UVRE UL
éclairé donnera à une âme privilégiée et ornée de dons surnaturels ; le pape y rappelle que ce ne sont pas les prodiges qui font le mérite ni la vertu du, chrétien et que l'humilité est l'unique fondement sur lequel il doit s'appuyer. Nous citerons en entier le passage donné par M. Thierry, nous reproduisons sa propre traduction. « En apprenant les grandes « merveilles que Dieu a voulu opérer par vos mains « aux yeux de la nation qu'il a élue, je me suis « réjoui, disait saint Grégoire, parce que les pro- « diges extérieurs servent efficacement à donner aux « âmes du penchant vers la grâce intérieure ; mai& « vous-même prenez garde qu'au milieu de ces pro- « diges votre esprit ne s'enfle et ne devienne préce somptueueux ; prenez garde que ce qui vous élève u au dehors en considération et en honneur ne vous ^< soit au dedans une cause de chute par l'amorce de « la vaine gloire (1) 1 » Que voir dans ces paroles, sinon le souci tendre de saint Grégoire pour une âme, qui lui appartenait à double titre, qu'il aimait non-seulement comme Hnstrument heureux et béni d'une entreprise qui avait été le rêve de toute la vie de ce grand pape, mais qu'il avait connue,
(1) HisL de la conq, (TÀngL T. I, p. 89. Dans sa nouvelle rédaclion fortement et profondément corrigée, M. Thierry prend encore parti pour TEglise pélagienne de Bretagne, — c*est le fond du système — et il accuse le peu de perspicacité du pape et l'orgueil de saint Augustin.
aimée, et dirigée dans les voies de Dieu au milieu du silence du monastère de Saint-André, dont Augustin avait été moine quand Grégoire en était abbé.
§ II. — De la conquôle de TAnglelerre. — Des droits de Guillaume et de ceux d'HaroId.
Après cet exemple de la dignité de Thistorien^ il est inutile de relever ce qu'il dit sur les progrès de la foi catholique en Angleterre : les succès de saint Paulin, archevêque d'Yorck, et ses miracles (1) ne sont pas mieux respectés que ceux de saint Augustin. En voyant toute l'explosion de colère, que fait naître cette pacifique entreprise, on comprend combien celle de GuilIaume-le-Conquérant a pu éveiller de passion. La partialité de Thistorien, dans une certaine mesure, se concevrait en ce cas, et on est naturellement porté à partager la compassion dont il se dit saisi en présence du sort des vaincus.
On comprend que, dans le récit des divers détails de la conquête, il ait mis quelque exagération aux récits des souffrances des Saxons. Tous les documents historiques proclament qu'il y eut de grands scandales et de grandes misères. L'orgueil effréné des vainqueurs, l'enivrement de leurs succès, toutes
(I) Hist, de laconq. d'AngL T. I, p. iOO et suiv. Les miracles des compagnons et des successeurs de saint Augostin sont rejetés par M. Thierry comme appartenant à la légende et indignes de Thistoire. 42« éd., T. I, p. 90.
UVRE ni. Sit
les pasaioDsbnitales déchaînées, pour ainsi dire, dans la Grande-Bretagne y exercèrent d'odieuses tyrannies; elles furent telles qu'elles remplirent de scrupules l'âme du Conquérant : « J'ai été dès mon en- 1 « faoce nourri dans les combats, » disait-il {si on en croit le long discours qu'Orderic Vital lui prête à son Ut de mort], a et je me suis largement souillé « de l'effusion du sang humain. La victoire m'a a accompagné dans toutes mes guerres contre les » Anglais; mais je suis épouvanté en a de cruautés qui oui été commisi « Jésus-Christ, ne m'oubliez pas da " obtenez pour moi de l'inépuisable « Dieu la rémission de tant de crimes, dont le poids u m'accable en ce moment ! J'ai cruellement perséu cuté les puissants et les faibles de ce royaume; « j'en ai injustement déshérité un grand nombre ; ((j'en ai fait mourir un plus grand nombre par le s fer et par la faim. J'ai parcouru comme un lion « furieux toute la contrée septentrionale de l'Angle- " terre; j'ai incendié les maisons et les moissons; « j'ai détruit les troupeaux et j'ai causé une famine H épouvantable. Hélas 1 hélas ! j'ai ainsi causé la mort '( de milliers de vieillards et d'enfants. Je n'ose, <i ajoutait-il, je n'ose décider du sort d'un royaume « que j'ai acquis par tant de crimes : je tremble d'y " être après nta mort la cause de nouveaux désas- I Eres. Mais je le recommande à Dieu, sous la main
a de qui je suis en ce moment et qui règle à son gré c( la destinée des empires (1). »
Ces terreurs et ces remords de Guillaume n'étaient pâs imaginaires : Thistorien avait le droit de chercher à faire connaître les détails des violences qui les avaient fait naître. Mais Guillaume n'était pas seulement le vainqueur et l'oppresseur des Saxons; et il y a chez notre historien , on le sait , un sentiment plus vif que la sympathie qu'il éprouve pour les races vaincues . C'est la haine de l'Eglise catholique. Les droits de Guillaume sur l'Angleterre avaient été reconnus par le Pape : Alexandre III avait envoyé au duc de Normandie, sur le point de s'embarquer, des bénédictions, des reliques et un étendard. Il n'en faut pas davantage pour que M. Thierry nie absolument les titres du Conquérant. Il lui est impossible de supposer que le Pape ait eu pour se décider des raisons sérieuses de justice ou de politique. Il ne voit dans les souverains Pontifes qu'une ambition aveugle et cruelle, un désir d'oppression que rien ne justifie et une horrible délectation en présence des souf* frances des peuples. Faisant confusion entre la juridiction pontificale et le tribut auquel les rois d'Angleterre s'étaient engagés envers le Pape, il ne trouve pas à la sympathie d'Alexandre pour l'entreprise de Guillaume, d'autres motifs que la négligence de
(1) Ord.ViU Lib. VIL, c. XV.