LIVRE I. — CHAPITRE I
couiSf ce serait refaire une histoire du monde, dous ne nous sentons ni la force ni le courage d'une pareille entreprise. Nos petits volumes (1), d'ailleurs, n'y suffiraient pas ; ils ne se prêtent qu'à des discussions et à des examens partiels ; a ussi vou lons-nous simplement montrer quelques exemplaires des erreurs de la science conieràpôtalne. Nous les choisirons naturellement parmi les hommes les plus recommandables et dans des ouvrages dont le succès est consacré.
Parmi les maîtres de la scknce actuelle, il n en est pas beaucoup de plus popu laire ou de plus considéré que M. Augustin Thierry. Il s'est produit au milieu de circonstances heureuses ; il a pu mettre au service de ses études et de ses systèmes un talent' assez souple, assez délié et assez fort pour procurer un succès de vogue à d'arides travaux de critique et à un grand ouvrage qui n'intéressait qu'indirectement notre histoire nationale. Ce succès, conquis au milieu du tumulte, n'a pas été contredit par l'expérience des aimées qui se sont écoulées. Neuf ou dix éditions successives ont donné à l'auteur le temps et la facilité de procurer à ses travaux la perfection à laquelle ils peuvent prétendre. En appelant dans son sein le jeune et pétulant novateur
(1) Ce volume sur M. Ang. Thierry ouvrait la série des réfutations historiques que se proposait la Bibliothèque nou" velU.
de 1820, l'Académie des inscriptions et belles-lettres a semblé reconnaître et proclamer la solidité de sa science et son bon aloi. L'Académie française, de son côté, a distingué un mérite littéraire reconnu de tout le monde, en donnant et en continuant depuis près de dix ans la palme de l'éloquence historique aux Récits des temps mérovingiens.
En les critiquant, nous ne chercherons pas à nier le mérite ni à contester la valeur de tous ces travaux? A Dieu ne plaise surtout que nous cherchions à^iminuer l'estime qu'on doit faire du courage et de l'énergie morale que les derniers volumes indiquent chez leur auteur! Au milieu des chagrins de la vieillesse anticipée dont l'a depuis si longtemps frappé la Providence, il a su conserver la vivacité des affections de ses jeunes années. Ses infirmités, unies à un travail persévérant, revêlent quelque chose de si triste et de si respectable qu'on hésite à troubler le concert d'éloges auquel est habitué M. Thierry. Aussi tout en reconnaissant combien sont dangereuses ses illusions, on désirerait ne pas les réfuter, et on laisserait volontiers à d'autres le soin de rappeler à cette âme l'importance des enseignements qu'elle combat. On pourrait craindre encore de l'irriter plutôt que de la convertir. Mais la défense de la vérité n'est pas tenue à ces considérations personnelles, et elle n'a pas à s'enquérir des avantages qu'un auteur peut tirer de ses critiques*