LIVRE I. — CHAPITRE llî
tranquillité qui donnent une si grande valeur à ses récits. Lorsque ce saint évéque fut accusé par le comte de Tours, Leudasle, d'avoir outragé la reine Frédégonde, un sous-diacre de l'église de Tours, du nom deRiculfe, soutint cette accusation. Lesévéques 86 réunirent ; et le peuple de la ville où ils étaient rasseniblés (probablement Soissons), s'émut vivement du scandale d'une accusation portée par un simple clerc contre un évêque aussi illustre et d'un si grand renom de piété. Il arriva qu'un ouvrier en bois, nommé Modeste, reprochant au sous-diacre la honte de ses complots contre son évêque, l'engagea à lui demander pardon et à se taire désormais (i). Riculfe signala comme un ennemi de la reine cet ouvrier qui, disait-il, l'avait engagé à ne pas poursuivre la réparation des outrages qu'elle avait subis. Modeste fut saisi, frappé et jeté en prison. On le chargea de chaînes, on le mit aux ceps, dit l'historien ; deux gardiens furent placés près de lui. Pendant la nuit, les gardieps s'endormirent, mais le prisonnier priait Dieu ; il lui attestait qu'il était innocent et injustement tenu dans les fers; il le suppliait de lui venir en aide dans son malheur par Fenlremise de saint Martin et de saint Médard : et les chaînes se rompirent, les ceps se brisèrent, la porte s'ouvrit; et saint Grégoire qui, cette nuit-là,
{^) s. Grég., liv. V, c. L.
veillait et priait dans la basilique de saint Médard, y vit tout à coup entrer l'homme qui avait été emprisonné pour sa cause. M. Thierry trouve là « un « de ces faits étranges, mais attestés, où la croyance <( du . vieux temps voyait du miracle, et que la (( science de nos jours a essayé de ressaisir en les « attribuant au phénomène de l'extase. Peut-être (( l'intime conviction d'être exaucé procura-t-elle au « prisonnier un surcroît de force et d'adresse, et « comme un nouveau sens plus subtil et plus puisce sant que les autres (1)! »
Pauvre homme ! De quelle simplicité faudrait-il être doué pour trouver là une explication ! La puissance et la subtilité d'un nouveau sens sont-elles donc plus faciles à accepter que la bonté de Dieu et l'intervention des saints?
Les rationalistes ont souvent des raisonnements difficiles à saisir : quand on les a un peu fréquentés, on trouve bien solides, bien sages et bien judicieux des hommes comme saint Grégoire. On a voulu en vain lui reprocher sa crédulité. Elle est loin d'être aussi excessive que celle de M. Thierry. Saint Grégoire n'a jamais admis la subtilité ni la puissance iVtoi sens nouveau. Sans doute les météores célestes ci les désastres de la terre sont pour le pieux évêque de Tours des avertissements de la puissance divine ;
(i) liécits des temps mdrov,, lom. II, p. SI60.