrice de l'esprit grec se manifeste encore par de si vigoureuses poussées de sève. Il est, en effet, naturel que, se formant sur le tard, elles se rattachent assez étroitemenl aux maîtres dont l'activité a rempli les dernières années du ive siècle. Veut-on mesurer, assez exactement, quelle est, dans ces écoles, la popularité de Lysippe? On examinera au Louvre la riche série des terres cuites de Smyrne, et surtout celles dont la date se place entre la lin du ive et le milieu du il' siècle. Elles appartiennent au temps où la fabrication smyrniote, qui ne commence pas avant l'époque hellénistique, prend ses modèles dans les œuvres de la statuaire grecque contemporaines d'Alexandre ou de ses premiers successeurs. Or. il esl facile de constater que les types chers au maître sicyonien sont ceux auxquels s'adressent le plus volontiers les coroplastes de Smyrne. On retrouve là des athlètes du type lysippéen, manifestement imités de modèles eu bronze : on y reconnaît le type de l'Héraclès douloureux créé par Lysippe, et telle de ces ligures, apparentée de liés près à YHercule Fartièse, semble nous offrir une réduction de Y Héraclès au repos si souvent reproduit par les copistes.
Mais l'influence de Lysippe aune portée encore plus étendue. Les principes qu'il a formulés sont riches en consé-
quences, et les artistes de Pergame, de Traites, d'Ëphèse, de Rhodes s'appliquent à les dégager, voire même à les épuiser. Des œuvres comme la frise de la Gigantomachie du grand autel de Pergame, comme le Laocoon, disent assez que le naturalisme de Lysippe et son goût pour le pathétique ont fait des adeptes. Le réalisme que trahit l'exécution de la grande frise pergaménienne, le sentiment dramatique qui éclate avec tant de force dans cette furieuse mêlée, nous avertissent que l'exemple du maître sicyonien n'a pas été perdu. Faut-il cependant le rendre responsahle des outrances où tombe parfois la sculpture hellénistique, et devons-nous voir en lui l'initiateur d'un art de décadence? Formulé en ces termes, le jugement serait fort injuste. Sises successeurs poussent à l'extrême les défauts de ses qualités, si, chez eux, l'habileté de l'exécution tourne souvent à la virtuosité, le naturalisme à la science d'atelier^ le pathéthique au drame théâtral, c'est que son enseignement a germé sur un sol qui n'est plus la Grèce, mais l'Asie Mineure. L' « asianisme » a fait son œuvre, en communiquant à l'art son exubérance, son goût pour les déclamations sonores. Lysippe, au contraire, jusque dans ses audaces, reste fidèle à la pure tradition grecque. 11 se rattache encore à la lignée des grands maîtres ; mais elle est close après lui.