LIVRE III
sant avec son esprit gracieux et aimable qu'il était toujours prieur du Bec et qu'il n'avait pas donné sa démission. 11 passa ainsi au couvent trois jours, qui furent sans aucun doute les plus heureux et les plus doux de son pontificat. Apres quoi» il prit congé des frères et, dit Thistorien, les yeux n'y restèrent point secs ; les enfants surtout était incontrôlables, leurs cris et leurs larmes étaient tels qu'il fallut hâter le départ du prélat et fibrégcr leurs adieux. Le vénérable Herluin, âgé alors de quatre-vingts ans, et tout courbé de vieillesse, accompagna près de deux milles son ami qu'il aimait plus que tout au monde et qu'il n'espérait plus revoir (1). Tous les détails de cette visite, l'émotion qu'elle produisit^ et le profond souvenir qu'on en garda au Bec, sont des témoignages de l'amabililé et de la grâce qui caractérisaient Lanfranc, Il les puisait aux vraies sources de la charité, et tous ces agréments n'étaient si puissants que parce qu'ils naissaient en lui de la pratique des vertus chrétiennes. Les contestations et la différence de sentiments ne paraissent pas avoir altéré sa douceur et sa condescendance envers ses contradicteurs. Au milieu de leurs discussions sur la suprématie de Cantorbéry, il fit le voyage de Rome avec l'archevêque d'Yorck; et il s'employa auprès du pape Alexandre II (2) •
(<) Vita S. Lanfranci, — Vita B, Herlùini, (3) El non pas S. Grégoire Vil, comme dit M. Thierry. T. II, p. 445. Nouv. édil., T. II, p. M9.
pour détruire les oppositions faites jusqu'alors à la reconnaissance de l'élection de Thomas. C'est à oe voyage que, contrairement à toutes les coûtâmes de l'étiquette romaine, le Pape se leva à l'approche de Lanfranc pour saluer en lui non pas l'archevêque de Cantorbéry, mais le maître illustre, disait>il, sous lequel il avait étudié au Bec.
§ VI. De la faiblesse du bienheureux Lanfranc. — Du caractère dn roi Guillaume.
Cette immense considération de Lanfranc dans TEglise Ta désigné tout naturellement à la haioe de M. Thierry. La mémoire du bienheureux cepeudant n'avait pas été à l'abri de certains griefs qui auraient dû rendre l'historien plus favorable. Le savant ahbé Rohrbacher condamne en plusieurs occasions les condescendances de Lanfranc iet la mollesse de son attachement à l'Eglise romaine.
Les premières relations, si respectueuses et si pleines de confiance, dont nous venons de parler, étaient loin de faire supposer un pareil reproche. Saint Grégoire YII cependant l'adressait à Lanfranc. Il s'étonnait, après son installation sur la chaire de Saint Pierre, ^que le souvenir d'une ancienne amitié et surtout le respect dû au Saint-Sicgc n'eussent pas conduit l'archevêque à Rome. Il l'avertit que la crainte du roi ne doit pas affaiblir l'expression de son