‹ M. de La Colombière, orateur historique d'un sermon célèbre [microforme]Chapitre 26 sur 27 · NOTRE-DAME DES VICTOIRES · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DES VICTOIRES

Gravure exécutée sur une photographie de la maison Vallée, prise en 1888, aux fêtes du deuxième centenaire de la chapelle,

L'historique sanctuaire de Notre-Dame de la Victoire, plus tard Notre Dame des Victoires, avait d’abord été dédié à l'Enfant Jésus comme l'établissent les éphémérides particulières à cette église célèbre, écrites sur ses murailles, et que je crois intéressantes de

transcrire pour le lecteur.

1688—1er mai. Pose de la première pierre.

Dans le sanctuaire, du côté de l'épître, dans un panneau, une inscription latine, copiée exactement sur celle qui fut rédigée à l’occa-

sion de la pose de la premiére pierre de l'é-

glise, se lit comme suit :

ANNXO Domixi MDCLXXXVIII, Ixxo-

CENTIO XI SuMMO PoNTIFICE ; FRANCISCO DE LaAvaz PRIMO Episcopo QUEBECENSI ; RE- GNANTE IN GaALLIA Lupovico MAcNo XIV ; Primarius Lapis ECCLESIÆ SUCCURSALIS IN- FANTIS JESU URBIS INFERIORIS ITEM QUEBE- CENSIS PosiTus EST AB ILLUSTRISSIMO VIRO Douixo D. Jacono RENATO DE Brisay Mar- CHIONE DE DENONVILLE IN Nova FRANCIA PRO REGE.

“ En l’année de Notre-Seigneur 1688, sousle souverain pontificat d'Innocent XI; François de Laval étant premier évêque de Québec ; sous le règne de Louis XIV le Grand, en France ; la première pierre de l’église succur-

sale de l'Enfant Jésus de la basse-ville de

Québec a été posée par l’'Illustrissime Seigneur

Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, Lieutenant du Roi en la Nouvellel'rance.

Cette inscription contient une erreur histo-

neur

non-

APPENDICE, 299 rique, aussi involontaire qu'inévitable, fort intéressante à expliquer.

Le premier mai 1688, Monseigneur Fraugois de Laval n'était pas premier évêque «de Québec, pour cette raison péremptoire qu'il s'était démis de son évêché le 24 janvier précédent. Le lendemain, 25 janvier 1688, Jean- Baptiste de la Croix-Chevrières de Saint- Vallier, son successeur, était consacré, à Paris, dans l’église de Saint-Sulpice, par Mgr Jacques- Nicolas Colbert, coadjuteur de l'archevêque de Rouen. Or, ces deux faits, d’une importance capitale, étaient absolument ignorés à Québec à la date du rer mai 1688. On connaïssait bien sans doute les intentions, souvent manifestées par Mgr de Laval, de prendre sa retraite; mais d'un projet à sa réalisation, d'un désir exprimé à l'accomplissement d'un

rêve, d’un souhait longtemps caressés il y avait ? D } v

encore plus loin que de la coupe aux lèvres.

Cette ignorance d’un événement majeur, comme celui d’une succession épiscopale, n’a pas lieu d’étonner. Alors qu'il se nommait Nouvelle-France, le Canada, pendant six mois de l’année, était géographiquement séparé du reste du monde. De novembre à mai, que durait, temps minimum, la clôture de la navigation du Saint-Laurent, notre unique route européenne, Québec était mis au secret.

Nos terribles hivers étaient autant de géôliers

tenant la clé du pays et le fermant, comme

une prison, sur ses infortunés habitants. Ils

y vivaient encore plus ensevelis que des morts dans un cimetière ou des lépreux dans un lazaret.

Cette séquestration intolérable avait le don d’exaspérer la population de la capitale fatiguée d'attendre les navires de France, cette flotte du printemps, partie aux premiers jours

d'avril et n’entrant le plus souvent en rade

qu'aux derniers jours de mai. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, particulier à l'incident historique qui nous occupe, l’ancien évêque de Québec, Mgr de Laval, embarqué à Larochelle le 20 avril 1688, n’arriva à Québec que le 3 juin. Encore cette traversée fut-elle considérée satisfaisante au point de vue de la rapidité du voyage, celui-ci n'ayant pas dépassé six semaines !

Monseigneur de Laval arriva même avant la lettre qui annonçait son retour au pays.

En effet, ce fut Monsieur Brisacier, du Séminaire des Missions Etrangères, qui, le premier, écrivant de Paris, à la date du 8 mai 1688, 4 Messire Charles Glandelet, grand vicaire du diocèse de Québec, lui apprit la bonne nouvelle des deux retours, c'est-à-dire l’arrivée du second évêque de Québec, Mgr de Saint-

Vallier, et le retour de l’ancien évêque, on-

seigneur l'Ancien comme on nomma dés lors,

par toute la colonie, le Vérérable François de Laval. La présence du premier évêque combla de joie la population de Québec, laquelle n'eut jamais le soupçon du malheur qui l'avait menacée dans une de ses affections les plus chères. Il s'en était fallu de bien peu, en effet, que François de Laval ne revint pas. Sans l'intervention puissante de Denonville et l'influence politique d’habiles alliés, amis personnels et de l’ancien gouverneur et de l’ancien premier évêque, celui-ci serait mort en France, Mgr de Saint-Vallier s'étant, jusqu’à la fin, refusé à ramener son prédécesseur avec lui dans son diocèse, et n’y ayant consenti, de guerre lasse, qu'à j'heure de la partance.

Ainsi s'explique l'erreur historique de l'ins-

cription gravée sur la pierre angulaire de la

chapelle actuellement connue sous le titre de

Notre-Dame des Victoires.

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