LIVRE III
niqueurs normands : toutefois pourquoi récrivain, qui a cité si souvent Inguif de Croyland, à l'occasion des violences des Normands, passe-t-il sous silence les renseignements que fournit le même auteur sur cette famille saxonne? Inguif était contemporain, il était Saxon ; il avait été élevé dans le j^alais d'Édouardle-Confesseur; il avait connu Harold, ses frères et leur père Goduin. 11 avait été l'objet des prévenances de la douce reine Édithe, qui s'était souvent enquise elle-même de ses progrès à l'école, et lui avait prodigué les encouragements et les récompenses. Inguif n'hésite pas cependant à flétrir cette famille (1)^ malam sobolem, comme il l'appelle ; et il disait de sa bienfaitrice la reine Edithe, fille de Goduin, qu^elle ne partageait en rien la barbarie de son père et de ses frères, et qu'elle était née au milieu d'eux comme une rose au milieu des épines (2).
La renommée accusait Goduin de la mort d'Alfred, frère du roi Edouard; Guillaume de Malmesbury et Henry de Iluntingdon racontent qu'un jour, à la table du roi, Goduin se prit à protester et à jurer de son innocence ; il en attesta le morceau de pain qu'il allait avaler; et la bouchée s'embarrassant dans son gosier l'étrangla : il mourut incontinent. M. Thierry
(<) iDg. Croyl., p. 899.
(2; « la nulle patris aul frairum barbariem sapiens.... Sicut spina rosam genuii Godwinus Egiiham. » — logul., p. 905.
ne croit pas aux miracles ni même à rintervention de la Providence. Toutefois, par compassion doute pour les esprits faibles, il veut éloigner les accusations que cette mort étrange pourrait susciter contre ses héros : il ajoute donc du ton le plus absolu : (( la vérité est que cette mort ne fut pas aussi « prompte : tombé de son siège et emporté de la « salle par deux de ses fils, Goduin expira cinq jours « après (i). » Non content de citer, pour preuTe de cette dernière assertion, Roger de Hodeven, (Jui est postérieur de près d'un siècle à Henry et à Guillaume, il ajoute : « En général le récit de ces « événements varie selon que l'écrivain est Normand « ou Anglais de race (2). » Mais l'historien ne parie pas d'ingulf, qui était contemporain et Saxon, dont le témoignage accuse Goduin de la mort d'Alfred et confirme entièrement les récits de Guillaume et d'Henry (3). Eadmer, un Saxon encore très-favorable à Harold, Eadmer dit que Goduin mourut d'une vilaine mort (4).
Ce détail fait comprendre l'abus et l'arbitraire
(1) Hist, de la conq. (TAngL T. I, p. 276. Le docteur Lingard s'exprime dans les mômes termes.
(2) Hist. de la conq, d'Angl, Ibid.
(3) «Post multa sacramenta tandem per buccellam deglaliendam abjuravitet buccella gustata continue suffocatus interiit. » Ingul. Croyl., p. 898.
(4) «Mala morte. » Hist. novorum, Lib. 4.