‹ M. Faillon, prêtre de St. SulpiceChapitre 17 sur 21 · NOUVELLE VIE DE MONSIEUR OLIER · texte numérisé non relu

NOUVELLE VIE DE MONSIEUR OLIER

M. Faillon fut appelé à Paris dans l’année 1867, pour la réunion des assistants, et il profita de ce retour, pour s’occuper d’une nouvelle édition de la Vie de M. Olier , qui en avait déjà eu trois. Il avait eu souvent occasion de rencontrer de nouveaux documents, et il voulait en tirer profit.

C’est ainsi qu’il avait lu plusieurs grands ouvrages qui concernent le XYII siècle ; comme les mémoires du Père Rapin sur le Jansénisme ; les mémoires de St. Simon; les œuvres de St. Evremond; les ouvrages de M. Pazin sur les ministères du Cardinal de Richelieu et du Cardinal Mazarin , et d’autres ouvrages publiés dans les derniers temps. Enfin, pendant qu’il coordonnait ces nouvelles découvertes, il trouva à la Bibliothèque Impériale, comme nous l’avons dit, treize volumes manuscrits, in 4o., qui n’étaient autres que les mémoires de Marie Rousseau, qu’elle avait rédigés, pendant un nombre considérable d’années, sur l’injonction de son directeur.

M. Faillon s’imposa la tâche de lire ces volumes, de 1000 à 1200 pages chacun, et il en tira une quantité d’extraits qu’il put employer Pour comprendre la satisfaction qu’il éprouva en retrouvant ces mémoires de Marie Rousseau, qu’il croyait détruits, il faut se reporter à la haute estime qu’il avait montrée pour elle dans la première édition, et qu’il avait conçue d’après le témoignage formel de M. Olier, et des esprits les plus élevés de ce temps, ce qu’il exprime d’une manière si admirable

en ses écrits.

“Quoique cette pauvre femme soit d’une basse naissance et dune

Révérend Messire Faillon

“ condition qu’on a presque honte de nommer, elle est toutefois le conseil “ et la lumière des personnes de Paris les plus illustres par leur extrac* “ tion, et des âmes les plus élevées en vertu et en grâce.” M. Olier cite la duchesse d’Orléans, la Princesse de Condé, les duchesses d’Aiguillon et d’Elbeuf, la maréchale de la Châtre, etc., etc. De plus, il cite le P. Eudes, le P. de Condren, Dom Jacques le chartreux, M. de la Dauversière, Mlle Manse, et enfin les premiers magistrats du royaume, comme Pierre Seguier, grand chancelier, Mathieu Molé et d’autres, et il termine cette énumération en ajoutant “ qu’on croirait voir la Très-Sainte Vierge qui “ gouvernait autrefois l’Eglise, et conduisait les apôtres après l’Ascension “ du Sauveur.”

Mais avant de passer à l’examen de cette nouvelle édition, pour en donner une idée générale nous reproduirons quelques-uns des jugements qui en ont été portés par les publications religieuses.

Voici comment s’exprime la Semaine Religieuse, de Paris :

" La vie de M. Olier, par M. Paillon, occupe au jugement des hommes les plus compétents, l’une des premières places parmi les vies édifiantes publiées depuis le commencement de ce siècle. De hautes autorités l’ont même donnée comme le modèle du genre; la nouvelle édition que nous annonçons, a été imprimée avec le plus grand soin, elle est propre à satisfaire les amateurs de beaux livres. Rien n’y a été épargné .

“ Nous tenons à faire connaître cet ouvrage comme l’un des plus importants qu’on puisse lire en ce moment.”

Dans la Bibliographie Catholique , nous trouvons une appréciation des plus louangeuses :

“ Olier a été le réformateur de ce Faubourg St. Germain, qui est de nos jours encore, le centre le plus intelligent et le plus honorable de Paris, et sa vie offre un enseignement utile à tous ceux qui comprennent combien il est urgent de travailler à la réforme sociale. Si M. Olier a réussi, c’est qu’il a joint à la prière et à la confiance en Dieu, toute l’industrie et toute l’activité dont l’esprit humain est capable. C’est à son école qu’on apprend comment on peut régénérer les populations les plus égarées et les plus corrompues. On sera convaincu de la vérité de notre assertion en lisant cet aperçu des travaux de M. Olier tels qu’ils sont résumés dans les annales de l’Eglise.

Nouvelle vie de M. Olier.

Le publiciste donne ce résumé et il termine en disant que par l’exemple des oeuvres de M. Olier il tient à montrer quels moyens pourraient encore être employés pour arriver à l’amélioraOon des classes populaires.

“ Tout le momie sent aujourd’hui le besoin d’une réformation, mais on hésite sur la marche à suivre. L’exemple de M. Olier nous semble d’autant plus instructif, que l’heureux résultat de son zèle se fait encore sentir après deux siècles, et malgré les révolutions effroyables qui ont tout bouleversé dans la capitale de la France. Si nous avons l’énergie d’entreprendre la réforme comme lui, en attaquant le mal directement, en agissant sur chaque rue, dans chaque maison, en nous partageant courageusement cette rude besogne (mais la seule vraiment fructueuse) ; comme M. Olier, avec la grâce de Dieu, nous réussirons à changer, à transformer Belleville et Montmartre, comme il a métamorphosé le faubourg St. Germain. La piété est bonne pour tout : c’est dans la vie des saints que nous puiserons les meilleures leçons pour la réforme sociale comme pour la régénération de la France.’’

Enfin nons citerons le prospectus de l’ouvrage.

“ Ce livre est une vie de saint extrêmement édifiante, et un travail historique d’un intérêt non vulgaire. En même temps qu’il révèle en M. Olier, trop peu connu jusque-là, une de ces âmes extraordinaires que Dieu choisit pour en faire l’instrument de quelque grand dessein dans son Eglise, il met sous les yeux du lecteur un tableau vivant de l’époque remarquable, où ce dessein s’est accompli. On dirait que l’auteur a vécu au milieu de ceux dont il parle, tant il 3ait de choses sur leur compte, et tant il excelle à reproduire leur physionomie, à saisir leur esprit. Et nul autre ouvrage de ce genre ne donne une idée plus vraie et plus complète de ce grand travail de rénovation religieuse qui, au XVII siècle, a jeté sur 1 Eglise de France un si vif éclat.

“ Aussi, la Vie de monsieur Olier reçut, lorsqu’elle parut, le plus favorable accueil ; le prospectus cite différents témoignages, parmi lesquels, nous remarquons celui-ci, venant d’une haute autorité.

“ La Vie de monsieur Olier, écrivait à l’auteur l’illustre cardinal Wiseman, est un livre qu’on ne saurait lire trop souvent et on ne le relira jamais sans en tirer un nouveau profit. Agréez donc l’hommage de ma bien vive reconnaissance pour le très-grand service que vous avez rendu au clergé et à l’Eglise par votre précieux travail.”

L’ouvrage se compose de trois volumes qui, dans un plan très-simple, embrassent l’histoire et les œuvres principales du fondateur de St. Sulpice.

Dans le premier, l’auteur nous montre M. Olier préparé par la Providence à travailler un jour à la sanctification du clergé.

Révérend Messire Faillon

Dans le second, il retrace la conduite de M. Olier dans la réforme de la paroisse de St. Sulpice et dans l’exercice du ministère pastoral.

Dans le troisième, nous voyons M. Olier dans l’établissement et la direction des séminaires.

Passons maintenant à l’examen des volumes et remarquons ce qui a été principalement ajouté aux éditions précédentes : —

Dès le premier volume, nous trouvons bien des détails qui concernent Marie Rousseau et l’influence qu’elle a eue sur plusieurs évènements considérables.

Il en est trois que nous avons surtout à citer : la réforme de l’Abbaye de St. Germain-des-Près, l’établissement de l’Oratoire, et enfin la préparation de M. Olier à la destinée que Dieu lui réservait.

Cette sainte personne priait sans cesse pour le renouvellement des institutions religieuses, et M. Faillon a trouvé dans ses mémoires un fait, qu’aucun autre ouvrage n’avait pu lui faire connaître lors de la Ire édition, c’est que l’on peut attribuer aux prières de Marie Rousseau, le changement qui s’opéra alors dans l’Abbaye de St. Germain et qui devait avoir de si merveilleuses conséquences. (*)

Il y avait bien des années que la servante de Dieu lui demandait la sanctification de cette maison, si illustre d’abord, mais qui avait beaucoup perdu de sa ferveur ; or, quelle fut la joie de cette grande âme, lorsqu’ en 1631, Dom Grégoire Tarisse, supérieur-général des Bénédictins en France établit la réforme de St. Maur à la grande Abbaye, et en fit un centre de prières et d’études.

Dès lors, Dom Tarisse y fixa sa résidence, y attira les sujets de l’ordre les plus distingués par la ferveur et la science, et fit commencer ces travaux littéraires qui ont attiré sur la Congrégation de St. Maur une si grande illustration, (f)

(*) Tome 1er, page 25.

(f) Cette réforme de Dom Tarisse fut adoptée bientôt par les autres centres les plus célèbres tels que la maison de St. Maur ; St. Denys ; St. Remy de Rheims ; St. Benoit-sur- Loire ; Fecamp ; la Trinité de Vendôme ; Marmoutier etc. Alors commencèrent à paraître

Nouvelle vie de M. Olier.

M. Faillon donne aussi de nouveaux détails d’après ces mémoires sur la jeunesse de M. Olier. (*)

Il est dit comment M. Olier consumait ses revenus à entretenir des équipages et une quantité de serviteurs.

Marie Rousseau le vit pour la première fois avec ses amis, tous habillés richement et élégamment, en satin violet comme des abbés de cour, et se divertissant à la porte d’un cabaret ; dès ce moment elle se sentit portée à prier pour eux avec instance et avec douleur, et elle fait cette réflexion touchante : “ Les prélats qui ont droit à la couleur violette, ne devraient la porter qu’avec componction, en songeant qu’elle représente le sang versé par N. S. pour conquérir les biens de l’Eglise. Mais qu’il est triste de voir des ecclésiastiques s’arroger illégalement ces couleurs, poussés par l’orgueil et la vanité, justement condamnés par le sang de N. S.”

Plus loin, les mémoires nous expliquent en détail avec quelle sympathie les Supérieurs de l’Abbaye accueillirent les idées de M. Olier sur la sanctification du clergé.

M. Olier ayant enfin soumis son esprit et son coeur, et embrassé les principes de la régularité la plus édifiante, commença à voir fréquemment les supérieurs de l’Abbaye qu’il avait pris pour directeurs, et ce furent eux qui soutenant M. Olier contre ses confrères, décidèrent qu’il devait accepter la cure de St. Sulpice. En cette circonstance, il est encore expliqué que si M. Olier était contredit par quelques-uns de ses assistants, il avait pour lui l’avis des Bénédictins, des prêtres de l’Oratoire et enfin de cette pieuse servante de Dieu, (t)

C’est aussi dans ce recueil que M. Faillon a trouvé des details étendus et intéressants sur la part que M. de Condren prit à la formation des

les travaux si célèbres des Bénédictins ; la Gallia Chrisliana, les Acta Sanctorum, la Collection des Historiens de France, Y Art de vérifier les dates, V Histoire littéraire de la France,

etc., etc.

(*) Tome 1er, page 26.

(f) Tome 1er, page 438.439.

Révérend Messire Faïllon.

compagnons de M. Olier. Marie Rousseau nous dit qu’elle avait pour directeur un Père Jésuite qui lui faisait écrire toutes les inspirations qui se présentaient à son esprit ; or elle apprit que les ecclésiastiques qu’elle avait ramenés, étaient destinés à fonder les Séminaires ; elle en prévint le Père de Condren qui avait reçu déjà des lumières semblables et qui savait que cette oeuvre ne concernait point l’Oratoire, malgré tous les préparatifs faits par cette Congrégation, pour ce grand dessein.

Marie Rousseau prévint aussi le Père de Condren qu’il n’aurait pas le temps d’écrire l’ouvrage qu’il méditait sur V institution clés Séminaires , enfin elle fit des communications qui auraient paru bien aventurées à ceux qui n’auraient pas eu en ses inspirations la confiance qu’elles inspiraient à M. de Condren et à M. Olier. Elle disait que les compagnons de M. Olier étaient appelés à établir des communautés de prêtres et des séminaires ; qu’ils devaient se dépouiller de leurs biens propres ; qu’ils réformeraient la paroisse de St. Sulpice, et enfin, que malgré bien des oppositions, ces œuvres subsisteraient, qu’elles réjouiraient l’Eglise et glorifieraient Dieu ; or ces prévisions de Marie Rousseau furent annoncées cinq années avant l’événement. (*)

En commençant le deuxième volume, où l’auteur doit exposer tout ce qui est relatif à la réforme de la paroisse de St. Sulpice, nous avons de nouveaux détails sur le Faubourg St. Germain. Ces nouveaux traits complètent le tableau et lui donnent une nouvelle force, Nous voyons d’abord ce que St. Vincent de Paul pensait de la décadence de la foi dans Paris- (f) Nous comprenons quelle était l’étendue du mal. Après les guerres de de religion, et le règne de l’anarchie, le pays était resté dans un état déplorable de mollesse et de langueur; la plus profonde indifférence régnait dan8 les cœurs commi après toutes les grandes commotions. Certains grands seigneurs encourageaient le désordre, en soutenant contre l’autorité, des

(*) Tome 1er

/+) Tome lime page 2

Nouvelle vie de M. Olier.

novateurs, des poëtes licencieux, comme le fameux Théophile, des duellistes de profession, des comédiens, et même des vendeurs d amulettes. ( ) De nouveaux détails sont aussi donnés sur l’état de l’ancien cierge (f) sur l’emploi des revenus de l’Eglise, sur la négligence et le défaut d’ordre des pasteurs. M. Faillon reproduit de M. Du Ferrier une note curieuse sur les crimes publics dont le Pré-aux-Clercs était le théâtre, (J) et aussi sur les désordres de cette foire de St. Germain dont il fixe l’emplacement à l’endroit où se trouve aujourd’hui le marché. Plusieurs faits servent aussi à nous montrer quels étaient le fanatisme et 1 audace des hérétiques ; tels l’histoire de cette mère cruelle qui irritée de l’abjuration de sa fille, l’enferma, lui brûla la plante des pieds, chercha ensuite a F étouffer dans une baignoire, et n’ayant pu y réussir, la perça de plusieurs coups de couteau. Ce fait se trouve dans les mémoires particuliers. (§) Marie Rousseau donne aussi des renseignements sur les mesures que M. Olier prit vis-à-vis du clergé ; sur l’union qu’il établit entre ses prêtres et les ordres religieux de la paroisse ainsi qu’avec les docteurs de la Sorbonne, enfin sur le soin des enfants et leur emploi dans toutes les cérémonies de la paroisse ; rien de plus édifiant, de plus intéressant, de plus pratique. On vit bientôt le bon effet de ces soins dans la tenue des enfants, aux cérémonies de la paroisse. Ceux qui chantaient le faisaient avec une modestie qui ravissait les assistants, ceux qui servaient, témoignaient d une piété qui inspirait aux paroissiens des sentiments de religion qui leur étaient inconnus jusque-là. Enfin Marie Rousseau donne des détails intéressants sur la plus excellente de toutes les mesures prises P» M OUer pour la réforme de sa paroisse, c’est-à-dire, la dévotion envers le St. bacre-

D’abord M. Olier fixa des heures d’adoration pour les prêtres, et les

(*) Tome lime page 5 (f) Tome lime page 15 (t) Tome lime page 38 (§) Tome lime page 70

Révérend Messire Faillon.

engagea à entretenir souvent les fidèles de cette grande dévotion ; ensuite il résolut d’inviter les premières dames de sa paroisse à se mettre de la Confrérie du St. Sacrement, sachant que leur exemple aurait une influence puissante ; en même temps il avait soin de rendre ces pratiques acceptables en déclarant que les témoignages de cette dévotion, ne sont pas incompatibles avec les distractions honnêtes des jours de repos. Marie Rousseau nous dit: Qu’il convenait qu’une paroisse où le St. Sacrement avait été outragé fût celle où il serait plus particulièrement honoré. Dieu montra à M. Olier qu’il ferait ce qu’avait fait Jacob en élevant un autel dans la terre de Chanaan, et lui aussi dans cette terre de scandale, il éléverait un autel à la majesté divine dans la dévotion au très St. Sacrement.”

Marie Rousseau nous dit que ce ne fut pas sans de longs et patients efforts qu’il arriva enfin aux meilleurs résultats. Aux premiers temps il vint peu de monde, ensuite on se rendait aux stations, et aux saluts comme à un spectacle profane pour voir et être vu. Mais enfin la dévotion produisit ses fruits, et l’on put contempler à tous les exercices les concours les plus nombreux et les plus recueillis. Les prêtres même qui avaient été opposés à la fréquence des saluts, furent ensuite des plus zélés à les recommander aux fidèles. (*)

M. Faillon a trouvé aussi dans ces mémoires des renseignements intéressants sur le soulèvement de quelques paroissiens contre M. Olier. M. de Fiesque avait des amis et des parents dans la paroisse qui cherchaient à indisposer les fidèles contre leur curé; l’un deux alla à Rome pour témoigner contre lui et contre l’établissement du Séminaire dans la paroisse. D’autres réclamaient contre les changements introduits dans les cérémonies.. Le prince de Condé qui aimait à chanter dans les saints offices, se plaignait des innovations faites dans le chant sacré, qu’il ne pouvait plus suivre, (f) et il appuya hautement les réclamations de M. de Fiesque. Les

(*) Tome lime page, 83 et suivantes, (f) Tome lime, page 141.

Nouvelle vie de M. Olier)' .

choses en vinrent à ce point que pendant les instructions de M. Olier, des partisans de M. de Fiesque se levaient et faisaient entendre les paroles les plus injurieuses. On trouva plusieurs jours de suite sur la porte de l’église un placard avec ces paroles : Maison à louer. M. Olier fut traduit devant les tribunaux et on lui opposa des papiers intimes qui lui avaient été dérobés par l’un de ses serviteurs ; enfin lors du soulèvement, ce fut un ancien pretre de la paroisse qui conduisit les révoltes a la chambre de M. Olier. L exaspération était si grande que l’on essaya d’empoisonner le cure de St. Jacques-du-Haut-Pas, M. de la Grange, qui avait délivré M. Olier des mains de ses ennemis ; mais, nous dit Marie Rousseau, il fut guéri miraculeusement. (*)

Une autre oeuvre importante, sur laquelle il y a beaucoup plus de détails, est l’établissement de la Société des Militaires qui devait avoir une si heureuse influence sur l’esprit de l’armée. Un grand nombre de familles seigneuriales ne trouvant pas assez d’espace pour se loger dans Paris s’étaient établies dans ce grand faubourg, groupé autour de l’abbaye de St. Germain, et dont St. Sulpice était la paroisse ; or dans chacune de ces familles, il y avait des membres appartenant à l’armée.

M. Olier établit la Confrérie des Militaires où entrèrent MM. de Renty , de Liancourt, de Brancas, de Fénélon, l’illustre Fabert, le marquis de Saint Mêmes, et le comte d’Albon. Le père Rapin a prétendu que Louis XIV mécontent de quelques-uns de ces gentilhommes avait voulu les faire jouer sous le rôle de Tartufe ; mais rien ne vérifie cette assertion. Toutefois, comme cette société professait un attachement profond pour la personne et les enseignements du Souverain-Pontife, il pouvait se faire qu’ils n’eussent pas la faveur de ceux que l’on appelait les parlementaires. Les principaux ministres d’état tels que le Cardinal Mazarin et ensuite Colbert, appartenaient à ce parti, c’est donc à eux et non au Roi qu’on doit attribuer cette prévention. Cette société accomplit le plus grand bien et elle prit un tel

(*) Tome lime, page 153.

développement qu’elle donna lieu à la fondation de deux autres communautés semblables. Elle ramena à la piété des gentilhommes qui s’étaient rendus célèbres par leur légèreté ou leur indifférence. Enfin elle donna naissance à un mouvement religieux qui fut remarqué même par les esprits les plus indépendants du temps, tels que le Comte d’Evremont. M. Faillon cite de lui une lettre où il applaudit à la conversion du célèbre Comte de Grammont. Ces relations de M. Olier le mirent à même d’être en rapport avec plusieurs grands personnages tels que le prince d’ Aubigny, de la maison des Stuarts. Ce prince entré dans l’état ecclésiastique devait parvenir au Cardinalat. Il eut la plus utile influence sur le rétablissement de la religion en Angleterre et sur la conversion de son cousin le Roi Charles II opérée par M. Olier. Ce fait était toujours resté ignoré, et un grand nombre d’historiens affirmaient que Charles II ne s’etait converti que dans les derniers jours de son règne. M. Faillon lui-même dans sa première édition, avait suivi ce sentiment d’après une copie qu’il avait des mémoires de M. de Bretonvilliers ; mais depuis, ayant consulté l’autographe il découvrit que M. de Bretonvilliers disait formellement que M. Olier avait reçu l’abjuration du Roi d’Angleterre vers 1645. Dans la copie des mémoires, pour ne pas divulguer ce fait que 1 on était alors obligé de garder secret, il avait seulement parlé d’un grand seigneur d’Angleterre. M. Faillon réfute les historiens qui ont soutenu le retard de la conversion du Roi Charles II, et après avoir appuyé son sentiment sur les mémoires de M. de Bretonvilliers, il montre comment ce fait se trouve confirme par le sentiment des plus habiles historiens qui affiiment que Charles II en revenant en Angleterre, en 1660, prouva par ses actes qu’il appartenait déjà à l’église catholique. C’est ce qu’a conjecturé Burnet, puis Lingard, et enfin M. Guizot.

Un des personnages marquants avec lesquels M. Olier fut aussi en rapport est le Prince Edouard, prince palatin du Rhin, fils du Roi de Bohême qui était réfugié à Paris par suite des malheurs de sa famille. Par sa mère,

Nouvelle vie de M. Olier.

Elizabeth Stuart, il était parent avec l’abbé d’Aubigny qui l’instruisit de la religion et le reçut dans l’Eglise. M. Olivier procura son mariage avec la célèbre Anne de Gonzague, fille du Comte de Nevers, de la famille des Gonzague d’Italie, et soeur de la reine de Pologne. M. Faillon en citant à ce sujet les mémoires du P. Bapin relève néanmoins bien des erreurs, sur des faits relatifs au Prince de Condé et au Prince de Conti, sur M. Meyster, sur l’abbé de la Rivière et sur l’occasion du Tartufe, et il dit ■que c’est un inconvénient inévitable pour tout écrivain qui compose des mémoires généraux de se tromper sur bien des circonstances des temps

déjà éloignés.

Tout le chapitre du 2ème volume sur la résistance de M. Olier contre le jansénisme est rempli de détails nouveaux. Les Jansénistes voyant les succès que M. Olier avait obtenus dans sa paroisse, firent tous leurs efforts pour combattre les efforts de son zèle; ils tâchèrent d’introduire les Oratoriens dans le faubourg ; ils cherchèrent à élever de jeunes ecclesiastiques dans leurs maximes ; ils voulurent s’emparer de la direction d’une société établie pour la conversion des hérétiques ; ils firent venir du diocèse de Sens, un curé qui était renommé pour son fanatisme et ses excentricités pour l’ opposer à M. Olier; ils répandirent dans Paris des écrits satiriques contre lui ; enfin ils finirent par gagner quelques partisans, meme dans les principales familles. M. Olier les combattit par tous les moyens, quoiqu’il sût à quoi il s’exposait, puisque l’Archevêque de Pans s’était lui-même laissé gagner. Marie Rousseau nous dit que beaucoup de personnages des plus grandes positions, voyant les écrits satiriques des Jansénismes, craignaient d’être attaqués, et leur laissèrent le champ libre ; mais M. Olier brava toutes ces menées et ne voulut pas même qu’on les réfutât ; et comme ses disciples étaient indignés de ces manoeuvres, il leur dit : “ Ne savez-vous pas que la calomnie est une des récompenses que Dieu donne à ceux qui défendent la religion ? Bénissons-le de ce que nous avons été jugés dignes de souffrir pour ses intéiets.

Pour ce chapitre, M. Faillon a fait bien des emprunts à des ouvrages

Révérend Messire Faillon.

nouveaux ou récemment édités. Les mémoires du P. Rapin sur le Jansénisme ; L’Oratoire de France au XVIIe siècle, du P. Perrault ; le travail remarquable de M. de Chantelauze sur le P. Lachaise, etc., etc.

La troisième partie se rapporte à l’établissement des Séminaires, et elle comprend le troisième volume : elle est divisée en huit livres, qui développent ce qui avait été donné dans la première édition. Nous trouvons des aperçus nouveaux sur les desseins de Dieu, dans l’établissement des Séminaires, sur les pratiques enseignées par M. Olier à ses directeurs, enfin sur les développements de l’œuvre.

Quant aux desseins manifestés à M. Olier par la divine Providence, 1 on voit que M. Olier et ses compagnons avaient été choisis pour accomplir la vocation de l’Oratoire, et pour faire revivre l’uDe des destinations principales de l’œuvre de St. Benoit.

Pour ce qui est de l'Oratoire, le Cardinal de Bérulle ayant été obligé de se charger de la direction d’une multitude de collèges pour répondre aux nécessites du moment, le P. de Condren, son successeur, reconnut 1 impossibilité ou se trouvait l’Oratoire de répondre à la formation du clergé, et voulant former une compagnie d’ecclésiastiques destinés à cette oeuvre il s’adressa à M. Olier. Les Supérieurs des Bénédictins qui étaient aussi dans l’origine destinés à la formation du Clergé, ne pouvant s’en occuper, donnèrent tous leurs soins à favoriser M. Olier et ses disciples. Enfin le Seigneur prit soin de confirmer cette double disposition du chef de l’Oratoire et du Supérieur des Bénédictins. Dans" le même temps que Marie Rousseau recevait l’avis d’en haut que M. Olier était appelé à cette vocation, celui-ci reçut le même avertissement. Il nous dit que dans le jour de la translation de St. Benoit, pendant qu’il récitait l’office avec ses disciples, il vit en esprit tout le ciel spectateur de la compagnie et regardant ce qu’ils allaient faire, ce que confirma l’un de ses compagnons qui avait vu au même instant la Ste. Trinité regai dan t ces pretres avec plaisir et mettant en eux ses complaisanses.

Nouvelle vie de M. Olier.

u Comme il plut à Notre Seigneur de renouveler autrefois le christianisme par saint Benoit, dit M. Olier, il me semble que cela se va faire et que pour ce motif, Notre-Seigneur m’associe si étroitement avec le révérend Père général de ce saint ordre, et le Père Bataille son procureur, que tous trois nous ne devons être qu’un au service de l’Eglise. C’est pourquoi il me les avait montrés, il y a dix-huit mois, comme mes directeurs, et comme

ceux que sa Sainte Mere me destinait. ( )

Dieu fit aussi connaître la destination du Séminaire pour tout le royaume, c’est ce que dit M. Olier en ses mémoires : “ Maintenant que Dieu va nous établir sur la paroisse de Saint Sulpice, il nous montre qu’il veut former dans ce lieu un Séminaire ouvert à toutes les provinces. . Voilà pourquoi il l’établit dans un lieu qui n’est borné par aucune juridiction particulière ; car cette paroisse n’est d’aucun diocèse : elle ne relève immédiatement que du Pape ; et ceux qu’il commet pour la servir, sont comme ses membres et ses substituts qui suppléent à ce qu’il ne peut faire par lui même. Ce Séminaire étant destiné pour l’Eglise universelle,, il était convenable qu’il fut fixé dans un lieu qui n’eût d’autres bornes ni d’autre dépendance que celles du Saint-Siège, à l’honneur duquel il se consacre

entièrement.” .

Enfin nous voyons dans les mémoires de Marie Rousseau, 1 appui que le

Seigneur promettait à ces prévisions de M. Olier. Le Seigneur lui représenta qu’il confirmerait par le succès, l’entreprise tentée à St. Sulpice : “ Je ne pourrai donner à ceux qui ne te croiront pas, une plus grande preuve de la vérité de tes paroles, que de leur faire voir un jour ma toutepuissance, par l’accomplissement même de ce que tu leur diras déjà venue de mes ouvriers et de leur établissement à St. Sulpice, etc., etc.” .

Nous passons ensuite à de nouveaux détails sur l’organisation du Séminaire où M. Faillon a pu souvent citer les mémoires particuliers de Marie Rousseau. Notre Seigneur confirmant par ses propres paroles, la

(*) Tome Ille page 5.

Révérend Messire Faillon.

décision que M. Olier avait prise de faire participer les jeunes ecclésiastiques aux cérémonies paroissiales. (*) L’influence que M. Olier exerçait sur ses jeunes débutants, sur l’installation provisoire du Séminaire dans la maison de Vaugirard et sa bénédiction au 11 Mai 1616. Ces faits sont cités d’après les mêmes mémoires.

M. Faillon relate un incident curieux de la fondation du Séminaire qui prouvait que Dieu voulait seul être reconnu auteur du Séminaire. Un particulier vint trouver M. du Ferrier, alors Directeur du Séminaire et lui offrit de bâtir l’Eglise paroissiale et le séminaire à ses frais, pourvu qu’on lui obtint l’administration des rentes de la ville, mais le Duc d’Orléans et le Prince de Condé ayant réclamé des avantages excessifs pour eux-mêmes, le proposant retira sa parole et renonça à son dessein.

M. Faillon remarque que M. Olier étant en possession de sa cure, et ayant solidement établi son œuvre, Dieu permit alors que ceux qui avaient été ses soutiens, ses inspirateurs et ses conseillers lui fussent retirés. Le P. Bataille passa a la direction de la maison de Coiney ; peu de temps apres le P. Tarisse rendait son ame à Dieu ; Marie Rousseau s’appliqua désormais à la Sainte Communauté de l’Instruction, où elle fit le plus grand bien, jusqu’à l’année 1680, où elle mourut.

Mais eD même temps que M. Olier se voyait privé de ces premiers secours qu’il avait reçus et qui lui avaient été si précieux, il recourut à d’autres protecteurs qui ne devaient jamais lui manquer. Il embrassa alors les tiers-ordres de St. Dominique de St. François d’ Assise et de St. François de PauU ; enfin il montra quelle dévotion on devait avoir aux premiers apôtres de la France, pour réussir dans l’œuvre que l’on entreprenait dans les séminaires, de renouveler l’esprit primitif du Clergé, c est-a-dire 1 esprit apostolique. Il recommanda donc une particulière dévotion pour St. Denis et St. Martin, apôtres de la France, et c’est ce qu’il inspira à ses disciples pour les saints patrons des diocèses où iIs allaient établir l’œuvre des Séminaires. M. de Lantage, supérieur

(*) Tome Ille Passim.

Nouvelle vie de M. Olier.

du Séminaire du Puy, honora singulièrement St. Georges, apôtre du Velay, et le Séminaire fut établi près de l’Eglise où il reposait et qui portait son nom. M. d’Hurtevent plaça le Séminaire de Lyon sous le vocable de St. Irénée, et obtint de l’Archevêque de Lyon que sa fête fut célébrée désormais plus solennellement dans le diocese. Enfin, M. Olier dans ses voyages honora St. Lazare, et les Saintes Maries lorsqu il alla en Provence, St. Martial, lorsqu’il se rendit à Limoges, et St. Vincent Ferrier, en Bretagne, etc., etc.

Nous n’ajouterons rien à ces témoignages que nous donnons des augmentations faites aux premières éditions, qu’il nous suffise de dire que ce travail de renouvellement complet de l’oeuvre a été accompli de manieie à n’altérer nulle part la trame de la narration. Tout a été disposé de manière à ne donner que des développements utiles, intéressants et qui servent à faire mieux connaître une époque si remplie de précieux enseignements.

JDhapitre XVIII.

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