‹ M. Beaufils, ou La conversation faite d'avance, comedie en un acte et en proseChapitre 18 sur 26 · FOL VI LLE , BEAUFILS · texte numérisé non relu

FOL VI LLE , BEAUFILS

Voici votre conversation bien lisiblement écrite..

BEAUFILS, ( regardant les papiers l'un après Vautre).

Je saurais cela sur le bout de mon doigt, dans un quart d’heure , mais comme je vous disais , je ne peux pas faire à moi tout seul les demandes et les réponses.

Deux mots d’instructions vont vous mettre au fait : dan* nn cercle on ne parle guère que de trois choses ; de la pluie et du beau tems , des spectacles et des femme. I)e la pluie et du beau tems vous vous en tirerez aqgsi bien qu’un autre

BEAUFILS

Bien mieux même, car j’ai chez moi un barromêtre.

Seulement pour fixer tout d’un coup l’attention sur vous et vous donner un air .d’instruction , vous pourrez ajouter en parlant de la chaleur qu’il fait depuis quelques jours: .Vraiment , il ne fait pas plus chaud sous l’équateur,

«•BEAUFILS.

Sous quoi ?

Sous l’équateur ou sous la ligne équinoxale ; c’est un terme de géographie.

BEAUFILS.

A qui le dites-vous ? je ne sais que cela.

Venons aux spectaelea.

Voilà le difficile.

FOLVILLE.

Rien de plus aisé, au contraire : tout ce que vous avrz il dire , dans ce cas, se borne à deux mots; de quelqu’ouvrace de quelqu’actenr que l’on parle, prononce/, hardiment : C’est divin ! ou bien : C’est détestable 1 A votre choir,

el ne sortez'pas de là.

B E A U F I F S. - Je n’en sortirai pas.

FOLVILLE.

Quant aux femmes ...

BEAÜFILS.

< Ah! pour les femmes, il n’ja pas besoin de me souffler; c’est moi qui en remontre aux autres. Demandez comment on m’appelle à Beat'gency ; l’irresistible !

FOLVILLE.

Fort bien ; mais on ne réussit pas par les mêmes moyen* auprès des belles de tous les pays. Voici , près des nôtres, la marche que vous avez à suivre. Quand la conversation tombera sur cet intéressant sujet, saisissez le moment; et si vous pouvez débiter , sans vous laisser interrompre , la tirade que je vous ai transcrite, vôtre succès est sûr. BEAÜFILS.

Qu’est-ce que vous avez donc mis dans cette tirade . FOLVILLE.

C’est un petit résumé de nos romans les plus à la mode. B E A U F I L S.

Allons donc , il n’y a pas douze lignes.

é FOLVILLE

C’est que j’ai ôté les avant-propos , les préfaces , les notes ; les descriptions, les invraisemblances, le pathos et le galimathias ; mais les pensées y sont -toutes , soyez tranquille. BEAÜFILS.

’ -Avec ces manières-là, les imprimeurs ne feraient pas fortune.

11 faut encore vous prévenir d'une chose ; si pat*" hazard la conversation se prolonge et sort de son cadre ordinaire. • •

Je m’en irai.

FOLVILLE.

Point du tout : dans ce cas , vous avez là ressource du trait.

BEAÜFILS.

Du trait ? - • - ,

aS

FO LVILLE.

■On appelle tr.ait une répartie vive et piquante. Dans les grandes extrémités, c’est un moyen de salut. J’ai un de nies amis, un jeune homme un peu. , . comme voqs , qui vit sur un bon mot depuis dix ans.

BEAUFILS.

Avec trois ou quatre , j’en aurai pour toute ma vie.

Page 1