LIVRE II. — CHAPITRE I
ier les vaincus autant qu'avaient fait les Bourguignons et les Yisigoths. Raisonnement pour raisonnement, cette conclusion ne semble pas pire que celle embrassée par M. Thierry.
Les mœurs des Francs facilitaient du reste cette modération, dont la politique de Ciovis devait si bien comprendre l'utilité. <c C'est la dignité, c'est la puis- «Kmce chez les Germains, disait Tacite, d'être iou- «jours entouré d'une troupe d'élite : c'est un orne- « ment pendant la paix, un rempart à la guerre... « Les chefs combattent pour h victoire, les compa- « gnons pour leurs chefs... Ils attendent de la libé- « ralité de leur chef ce cheval de bataille, cette fra- « mée sanglante et victorieuse. Des repas, des ban- « quets abondants, tiennent lieu de solde (1). » En entrant dans les Gaules, les Francs ne renoncèrent pas à ces mœurs de la Germanie, et dans ces présents et ces compagnons que Tacite décrit, Montesquieu voyait déjà des fiefs et des vassaux. Il eût dû se borner à les prévoir, dit M. Guizot (2). La chasse, la guerre, les plaisirs de la table, restèrent l'occupatiou des guerriers, après comme avant la conquête. Les Bourguignons étaient plus sédentaires : avant leur entrée dans les Gaules, ils avaient déjà depuis longtemps l'habitude du travail manuel. L'industrie du bois surtout leur était familière, et ils en tiraient un
(<\) De mor. Germ.^ c. xiv.
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9i M. AUSl?STïN THIËRBY.
salaire dont beaucoup d'entre eux subsistaient. ( mœurs plus assises donnaient, à leurs yeux, à la propriété du sol une valeur que les Francs n'»y attachaient pas.
C ontinuant à vivre dans les Gaules à la façon ger* maine, ceux-ci se groupaient autour des chefs et recevaient d'eux les présents qui les attachaient les uns aux autres. C'est la nécessité de ces présents qui donne un prix excessif aux objets mobiliers. L'or, l'argent, les vêtements précieux, les troupeaux et les esclaves sont la cause dés guerres et la récompense des vainqueurs. A chaque page de l'histoire mérovingienne, ils est question de trésors, et toute l'aaHbition des rois et toute leur politique semble être de les accroître et de se les dérober les uns aux autres. Ces richesses servaient en effet à attacher et à récompenser les hommes utiles ; et, dans les traités entra les successeurs de Clovîs, il est stipulé qu'aucun des rois ne cherchera à attirer les leudes de ses frères. Ce ne fut pas cependant en butin mobilier seulement que consista désormais la richesse ; la terre fut aussi un objet de partage. Mais la division du do« maine acquis par la conquête ne se fit pas a par <c individus, ni de telle sorte que chaque gueriîer « allât vivre isolément sur les champs qu'il aviil c( reçus ou occupés... Les chefs s'appropriènj « certaines portions du territoire et s'y établirent a] m leurs hommes. Ceux-ci vivaient aux dépens et