SCÈNE IV
MYRTALE, THEORUS
théorus. — Sitôt que je suis entré ici, en te voyant, je me suis dit : Tiens voilà une figure que je connais ! Tu ne te souviens pas de moi... Théorus, le fils du boulanger?
myrtale. — C'est-à-dire que c'est vague.
théorus. — Voyons, rappelle-toi... rue des Trépieds, nos maisons étaient voisines, je t'ai vue haute comme ça. Nous avons grandi ensemble : j'ai même dû un moment t'épouser.
myrtale. — M'épouser? Je devrais me rappeler pourtant : il n'y en a pas des flottes qui aient eu cette idée-là. C'est curieux !
théorus. — Ta mère Crobyle était bien la fruitière qui faisait le coin...
myrtale. — Qu'entends-tu par faire le coin?
théorus. — Que de fois, étant enfant, je suis allé avec ma mère chercher des légumes chez la tienne.
myrtale. — Ah ! alors, tu te trompes, mon ami. D'abord ma mère ne s'appelait pas Crobyle et apprends qu'il n'y a jamais eu de fruitières dans ma famille.
théorus. — Je ne savais pas... d'ailleurs ce n'est pas déshonorant. Euripide est le fils d'une fruitière.
myrtale. — Ça le regarde, c'est son affaire... mais encore une fois, tu te trompes: tu confonds sans doute avec Glycère, cette jolie blonde qui vient derrière nous... Chut! c'est mon amie.
théorus. — Je te demande pardon, si je t'ai froissée... tu sais, moi, je parle sans chercher mes mots, comme ça me vient... mais le cœur y est : tu serais même la fille de Cléon que je voudrais encore de toi.
myrtale. — Non, tu ne m'aimes pas tant que ça, puisque tu t'es trompé de mère !
Ils ont passé ; viennent Dercyle et Glycère.