‹ M. de La Colombière, orateurChapitre 7 sur 12 · CHANSON COMPOSÉE PAR M. JUCHEREAU DE MAURE · texte numérisé non relu

CHANSON COMPOSÉE PAR M. JUCHEREAU DE MAURE

Sur l'air : Ah ! que de besogne à leur fusée ! Elle est mêlée, etc.

Ouacre ( Walker) Vêche ( Vetch) et Neglesson

{Nicholson.) Par une matinée, Prirent résolution De lever deux armées.

Oh ! que de besogne, etc.

des pièces nouvelles. Nous chantons encore avec plaisir (i) des cantiques composés, en ce temps-là, à la louange de notre Reine victorieuse.

M. de Beaumont partit au commencement de novembre. Il emmena monsieur Raudot, le père, qui ne manqua pas de rendre témoignage, en

Prirent résolution De lever deux armées ; L'une, partie de Boston, Sur cent vaisseaux portée.

Oh ! que de besogne, etc

L'une, partie de Boston ;

Sur cent vaisseaux portée ;

Les plus beaux ont fait le plongeon

Dedans la mer salée !

Oh ! que de besogne^ etc.

(I) Ceci a été écrit entre les années 17 13 et 1723.

France, de la merveille arrivée en Canada. Il en était si charmé qu'il ne pouvait se lasser d'admirer la Providence. Nous restâmes sans Intendant pendant une année.

Plusieurs particuliers de Québec,

Les plus beaux ont fait le plongeon Dedans la mer salée.

La plus belle, Neglesson Ne l'a pas amenée.

Oh ! que de besogne, etc.

La plus belle, Neglesson Ne l'a pas amenée ; Elle avait mal aux yeux, dit-on, Craignait trop la fumée !

Oh ! que de besogne, etc.

Elle avait mal aux yeux, dit-on, Craignait trop la fumée Des mousquets et du eanon, De la mèche allumée !

Oh ! que de besogne, etc.

poussés par un mouvement de piétés voyant que jusqu'alors on s'était contenté de parler du naufrage des Anglais et de faire des chansons sur leur malheur, jugèrent que, pour marquer la.

reconnaissance que Ton devait à la très sainte Vierge, il fallait établir

Des mousquets et du canon, De la mèche allumée !

— •' Ils reviendront, dit Pigeon, Dès la prochaine année ! "

Oh ! que de besogne, etc.

Noël Juchereau de Maure était le frère de la célèbrehospitalière historien Juchereau de Saint-Ignace, et neveu du vieux seigneur de Beauport, le vaillant Nicolas Juchereau de Saint-Denis, qui eut l'honneur d'être blessé, en 1690. au premier engagement de 1» Canardière.

Détail comique, j'ai copié cette chanson- là dans un. vieux livre de prières. Quelque enthousiaste religieuse de l'époque l'aura sans doute trouvée si belle qu'elle l'aura prise pour un cantique.

quelque dévotion publique qui pût entretenir le souvenir de ce bienfait et l'apprendre à ceux qui n'en n'auraient pas été les témoins. Il fut conclu, dans une assemblée considérable, que l'on ferait une quête dans Québec et aux environs pour faire bâtir le portail de l'église de la basse ville, à qui on donna le titre de Notre-Dame des Victoires, afin que ce monument de notre gratitude pût attirer sur nous de nouvelles bénédictions. On fonda des messes du Saint Sacrement très solennelles les sept mois de l'année où il n'y a point de fêtes de la sainte Vierge, afin qu'il y en eût douze par an, en comptant celles que messieurs de la Congréga-

tion fondèpent après le siège des Anglais — (1690) — tous les lendemains des fêtes de Notre-Dame. Le Cantemus (i) devait être chanté à celles-ci comme un récit naturel de ce qui s'était passé dans le naufrage de nos ennemis. Cette seconde partie était ce qui plaisait davantage à tout le monde. La quête se monta à six mille livres, chacun s étant porté à donner selon ses moyens et même au-delà. Pour

II) C'est le cantique de Moïse : Cantemus Domino : ^loriose enim magnificatus est. Equum et ascensorem dejecit in mare. Le grand miracle que Dieu fit au passage de la Mer Rouge par les Hébreux fut l'occasion de ce cantique. — *' Et Israël vit les Kgyptiens morts sur le rivage de la mer et la grande puissance que le Seigneur avait déployée contre eux ; et le peuple craignait le Seigneur et crut en lui et en Moïse, son serviteur." — L'analogie me semble parfaite.

participer aux bonnes œuvres, nous donnâmes deux cents livres dans un temps où nous manquions de plusieurs choses nécessaires. On commença par chanter les sept grand'messes avec les cérémonies stipulées dans la fondation, ce qu'on a fait fort exactement pendant deux ans ; mais depuis le retour de Monsieur de Québec {Monseignezir de Saint- V allier), on a cessé de remplir cette fondation. Je ne sais ce qu'est devenu l'argent destiné pour l'église de la basse ville ; il ne paraît pas encore que l'on pense à y toucher. Notre Seigneur ne laissera pas de nous tenir compte du désir que nous avons eu de l'honorer et de remercier sa

sainte Mère. Nous continuons de chanter le Cafitemus le second dimanche de chaque mois, parce que dès le mois de janvier 1 7 1 2, que l'on nous parla de la fondation, pour nous conformer à la dévotion publique, nous convînmes, dans une délibération du Chapitre, que nous chanterions ce beau cantique une fois le mois et, de plus, le 3 septembre, où nous faisions une fête extraordinaire, parce que c'est dans la nuit qui a précédé ce jour (i) que Dieu a fait

(i) Le 2 septembre, d'après le calendrier grégorien, le 22 août, d'après le calendrien julien que l'Angleterre suivit jusqu'en 1752.

Fait bizarre, et bien digne d'être signalé, tous nos historiens canadiens-français, Garneau, Ferland, Laverdière, ont adopté la date du calendrier julien, et fixé au 22 août le quantième de la catastrophe de l'Ile aux-

périr nos ennemis à nos portes. Nous devons être d'autant plus soigneuses de lui en rendre grâces que nous sommes peut-être les seules qui le fassions, et qu'il semble que cette merveille, opérée en notre faveur, soit effacée de tous les esprits. On voit cependant à Montréal, chez les Sœurs de la Congrégation, la chapelle que les demoiselles de Ville-Marie avaient fait vœu dehs-tir ç.nVh.onneurdeJVofre- Dame des Vicioires. (i) Elles se sont

Oeufs. De là je conclus à l'influence unique d'un livre : le Journal de Walker, dont ils se sont exclusivement préoccupés en étudiant ce tragique épisode, leur aura joué ce mauvais tour.

(I) Cette chapelle existe encore. Elle est située sur la propriété des Soeurs de la Congrégation Notre- Dame, à la droite du passage qui conduit de la rue

fidèlement acquittées de leur promesse et elles travaillent tous les jours à lorner.

Tous ceux qui avaient vu les débris des Anglais assuraient qu'il y avait de quoi charger plusieurs navires de très bons effets. On crut devoir y envoyer ramasser leurs dépouilles. Monsieur Duplessis, receveur des droits de Monsieur l'Amiral, et Monsieur de Monseignat, agent de la Ferme, frétèrent une

Notre-Dame à la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié Elle porte, sur un marbre commémoratif, rinscription suivante :

Notre-Dame de Victoire,

bâtie en mémoire de la destruction de la

flotte de Sir Hovenden Walker,

sur l'Ile-aux-Œufs, 22

août 17 II.

barque et gagèrent quarante hommes à qui ils donnèrent un aumônier et provisions de vivres pour aller passer l'hiver dans cet endroit, afin, qu'au printemps, ils tirassent tout ce qu'ils pourraient. Ils partirent en 1711 et revinrent en 171 2, au mois de juin, avec cinq bâtiments extrêmement chargés. Ils trouvèrent un spectacle dont le récit fait horreur : plus de deux mille cadavres nus sur la grève, qui avaient presque tous des postures de désespérés. Les uns grinçaient des dents, les autres s'arrachaient les cheveux, quelques-uns étaient à demienterrés dans le sable, d'autres s'embrassaient. Il y avait jusqu'à sept

femmes qui se tenaient par la main et qui, apparemment, avaient péri ensemble. On sera étonné qu'il se soit trouvé des femmes dans ce naufrage.

Les Anglais se tenaient si assurés de prendre ce pays qu'ils en avaient déjà distribué les gouvernements et les emplois. Ceux qui devaient les remplir amenaient leurs femmes et leurs enfants afin de s'établir en arrivant.

Les Français prisonniers, qui étaient dans la flotte, y en virent quantité qui suivaient leurs pères ou leurs maris, et grand nombre de familles entières qui venaient pour prendre des habitations. La vue de tant de morts était affreuse et l'odeur qui en sortait était insup-

portable. Quoique la marée en emportât tous les jours quelques-uns, il en restait assez pour infecter l'air. On en vit qui s'étaient mis dans le creux des arbres, d'autres s'étaient fourrés dans les herbes. On vit des pistes d'hommes pendant deux ou trois lieues, ce qui fit croire que quelques-uns avaient été rejoindre plus bas leurs navires.

Il devait y avoir de vieux officiers, car on trouva des commissions signées du roi d'Angleterre, Jacques II, réfugié en France, dès 1689. Il y avait aussi des catholiques, car, parmi les hardes, il se trouva des images de la sainte Vierge. On rapporta des ancres

RELATION DE J.-F. JUCHEREAU DE LE FERTÉ. 27â

d'une grosseur surprenante, descanons,^ des boulets, des chaînes de fer, des habits fort étoffes, des couvertures, des selles de chevaux magnifiques, des épées d'argent, des tentes bien doublées, des fusils en abondance, de la vaisselle, des fourrures de toutes sortes,, des cloches, ( i ) des agrès de vaisseau

(l) Même aujourd'hui — [année 1895)— les flots laissent parfois à découvert des canons et des pièces d'armure, souvenirs du terrible désastre. Durant notre séjour à la Pointe-aux-Anglais, on offrit à Monseigneur Labrecque, évêque de Chicoutimi, qui faisait alors sa première visite pastorale dans cette partie de son diocèse, une jolie cloche, d'une trentaine de livres, retirée de l'eau depuis quelques temps Cette précieuse relique, qui n'a pas trop souffert d'un séjour de près de deux siècles au fond de la mer, est maintenant au musée du Séminaire de Chicoutimi. On y possède aussi une baïonnette très bien conservée, et une sorte d'écusson

en cuivre, portant le monogramme de la reine Anne,

et une infinité d'autres choses. On en vendit pour cinq mille livres. Tout le monde courait à cet encan ; chacun voulait avoir quelque chose des Anglais. On y laissa beaucoup plus qu'on en put enlever; cela était si avant dans l'eau qu'il fut impossible de tirer tout ce qu'on vit. On en rapporta, deux ans après, pour douze mille livres, sans compter tout ce qu'on avait ôté d'ailleurs. C'en fut assez pour nous faire espérer que nos enne-

surmonté de la couronne royale. Ces objets proviennent, comme la cloche, du naufrage de 171 1. L'écusson a été trouvé par le gardien de l'Ile-aux-Oeufs, M. Paul Côté.

L'abbé Victor Huard : Labrador et Auticosti, pages 109 (Sr» iio

mis ne nous attaqueraient plus et pour affermir notre confiance en Dieu.

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(I) Ce précieux autographe de la célèbre hospitalière a été relevé sur la signature même de ses vœux de profession religieuse prononcés le 25 mars 1664.

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