‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 124 sur 214 · LIVRE ir. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE ir. — CHAPITRE III

lemment, pour ainsi dire, sous ronctionqu'onleurim* posa, se sont relevés pleins d'ardeur et de zèle pour la gloire de Dieu, pleins de lumières pour conduire son troupeau, pleins de force contre eux-mêmes.

La merveille fut aussi grande chez Sidoine Apollinaire. Ce n'était pas, il est vrai, un jeune homme qui eût à comprimer la fougue de ses passions ; c'était un de ces héros des décadences, comme notre siècle pourrait en montrer quelques-uns, flexibles et et mous, relevant de leur esprit et de leur grâce rhabileté de leur faiblesse à se plier à toutes les circonstances: c'était un \ieillard qui avait eu des honneurs sous tous les régimes, dont les chan* gements politiques et les révolutions avaient respecté la gloire et augmenté la fortune, en échange de la condescendance avec laquelle il les avait tous acceptés. Gendre de l'empereur Avitus, il n'avait pas osé se refuser à prononcer le panégyrique de Majorien, rival et successeur de son beau-père. Pour prix de cette complaisance, le poète avait conservé ses dignités et ses honneurs. L* onction épiscopale changea ce faible cœur, il devint l'âme de la résistance contre les Barbares ; il anima et entretint le courage de son peuple ; il travailla avec ténacité à lui créer des alliés et des protecteurs ; il déplora ses revers avec une éloquence à laquelle toutes les grâces du bel esprit n'auraient jamais pu atteindre : il fit plus, il embrassa ses ouailles dans une charité ardente, et

l'énergie de son dévouement sut créer à leur détresse d'inépuisables ressources.

Quelque temps après son sacre, l'Auvergne fut envahie par les Yisigoths. Elle était alors, au dire de saint Sidoine lui-même (1), la porte de l'empire romain. Elle avait été précédemment occupée par les Bourguignons alliés de l'empire et chargés de la défense de cette province. Ces défenseurs-là étaient aussi dangereux que des ennemis ; mais ils occupaient l'Auvergne au nom de l'empire : et l'honneur paraissait sauf. Les querelles des enfants de Gondioch ayant précipité les armes des Bourguignons dans des guerres intestines, toute l'Aquitaine se soumit- au pouvoir des Yisigoths. Clermont seul songea à résister. Saint Sidoine explique bien que ce fut le besoin de conservation de la foi catholique qui inspira cette résistance. Le saint ne partage pas, en effet, les sympathies de M. Thierry pour cette domination des Yisigoths ; il ne prend pas aussi facilement son parti sur leur quelque peu de fanatisme arien (2) ; il montre leur roi Evaric, entouré de l'éclat d'une puissance plus terrible aux lois chrétiennes qu'aux murailles gallo-romaines : il le dit plutôt chef de secte que roi d'une nation ; le seul nom de catholique irritait sa colère ; il ne voulait

(1) S. Si(l.,£pw/.,lib. Vn,ep. \.

(2) Lett. sur Vhisl, de Fr., p. 98.

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rien supporter que 8on erreur, qu'il regardait comme la vérité et supposait capable d'assurer le bonheur de toute la terre (1). Saint Sidoine ne se contente pas d'apprécier le caractère de l'ennemi contre lequel il se préparait à lutter, il signale dans la même lettre à révoque Basile les outrages et les violences qu'Ëvéric a prodigués à la foi catholique. Bordeaux, Périgueux, Rodez, Limoges, Mende^ Ëause, Bazas, Comminges, Âuch, et un grand nombre d'autres églises, avaient été sous sa domination, privés de leurs évêques. Evaric avait fait mourir les uns, il s'opposait à ce qu'on leur donnât des succeseeurs. U avait ainsi, dit saint Sidoine, ouvert une large porte à la ruine spirituelle. Les populations sans pasteurs et sans aucune des consolations de la foi, étaient abandonnées aux suggestions de l'hérésie. Les églises tombaient en ruines, leurs portes arrachées laissaient pénétrer les bestiaux jusque dans l'intérieur des temples abandonnés. L'herbe croissait au milieu de plus d'un sanctuaire. Ce n'était pas seulement les paroisses rurales qui étaient dans ce triste état : dans les villes il n'en allait pas autrement. Car, disait le saint évêque deClermont, quand meurt un prêtre dans ces églises désolées, le sacerdoce meurt avec lui (2).

(4) S. Sid., EpisLy \ïh. VU, ep. 6.

(2) S. Sid., EpUL, lib. VI|, ep. 6.

A rapproche de rennemi, saint Sidoine munît sa ville : il Parma surtout des armes spirituelles. Il ' demanda à saint Mamert, évêque de Vienne, de lui adresser les prières des Rogations. « On dit, lui « écrivait-il, que les Goths marchent contre les « Romains; malheureux Auvergnats, nous sommes c( la porte de cette irruption ; nous seuls formons « obstacle à ce que le pouvoir des Goths s'étende a sur toutes les contrées entre la Loire, TOcéan et le ii Rhône, aussi sommes-nous d'une façon particu- « lière en but à leur animosité» Tout le pays qui « nous environne est frappé de stupeur à la seule a pensée de leur redoutable puissance ; et dans « notre audacieuse entreprise, nous ne plaçons pas « notre confiance dans nos murailles démantelées, « dans nos fortifications chancelantes ou dans les u armes déjà émoussées de nos gardes et de nos (( sentinelles. C'est de vous, vénérable frère, que le « peuple d'Auvergne attend son véritable secours. <( C'est vous qui avez composé ces belles prières des u Rogations que nous nous efforçons d'établir et de « réciter ici. » Il se souvenait des circonstances où saint Mamert avait institué ces prières dans son diocèse, et trouvait qu'elles avaient bien quelque ressemblance avec les extrémités dont Clermonl était menacé. Il voyait dans le succès que ces supplications avaient obtenu à Vienne, une raison d'espérer qu'elles ne seraient pas inutiles à sa ville; et en rap-

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