LIVRE II. — CHAPITRE II
Egidius de Reims, ne se livrent pas à leurs passions, mais s'appliquent plus h nouer des intrigues politiques qu'à maintenir l'esprit de charité.
Les nombreuses minorités de la race mérovingienne faisaient subir aussi à la royauté des iiitermiltences, dont profitait l'esprit de désordre. Saint Grégoire n'entre que confusément dans le détail des intrigues qui eurent lieu en Austrasie pendant la minorité de Childebert. On y reconnaît les grands n'osant pas tout à fait secouer lautorité du fils de Sigebcrt, mais, comme il arriva dans les siècles postérieurs, jaloux d'en affaiblir la puissance. La reine Brunehaut, dont l'esprit entreprenant et plein de ressources, dont le courage et la grande aptitude au gouvernement étaient capables de mettre un frein aux passions qui s'agitaient, était naturellement odieuse et redoutée des leudes d'Auslrasie. Ils s'efforçaient de l'éloigner des affaires; ils voulaient tuer ceux qui lui restaient fidèles. Cette reine ne se décourageait point, et on peut dire qu'elle savait payer de sa personne.
Un jour, plusieurs grands, unis contre le duc de Champagne Loup, dont la fidélité à la reine leur portait ombrage, rassemblèrent une armée et marchèrent contre lui. La reine n'hésita pas à se présenter devant les bataillons et à les haranguer.
— a Que faites-vous, disait-elle, allez-vous persécuter un innocent? vouIez«vous dans un seul combat
et à l'occasion d'un seul homme détruire les forces de tout un royjjiume ? »
Un des chefs de l'entreprise l'interrompit brutalement en lui disant :
— «Retire-toi, femme; qu'il te suffise d'avoir régné au temps de ton mari : c'est ton fils qui règne aujourd'hui ; son royaume est sous notre tutelle et non sous la tienne : retire-toi, si tu ne veux être foulée aux pieds de nos chevaux et écrasée sur les pierres du chemin. »
La reine ne s'effraya pas de ces menaces : elle soutint celle altercation avec un courage viril, et <3lle parvint à empêcher le combat. Les ennemis de Loup, néanmoins, ne changèrent pas de projet ; et, malgré son courage, le crédit de Brunehaut ne put empêcher le duc de Champagne d*êlre obligé de quitter l'Austrasie et d'aller chercher un asile auprès du roi Contran ; il y demeura jusqu'à la majorité de Childebert(l).
Quand vint l'époque de cette majorité, Ghildebert songea à venger la majesté royale, et à faire intervenir sa puissance au milieu du tumulte des passions et des colères des grands. Sa justice procéda comme celle do^Clovis, comme celle de tant d'autres rois mérovingiens en toutes sortes de circonstances. Elleattendit son jour, elle choisit son heure. Elle
(«)S.Greg.,Lib. VI, c. iv.