‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 122 sur 214 · LIVRE II. ■— CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE II. ■— CHAPITRE

morale consacrée par le christianisme (1), Arius qui niait la divinité de Notre-Seigneur, Pelage qui niait rintervention de la grâce, sont des interprèles aussi véridiques et des docteurs plus respectables de l'enseignement divin que saint Athanase ou saint Augustin. M. Thierry a été conduit à ces axiomes ahsurdes par l'esprit d'opposition dont il s'est toujours nourri et qui s'est amalgamé chez lui avec un esprit de système étroit et exclusif. 11 s'était piqué, en s'établissant rhistorien des races vaincues, de trouver une application généreuse à sa manie d'opposition : si les sympathies, qui accueillirent son entreprise, n'étaient pas pour prouver que toute défaite fut une injustice et toute victoire un scandale, elles témoignaient au moins de la générosité des âmes à com patir au malheur, même quand il est mérité. Sans vouloir en effet honorer le succès en toutes circonstances, on peut dire, d'après les enseignements de l'histoire comme en présence des catastrophes de nos jours, qu'il y a peu de ruines qui ne soient motivées ; il est rare que les races vaincues ne soient pas des races coupables.

M. Thierry ne voulait pas admettre de tels raisonnements : le malheur de l'innocence est un moyen trop dramatique pour qu'il consentit jamais à y renoncer : encouragé par le succès, il essaya

(i) Hist» de la conq, (VAngL Introd., p. 22. L*édition corrigée a supprimé ces diyerses impertineuees*

de le mettre en œuvre dans les questions religieuses. Il chercha à éveiller les sympathies en faveur de rhérésie et du schisme, parce qu'ils avaient été vaincus : au lieu de reconnaître dans leur défaite une preuve de leur fausseté, il prétendit y trouver une raison d'intérêt et de bienveillance. Il ne se doute pas que la vérité doive être respectée surtout en tels sujets ; les événements de l'histoire n'ont pas à ses yeux d'autre but ni d'autre raison d'être que de fournir à l'historien matière à de terribles ou charmants récits. Il avoue qu'il éprouve pour les différentes églises nationales que k l'Eglise romaine ap- (( pelle hérétiques ou schismatiques, le même genre « d'intérêt et de sympathie que pour les nations (( vaincues : comme ces nations, elles ont succombé, (( ajoute-t-il, sans qu'il existât aucun droit contre «elles; et l'indépendance qu'elles revendiquaient « pour leur doctrine et leur gouvernement, était (( une partie de cette liberté morale consacrée par (( le christianisme (1). »

L'esprit armé de la sorte et ainsi protégé contre le rayonnement de la vérité, il n'est pas étonnant que M. Thierry n'ait absolument rien compris aux merveilleux événements qui donnèrent à Clovis l'empire des Gaules.

Dans cette Gaule romaine et catholique, tr

(\) Hist, de la conquête d'Angl.y Inlrod., p. 22.

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peuples Barbares se trouyaient en présence à la fin du 1* siècle : les Bourguignons, les Yisigotbs et les Francs. Les derniers étaient païens : les deux autres professaient rabominablè bérésie d'Arius. M. Tbierry ne comprend pas Thorreur que les propositions blasphématoires d'Arius pouvaient inspirer aux catholiques; il trouve qu'il eût été naturel que les Gaules entières fussent tombées sous la domination d'un des deux peuples arieos. Il ne nie pas que ce soient les évéques qui en aient disposé autrement ; mais il prétend qu'ils se sont conduits en cette circonstance uniquement par un étroit fanatisme, pour ce qu'il appelle avec mépris les doctrines de Rome, et qu'ils ont agi contre l'intérêt et la politique des populations gallo-romaines. Pour mieux établir la vérité de cet intérêt et de cette politique, il trace un tableau aussi aimable que possible des deux peuples ariens : leur établissement dans les Gaules, dit-ij, n'avait pas eu lieu sans violence ni sans ravages, mais l'amour du repos et un certain esprit de justice, qui les distinguaient entre tous les Germains, avaient promptement adouci leurs mœurs : ils se laissaient gagner aux mœurs romaines (i) ; ils étaient chrétiens, etc. — Le Bourguignon, que Sidoine Apollinaire repré*

(4) Hist. de la conquête (TÀngl^ t. I, p. 56, etc. L'édition corrigée (p. 40 et suiv ) modifie un pea ces peintures du Goth et du Bourguignon et indique les raisons qui rendaient odieuse leur domination. — Lelt. sur l'hiU. de Fr.j p. 95 et suiv.

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sente frottant sa chevelure de beurre rance, civilise sous la plume de ^M. T^iierry ; et 'l'horrible Goth, odieux nnême aux populations Barbares, devient presque attrayant. Nous avons vu que pour dépeindre les Francs notre auteur emploie les procédés contraires. Ainsi il néglige tout ce qui indique quelque civilisation chez eux ou quelque culture et il retranche tout ce qui marque l'injustice,, la violence et la barbarie des ariens. Leur ruine n'a dans son esprit ni motif, ni raison. Les succès des Francs sont le résultat d'un hasard et de l'ambition des évoques. Ces évêques, avaient illégalement acquis dans les Gaules une autorité exorbitante (1). M. Guizot s'est chargé de réfuter cette proposition (2), et il a déduit les raisons naturelles et légitimes qui mirent le pouvoir entre les mains de ceux qui subvenaient à peu près à tous les besoins des peuples, soutenaient les charges publiques, veillaient à la défense des villes et relevaient, contre les entreprises des Barbares, le courage des Gallo-Romains abandonnés de l'empire (3).

Dès le troisième siècle, on avait vu S. Didier,.

(1) Hist. de la conquête (VlngleL, t. I, p. 58.

(2) M. Thierry ne Fa pas fait disparaîire ealièrement de son édition corrigée; il admet la légitimité de rhorreur de TEglise pour Thérésie d'Arius et ne nie pas les motifs da crédit conquis par les évoques sir les populations de la Gaule.

(3) Hist. de la civil, en Fnnce.

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