HISTOIRE DE LA COLONIE FRANÇAISE EN CANADA, ETC
“ Voici une histoire de longue haleine, une histoire consciencieuse, puisée aux sources, et dont la religion et le patriotisme ont inspiré toutes les pages. Nous avons de très-nombreux ouvrages sur le Canada, mais iis sont loin d avoir épuisé un sujet si intéressant ; un savant pieux et modeste a voulu apporter le fruit de ses recherches. De nombreux voyages au Canada, sept ans de séjour en ce pays, lui ont rendu possible la composition de cet ouvrage sur le lieu même. Dans ce but il a compulsé les archives de la marine, celles du ministère des affaires étrangères, celles du ministère de la guerre, du depot des fortifications, les archives de l’Etat, les manuscrits des grandes bibliothèques de Paris, du Séminaire St. Sulpice, de la préfecture de Versailles, de l’Archevêché et de la préfecture de Rouen, du musée Britannique. Cette énumération n’est même pas complète, car à la marge, des pages nous voyons figurer beaucoup d’autres documents où il a puisé. Au milieu de tous ces matériaux, la marche de son livre n’est ni embarassée, ni confuse; tout est clair, net et précis; tout vient à sa place et a son heure. En se conformant d’habitude à l’ordre chronologique, il n a eu garde d’entasser, année par année, tous les faits de la même date ; il a souvent, pour être plus clair et pour sbulager la mémoire du lecteur, donné tout un chapitre d’une catégorie spéciale d’évènements, indiquant ceux d’une autre nature qu’il trouvait sur sa route, et qu’il se réser vait de développer plus tard, rattachant par quelques brèves paroles le passé au présent, et faisant par là de la succession des choses une chaîne où l’œil ne rencontre aucune solution de continuité, où tout se déroule dans un ensemble harmonieux et sympathique.
‘‘ En interrogeant les sources pour leur demander la vérité historique qu elles seules possèdent, il n'a pas négligé les travaux connus, il se plait
Histoire de la Colonie Française en Canada.
souvent à les citer ; mais avec une grande sûreté de critique, il sait aussi les combattre dans une discussion où il y a toujours autant de charité que de savoir et de bon goût ; il n’est pas jusqu’au Père Charlevoix dont T Histoire de la Nouvelle Franee jouit, du reste, d’une réputation méritée, qu’il nè prenne à partie, soit dans les notes sobres qui sont répétées au bas du texte, soit dans les autres beaucoup plus étendues, qui terminent le premier volume, et nous ont 'paru, un modèle du genre. Enfin pour compléter cette vaste étude, dont l'érudition doit effrayer la légèreté de notre temps, il résume dans des tables fort étendues, au commencement de chaque volume, toute la série des faits. C’est un compendium précieux de l’ouvrage. — Jetons maintenant un regard sur cette œuvre de bénédictin. Enfin le critique termine l’examen de la première partie en disant : Dans sa modestie, l’auteur croit n’avoir fait qu une ébauché , aucun de ses lecteurs ne partagera son avis ; tous féliciteront la religion, la science et le Canada, en voyant un sujet d’une telle richesse confié à des mains si expérimentées.”
Voici donc ce qu’on a pensé d’un pareil travail, et en le parcourant on voit comme ces assertions louangeuses dune critique eclaiiee sont méritées.
Dans son introduction où il parle des premiers voyages du commencement du seizième siècle accomplis par J acques Cartier, il ne se contente pas de faire mention des sentiments des principaux auteurs sur la date des premiers explorateurs du continent transatlantique, mais il les cite tels que Davity qui écrivait en 1060, Brutel de la Rivière en 1727, 1 Ait de vérifier les dates, et Ramusio ; en indiquant avec soin l’édition, l’endroit, la page de manière à faciliter toute recherche à ceux qui voudraient vérifier jes textes, les constater et en apprécier la valeur. Ensuite il prend le récit de Jacques Cartier, il l’analyse, puis le commente avec les réflexions les plus judicieuses. Enfin il prend soin de l’appuyer des pièces justificatives qu’il a su trouver, en grand nombre ; il cite les lettres patentes de François Ier accordées à Jacques Cartier en 1510, sur la recommandation
Révérend Messdre Faillon.
instante de Philippe de Chabot, grand Amiral de France; il cite encoreles passages des relations de Champlain, de Lescarbot, du pilote Alfonse de la Saintonge qui confirment les assertions de leur illustre devancier.
A propos de Philippe de Chabot, M. Faillon sait faire ressortir la gloire qu’il a eue de décider cette expédition, et de choisir un homme d’un aussi grand mérite que Jacques Cartier.* Quand il parle de l’Evêque Briconnet qui bénit le second voyage du capitaine Malouin, il nous dit d’après le G- allia Christiana quel était le mérite de cet illustre prélat ; il en sera ainsi toutes les fois qu’il nommera quelques uns des personnages éminents qui ont pris part en France à ces expéditions lointaines, tels que le Président Jeannin, le Prince de Condé, le Cardinal de Richelieu, le grand ministre Colbert.
Dans la narration, il expose avec détail les découvertes de Jacques- Cartier dans le Saint-Laurent, il laisse quelquefois parler cet illustre capitaine qui s exprime souvent, avec laplus haute éloquence, principalement sur les motifs religieux qui avaient déterminé le Roi de France à ces établissements lointains, qui devaient avoir de si grandes conséquences.
Ensuite il rapporte les entreprises qui ont suivi les tentatives de Jacques Cartier, et dans un chapitre particulier sur la première occupation de l’Acadie et des terres avoisinantes comme Port-Roval, etc. par le Baron de Poutrincourt et son fils ; il donne une analyse succincte, de ce brillant narrateur de l’expédition, Marc Lescarbot Avocat au Parle ment de Paris, grand ami du commandant, qui nous a laissé près de dix volumes écrits avec talent, mais qui sont empreints de l’esprit du temps et de préjugés contre les religieux de la Compagniede Jésus. M. Faillon
* Philippe de Chabot grand amiral de France, qui eut tant de part à l’établissement de la Nouvelle France, était un des plus grands militaires de son temps ; il s’était distingué aux oatailles de Marignan et de Pavie; enfin en 1535 il conquit le Piémont sur les Espagnols. On voit sa statue funèbre au Musée du Louvre. C’est un chef-d’œuvre admirable du. grand artiste que l’on appelle Jean Cousin, il a su en cette œuvre rappeler le style de Michel-Ange, dont il avait été l’élève.
Histoire de la Colonie Française en Canada.
cite Lescarbot, mais en mémo temps, à chaque page, il met en opposition le récit du P. Biard qui avait été composé pour servir de réponse aux allégations peu réfléchies de Lescarbot. On peut remarquer comme M. Faillon sait attribuer la plus grande autorité au P. Biard en qui il reconnaît un esprit droit, et des sentiments aussi purs que dévoués à la cause de l’apostolat Catholique.
Il passe ensuite à tout ce qui concerne les voyages de Champlain dont il analyse les relations de 1603 à 1635 ; il n’y a pas d’histoire ancienne du Canada qui ait consacré autant de place aux oeuvres de Champlain en Amérique ; mais s’il consacre plus d’étendue aux commencements de Montréal, c’est que la plupart des matériaux pour Montréal, n’avaient pas encore été mis au jour, et que l’importance de ces oeuvres, n’avait pas été appréciée à sa juste valeur.
Il aime aussi à citer les éloges qui ont été donnés de Champlain par ses contemporains ; parmi lesquels on peut citer celui qui les résume tous M. de la Chesnaye : “ Champlain, dit- il, était très propre à assurer le succès de l’établissement de Québec ; il était d’un courage à toute épreuve, d’une grande expérience, d’un sens droit, d’une piété sincère et solide, et sa constitution robuste le rendait d’ailleurs infatigable au travail, capable de résister au froid, au chaud et à la faim.”
Il explique ses relations par la concordance de quatre auteurs différents : Marc Lescarbot, le P. Leclerq, le P. Sagard, la relation des PP. Jésuites ; il ne néglige aucune occasion de faire ressortir ses bonnes qualités ; de plus, il justifie en général toutes ses mesures, mais il est vrai qu’il cite du P. de Charlevoix sa désapprobation de l’intervention armée de Champlain dans les querelles des nations sauvages, (Histoire de la Nouvelle France, tome III, page 200) ; c’est aussi le sentiment de l’excellent auteur du Cours d’histoire du Canada, M. Ferland, tome 1er, page 148, «te., etc.
M. Faillon explique avec beaucoup de clarté, les deux grands obstacles
Révérend Messire Faülon.
que Champlain rencontra dans le succès d’une si belle entreprise : d’abord l’avidité des membres de la Compagnie, qui voulaient que l’on ne s’occupât absolument que de la traite avec les sauvages et des intérêts du commerce, et ensuite la mauvaise volonté des Huguenots qui tenaient plusieurs des principaux emplois de la Compagnie et qui étaient absolument opposés aux succès de la religion catholique.
M. Faillon nous montre comment Champlain ne se laissa pas abattre par ces difficultés ; lorsqu’il était arrêté dans les efforts de son zèle pour la conversion des sauvages, il repassait aussitôt en Europe pour exposer 1 état des affaires et pour se faire donner un appui et des injonctions plus formelles. C’est ainsi que jusqu’à sa mort il fit entre 1607 et 1635, près de quinze voyages. Nous voyons en ses écrits comment il exposait vers 1615 les difficultés qu’il rencontrait en ses enterprises. D’abord il se plaint du scandale que donnent les employés de la Compagnie, qui se laissent gagner par les désordres des sauvages, et même les dépassent par leur vices.
Ensuite, il déploré la présence des Huguenots dans la Compagnie, qui conti edisaient les missionnaires et altéraient la foi des nouveaux convertis : il mentionne aussi l’opposition de la part des habitants qui combattaient toute œuvre qui compromettait suivant eux le commerce, telle que la vie sédentaire que les missionnaires voulaient introduire parmi les sauvages.
Enfin difficultés de la part des sauvages qui sont sans intelligence, et sans conscience et se laissent facilement décourager ; mais il y avait bien d’autres obstacles de la part des étrangers :
Les Hollandais qui dès lors, avaient fondé New Amsterdam à l’embouchure de la grande rivière de l’Hudson, et plus haut le port d’Orange pour le commerce ; les Anglais établis au Cap Cod et dans la Virginie ; les Suédois à New Jersey qu’ils appelaient Nouvelle Suède ; les uns et les autres secondaient les entreprises des sauvages contre les établissements français en fournissant des armes et des munitions.
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Enfin les Calvinistes de la Rochelle en guerre avec le roy, causaient aussi du tort à la Colonie.
Bien qu’éclairé par ces raisons, le gouvernement n’accorda d’abord qu’une partie des demandes de Champlain, sans prendre de décision contre les réformés ; mais ces moyens ayant paru insuffisants, alors le grand Cardinal Richelieu se décida à accorder toute confiance aux vues de Champlain. Il décréta d’exclure entièrement les Huguenots de la société qu’il établit sur une nouvelle base, sous le titre de Compagnie de la Nouvelle France. Il est décidé que la compagnie doit faire passer au moins 300 hommes et promettre d’en envoyer 4000 en 15 ans, elle doit les nourrir pendant 3 ans et ensuite leur donner des terres, elle doit exclure tous autres que les catholiques et nommer trois ecclésiastiques par chaque habitation (daté du siège de la Rochelle 1628.)
Or voilà ce qui arriva : les Huguenots se trouvant exclus par ces dispositions, excitèrent aussitôt les Anglais à s’emparer de Québec et deux français David et Thomas Kerk se mirent â la tête d’une expédition qui de 1626 à 1629 envahit le St. Laurent, brûlant des postes, interceptant les communications, et enfin finit par s’emparer de Québec le 19 Juillet ; mais déjà un traité de paix était signé à Breda entre la France et l’Angleterre.
Champlain revenu aussitôt en France fait valoir ses droits et l’antériorité du traité de Breda à la reddition de Québec ; il obtient gain de cause, et en mémoire du fait, aussitôt après le retour de la colonie française en 1632, il fait élever la chapelle de Notre Dame de la Recouvrance.
M. Faillon, ayant décrit les principaux événements, jusqu’à la mort de Champlain en 1635, énumère les obstacles que présentait l’établissement d’une colonie en Canada.
François Ier. y avait renoncé après l’envoi de six expéditions : ses successeurs de 1547 à 1600 avaient été mal secondés par des spéculateurs intéressés et sans souci du bien des âmes. Au commencement du XVIIe siècle, se présentent des hommes dévoués, parmi lesquels Champlain brille
Révérend Mes-sire Faillon.
au premier rang. Mais après vingt années d’efforts, Champlain ne voyait à Québec en 1629, que quelques familles de colons bien établis et affectionnés au sol. Alors le cardinal de Richelieu prend l’oeuvre en main et veut la seconder de tout son pouvoir ; il fonde la société de la Nouvelle- France qui comptait 110 membres et envoie des colons, et des religieux. Or en 1640, au bout de dix ans, tous ces efforts n’avaient réussi qu’à établir deux cents personnes dans tout le pays, en comprenant même prêtres, les religieux, les femmes et les enfants.
Mais d’où venait cet insuccès ? Il pouvait venir de bien des causes que nous ne pouvons toutes connaître maintenant : voici quelques unes des principales qui suffiront pour tout expliquer : d’abord le froid excessif qui semblait rendre le pays à jamais inhabitable. Les nouveaux arrivés ne trouvant ni maisons, ni abris, ni chemins, ni moyens de transport, étaient soumis à des épreuves désespérantes, c’est ce que remarquent les auteurs du temps : La relation de 1635 des PP. Jésuites; Marc Lescarbot ; Tlievet en son ouvrage sur la France Antartique ; l’historien de V établissement de Baltimore, ce dernier, fait observer que le climat au-dessus du 40e degré de latitude, était regardé comme trop rude pour des constitutions anglaises.
Un second obstacle venait de l’interdiction du commerce faite aux colons ; la compagnie des associés ayant le monopole.
Enfin l’agriculture était si difficile, dans ces commencements, qu’elle ne pouvait rémunérer les travailleurs.
Pour avoir un établissement, il fallait de grands secours de la mère patrie : mais des secours constants, persévérants et tout à fait désintéressés, sans prévision de rénumération dans l’avenir ; de plus il fallait des colons guidés par des vues de sacrifice et de dévouement, déterminés à tout supporter ; non seulement les rigueurs du climat, les privations, mais des dangers extrêmes, car il y avait à lutter contre des peuplades nombreuses, implacables et fournies abondamment d’armes à feu par les établissements voisins de la Nouvelle Angleterre et de la Nouvelle Orange.
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Or, quand après la mort de Champlain, tout semblait en détresse, le Seigneur vient en aide à la jeune colonie et lui procure miraculeusement des ressources inattendues qui devaient assurer un succès jusque là vainement poursuivi. Des hommes de foi et de dévouement se décident à fournir les moyens d’une nouvelle entreprise, et en môme temps des héros s’offrent,
• pour les seconder et assurer l’établissement de la religion, en ces contrées inhospitalières.
Il est intéressant de voir les circonstances de ce fait, circonstances merveilleuses, et dont le caractère surnaturel est appuyé sur des preuves incontestables.
Champlain, le grand champion de l’établissement du régné de Dieu en ces contrées, était mort le 25 décembre 1635, et quelques semaines après, le 2 février 1636, un pieux gentilhomme de la Flèche, M. de la Dauversière, étant en prières, reçoit l’avis de fonder un établissement à une certaine distance de Québec, pour couvrir les voies qui conduisaient au centre de la colonie française et pour être plus au centre des populations que l’on voulait gagner et convertir. L’endroit où il doit fonder ce nouveau poste, lui est montré de la manière la plus claire et la plus distincte, et il lui est dit en même temps, qu’il doit songer à y envoyer une compagnie d’hospitalières qu’il établira lui-mëme dans ce dessein. Cet avis devait lui être réitéré, plusieurs fois, avant que l’oeuvre fut envoie d’exécution.
Mais chose étonnante, il n’était pas le seul qui eut reçu cette injonction, et en effet le même jour, un jeune ecclésiastique qu’il ne connaissait pas, M. Olier alors âgé de vingt six ans établi à Yaugirard avec quelques prêtres, est averti qu’il doit se consacrer à fonder un établissement pour le bien de la religion à un endroit du Canada qui lui est montre de la manière la plus distincte et en même temps, il lui est enjoint d’établir une compagnie de prêtres pour prendre soin des intérêts spirituels de 1 entreprise.
Or dans ces deux révélations arrivées le même jour, il s agissait de la même oeuvre, l’endroit indiqué était le même, et pour 1 occuper il était ordonné à l’un des deux serviteurs de Dieu d établir une société d hospi-
Révérend Messire Faillon.
talières pour l’assistance matérielle des colons, et à l’autre une compagnie de prêtres pour l’assistance spirituelle. Un certain temps se passa et fut employé de part et d’autre à préparer la réalisation de ce dessein, lorsque cinq années après chacun des deux élus de la providence divine eut fortuitement la pensée de se rendre à un même endroit, c’est à-dire à la résidence du garde des sceaux à Meudon pour l’entretenir d’intérêts particuliers. M. Olier attendait son audience dans la galerie du chateau, lorsqu’il voit venir à lui Mr. de la Dauversière qu’il ne connaissait pas.
Ces deux hommes se voyaient pour la première fois, mais ils sont avertis de la communauté de leur vocation et de leur mission, ils se saluent par leur nom, et tombent dans les bras l’un de l’autre en bénissant le Seigneur de cette rencontre merveilleuse.
L’oeuvre prit alors tous les développements désirables ; de riches seigneurs s’y associèrent, M. de Liancourt, M. de Renty, M. de Montmore, M. de Fancamp, des princes du sang. Enfin au moment où la nouvelle compagnie achetait Pile de Montréal du propriétaire M. de Lauzon, un gentilhomme encore jeune, retiré du service, désirant se consacrer à une œuvre de zèle, se présentait: c’était M, de Maisonneuve. C’est lui qui devait etre le fondateur de Montreal, et en faire le boulevard de la colonie pendant vingt-cinq années d’un dévouement intrépide et de l’administration la plus sage.
C est pendant ce laps de temps que M. de Maisonneuve établit Montréal et installa les colons, les protégea contre tout danger, donnant en même temps l’exemple de toutes les qualités d’un homme de guerre, et des vertus d’un chrétien consommé.
Ce sont les temps héroïques de la Colonie dont les détails étaient disséminés dans des recueils ignorés pour la plupart jusque dans les dernières années : l’histoire de Montréal par M. Dollier de Casson, les documents des ministères en France, les pièces des différents greffes, les annales des communautés religieuses.
M. de Maisonneuve arriva en Canada en 1641 avec une recrue nom-
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breuse, les Hospitalières et leur supérieure Mdlle. Manse l’accompagnaient. L’année suivante au 17 mai 1642, il vient prendre possession de File de Montréal, et il commence son installation- ,Ses hommes abrités sous les grands arbres, restent toute une année sans être découverts pâlies chasseurs et les coureurs indiens. Pendant ce temps on élève une enceinte, on creuse un fossé profond, on construit un fort spacieux avec logements et magasins, et enfin l’on installe une belle chapelle, toute revêtue à l’intérieur, de l’écorce des immenses bouleaux qui environnaient le fort. Dieu assiste l’enterprise et lui assure toutes les faveurs spirituelles et temporelles ; le Pape Urbain VIII bénit l’oeuvre en 1642. Louis XIII en 1643 et Louis XIV en 1645, approuvent l’entreprise et promettent leur concours et les colons sont remplis de courage et d’assurance-
Ce site de Montréal découvert et nommé par J. Cartier, signalé par Champlain, désigné miraculeusement à M. de la Dauversière et à M. Olier, était donc ainsi mis en possession de sa grande destinée.
Là, à soixante lieues du centre, était fondé ce poste défenseur avancé de la colonie française, et au milieu même de ses ennemis.
Or quelle destinée merveilleuse que celle de ce retranchement attaque à chaque saison et ne se laissant pas entamer, se recrutant et se ravitaillant sans cesse sous le feu et les surprises des Sauvages ; commandant toutes les voies qui conduisent au centre de la colonie, arrêtant tous les coups portes contre elle, vigie toujours en éveil, sentinelle perdue au milieu du désert, lançant parfois 17 hommes contre des milliers d’aggresseurs, tombant comme la foudre sur leurs entreprises, puis à la première trêve envoyant des explorateurs, jusqu’au fond de l’ouest, à 800 lieues. Et au milieu de ces luttes, de ces surprises, de ces attaques, fondant une ville riche, puissante, popu leuse et dont l’avenir n’offre pas de limites. Tel est ce berceau jeté sur les rives du St- Laurent, et d’où devait sortir un jour Montréal.
Vers l’année 1643, les Sauvages, dans une de leurs courses sur le fleuve, furent surpris de voir des constructions nouvelles. Us cherchèrent d’abord à deviner la force des nouveaux venus, puis se placèrent en embus-
Révérend Mess ire Faillon.
cades ; ils furent déjoués plus d’une fois et à la fin de l’année, ils n’avaient pu surprendre que six travailleurs dont ils tuèrent trois, emmenant les autres en esclavage. Il est intéressant pour nous de savoir que les nom3 de ces trois premières victimes sont sur le régistre de la paroisse Notre- Dame.
L année suivante, les Indiens reviennent, ils entourent M. de Maisonneuve à la tête de quelques hommes, lui en tuent trois, mais n’osent l’attaquer dans son fort après avoir perdu leur chef qui périt de la main de M. de Maisonneuve. En 1645, après quelques tentatives infructueuses, les Iroquois demandent la paix, ils voulaient pouvoir réunir les tribus, et M. de Maisonneuve que ces ouvertures pacifiques ne peuvent tromper, met ce temps à profit en allant chercher du renfort en France.
L’année suivante, en 1646, la guerre recommence ; elle devait durer quatre ans, pendant lesquels le commandant brave toutes les surprises, et augmente le nombre des colons. Il est secondé par deux nouveaux arrivés qui sont des héros : Lambert Closse, qui devint son lieutenant, et Charles LeMoyne, le chef de la famille des Longue uil, qui furent les grands hommes de guerre de la Nouvelle-France. C’est dans ce laps de temps que les sauvages immolèrent le P. Daniel, les PP. Lallemand et de Brebeuf.
Apres une trêve de peu de durée, la guerre recommence en 1652 avec un nouvel acharnement. Les tribus sauvages descendent en masse par le Richelieu et le St. Laurent et veulent en finir, elles multiplient les attaques de jour comme de nuit, elles croient le succès assuré. Les gens de Québec eux-mêmes pensaient que Montréal était perdu ; il est vrai que ses défenseurs eurent à faire les efforts les plus héroïques. Souvent ils se battiient un contre dix, mais jamais ils ne se laissèrent entamer. Un jour, à la Pointe St. Charles, M. LeMoyne avec quelques hommes, défit un corps d’indiens et leur tua trente hommes ; de son côté Lambert Closse, avec 20 ou 30 hommes, dans une rencontre, mit en fuite 200 ennemis, et dans une autre avec 24 hommes, repoussa plusieurs centaines d assaillants, et en mit 80 hors de combat. Une autre fois, à la
Histoire de la Colonie Française en Canada.
Pointe St. Charles, 16 hommes attaquent un corps considérable d’ennemis et tuent 82 hommes à la première décharge de leurs fusils et de leurs
pistolets. ..a
Il y aurait, dit un historien du temps, bien d’autres traits du meme
genre à citer, mais ils étaient si fréquents qu’on ne les a pas tous relatés. Enfin, ces attaques furent si redoutables et si multipliées qu’à Québec on croyait que Montréal était anéanti. Au printemps de 1653, on envoie une embarcation de Québec pour savoir ce qui s’est passé, l’embarcation arrive par un brouillard très épais, passe plusieurs fois près de l’habitation sans la voir, et revient annoncer à Québec qu’il ne reste plus rien de 1 établissemeut.
Cependant les efforts des Indiens ne diminuaient pas la résolution des colons, leur piété les rendait inébranlables, ils se battaient comme des lions et rien ne pouvait étonner leur intrépidité.
On ne peut trop admirer les vertus de ces temps héroïques : les chefs -étaient des saints et les colons suivaient leurs exemples. M. de Maisonneuve et ses lieutenants; Mlle. Manse, Mlle. Bourgeois, Mme. D’Ailleboust, et sa soeur Mlle, de Boulogne, rappelaient les temps de la primitive église. Aussi, malgré les dangers, le dessein de fonder une ville chrétienne au milieu des déserts est poursuivi; on élève des habitations, les campagnes voisines sont mises en culture et M. de Maisonneuve, plein de confiance dans le succès de l’œuvre, va en France pour aller demander à M. Olier de réaliser la promesse^qu’il avait faite, d’envoyer des prêtres de sa com-
^eTiOôî, arrivent des prêtres de St. Sulpice, ayant à leur tête M. de Queylus, directeur du séminaire de Paris. Ils viennent avec une recrue de 110 personnes et peu de temps après leur arrivée, ils sont témoins des incidents les plus tragiques de la guerre. Les Iroquois assassinent plusieurs habitants aux portes de la ville : St. Père et ses compagnons. .
En 1660, Daulac, avec dix-sept hommes, va soutenir l’effort de plusieuis milliers d’ennemis. L’année suivante, Montréal fait des pertes sensibles ;
Révérend Messire Faillon.
M. Lemaître, et peu de temps après M. Vignal, tous deux prêtres du séminaire, sont tués avec des colons, mais Montréal se développe. Lambert Closse reçoit en fief une partie du faubourg St. Laurent, il y met une redoute et ^des hommes pour la défendre. Charles Lemoyne occupe autre côté du fleuve. M. de Queylus bâtit une redoute à l’est de la ville, au quartier Ste. Marie, et une autre vers la Pointe St. Charles. M. de Maisonneuve élève une redoute au Côteau St. Louis, là où fut ensuite la citadelle, et la ville composée déjà de quarante maisons, est ainsi environnée de défenseurs.
Ce fut de 1662 à 1664 que M. de Maisonneuve consolida l’organisation es milices qui devait assurer la sécurité de la colonie. Il établit d’abord la milice mobile, qui devait toujours être prête à se porter à tous les points u pays menacé par l’ennemi et qui fut remplacée plus tard par les troupes régulières envoyées par le Roi ; enfin il établit la milice sédentaire qui eut une influence encore plus décisive, c’était un corps composé de 20 escouades, ou l’on trouve dès 1660 presque tous les noms des familles résidant actuellement dans le district de Montréal ; cette société, mise sous le patronage de la Ste. Vierge, après avoir souvent payé de son sang la défense du pays, continue de nos jours sous forme d’association de piété avec son ancien nom de Congrégation de Notre-Dame, comptant actuellement encore plus de deux mille associés.
M. de Maisonneuve ayant accompli près de vingt-cinq années de travaux pendant lesquelles le sort de Montréal fut définitivement assuré pour avenir, voyant la ville déjà remplie, les territoires voisins occupés par des cultivateurs laborieux et des défenseurs intrépides, reçut la récompense que le Seigneur a promis tout particulièrement à ses dévoués serviteurs : comme son maître il fut méconnu et disgracié.
En il 664 il est remplacé par des hommes revêtus de la confiance souveraine, “ bien qu’ils ne le valussent pas.”* Rien de plus touchant que les
( ) Histoire de l’Hôtel Dieu de Québec, page 125.
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■derniers temps de la vie de M. de Maisonneuve, réfugié a Paris dans une demeure obscure, où il avait construit une cabane de sauvage, s intéressant toujours à l’œuvre de Montréal, et enfin nous dit M. Faillon : “ s endormant dans le Seigneur avec une confiance d autant plus parfaite, que n’ayant pas reçu sur la terre la récompense de ses services, il était plus assuré de la recevoir tout entière dans le ciel.”
Pour toute cette première partie de l’histoire, M. Faillon a donne les plus complets développements, qu’il aurait pu mettre sous ce titre : Comment on fonde une ville ; titre d’autant plus frappant que cette ville est devenue providentiellement la plus importante du Canada ; quant aux chapitres suivants ils pourraient être intitulés ainsi : Comment on établit une colonie. M. Faillon, dans l’e tendue de son troisième volume, nous donne les détails de l’organisation conçue par le premier ministre Colbert et exécutés par son envoyé M. Talon. Ces renseignements sont pleins d’intérêt, surtout à notre époque où l’on comprend de nouveau l’importance des colonies, et ou l’attention est fixée sur le développement des dernières entreprises en Australie, en Algérie et dans 1 extreme Orient.
Louis XIV en 1659, à lage de 21 ans ayant conclu la paix avec les puissances ennemies de la France, entraine par une activité infatigable ayant le sentiment des grandes choses, soutenu, guidé et déterminé par les conseils de Colbert, résolut de prendre tous les moyens pour accroître la prospérité et les ressources de son royaume, en secondant au dedans l’industrie, et au dehors le développement des colonies.
Dès lors nous voyons l’ensemble des moyens que le ministre employa sous l’impulsion de ce roi qui tout jeune se révéla avec les qualités qui font les grands souverains. Ayant des idées neuves, grandes et étendues, sachant donner sa confiance à des hommes capables ; d un coup d œil devinant des génies ; allant les chercher au milieu de son peuple, les mettant dans l’emploi qui leur convenait, les soutenant ensuite de toute sa puissance, contre le vulgaire, et contre leurs propres defail-
Révérend Messire Faillon.
lance, et tandis qu’il agrandissait le domaine de la France, établissant à Québec et à Montréal un foyer d’action qui embrassa toute l’Amérique du Nord, et qui l’aurait assurée à la France sans les fautes et l’incurie qui survinrent un siècle plus tard.
Il établit d’abord la Compagnie des Indes Occidentales avec des reglements si admirables que si elle avait suivi les errements de son fondateur elle aurait pu porter tous les établissements français en Amérique, de 1 embouchure du St. Laurent a l’embouchure du Mississipi, au plus haut degré de prospérité. Ainsi elle aurait été inattaquable à ses ennemis, elle aurait offert un débouché inépuisable au trop plein de la population et elle aurait sinon prévenu, du moins atténué l’explosion des ambitions et des passions qui ont amené les catastrophes de la fin du X Ville siècle.
Ensuite le Ministre envoya des représentants de l’autorité Royale en les mettant au-dessus des autorités locales qui pouvaient se laisser gagner par des intérêts personnels. M. de Courcelles était gouverneur, M. de Tracy, lieutenant général, et M. Talon, intendant de la Colonie. A ous trouvons de précieux renseignements dans les instructions adresséespar le ministre Colbert à M. Talon. L’Intendant est chargé d’abroger les décisions prises par l’ancien gouverneur; il doit réduire la dîme au vingtsixieme d apres les représentations des habitants ; il doit composer le Conseil de membres indépendants de toute autre fonction ; il doit rendre au Séminaire de Montréal l’administration de la justice et le droit de nomination du gouverneur, dont il avait été privé par le gouvernement. Enfin il est recommandé à M. Talon de parcourir les maisons de tous les habitants, d’aller même aux pays les plus éloignés afin de s’enquérir des besoins et des plaintes contre l’administration, et en cas de nécessité pressante, il doit les secourir. On voit comme les moyens étaient pris pour donner l’efficacité à la mission des représentants de l’autorité.
Après cet exposé M. Faillon énumère les mesures prises pour assurer l’accroissement de la Colonie, il examine lo l’augmentation de la population ; 2o le développement de l’agriculture ; 3o l’industrie et le corn-
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merce ; 4o l’instruction publique ; 5o l’organisation des seigneuries, des
paroisses et des bourgades. . . ,,
lo. Quant à V augmentation de la population .-—le roi prit soin d en-
voyer chaque année des centaines de familles, avec l’argent necessaire à leur établissement. De 1661 à 1662 mille colons avaient été transportés et le gouvernement avait envoyé deux cent mille livres pour leur soutien : l’on continua les années suivantes. Les hommes étaien choisis parmi les plus recommandables pour la conduite et les sentiments religieux, et ayant la ferme intention de s’établir comme cu tivateurs. En même temps l’on envoyait des jeunes tilles, prises dans les couvents, ou meme appartenant à des familles nobles, mam pauvres et chargées d’enfants. On a conserve les noms de Mdlles. de Belleville, de Bélestre, de Laborde, des Granges, de la Bardillie e etc etc ; elles étaient choisies principalement dans les provinces les plus à l’abri des atteintes de l’hérésie: la Bretagne, ^ Normandie la Picardie, l’Ile de France, la Champagne. Les jeunes filles a le départ étaient confiées à des personnes respectables: Mde. Bour. , femme du secrétaire du Conseil, Mdlle. Etienne qui fit le voyage p usieurs fois, ainsi que la Soeur Bourgeoys ; à leur arrivée Mde Bourdon les logeait chez elle à Québec et la Sœur Bourgeois a Montreal, il en aniv ainsi plus de mille en dix ans et elles trouvaient à se marier aussitôt. A leur mariage elles recevaient vingt livres, plus tard on promette* suivan l’accroissement des familles, des pensions de 300 livres aux familles ayant dix enfants et 400 livres à ceux ayant douze enfants ce qui fait environ
1200 et 1600 fr de la monnaie actuelle.
Avec ces moyens le pays accrut considérablement en peu de temps ; en 1640 la population n’était que de 200 personnes, en lbbO elle n était cere que de 2500 personnes ; mais dix années après il y avait 5000 âmes et en 1671 près de 700 enfants étaient nés dans la colonie ; les villes augmentaient à proportion : ainsi à Montréal on ne comptait que 500 personnes en
Révérend Mess-ire Faïllon.
1668 ; en 1672 il y avait près de 1500 âmes, et 1200 âmes dans le district de Québec.
Passons maintenant au développement de V agriculture. Colbert avait de grandes idées sur les ressources de l’agriculture ; il comprenait que poui établir solidement une colonie, il fallait la faire subsister du produit de son sol. C’est pour cela que le Conseil reçut l’ordre de donner des terres a tous les soldats qui voudraient cultiver, comme aussi des lettres de noblesse aux officiers qui s’adonneraient à l’agriculture et non au. commerce.^ Le Conseil fit envoyer des chevaux et des bêtes de trait, qui se multiplièrent extraordinairement. Grâces aux soins des officiers établis sur les terres, tels que M. de Chambly, M. de Sorel, M. de Contrecoeur, M. de St. Ours, i\l. de Varenne, M. de la Chesnaye, M. de Repentigny, etc., etc., l’agriculture prit un développement considérable.
> Toutes les Précautions étaient prises avec un grand soin, on donnait cent arpents à chaque occupant, des denrées pour un an et de l’argent : 100 livres aux soldats, 150 aux sergents, 1000 livres aux officiers qui faisaient des concessions. Il fallait deux ou trois ans de culture, et ensuite la terre en plein rapport était suffisante pour une famille. On devait mettre deux arpents en culture chaque année ; l’occupant, sous peine de perdre sa concession, devait tenir feu et lieu dans l’année, couper les arbres et arracher les souches de plus d’un pied de diamètre. Sans cela les terres restant boisées auraient porté humidité aux autres, et auraient offert un repaire aux animaux sauvages.
On obligea les propriétaires d’établir des chemins, de les entretenir, de faire des digues, des chaussées et des ponts suivant le besoin; les chemins avaient dix-huit pieds dans les terres et trente-six le long des rivières pour e hal âge des bateaux. Ces mesures eurent des résultats considérables ; au bout c e dix ans les rives du St. Laurent, du Richelieu, du St. Maurice Paient occupées. Sur le Saint Laurent, il y avait plus de 80 lieues de parcours occupé complètement par des habitations de 3 arpents en 3 arpents de distance, les terres avaient 30 arpents de profondeur. Depuis
Histoire de la Colonie Française en Canada.
Montréal jusqu’à Québec, et depuis Québec jusqu’à l’embouchure du Saguenay, tout était cultivé avec des bourgades de distance en distance.
Après l’agriculture nous avons à parler des mesures prises par Colbert pour assurer le développement du commerce et de T industrie, il est instructif de voir les dispositions prises dans un pays de colonie par cet homme de génie qui a élevé à un si haut point la science du commerce en France, Colbert comprit que la nouvelle colonie, pouvait compter sur les ressources du commerce et qu’ ainsi seraient établies avec les sauvages des relations favorables à la paix et à l’instruction religieuse. Mais elles devaient être réglées avec sagesse, pour que le commerce ne fut pas monopolisé par quelques uns et ensuite que les agriculteurs n abandonnassent pas leurs travaux.
Quant aux richesses du pays, elles étaient d une exploitation facile , d’abord les fourrures qui étaient extrêmement abondantes et à qui l’on avait ouvert trois marchés considérables à Tadoussac,à Trois Rivières et à la tête de l’ile de Montréal. Ensuite la pêche qui fournissait en abondance et pour la subsistance de la colonie et pour le commerce extérieur, de manière à assurer la prééminence à la France sur tous les marchés de l’Europe, pour la vente du poisson salé et des huiles. (1)
Enfin les bois qui servirent dès le principe à construire des vaisseaux pour toute l’Europe, dès 1667 il y eut des navires de 4 à 500 tonneaux qui se trouvèrent du meilleur service ; il y avait aussi le commerce
d’exportation. (2) . v
Les mines étaient d’un grand produit, mines de fer à Trois Rivières,,
mines de cuivre au lac Supérieur, mines de plomb, de charbon et d’ardoise.
(1) Encore aujourd’hui la France envoyé chaque année vers l’embouchure du St. Laurent une flotte de 2000 vaisseaux montée par 10,000 pécheurs qui font un profit net e p us de dix millions de francs.
(2) Le commerce d’exportation dubois rapporte annuellement encore, plus de 30 millions de piastres.
Révérend Messire Faillon.
Enfin le blé dont on put exporter 60,000 boisseaux dès 1686 et dans les trente années suivantes plus de 250,000 boisseaux.
Des manufactures furent établies des ce temps, manufactures de chaussures, de coiffures, de draps, de linge, qui fabriquaient aussi bien qu’en France, et que les communautés adoptèrent et encouragèrent.
Les rapports de commerce avec les Sauvages développèrent l’esprit aventureux des colons ; un grand nombre s’adonna aux fatigues de la vie des Sauvages, qu’ils surpassèrent bientôt, par les ressources que leur donnaient, l’esprit de prévoyance et de discipline auquel ne purent jamais se soumettre les Sauvages. Les Canadiens comme coureurs de bois, chasseurs, guides, interprètes, bûcherons, furent les occupants les plus marquants du territoire américain, et figurent comme les héros de toutes les légendes de la Nouvelle Angleterre.
Y oici quelles furent les dispositions prises pour le commerce : les bâtiments envoyés de France chargés d’objets manufacturés étaient approvisionnés au Canada de bois, huiles, poissons et dirigés aux Indes Occidentales, Antilles, Açores, Iles Canaries ; là ils prenaient du sucre, du café et revenaient en France. Ce conseil donné par Colbert fut mis en pratique et accueilli avec confiance par les hommes les plus au courant des ressources de la colonie.
Enfin M. Faillon termine cet exposé en donnant le prix des denrées qui a suivi très exactement le cours de la monnaie, ce qui prouve l’abondance des denrées en ces premiers temps.
En même temps que le Ministre s’occupait du développement matériel de la colonie il n’oubliait pas ce qui est la base de toute société durable V éducation morale et religieuse . Il comprenait très bien nous dit M. Faillon que pour établir solidement une colonie, la rendre forte contre ses ennemis, pouvant se suffire à elle-même et exercer autour d’elle une influence durable, il fallait procurer à ces pays lointains une éducation au niveau de celle que recevait alors la population dans la mère-patrie ; il fallait former des colons capables de résister aux dégradations de la race
Histoire de la Colonie Française en Canada. 281
^sauvage, et aux difficultés de cette vie isolée, pleine d’épreuves et de privations, et enfin assez éclairés pour tirer parti d’un pays qui a sa part des dons de la Providence.
La Mère de l’Incarnation vint en Canada pour l’instruction religieuse dès l’année 1639 et la Soeur Bourgeois résidait à Montréal depuis 1653 : elles furent encouragées avec leurs sœurs par Mgr. de Laval.
Ce fut vers 1667 que le roi lui écrivit ainsi que son premier ministre, pour le féliciter de son zèle pour l’éducation religieuse, et pour lui envoyer des secours afin de l’aider dans cet objet important. Ils lui disent “ que c’est le meilleur moyen de policer la colonie, et d y former des gens capables de servir Dieu et le Prince dans toutes les professions où ils se trouvent engagés-”
Et en effet les autorités ecclésiastiques ne s’étaient pas bornées aux principes de l’instruction, mais elles avaient cherché dès le commencement à répondre au besoin de toutes les conditions qui se trouvaient représenté es au Canada. Ainsi il y avait d’abord des écoles élémentaires pour instruire ceux qui se destinaient aux métiers d’agriculteurs, chasseurs ou pécheurs de plus il y avait au cap Tourmente, à 40 milles de Québec, une école d’arts et métiers de manière à préparer d’excellents ouvriers, entrepre neurs et conducteurs de travaux ; enfin il y avait des institutions qui donnaient l’enseignement convenable aux professions les plus élevées. Outre le Collège des PP. Jésuites pour les enfants des familles riches, et où l’on établit des exercices publics pour les classes supérieures dès l’année 1664, il y avait un petit Séminaire établi par Mgr. de Laval qui fournit bientôt des vocations au sacerdoce ; on admettait en cet établissement le g enfants sauvages qui annonçaient des dispositions.
A Ville-Marie les prêtres du Séminaire se firent maîtres d’écoles, à cause de l’importance qu’ils attachaient à l’éducation des enfants pour les former à la piété et à la vertu tout en leur donnant l’instruction.
Quant à l’éducation des filles, il y fut abondamment pourvu par les soins de la Soeur Bourgeois et de ses compagnes qui donnaient gratuite-
Révérend Messire Faiïlon.
ment 1 éducation à toutes les filles du pays ; ces religieuses dévouées soutenaient leur maison, par les ouvrages qu’elles faisaient dans l’intervalle des classes.
Enfin les prêtres du Séminaire fondèrent d’autres oeuvres. M. de Quevlus, M. de Fénelon et M. d’Urfé, pour subvenir aux besoins des enfants sauvages, fondèrent à une certaine distance de la ville, des établissements ou ces enfants seraient plus à l’abri de la dissipation ; ils allèrent occuper à l’extrémité de l’Ile de Montréal vers Sainte Anne : Gentilly, les Iles Courcelle, et l’endroit qu’on appelle encore actuellement la baie d’Urfé.
Il est vrai que les efforts qui avaient les enfants sauvages pour objet réussirent médiocrement; leur caractère indiscipliné et la faiblesse de leurs parents mettaient un obstacle insurmontable à toutes les tentatives • la Soeur Marie de l’Incarnation avait fait cette remarque dès 1660 et elle est toujours restée vraie : “ Les enfants sauvages ne peuvent être contraintes ; si elles le sont elles deviennent mélancoliques et la mélancolie les rend malades. D’ailleurs les sauvages aiment extraordinairement leurs enfants, quand ils savent qu’ils sont tristes, ils passent par dessus toute considération pour les ravoir, etc., etc.”
Mais 11 en fut tout autrement pour les enfants des familles françaises,
1 instruction se répandit dans toutes les classes ; les vocations ecclésiastiques furent nombreuses et remplirent l’Amérique de missionnaires. L’amour de la langue et des institutions de la mère-patrie prit de si profondesracines que rien ne put l’altérer, ni la distance, ni les années, ni la conquête, ni la séparation, et c’est cet attachement aux liens d’origine, qui a fait jusqu’à ce jour du peuple canadien, un tout, uni, compact, plein de vie, d individualité, de force et de spontanéité.
Nous terminerons cette revue en énumérant ce qui se rapporte à V organisation des seigneuries, des bourgades et des paroisses .
L’établissement de la Colonie était fondé sur le régime féodal, tel qu’il est formulé par la coutume de Paris, ce régime était le seul que l’on cou-
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nut alors et quelques abus qu’on lui ait reprochés depuis, il est certain qu’il était éminemment propre à faciliter l’établissement d’une colonie, et le plus favorable aux intérêts des particuliers : on peut en juger par l’exposition des faits.
On 'avait divisé le pays en fiefs, d’une étendue assez considérable pour se suffire à eux-mêmes. Les uns étaient attribués à des hommes de guerre, afin qu’ils pussent défendre les points principaux de la Colonie, tels que Québec, Trois-Rivières et Montréal ; les autres étaient érigés pour récompenser des services rendus par des officiers, des employés . du gouvernement, ou des communautés religieuses qui avaient contribué à l’établissement du pays. Mais ces fiefs n’étaient concédés qu’à des conditions onéreuses-
Ceux qui les recevaient étaient obligés de les constituer en état de défense, de les cultiver, de les mettre en valeur ; de concéder des lots pour attacher au sol les colons qui venaient les aider dans la defense du territoire.
Une partie du fief ne devait pas être aliénée, et elle était calculée de manière à subvenir aux charges et aux frais considérables qui étaient imposés au propriétaire. Tout le reste devait etre cede dans un temps limité, suivant les intérêts de la Colonie. Le prix de chaque lot était tout-à-fait libéral et sans proportion avec la valeur, ce qui avait un double effet: d’attirer les censitaires, et ensuite de porter le propriétaire à concéder autant de lots que possible, pour mettre son revenu au niveau de ses charges, etc. Les emplacements dans l’enceinte des villes étaient donnés à charge de payer annuellement cinq sous par arpent: dans là partie déjà habitée, on ne demandait qu’un liard de revenu par toise. Dans l’Ile de Montréal, on payait deux liards par arpent, et une demie pinte de blé ; en sorte que celui qui recevait cent arpents, n’avait que cinquante sous à payer annuellement et cinquante pintes, qui ne. font pas deux boisseaux, et encore était-il dispensé les premières années.
Rwêrend Measire Faillon.
Il n’avait jamais d’autres redevances à acquitter tant qu’il gardait son lot, et même quand il le transmettait par donation, par succession, ou par mutation d immeubles ; mais lorsqu’il le cédait par vente il était obligé de payer au seigneur une douzième partie du prix qu’il recevait, prix que lui-meme n’avait jamais eu à débourser.
On ne peut citer aucun pays occupé régulièrement où des conditions plus larges aient été accordées aux colons. La faible rétribution qu’ils avaient à acquitter, était plus que compensée par les services que leur rendait le maître du fief, et la protection qu’il leur assurait contre les sauvages. M. Faillon donne la liste des fiefs établis pour pourvoir à la défense de Montréal et le nom des chemins conduisant au centre de la colonie. Presque toutes les premières dénominations de ces propriétés, étant encore actuellement conservées, peuvent servir de pièces à l’appui des données de l’histoire.
La ville formait un parallélogramme établi dans le sens de la longueur, le long du fleuve, et incliné suivant son cours de l’ouest au nord. Adossée à une haute montagne, nommée Mont-Royal par Jacques Cartier, elle est précédée par deux grandes îles : l’une nommée Ste. Hélène par M. de Champlam en l’honneur de sa femme, Hélène Boullé ; l’autre nommée St. Paul qui rappelle M. Paul de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie. Ainsi en se présentant devant cette grande cité, l’on trouve en ces trois dénominations des souvenirs frappants des trois grands fondateurs de la Nouvelle-France.
Hans le sens de la longueur de la ville, on traça trois grandes rues parallèles au fleuve; celle du milieu reçut le nom de Notre-Dame, en l’honneur de la protectrice et souveraine de la ville ; près de la rivière, la rue St. Paul en 1 honneur de M. de Maisonneuve ; de l’autre coté la rue St. Jacques, à cause de M. Jacques Olier, Ces trois rues étaient coupées par six autres à angle droit. La première, appelée St Pierre patron de M. de Fancamp; la seconde, St. François, en l’honneur de M. François Dollier de Casson, curé de Montréal ; la troisième St
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Joseph, parce cpielle longeait lHotel-Dieu, placé sous ce pationage . la quatrième, St. Lambert, patron de M. Lambert Closse ; la cinquième, St. Gabriel, patron de M. de Queylus ; la sixième, St. Charles, patron de M. Lemoyne. Tous ces noms ont été conservés, excepté le dernier qui a 'été transféré à une autre rue, tracée au dehors des remparts.
La partie nord de Montréal était protégée par deux fiefs : l’un donné dans le faubourg St. Laurent a M. Lambert Closse, lieutenant de INI. de Maisonneuve ; l’autre, nommé Ste. Marie, établi et occupé pai les gens de M. de Queylus. A l’est, la ville avait pour défense le fleuve St. Laurent qui en cet endroit a près d une lieue de largeui et un chenal profond et rapide. Au sud dans le faubourg St. Joseph, M. Gabriel de Queylus établit un fief qui reçut son nom.
Sur la zone suivante, le supérieur du séminaire établit au nord un fief vers la Rivière des Prairies, pour M. de Hautmesnil ; à coté MM. de Carion et de Morel reçurent 400 arpents de terre, en face de la rivière de l’Assomption, un des chemins des sauvages. M. de Belestre fut placé an nord-est de Pîle. En face de la ville, M. Lemoyne reçut Pîle Ste. Helène ; M. Leber, Pîle St. Paul, M. Dupuy, Pîle au Héron. Ces îles occupées militairement pouvaient servir de citadelles. C’est encore actuellement la destination de Pîle Ste. Hélène. Enfin au sud, M. Leber reçut pour fief la rivière St. Pierre, et plus tard, M. de la Salle, la cote de la Chine.
Sur la zone d’après, on établit au-dela du fleuve : à 1 est, MM. Charles et Jacques Lemoyne ; près d eux M. de Vitre et M. Michel Messier ; en remontant l’on trouvait les terres concédées aux 1 1 . Jésuites à la Prairie ; ensuite le fief de Chateauguay donné par M. Lemoyne à l’un de ses fils. En descendant le fleuve, on trouvait M. Boucher, à Boucherville ; M. de Varennes, M. de Verchères, M. de Boisbriant à Pîle Ste. Thérèse ; M. deRepentigny, M. de la Valterie, M. de la Chesnaye, M. de Contrecœur.
Sur la zone plus éloignée, on trouvait M. Berthier, M. Du Pads sur 1 île
Révérend Messire Faillon.
de ce nom ; M. de Sorel à l’embouchure du Richelieu ; Mde St Ours pim M de Chambly, et enfin au sud, M. Perrot sur l’ÎIe de ce nom“- M. de Senneville fils de M. Leber; M. de Chailly, M. de Bellevue, m! Kobutel de bt. André.
Plus tard, on fit au sud trois établissements sauvages qui servaient de refuge aux nouveaux convertis, et de défense avancée contre les déprédateurs Les deux premiers pour les Iroquois, sur le fleuve St. Laurent au lac St Loufs et au lac St. François; le troisième sur l’Ottawa, au lac des deux Montagnes, pour les Iroquois et les Algonquins. Ces trois postes importants réunirent une population de plusieurs milliers de sauvais devinrent le centre de missions fructueuses, et rendirent les plus -rands services aux sauvages convertis et à la colonie : ils existent encore actuellement et réunissent un grand nombre de familles indiennes.
. V°llà donc cet établissement d’une colonie dont les noms, encore subsistants, rappellent que ce pays a été fondé et occupé par le san- le plus noble et le plus pur de la France. ° F
Ces différents fiefs furent mis en culture : ils furent pourvus d’é-dises e moulins, de fermes. M. de Frontenac écrivait en 1680 que M. dé Longueur avait, en face de Montréal, un château aussi important que les
p us grands ae France. Ce fort renfermait l’église, le moulin, la résidence du seigneur. ’
Presque tous ces seigneurs étaient d’anciens officiers qui donnaient des ter.es aux me, Heurs sujets de leurs régiments. Ces agglomérations ont forme des paioisses qui ont conservé le nom des concessionnaires. Telle a été origine des paroisses de Longueuil, Boucherville, Varennes Ver che.es Contrecœur La Valtr.e, Repemigny, Chambly, St, Ours.’sorel L île du Pads, Berthier, etc., etc. ’
Ces villages s’établirent promptement, et se mirent en état de défense es mbitants furent réunis en compagnies de milice, comme les citoyens Montreal: ,1s avaient leurs chefs, le temps et le Heu des exercles
Histoire de la Colonie Française en Canada.
étaient désignés , on se réunissait tcus les mois comme à Ville-Marie. Enfin chaque paroisse avait ses officiers municipaux et judiciaires.
Nous ne prolongerons pas ces remarques, et c’est par elles que nous avons voulu terminer ce résumé des travaux de M. Faillon sur le Canada. Nous avons ainsi montré comment l’historien ne se contente pas d exposer les faits, mais donne tous les renseignements désirables sur 1 état de cette société naissante et sur les éléments de son organisation. Ce volume qui traite en grande partie de l’ancien régime de la colonie française semble avoir donné l’idée d’un ouvrage paru à Boston en 1874, intitulé : l’ancien régime en canada, par M. Francis Parkman, écrivain distingué, qui reproduit la plus grande partie des renseignements que M. Faillon s’est plu à révéler, en indiquant leurs sources avec un soin si scrupuleux aux marges de son ouvrage.
M. Faillon ne put étendre son travail au delà de l’année 1680, à cause des fonctions de Procureur de la Compagnie, qu’il dut remplir à Rome, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.
Mais tous les matériaux sont réunis pour coutinuer le récit jusqu à 1 occupation anglaise en 1760, et ces matériaux étant accompagnés d’une table analytique très développée par ordre de temps, peuvent être facilement mis en oeuvre, en suivant les indications laissées par 1 auteur.
En outre M. Faillon avait l’intention, comme il l’a dit plusieurs fois, de faire suivre cette histoire d’une autre intitulée : L’histoire des Colonies de Montréal, c'est-à-dire l'histoire des établissements fondés en Amérique, sur les lacs et sur le cours du Mississipi par des citoyens de Montréal. Il lui restait donc un chemin bien vaste à parcourir, mais une grande partie des matériaux concernant ce travail sont déjà analysés et dispose^ par ordre, et l’on peut aussi les mettre en oeuvre.
Ce grand ouvrage attira l’attention, et il en était digne à plus d’un point de vue ; d’abord, il était le répertoire le plus étendu de faits que l’on ait eu jusqu’alors, et meme ce répertoire était illimité à cause des
Révérend Messire Faillon.
références qu’il donnait aux sources principales. Ensuite, il était une mine précieuse de saints exemples, de traits admirables : rien n’étant oublié pour montrer, comme au point de vue moral, l’histoire de ce pays est remarquable entre toutes les chroniques nationales. A chaque page, l’auteur signale des traits d’énergie et de dévouement, unis au plus parfait esprit de foi et de charité chrétiennes, et l’on ne saurait trop admirer comme il a su faire ressortir ce caractère particulier des fastes canadiens.
La publication de ce travail répondait d’ailleurs aux aspirations des hommes les plus distingués du Canada qui, connaissant l’esprit élevé de leurs origines avaient une pieuse curiosité d’en pénétrer les détails.
Il est vrai que bien des travaux remarquables avaient été publiés dans
13 Pa^s’ mais M- ^iHon venait révéler des éléments d’information inexplorés jusqu’alors.
Parmi les Annalistes les plus estimables nous pouvons citer les suivants:
: Garneau 9U1 a donné, en trois volumes, une histoire intéressante et très ammee, depuis l’origine jusqu’à nos jours ; M. l’abbé Ferland, professeur a l université Laval, qui a considéré les faits au point de vue religieux; M‘ * anbault 9U1 a publié un catalogue raisonné et étendu de tous les ouvrages publiés sur l’Amérique ; M. Jacques Viger qui a passé sa vie à
réunir des documents, et a réussi à former une collection aussi rare que precieuse. 1
Nous pouvons encore citer dans les temps plus récents : M. l’abbé Casgram qui a donné la vie de la Mère de l’Incarnaticn, et plusieurs autres ouvrages, ou il a su faire ressortir les principales époques en donnant à son récit une forme dramatique ; M. l’abbé Laverdière, qui a publié des ouvrages considérables : les relations des Jésuites ; les mémoires de Champ ain, etc. ; M. l’abbé Verreau, qui a réuni une quantité de documents sur les époques les moins explorées de l’histoire. Il a déjà publié celle i e a ondation de Montréal, et le premier voyage dans l’ouest de M. ce asson, etc., etc. De plus il a commencé à faire paraître une
Histoire de la Colonie Française en Canada.
série de documents inédits sur la partie de l’histoire la moins connue, c’est-à-dire tout le XVIIIe. siècle. Il a déjà donné les lettres de la Sœur Fuplessis de 1720 à 1750, ainsi que deux volumes sur le siège de Québec en 1775. Mais auprès de tous ces travaux, l’œuvre de M. Faillon, commande l’attention par l’étendue de son cadre et le
caractère d’universalité de ses renseignements.
C’est ce qui a frappé les érudits des Etats-Unis parmi lesquels nous pouvons citer, comme nous l’avons déjà dit, M. Francis Parkman, de Boston, qui s’est appliqué à exposer dans un style plein de vie et d éloquence' les événements de l’occupation française en Canada. Il a lu avec soin les travaux de M. Faillon, et par des quantités d’extraits; il a montré amplement l’estime qu’il en faisait. On peut même dire qu’il a apprécié cette œuvre avec une sagacité rare, au point de vue scientifique ; mais combien est-il à regretter que des préjugés de secte, lui aient fait méconnaître l’esprit religieux qui anime ces grandes origines. C’est cet esprit que M. Faillon a si bien mis en lumière en commençant par 1 illustre Champlain. Aussi on comprend à quel point ce travail se recommande aux amis de la vérité et quelle importance n’aura-t-il pas, lorsque arrivera le moment justement espéré, où il s’agira d’exposer les titres des premiers fondateurs de la Nouvelle France, à la vénération des fidèles ?
HAPITRE XYI.