RENE MERS
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pourquoi Elle a voulu s'opposer à leur dessein et renverser leurs projets c'est parce qu'ils (1) en voulaient aux sacrements et dont l'intention était de les abolir et d'en faire cesser l'usage. S'ils s'étaient rendus les maîtres de cette colonie, on n'aurait plus parlé de confession, ni de communion : toutes ces sources de grâce qui coulent dans cette nouvelle église et qui en arrosent heureusement les plantes auraient tari.
Telle était la détestable fin que se proposaient les ministres de l'enfer, cette troupe ramassée de transfuges
et de sujets révoltés dans la conquête
(1) Mais une de; principales raisons Pourquoi, etc, c'est parce qu'ils, etc. : pléonasme dans l'expression.
de la Nouvelle-France. Tel est la
déplorable malheur dont le bras de la
tres sainte Vierge nous a préservés.
Comme c'est de son sein précieux que
ces sacrés ruisseaux sont sortis, Elle
en est la fidèle et la puissante gar-
dienne. Les Anglais qui regardaient
cette ville toute ouverte et dépourvue
de tout ce qui est nécessaire pour
soutenir un siège ne s'attendaient pas
à la trouver fermée par les redoutables
bataillons des esprits célestes et encore
moins de trouver leur invincible Reine
à leur tête. On en voulait aussi bien
qu Hérode au Saint Enfant Jésus rési-
dant dans la sainte Eucharistie, On
voulait, aussi bien que les Juifs, em-
HE De 7 eh de ha ESA pe k ;
pêcher Notre-Seigneur de ressusciter dans les âmes pénitentes. Mais la sainte Vierge a sauvé le Saint Enfant Jésus de la fureur des hérétiques et renversé les gardes qui voulaient s'opposer à la résurrection de son fils.
Voilà les bienfaits dont nous lui sommes redevables, La reconnaissance qu'Elle en exige c'est le saint usage des sacrements et la cessation de l'abus qu'on en fait. Car c'est en quoi consiste tout le trésor de l'Eglise. C'est là tout le fruit de la rédemption. Quand Notre- Seigneur donnerait sa vie un million de fois pour notre salut, quand il parai-
trait de nouveau dans le monde pour
y prêcher la doctrine qu'il y a répan-
due, il n'instituerait rien de plus propre pour purifier et pour sanctifier nos âmes que les sacrements. Il s'est épuisé en nous laissant ces adorables richesses qui sont le chef-d'œuvre et l'accomplissement de son amour. Ainsi, chrétiens auditeurs, ne vous plaignez point que vous manquez de moyens pour gagner le ciel dès le moment que vous avez les sacrements et des personnes qui, vous en faisant connaître l'utilité, vous apprennent les dispositions avec lesquelles vous en devez approcher. Vous avez tout ce qu'il faut pour vous faire saints.
Pourquoi pensez-vous que dans les
communautés ferventes, les plus grands
pécheurs changent en peu de temps et que les âmes fidèles y font de si grands progrès dans la vertu ? C’est que, dans ces saintes maisons, on y fréquente les sacrements avec de saintes dispositions. Tout ce qu'on fait d'exercises spirituels, de mortifications, n’aboutit qu'à se mettre en état de recevoir avec fruit la sainte Eucharistie après s'être lavé dans le bain sacré de la pénitence.
Si les gens du monde se préparaient avec les mêmes soins à recevoir les mêmes grâces, ils en tireraient les mêmes avantages. Mais voyez jusquoi va la malice et l'artifice des
démons : voyant que les sacrements
sont une ressource infaillible pour les
âmes, ils font en sorte qu'il y en a plusieurs qui s'en éloignent, ét que, parmi celles qui en approchent, il y en a beaucoup qui en abusent. Ainsi je regarde l'église du Canada assiévée parles démons comme la petite ville de Béthulie lorsqu'elle était assiégée par l'armée formidable d'Holopherne. Ce capitaine étant dans la résolution de donner un assaut général à la ville, découvrit la source qui, passant par un aquedurc, fournissait aux assiégés toute l'eau qui leur était nécessaire. Pour lors il ne douta point qu'il ne prit la ville sans faire aucune perte. En effet, il fit couper l’'aqueduc. Mais comme il y
avait encore près des murs quelques
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petites sources où ces pauvres assiégés venaient puiser à la dérobée, Holopherne les fit garder, “ C'est le moyen, lui dirent les Ammonites et les Moabites, de venir à bout de nos ennemis sans tirer l'épée, sixe £ladio interfivies eos. L'aqueduc public des chrétiens assiégés par le démon ce sont les sacrements. À l'égard des libertins il fait couper cet aqueduc, en les éloignant entièrement de ces sources de grâces, et faisant en sorte qu'elles ne coulent jamais dans leurs Âmes. Mais, à l'égard des chrétiens qui les veulent réquenter il met des gardes à ces fon-
taines, non pas pour les empêcher de
boire, mais pour les empoisonner, Ces !
gardes sont les habitudes du péché
mortel ; dans l'un c’est l'habitude de dire des paroles déshonnêtes, dans l'autre c’est l'habitude de la médisance, dans l'autre c’est l'habitude de l'ivrognerie, dans l'autre c’est l'habitude du luxe, de l'impureté, du larcin. Les âmes dans cet état courent aux sources des sacrements sans prendre garde que ces sources, qui d’elles-mêmes sont vivifiantes, deviennent mortelles et envenimées quand elles sont gardées par le démon de l'habitude au péché.
Vierge Sainte, vous êtes la Judith de l'Eglise; c'est à vous de couper la tête à son Holopherne pour mettre
tous vos enfants et tous vos serviteurs
dans la liberté de se désaltérer. L'Holopherne du Canada c'est le sacrilège, cent fois plus à craindre pour cette Eglise que tout l'univers, quand il serait conjuré contre elle. Ilse montre, comme le Cerbère, à trois têtes : la pudeur, (1) la négligence, l'insensibilité. La pudeur, (/4 fausse honte) qui craint de se déshonorer ; la négligence, qui craint la peine de s'examiner, l'insensibilité qui ne veut pas s'attendrir.
Pendant le cours de cette année on a tâché de vous apprendre divers moyens de couper ces trois têtes
La fudeur, pour la fausse honte, le respect humain : latinisme qui n'était pas encore éliminé de la langue
française. — L'insensibilité est ici synonyme d’exdurcisse-
rent.
hideuses, mais en ce jour de Notre- Dame de la Victoire, il faut qu'elles soient étouffées par le seul souvenir du bienfait que vous avez reçu de la sainte Vierge.
Quoi donc doit dire une âme que la honte de déclarer ses péchés a retenu Jusqu'à ce jour? “Sans la sainte Vierge je serais présentement dans
l'impuissance d'avoir l'absolution en
déclarant mes péchés. Et parce qu'Elle
m'a procuré l'avantage de les déclarer Je me priverai de la grâce du pardon que J'en puis recevoir en ne les déclarant qu'à demi, — et par-dessus cela Je commettrai un horrible sacrilège ?
Parce qu'Elle m'a délivré de mes enne-
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inis je mettrai son Divin Fils entre les 5 mains des siens? Si Je paie ainsi ma bienfaitrice, que ferai-je à mes persécu-
teurs ?” “La sainte Vierge a retardé Ja “ marche des Anglais de peur que ” nous fussions surpris,” doit se dire à elle-même une personne négligente, “ Elle s'est appliquée pendant plu- ‘ sieurs mois à nous ménager le temps “ de les recevoir. Et moi, faute d'étu- “dier mes obligations et d'examiner ; “ sérieusement et de bonne foi sur les ‘ devoirs de mon état, je ferai de mon Cœur la prison et le théâtre du
* supplice de son aimable Jésus ?
Fe “ Mes besoins ont attendri la Reine
54 M. DE LA COLOMBIÈRE, “ du ciel; sa bonté à me secourir a ‘prévenu mes larmes et passé mes espérances,” doit se dire un cœur endurci. “Et je n'ai point encore “ soupiré, pleuré, sangloté pour un “océan d'affictions dans lequel j'ai ‘“ plongé cette tendre Mère par mes ‘infidélités et par mes crimes. Mère “ de tendresse et de compassion, par- ‘tagez avec mot cette sainte disposition ; faites que je pleure, si je ne le “ puis sur votre Fils et sur vous, que “je le fasse du moins sur moi-même “puisque je suis dans un état si “ pitoyable, ”
Vierge sainte, Vierge victorieuse,
triomphez aujourd'hui de la pudeur,
de la négligence et de l'insensibilité :
rétablissez ainsi le respect envers les sacrements. Que ce soit la première partie de cette victoire,
La seconde sera de rétablir le saint usage de la parole de Dieu : ce sera aussi la seconde partie de ce discours.
Le second fruit de la victoire que la sainte Vierge à remportée sur les Anglais, c'est la consolation que nous avons d'entendre la parole de Dieu.
Et le moyen de reconnaître cette grâce c'est d'en profiter.
Comme la parole de Dieu est une grâce très précieuse à cause de la force qu'elle a sur les cœurs, la priva-
tion de cette parole est le plus redou-
table effet de sa colère. Tous les fléaux de Dieu ne sont rien en comparaison de celui-ci, parce que, tandis qu'on entend cette voix divine, on est toujours en état d'arrêter ou du moins de suspendre les funestes effets de l'indignation du ciel, mais, quand elle vient à cesser, tous les maux sont irrémédiables.
C'est pourquoi le dernier avertissement que Dieu donne aux pécheurs cest la menace qu'il leur fait de leur ôter ses prédicateurs. Ævce dies veniunt.
dit le prophète Amos. Ce mot d'ace, quand Dieu est en colère, est quelque chose de terrible. C’est comme s'il
disait: “ Enfin, voici des jours où ma
FÊTE DE LA VICTOIRE, 57 “ clémence ne peut plus arrêter ma “justice. Æmitlam famem in Llerram, non famem panis neque silim ague, “ sed audiendi verbum Domini. Je suis “ contraint [ar vos crimes et par votre “ endurcissement d'envoyer la famine “sur la terre, non pas la disette du “ pain, ni celle de l'eau, qui ne seraient “ pour vous que des traits de miséri- “ corde, mais la disette de ma parole “ qui est le comble des malheurs, et la “ marque infaillible que ma colère sera ‘ sans retour.” ® Nubibus mandabo ne pluant super eam imbrem,’ dit-il, dans Isaïe. L'ordre en est donné. Ces nuages si féconds et
dont la pluie détrempe si doucement
58 M. DE LA COLOMBIÈRE, nos cœurs, en y faisant germer les vertus, ces nuages, dis-je, auront désormais limmobilité et la dureté des pierres ; ils ne répandront pas une seule goutte des eaux dont vous regorgiez autrefois. Vubibus mandabo ne pluant super ea imbrem. Et quand une fois vous serez privés de cette rosée céleste, il faut nécessairement que vous périssiez. Cum prophetia defecerit, dissipabttur populus. La cessation de la parole de Dieu est bientôt suivie de la ruine totale de l'Eglise,
La sainte Vierge en délivrant Québec l'a préservé de ce malheur qu'il avait si
justement mérité. Par l'abus d'un bien ]
si salutaire Notre-Seigneur a permis
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que le Canada fut sur le point de perdre ses prédicateurs, afin qu'étant délivré de cette crainte par l'intercession et par la faveur de sa mère, il songeât sérieusement à profiter de leurs instructions. Cette colonie, aussi bien qu'Agar, s'est vue sur le point d'être chassée de la maison d'Abraham, et d'entrer comme elle dans la solitude :
mais son ange tutélaire vient lui dire, de la part de Dieu : revertere ad Dominam tua et lumiliare sub manu illius :
retournez à votre maîtresse, la sainte Vierge, humiliez-vous sous sa main.
Elle suivit son conseil. C’est pour cela qu'elle fit le vœu dont nous célébrons
l'anniversaire, La sainte Vierge eut
pitié d'elle (/4 Nouvelle-France) dans l'espérance que désormais elle serait docile à la voix de son Fils et qu’elle ferait un saint usage de sa parole.
Si cela n'arrive pas, chrétiens auditeurs, et que vous méprisiez les grâces qui sont attachées à ce saint ministère, craignez que l'esprit de Dieu ne dise à vos prédicateurs ce qu'il disait autrefois à saint Paul: esfina et ext velociter ex Ferusalem, quoniam non recipient Leslmonium tuun de me: prédicateurs, hâtez- vous de sortir üe Québec, parce qu'on y fait nul cas de tout ce qu'on y dit pour établir et pour persuader ma
doctrine.
Pour moi, chrétiens auditeurs, quoique je ne vous aie pas prêché avec la même force ni la même onction que saint Paul prêchait autrefois aux Ephésiens, permettez-moi de me servir des termes qu'il a employés pour vous dire adieu. Et. en me séparant de vous, de vous donner les mêmes instructions.
Elles sont toutes comprises en deux mots : je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce. Je ne puis pas vous dire, comme cet apôtre des nations, que j'ai servi Dieu avec toute humilité, car Je me sens extrêmement coupable à son égard ; mais il me semble que je puis vous protester comme lui
que je suis pur et innocent du sang de
tous et que je n'ai point fui de (1) vous
annoncer les vérités qui m'ont paru les
plus propres pour vous convertir.
Du reste, je vous recommande à
Dieu et à la parole de sa grâce. Pourvu
que je vous laisse de l'amour et de
l'estime pour cette parole, je ne crains
point les loups ravissants que craignait
le docteur des Gentils. Vous trouverez
toujours dans ce pain céleste des forces
(1) —%e n'ai point fui de pour je n'ai point craint
de, etc.
— Fuir à (éviter dej locution qui a vieilli.
— Ne désire donc pas, /#is même à regarder
Tout ce que sans péché tu ne peux posséder.
Corneille, Z’Zmitation,
— 1] fuit plus que la mort Ja honte 4 servir. Corneille, Ze Cid.
Cf.: Littré: Pictionnaire, tome 2, page 1796.
pour leur résister. Tout ce que je voudrais vous bien inculquer c’est que vous la traitiez comme la parole de sa grâce divine, et non point comme une parole humaine qui n'a ni force, ni solidité.
Commendo vos Deo, et verbo gratice 2psius qui potens est ædificare el dare heredilatem in sanctificatis oinnibus.
Je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, à Celui qui peut achever l'édifice que nous avons commencé et vous donner part à son héritage avec tous ses saints. Cette parole suffit pour achever l'ouvrage que nous avons commencé pourvu que vous la traitiez comme la Reine du ciel votre
bienfaitrice l'a traitée, c'est-à-dire avec
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le même respect et la même affection que vous devez traiter le sacré corps de son Fils, car la sainte Vierge avait pour la parole de son divin Fils la même estime et le même amour que pour sa personne adorable,
L'amour que la. sainte Vierge avait pour son Fils a paru en ce qu'Elle l’a porté dans son sein, sur sa bouche et entre ses bras; c'est ainsi qu'Elle en a usé à l'égard de sa parole, Elle l'a portée dans son cœur, Conservabat ommia verba hæc in corde suo ; Elle l'a portée dans sa bouche et sur ses lèvres : diffusa est gratia in labiis Puis.
Ses discours n'étaient qu'une agréable
et perpétuelle répétition des discours
FÊTE DE LA VICTOIRE, 69 de son Fils. Il ne faut pas s'étonner, dit un docteur, que les lèvres de la Mère de Dieu fussent des fontaines de grâces, puisqu'elles avaient été si souvent collées sur celles du Saint Enfant Jésus; Elle l’a porté dans ses bras, car cest de toutes les créatures celle qui l'a le plus parfaitement pratiqué. C'est pourquoi le Saint-Esprit, son époux, est lui-même transporté quand il considère ses démarches et ses actions :
quan pulchri sunt gressus Lui. Le beau modèle pour les chrétiens! Voilà ce que la sainte Vierge attend du Canada à l'égard de la parole de Dieu en reconnaissance de ce qu'Elle lui a
procuré l'avantage de l'entendre, Elle S)
veut qu'on porte cette parole dans
son cœur, cest-à-dire- qu'on y pense souvent, Car on pense souvent à ce quon aime. Ærunt verba haec que evo precipio tibr in corde tuo, dit Diei dans le Deutéronome. Et la Mère de Dieu se sert aujourd'hui de ces mêmes mots pour vous inspirer le même sentiment. ‘Sans moi, vous dit-elle, vous entendriez présentement un ministre (/érétique) qui vous prêcherait dans cette chaire. Pour marque de votre gratitude, gravez dans vos cœurs tout ce que vous y entendrez dire par les ministres de mon Fil: : erunt verba hec
in corde Éu0.”
Ne vous contentez pas d'assister au
sermon ni d'y être attentifs. Repassezle dans votre mémoire quand vous êtes chez vous; ruminez-le dans votre esprit s'il vous arrive de vous réveiller pendant la nuit. Que ce temps soit employé à approfondir les vérités qui vous ont touché. Que de conversions si l’on en usait ainsi, que de triomphes, que de victoires pour la mère de Dieu. Ærunt verba haec in corde Éuo.
Narrabis ea filiis tuis. C'est la suite de ce verset du Deuteronome. Vous entretiendrez vos enfants, votre famille, des obligations que vous avez à Dieu, c'est-à-dire qu'il faut que la parole de
Dieu soit sur votre lanoue.
Pe |
Faites, là-dessus, une réflexion, chré-
tiens auditeurs. Si on prêchait dans Québec une fausse ou une nouvelle doctrine, on en parlerait dans toutes les maisons. Par la miséricorde de Dieu et par le pouvoir de notre auguste Reine, la sainte Vierge, on n'y prêche que la doctrine de Jésus-Christ, Et tout le monde est muet.
Narrabrs ea filiis tuis—C'est dans les conversations familières, c'est dans les entretiens secrets et particuliers que la parole de Dieu jette insensiblement de plus profondes racines, Et comme il arrive quelquefois qu'une plante arrosée par le soin spécial et
assidu du jardinier croît beaucoup
davantage (1) que par les grosses pluies du ciel, ainsi souvent il arrive qu'un pécheur est gagné par une sainte conversation après avoir résisté aux exhortations les plus fortes et aux sermons les plus pathétiques. Làdessus on s'excuse sur la pernicieuse coutume du monde où l'on est en possession de ne jamais parler de Dieu.
Et c'est justement pourquoi il faut que les chrétiens en parlent dans leurs familles. Du temps des apôtres, c'était un crime de parler de Jésus- Christ; cependant leurs disciples, les nouveaux chrétiens, ne parlaient d'autre
chose dans leurs maisons, Dans la
(1) Beaucoup davantage, pour #eaucoup plus.
ral M. DE LA COLOMPBIÈRE.
terre de Hus, quiétait le pays de Job, tout le monde idolâtrait, tout le monde sacrifiait au diable. Cependant, ce saint homme ne laissait dans sa maison de sacrifier au vrai Dieu, MWarrabis ea feliis tuis. Contre la coutume et son torrent impétueux il faut que les chrétiens se mettent en possession de parler de Dieu, du moins dans leurs maisons où ils sont les maîtres, et quand une fois on sera réformé dans les maisons, le public, qui n'est composé que de ceux qui en sortent, sera bientôt réformé lui-même.
Legabis ea quasi sionum in manu luë.— Enfin il faut porter la parole de
Dieu dans les mains. C'est ici le
EU ns Lee FOR TS ac £
principal. Car ce qui décrie l'Eglise catholique dans l'esprit des faibles, dont le nombre est infini, c'est qu'on y prêche la plus belle de toutes les morales et qu'on y mène à même temps (1) la vie la plus naturelle et la plus sensuelle et même la plus criminelle de
toutes les vies, On se tue de dire (2)
(1) A même temps, pour en méme temps. La préposition à est ici prise dans le sens de ex avec le participe présent. L'emploi de à était très varié et très étendu dans l'ancienne langue française où il représentait les trois prépositions latines ad vers , ab (de) et apud (chez, avec). De nos jours il a disparu de plusieurs constructions où il figurait au dix-septième siècle.
(2) Se luer de, pour fa ire EN CES SC men.
Fe me tuais moi-même à tous coups de lui dire Que mon âme pour lui n'a que de la froideur.
Corneil e, M nsieur est au désespoir ; 7 se {ue de dire qu’elle ne
prétend à rien —Séigny.
—Cf, Littré: Dictionnaire, tome 4, page 2376
quon prèche d'une manière apostolique en Canada. Quels sont les fruits de ces sermons ? Des haines publiques, des médisances perpétuelles, des scandales horribles sur toutes sortes de inatières. La plupart de ceux qui
grands désordres,
sont éloignés des que veulent-ils ? Des années, et puis des années, et souhaitent de n'en voir jamais le bout. [ls font ce qu'ils peuvent pour mourir un peu plus tard et ne font rien pour ne mourir Jamais.
Estite factores verbr el non auditores lantum. — Que pourrai-je faire, chrétiens auditeurs, pour vous engager à mettre en pratique les vérités que j'ai
eu l'honneur de vous annoncer? Je me
souviens d'avoir lu autrefois que Lycurgue, le lévislateur des Lacédémoniens, étant sur le point de quitter ce peuple après lui avoir donné de fort belles lois, l'engagea adroitement à les observer, du moins jusqu'à son retour.
Mais il ne revint pas; afin que cette obligation fut éternelle. Si on voulait me promettre d'observer les maximes que j'ai prêchées, quoique indigne, dans le cours de cette année, jusqu'à ce que je montasse de nouveau en chaire, non seulement je me priverais volontiers de cet honneur, mais je renoncerais volontiers de tout cœur à la vie pour
vous procurer un si vrand avantage.
Il n'y à jamais eu de si belles lois
que celles du Fils de Dieu ; les impies,
les libertins, les athées en conviennent.
Peut-on faire plus de promesses qu'on en fit à la très sainte Vierge d'observer ces lois, à la levée du siève de Québec et au naufrage de l'Ile-aux-(Eufs ?
Surtout d'observer les lois à l'égard desquelles on se sentait plus coupable ; on promit d'observer exactement la loi de la chasteté parce qu'on l'avait violée par toutes sortes d'impuretés : la loi de la charité qu'on avait violée par toutes sortes de médisances ; la loi de la modestie qu'on avait violée par toutes sortes de vanités; la loi de la tempérance qu'on avait violée par l'ivrognerie
et par toutes sortes d'excès : la loi de
la justice qu'on avait violée par toutes sortes d'usures. On promit de les observer Jusqu'au retour du Lévislateur, cest-à-dire jusqu'à la mort, que (1) Jésus-Christ reviendra pour juger ceux qui les ont faites.
J'en fus témoin, j'en fus édifié :
Jamais on a vu le Canada en si bonne disposition, jamais on eut tant de sujets de croire que cette Eglise allait chaner de face. Mais je suis encore plus surpris de voir la facilité qu'on a de contrevenir à ses promesses et je ne croyais pas qu'on pât porter si loin le
mépris qu'on en fait. Cette incons-
(1) dusqu à la mort yw2, pour /orsque Jésus-Christ
reviendra, etc. ; tournure elliptique,
ns | — &'o
M. DE LA COLOMPIÈRE
tance dans une affaire aussi sérieuse mépouvante et me fait plus trembler pour le pays que si je voyais tout l'univers conjuré pour sa perte. Car je nignore pas l'oracle terrible du Saint- Esprit dans les Proverdes : c'est une ruine à l'homme après avoir fait des promesses de s'en dédire et de les rétracter.
Mais, enfin, de quoi s'agit-il ? — Sont-ce des promesses exorbitantes, extraordinaires ? de faire de longs pèlerinages, de grands jeûnes, de grandes austcrités, de grandes aumônes ? Point du tout. Ce sont des promesses de faire ce qu'on est cblicé de faire : pro-
messes qui ne sont que le renouvelle-
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