TROISIEME VOYAGE EN AMERIQUE
En 1858 M. Faillon revint encore à Montréal pour compléter ses travaux sur le Canada, et il s’y trouvait pour la consécration de la nouvelle Eglise de Notre Dame de Pitié, cérémonie qui eut lieu au mois de Juillet
Le zèle des fidèles pour le culte de la Très Sainte Vierge en Canada avait attiré un concours immense ; il s’y trouva plus de cent prêtres des différents diocèses de la Province, trois cents sœurs de lu Con grégation de Notre Dame, et d’autres religieuses des autres Congrégations.
Monseigneur de Montréal présidait, assisté de M. Granet, Supérieur du Séminaire, et du Père Aubert, Supérieur des Pères Oblats. A l'Evangile M. Faillon expliqua l’objet d’une si sainte cérémonie ; nous rapporterons ce discours qui fit la plus vive impression.
Il prit pour texte ces paroles : Le Seigneur s’est souvenu de ses misécordes et de ses promesses à la maison d’Israel.-Ps. 97, 8.
“ Lorsque Dieu veut accomplir ses œuvres sur la terre, il accorde ses bénédictions à ceux qu’il a choisis pour ce but, et il les assure d’avance de son soutien et de ses grâces dans l’accomplissement de leur mission ; C’est ce que le saint Roi David nous rappelle par ces paroles à son peuple, c’est ce qui est arrivé à l'égard des premiers apôtres, enfin c’est ce qui
s’accomplit ici, lorsque le Seigneur envoya aussi des apôtres pour fonder une Eglise nouvelle en Canada.
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Troisième Voyage en Amérique.
‘# Dieu a envoyé ses serviteurs dans le but de faire connaître son nom sur une terre qui ne l’honorait pas, et il avait expressément indiqué qu’il fallait faire honorer en cette terre nouvelle les personnes de la sainte famille, Jésus, Marie, Joseph ; enfin il avait promis ses grâces, ses bénédictions à la mission qu'il donnait, Or il à été fidèle d’une ma nière éclatante à ses promesses, et il donne une nouvelle marque de sa fidélité, et du souvenir de ses miséricordes dans la construction de cette Eglise et dans la venue de cette Statue miraculeuse : recordatus et misericordiae suae et veritatis suac domui Israel.
“< Ces traits nouveaux de sa bonté sont proportionnés à la faiblesse de notre âme. En effet notre âme a besoin de marques continuelles de la pro. tection divine ; et c’est ainsi qu’elle peut se renouveler dans le sentiment de ce qu’elle doit au Seigneur. L'orateur dit qu’il montrera en deux réflexions : que la consécration de cette Eglise est une suite de la vocation donnée à la fondatrice de la Congrégation ; et enfin le don de cette Statue est un moyen accordé pour se renouveler en cette vocation.
“ Quelle est cette vocation ? C’est la mission donnée de répandre la piété envers Marie qui est comme le caractère distinctif des fidèles de ce Pays ; aussi l’on doit regarder ce pays comme le domaine et le royaume de la Ste. Vierge.
‘ À la vue de ce temple élevé par la piété des dignes filles de la vénérable sœur Bourgeois ; à la vue de cette comnunauté si nombreuse qui subsiste depuis plus de deux siècles malgré les révolutions politiques qui ont agité le pays, je me dis à moi-même : Comment se fait il donc que toutes les institutions séculières pour le gouvernement civil, judiciaire et militaire du Canada fondées par nos rois, n'existent plus ? Comment se fait-il que ces tribunaux, ces cours de Justice qui présidaient aux intérêts du pays aient disparu ? et qu’au contraire la communauté de la vénérable sœur Bourgeois ait constamment subsisté depuis son origine, qu’elle se soit développée et accrue avec la population, et qu’enfin elle se tronve répandue aujourd’hui dans toute cette belle province ? C’est que les insti-
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tutions temporelles n'avaient pour fondateurs que des hommes et n’avaient pour appui que des moyens humains : aussi sont-elles tombées avec la puissance qui les avait créées et soutenues. Si donc l'œuvre de la vénérée sœur Bourgeois a survécu à leur ruine, si elle subsiste encore aujourd’hui, si nous la voyons debout, pleine de vie et de force, il faut reconnaître et conclure qu’elle a eu dans son origine un autre principe que la puissance des hommes, et dans sa conservation un autre soutien.
‘* Voyez-vous cette fille mode e qui s'éloigne de la ville de Troyes son pays natal, sans suite, sans compagne, n’ayant qu’un petit paquet de linge qu'elle porte sous son bras ? Quel est donc son dessein ? Elle se rend à un port de mer pour passer de là en Canada et s'établir dans l’île de Montréal, encore inculte et déserte, plus exposée qu'aucune autre contrée à mille dangers, à cause de la fureur et des cruautés excessives des Iroquois. Eh! quel peut donc être le fondement ou le motif d’une confiance si étonnante, je dirai même si audacieuse ? C’est que cette fille admirable, va exécuter dans cette île, les ordres de la Reine du Ciel, de l’auguste Vierge Marie dont l’île de Montréal est le douaire et le domaire.
‘ C’est elle-même qui nous affirme cette mission divine, et certes elle mérite bien d’être crue, après que ses vertus héroïques et la rare solidité de son esprit, jointes à une expérience de plus de deux siècles, ont justifié le témoignage et la vérité de sa céleste mission dans ce pays.”
Ensuite M. Faillon représente Marie disant à la fidèle servante : Va, je.
ne !’abandonnerai pas, et celle-ci partant pour un pays inconnu, livrée à la divine Providence, n’ayant comme elle le dit, ni sou ni maille, et sa confiance est telle qu’en partant elle distribue aux pauvres le peu qu’elle possédait.
Dès qu’elle est arrivée, pour répondre à sa mission, elle fonde des écoles, elle réunit des compagnes, elle établit la Congrégation de N. D. de la Victoire pour les jeunes filles sorties des écoles. Les œuvres prospèrent, elles s’accroissent, elles font des merveilles, elles forment des âmes d’élite, et parmi elles la sœur Leber, la merveille de son siècle, qui accomplit la résolution de vivre comme recluse, à cet endroit même, dans une cellule derrière l'autel de l’ancienne église,
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Le Prédicateur passe ensuite à la construction du premier sanctuaire élevé dans Montréal à la Ste Vierge, par la sœur Bourgeois, et ceci le conduit à parler de la nouvelle église élevée à Marie par les filles de la sœur Bourgeois. Ces deux sanctuaires en effet, séparés par nn intervalle de près de deux siècles, se lient l’un à l’autre par des rapprochements frappants. Tous deux ont été élevés à Marie par la Congrégation qui lui est consacrée, l’un à son triomphe, l'autre à ses douleurs; l’un par la mère, l’autre par les filles; celui de Bonsecours recevait une statue miraculeuse venue de France , l’autre également reçoit une statue miraculeuse venue aussi de France, pour répandre aussi le culte de Marie.
Le premier sanctuaire est devenu un lieu de pèlerinage très-honoré, très-fréquenté, et nous voyons déjà qu’il en sera de même, pour le second. Enfin l’un est un témoignage de la mission divine de la sœur Bourgeois dans ce pays ; le second attestera, nous l’espérons, aux siècles futurs que les filles de la Congrégation sont dignes de leur mère, et qu’animées du même esprit, elles continuent à remplir dans le Canada et ailleurs, la même mission.
Il termina son discours par la peroraison la plus touchante, où il montra comme ces deux sanctuaires se rapportaient merveilleusement aux circonstances de la formation et du développement de cette mission. Aux premiers temps de dangers continuels, Notre Marie vient dans sa ville chérie sous le titre de Notre Dame de Bonsecours, mais à mesure que par le malheur des temps la ferveur primitive est de beaucoup refroïdie et que l’on a à craindre des ennemis d’un autre genre : le luxe, la sensualité, les séductions du démon, Marie vient par le spectacle de ses douleurs, communiquer des armes invincibles; je veux dire l'esprit de componction et l’horreur du péché qui doivent être les fruitsde cette dévotion. Bien plus, nous trouvons dans les larmes de cette mère désolée, un moyen puissant pour retirer des ma'ns de leurs ennemis les âmes qui ont eu la faiblesse de se laisser vaincre par eux, et qui gémissent dans un dur et malheureux esclavage.
“ Béni soit donc le Seigneur qui à daigné se ressouvenir, par bonté ‘“ pour nous, de ses miséricordes, et de la vérité des promesses qu’il ‘€ fit autrefois à nos rères: Æecordatus est misericordiæ suæ et veritatis ‘* domui suæ Israel. En ncus donnant avec cette statue miraculeuse, ce ‘ moyen nouveau de sanctification, il montre sensiblement sa prédilec- ‘* tion persévérante pour cette ville qui lui fut toujours si chère, en con- ‘* sidération de sa divine Mère à qui elle fut consacrée.”
A partir de ce moment la dévotion envers notre Dame de Pitié fit les plus grands progrès dans le pays; des pèlerins vinrent de toutes parts ; des supplications furent adressées de toutes les parties de la province ; des présents considérables furent offerts pour le mobilier et l'ornement de l'Eglise.
Ce fut néanmoins de la part d’une noble dame de France,que Notre Dame de Pitié reçut son premier cadeau : nous voulons parler de Madame de Sourdis, résidant à Vendôme, département de Loir et Cher. Cette pieuse dame jouissant d’une grande fortune, et devenue veuve à l’âge de dixneuf ans, avait consacré sa personne et ses biens au service da Dieu, dans la personne des pauvres, et surtout de la jeunesse. Brisant tous les liens qui l’attachaient au monde, elle s'associa quelques jeunes personnes, et se dévoua avec elles à l’instruction religieuse des enfants.
Après la révolution de 1830 elle acheta dans Vendôme une chapelle, qui avait été consacrée à Notre Dame de Pitié ; elle la fit réparer à ses frais et là avec les conseils de M. Faillon, qu’elle voyait souvent dans ses voyages de Paris, elle établit une œuvre tout à fait semblable à la petite œuvre des Catéchismes, de St. Sulpice de Paris, à laquelle M. Faillon avait donné une si grande impulsion. Elle avait réuni plusieurs jeunes filles parmi lesquelles des enfants de la petite œuvre de Paris, formées à l’enseignement des catéchismes, et avec elles elle faisait donner aux enfants pauvres de Vendôme l'instruction religieuse, suivant la méthode suivie dans les Cathé. chismes de Paris.
Lorsqu'elle apprit que la statue de Notre Dame de Pitié d'Avignon,
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qu’elle connaissait, et qu'elle avait été révérer en pélerinage, allait partir pour Montréal, elle pria M. Faillon à son départ d’emporter avec lui Ja clé de sa Chapelle, et de la déposer dans la statue miraculeuse. Ce qui fut fait selon ses intentions, le 2 Février, jour de la présentation de Note Seigneur au Temple.
La clé enveloppée dans un parchemin porte l’écrit suivant :
& Clé de la Chapelle de Notre Dame de Pitié, appartenant à Madame ‘ la Comtesse de Sourdis, à Vendôme, (Loir et Cher, France.) O Marie ‘ soyez la gardienne des deux sanctuaires érigés pour faire honorer vos dou- “ leurs, gardez aussi nos cœurs, et cachez les dans le votre transpercé pour ‘ notre amour.”
Madame de Sourdis accompagna ce petit présent d’un cœur en vermeil que l’on voit maintenant entre les mains de la statue et qui porte l’inscription suivante : “ À Notre Dame de la Congregation de Ville Marie, la petite Communautc des enfauts de Notre Dame de Pitié de Vendome.” Le nom de Madame de Sourdis et de ses collaboratrices est enfermé dans ce cœur. Enfin elle envoya aussi une aube magnifique qui avait été brodée par sa mère à laquelle M. Faillon ajouta un beau candélabre en cuivre doré qui avait orné pendant longtemps le sanctuaire de Notre Dame de Lorette, et qui, après certaines restaurations, avait été remplacé par un autre.
M. Faillon qui avait procuré le-don de la statue de la Sainte Vierge à Montréal, mit tous ses soins à en répandre la dévotion.
Un grand nombre de personnes se présentèrent au sanctuaire de Notre Dame de Pitié, et lui demandèrent différentes grâces, et d’après leurs déclarations, des prodiges ayant éclaté à cette occasion, M. Faillon se fit un devoir d’aller les vérifier par lui-même, non seulement dans la ville de Montréal, mais dans les paroisses environnantes.
Il visita plusieurs familles dans la ville de Montréal et là il trouva plusieurs malades guéris par le recours à Notre Dame de Pitié. Il recueil. lit le témoignage des médecins et des parents, des confesseurs, des sœurs
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des Congrégations religieuses qui avaient pris soin des malades, et avec
tous ces témoignages, il jugeait s'il pouvait affirmer l4 guérison çÂt été miraculeuse.
Après avoir vériié un assez grand nombre de £:: vatés prodigieux, parmi lesquels il en trouva plusieurs dont il put tab: : ! athenticité, ilne craignit pas de s’en aller aux plus grandes distance: dans le Diocèse, pour vérifier d’autres prodiges dont plusieurs curé: l:: :vaient donné connaissance.
Il se rendit à la paroisse d’Acton qui est située À près de soixante milles de Montréal ; et là, sur l’indication de M. le curé Ricard, it put visiter jusqu’à cinq familles qui avaient déclaré qu’elles avaient recouru à Notre Dame de Pitié, et qu’elles en avaient obtenu une salutaire assis. tance. Ce fut au mois d’Octobre 1860 qu’il entreprit ce voyage, etil visita plusieurs personnes dont il put constater la guérison obtenue par le recours à Notre Dame de Pitié. :
10. M. Mourier, maire de la paroisse, malade de consomption, condamné par tous les médecins, arrivé à la dernière période de la maladie, ayant reçu tous ses sacrements, avait été alors conseillé de recourir À Notre Dame de Pitié, il prit un peu d’huile, et à la surprise universelle, le lendemain il se réveilla complètement guéri, et il est encore en bonne santé depuis quatorze ans de guérison
20. Une personne affigée d’un cancer depuis 18 ans, déclara avoir été guérie après avoir eu recours à l’huile de Notre Dame de Pitié.
30. Un enfant malade depuis plusieurs années de dartres inguérissables, au dire des médecins, et qui en avait été abandonné, guérit en quelques jours d’emploi de l’huile de la lampe.
40. Une autre mère de famille qui déclara un fait semblable par rapport à son enfant
50. Une autre famille qui avait logé pendant longtemps dans une demeure exposée à l’humidité, avait été frappée de cécité partielle, c’est-àdire le père, la mère et un de leurs enfants, qui souffraient tellement des
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yeux, qu’il fallait les conduire par la main. M. le curé ayant fait une neuvaine à Notre Dame de Pitié, toute la famille fut guérie à la fin de la neuvaine.
60. Une autre personne ayant aussi souffert de cécité pour avoir demeuré sous les bois, se trouva guérie au bout d’une neuvaine.
M. Faillon appliquant à tous ces cas les règles de l'Eglise, interrogea les malades , ceux qui avaient été témoins de leur guérison , les différents médecins, le pasteur, et il put se convaincre d’après toutes ses recherches, que le changement d’état de ces pauvres malades pouvait être attribué au secours de la Sainte Vierge
Dans le mois de Novembre 1860, M. T ‘on put vérifier encore des guérisons extraordinaires dans la ville ae Montréal, ou dans les paroisses environnantes. L'année suivante, M. Faillon s'en alla vérifier d’autres faits miraculeux, à cinquante milles dans le Nord, dans le district de St. Jérôme. Etant arrivé à St. Jérôme accompagné de M. le curé, il s'en alla jusqu'à la paroisse Ste. Adèle située cinq lieues plus loin, au mil: des bois, sur les bords d’un lac ; Ià il trouva une mère de famille qui lui déclara qu'ayant été atteinte d'une grave maladie de noumons déclarée incurable par les médecins, elle fut guérie instantanément après avoir recouru à l'huile de Notre Dame de Pitié.
M. Faillon recueillit ainsi un très-grand nombre de guérisons, et il en vérifia pour sa part dans le courant des l’années 1860 et 1861 près de trente. Il prit soin d'écrire les procès-verbaux de ces faits merveilleux, et il les a déposés au sanctuaire de Notre Dame de Pitié ; ces narrations ont été reproduites dans différentes publications du pays. Ce fut une grande consolation pour lui de voir comme la confiance envers la statue de Notre Dame de Pitié se répandit généralement. Mais sa satisfaction fut au comble quand il vit par quels prodiges la très-Sainte Vierge ratifiait l’envoi de sa statue en Amérique, et avec quelle bonté ct quelle libéralité, elle répondait aux hommages nouveaux dont elle était l’objet,
Depuis cc temps, grâce au zèle de M. Faillon, la dévotion pour Notre
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Dame de Pitié est répandue dans tout le pays, la statue de Notre Dame de Pitié a été reproduite en différentes grandeurs et on la trouve dans les communautés principales, dans un grand nombre de paroisses, et un libraire intelligent en ayant fait faire des reprodnctions en petit, ainsi que des photographies très-bien exécutées, les familles dans un grand nombre de paroisses se sont empressées de s’en procurer pour les placer dans leur demeure.
M. Faillon continua de s’occuper jusqu’à son départ de la rédaction de son grand ouvrage dont nous nous réservons de parler dans le chapitre suivant.
Comme | auxquelles vrages, no histoire de première n gouvernem nés qui not Connaissan( dans les ec ouvrages ( écrivait il ; rique, édité vons presqt faut encore à recouru ; roisses du { nautés reli de ces com pondances marine, de nous tâcher ces recherc
FHAPITRE XV.