GALERIE NATIONALE
Monsieur L'Abbé FRANÇOIS PILOTE Curé de Saint- Augustin (Portneuf).
Un bon prêtre est un commentaire vivant du Nouveau Testament.
Lamartine.
Des nombreuses qualités de M. François Pilote, il en est deux surtout fort remarquables et qui feront vivre longtemps son nom dans la mémoire de ses contemporains ; puis, lorsque ceux-ci auront disparu pour faire place à une nouvelle génération, celle-ci trouvera le nom de M. Pilote inscrit dans l'histoire, d'une manière durable. L'histoire impartiale dira alors que ce prêtre, si humble avec ses grandes connaissances, fut l'ami dévoué, constant, de la haute éducation et de l'agriculture dans notre pays. Et ce qui rendra son souvenir plus cher encore, c'est qu'il a été persécuté pour son dévouement sans borne à la jeunesse canadienne ; c'est-à-dire que ses contemporains ont payé «es travaux avec la monnaie de l'ingratitude.
Ainsi, la physionomie de M. Pilote peut à bon droit être considérée comme une des plus attachantes de notre époque, assez féconde, cependant, en caractères éminents.
On peut donc dire de ce prêtre, que Dieu avait créé pour lui deux fonctions spéciales dans l'apostolat. Dans l'ordre matériel, on voit les princes de la terre se choisir des hommes d'élite pour remplir certaines missions délicates. La divine Providence, elle aussi, se choisit des hommes privilégiés auxquels elle impose une tache spéciale ; et la tâche qu'elle avait imposée à M. Pilote était celle
de faire prospérer le collège de Sainte-Anne de la Pocatiôre et de promouvoir l'agriculture, cette source la plus pure, la plus noble et la seule capable d'assurer fermement notre prospérité nationale. Afin qu'il pût remplir efficacement cette double mission, cette même Providence lui donnait de grandes connaissances spéciales, et elle lui mettait au coeur un grand amour de la jeunesse.
C'est donc plus particulièrement comme bienfaiteur de la jeunesse et de l'agriculture que je présente la physionomie de ce prêtre canadien, qui a aimé son pays d'un amour pur et dévoué et qui l'a servi avec tous les talents que Dieu lui a donnés.
Avant que la tombe ne se ferme sur cette belle figure ecclésiastique, il est bon aussi de faire voir dans leur vrai jour certains faits mal représentés et qui ont valu à M. Pilote la gloire d'être persécuté, calomnié même, pour le bien qu'il avait fait aux enfants de deux générations. Cette partie de la biographie, je la ferai avec toute la délicatesse possible, sans passion, mais avec la plus stricte impartialité.
Enfant moi-même de Sainte- Anne, de cette belle institution de M. Painchaud, j'ai appris là, et comme tant d'autres, à aimer M. Pilote parce qu'il nous aimait, et, comme tant d'autres camarades de ces années de bonheur, j'ai ressenti au cœur une immense douleur en voyant les contrariétés auxquelles il a été exposé et les difficultés sans nombre qu'il a eu à surmonter.
M. Pilote est né à Saint- Antoine de Tilly (comté de Lotbinière), le 4 octobre 1811 ; de sorte qu'il a atteint ses 73 ans le 4 d'octobre de cette année (1884).
Son ancêtre, Léonard Pilote, venait de St-Nicolas, évêché de La Rochelle (France). Le Dictionnaire généalogique de M. Tanguay ne dit pas en quelle année il arrivait au pays ;
mais l'époque de son arrivée dans la Nouvelle-France ne fut que peu d'années après la fondation de Québec, puis- <][u'il mourait dalis la ville de Champlain le 3 décembre 1665. De son vivant, il était habitant de Beauport. Il n'est pas fait mention, non plus, de l'époque de son mariage avec Denise Gauthier. Celle-ci se remaria, quatorze mois après être devenue veuve (le 7 février 1667), à Robert Lefebvre, à Québec.
Les enfants de Léonard Pilote furent : Pierre, né le 11 mars 1663, marié le 11 janvier 1694, à l'âge de 31 ans, à Jeanne Brassard, et mort à 72 ans, le 12 octobre 1735 ; Marguerite, née en 1653, mariée, le 20 janvier 1671, à Jean Drouart, et inhumée le 23 novembre 1745 ; Jean, marié le 27 juin 1678, à Marie-Françoise Gaudry, et mort le 16 mai 1738. En tout : trois enfants, dont les actes de naissance, de mariage et de sépulture furent enregistrés à Québec.
M. François Pilote, le sujet de cette étude biographique, appartient à la Cme génération de Léonard Pilote, habitant de Beauport vers 1650 au moins, puisque sa fille Marguerite naissait en 1653.
Le père de M. Pilote, 5me de la génération, était né aux Eboulements (comté de Charlevoix), à un endroit de cette paroisse appelé Cap-aux-Oies : il se nommait Ambroise. Son bisaïeul ou trisaïeul devait être descendu de Beauport aux Eboulements, car l'ancêtre au pays, d'après M. l'abbé Tanguay, résidait à Beauport. Ce déménagement eut lieu, très probablement, vers 1732, époque où les Eboulements furent érigés en paroisse.
Quoi qu'il en soit de l'époque de cette migration, il est certain que M. Ambroise Pilote quittait sa paroisse natale en 1798, étant encore jeune, et en qualité de domestique de M. Paquet, qui, au cours de cette même année, devenait
<;ur6 de Saint- Antoine de Tilly, une de nos anciennes paroisses, dont la date de fondation remonte à 1702. M. Paquet avait été curé aux Eboulements avanft d'être transféré à Saint- Antoine.
Après quelque temps passé au service de M. Paquet, M. Ambroise Pilote abandonna cette position pour apprendre le métier de forgeron ; puis, en 1810, le 26 de novembre, il se mariait à Marguerite Coulombe, dont l'ancêtre venait au pays à peu près dans le même temps que l'ancêtre de M. Pilote.
De cette union sont issus cinq enfants : François, le sujet cette notice biographique, et quatre filles, dont une seule survit : Mlle Cécile. Depuis trois ans, cette sœur aifectionnée demeure avec son frère, à Saint-Augustin. Moins âgée, elle peut, placée ainsi auprès de lui, donner à son aîné les soins qu'exige sa santé délabrée. Bernardin de Saint-Pierre a dit : ^' L'amour fraternel dépend beaucoup de l'amour filial, qui lui-même n'est produit que par l'amour paternel. " S'il en est ainsi, le père de ces deux rejetons d'une famille destinée à s'éteindre à la sixième génération, a dû avoir un véritable amour pour ses enfants, puisqu'il a produit l'amour touchant qui existe entre le frère et la sœur, et qui fait l'admiration de ceux qui en sont témoins.
Le père de M. Pilote mourait à Saint-Antoine de Tilly en 1861, et sa compagne allait le rejoindre dans la tombe en 1867. Ils dorment côte à côte, ces deux époux chrétiens^ dans l'église de Saint- Antoine, unis dans la mort comme ils l'ont été dans la vie, et attendant en paix le dernier et grand jour où leurs corps auront à recevoir la récompense due à leurs vertus.
M. Pilote a fait ses études au séminaire de Québec, cette pépinière féconde d'hommes distingués dans la hiérar-^ chie ecclésiastique et civile. Il fut fait prêtre le 9 du mois-
d'août de l'année 1835. Le 9 d'août de cette annde (1885) ce prêtre, que a si bien servi son Dieu et son pays, pourra célébrer ses noces d'or. Tous ceux qui l'ont connu voudront se réjouir avec lui en ce jour, un des plus beaux dans la vie du prêtre selon le cœur de Dieu. Cinquante ans passés dans la prière et la crainte du Seigneur ; cinquante ans employés à consoler ceux qui pleurent, à alléger la souffrance et à conduire la jeunesse dans le sentier de la vertu et de la science ; un demi siècle de la vie du prêtre où l'âme s'est mêlée, identifiée, fondue pour ainsi dire dans toutes les émotions de ceux qu'il a appelés ses enfants et ses frères ; un demi-siècle durant lequel pas une tache n'est venue souiller le caractère sacré, quel magnifique écrin ! et comme il doit réjouir ITime de celui qui a reçu un titre éternel : tu es sacerdos in œternum ! Il me semble que cet arrêt, que ce repos au bout d'une aussi longue carrière et en face d'une moisson aussi abondante, doit réjouir vivement l'âme du prêtre cinquantenaire. Il me semble que le roi qui rentre dans son palais après plusieurs années d'exil, la reine qui retrouve sa couronne, l'enfant qui retrouve sa mère, le général qui remporte une grande victoire, doivent avoir moins de joie dans le cœur que le prêtre béni qui célèbre ses noces d'or. Prions pour que nous puissions voir un aussi beau jour, nous surtout, ses enfiints bien-aimés de Sainte Anne !
Le 3 novembre 1834, M. Pilote fut choisi pour aller au M collège de Montréal faire la versification. Il en revint au j 1 mois de juillet suivant. Il a souvent dit que cette année j/ fut pour lui un temps de consolations. //
L'année où M. Pilote fut ordonné prêtre, il fut envoyé à Nicolet comme professeur de théologie, et assistant directeur à la place du vénérable M. Leprohon dont la santé affaiblie ne pouvait plus supporter les fatigues de sa charge,
où il demeura en cette qualité jusqu'à la fia de septembre de l'année suivante : 1836.
Vers la fin de cette année, M. Pilote devint le vicaire du Grand Vicaire Cadieux, alors curé de la Riviôre-Ouelle, paroisse voisine de Sainte-Anne de la Pocatière.
A cette époque, le collège de Sainte-Anne, cette œuvre d'amour d'un prêtre distingué, M. Painchaud, n'avait encore que neuf années d'existence. Cet homme si justement regretté était alors le supérieur de cette belle institution appelée à produire tant de bien et d'où sont sortis une foule d'hommes distingués dans tous les genres. M. Alexis Mailloux en était le directeur.
En 1836 donc, M. Painchaud demanda à Mgr Signay, alors évêque, la permission d'agréger à sa maison naissante le jeune vicaire de la Rivière-Ouelle, qui n'avait alors que 25 ans. Cette permission lui fut accordée, et le 27 de décembre de cette année (1836), M. François Pilote devenait directeur adjoint et le professeur de théologie dogmatique du collège de Sainte- Anne. Il devait y passer trente-quatre ans de sa vie, et il y serait mort, sans les regrettables difficultés soulevées en 1870 et sur lesquelles il n'est pas encore temps de porter jugement.
Le fondateur, M. Painchaud, mourait 14 mois seulement après l'arrivée de M. Pilote au collège, de sorte que l'on peut considérer véritablement celui-ci comme le fondateur adjoint de cette maison d'éducation. Dire tout ce qu'il a fait pour cette institution me mènerait trop loin : j'en rap porterai seulement les principaux traita.
Trois jours après la mort de M. Painchaud, arrivée le 9 février de 1838, M. Pilote devint le directeur du collège, après avoir été assistant- directeur du 27 décembre 1836 jusqu'à cette date, de 1838, étant aussi professeur de théologie dogmatique, comme nous l'avons déjà dit.
Ecrire la vie de M. Pilote, professeur, directeur, procureur, etc., du collège de Sainte-Anne, c'est faire, en même temps, l'historique de cette belle institution durant les trente-quatre ans compris entre 1836 et 1870 ; car, soit qu'il fût directeur, ou procureur, ou supérieur, M. Pilote a été l'âme de tous les travaux importants qui se sont accomplis au collège durant cette période.
En 1867, trois ans avant son départ de Sainte- Anne, M. Pilote et ses collaborateurs faisaient publier le Catalogue par ordre alphabétique des élèves du collège de Sainte- Anne. Le lecteur nous saura gré de lui donner ici la préface de ce catalogue, si bien faite, si bien dite par un écrivain tellement humble qu'il a voulu qu'on ignore son nom.
" Phi8 que jamais il fait bon de se souvenir de ce qu'eu a été dans sa jeunesse! La jeunesse est bonne et généreuse !
Dieu veut que la nature au printemps
produise de.s fleurs Mais la jeunesse
passe: vient l'époque des réalités, de l'ambition, des intérêts ; les illusions s'envolent; plus de pures entliousiasmos, plus d'amitiés.. .., plus de confiance su-
i»iime Qui fera survivre la jeunesse
du cœur à la jeunesse de l'âge ?
** Souvenons-nous! Souvenons-nous, car Dieu a placé au début de notre vie ae- 8«'z de lumière, de ])oébie et de vérité, pour éclairer, consoler »'t conseiller, pendant toute sa durée, ceux qui sauioat se souvenir.
" Le collège de Ste-Anne n'existe que depuis 1829. Il a été fondé par feu Messire C. F. Painchaud, curé de cette paroisse, aidé de la coopération de ses braves paroissiens et de la générosité de quelques amis dévoués. En 1842, lorsqu'on créa le cours commercial, on l'augmenta de moitié, puis enfin en 1855, on construisit l'aîle du centre qui a 100 pieds sur 57, à 4 étages. La longueur totale de l'édifice est
de 3G4 pieds. Cet établissement depuis sa fondation, grâce à son double enseignement commercial et classique, a donné l'instruction à un grand nombre de jeunes gens provenant des différentes parties de la province. Son vénérable Fondateur, confiant dans la divine Providence et dans le patriotisme de ses concitoyens, avait entrepris cette œuvre religieuse et nationale avec une volonté si énergique, que les difficultés et les obstacles de tout genre ne purent faire faillir son courage un seul instant. Il voulait donner à la nombreuse jeunesse de ce district les moyens de s'enrôler dans la milice sacrée. L'institution de Ste-Anne n'a pas failli à sa noble et religieuse mission. Depuis une douzaine d'années surtout, elle a fourni de nombreux sujets au clergé du diocèse de Québec, sans compter ceux donnés aux professions libérales.
" L'idée de publier le catalogue complet des élèves qui ont fréquenté cette maison, nous a été inspirée par l'épigraphe placée en tête de ces pages. A toutes les heures de la vie, dit-on, on aime à évoquer les souvenirs de l'enfance, et surtout ceux d'une religieuse éducation : ils procurent à l'âme un moment de bonheur, et apportent de bonnes inspirations de calme et d'espérance. Arrivé dans les tristesses et les labeurs de l'âge mûr, on se sent porté comme par instinct au souvenir des directions et des enseignements d'autrefois, on jette en arrière, au delà de la jeunesse éteinte, un regard vers les jours purs et heureux de l'enfance. Cette douce satisfaction qu'on éprouve à faire revivre ainsi le passé, ces pages renfernnant les noms des amis de l'enfance la feront renaître dans l'esprit et le cœur des anciens élèves de Ste Anne. Le collège, a-t-on dit, est une patrie. Oui, si la patrie éternelle de l'âme est au ciel, sa patrie d'ici-bas est aux lieux où elle est née à Dieu et à la vérité. On se rappellera avec une indicible joie le lieu du travail, du jeu,
du repos et de la prière, avec les diflerents épisodes qui s'y rattachent toujours nécessairement. Le départ de la maison paternelle, départ toujours accompagné de si solennelles émotions ; la vue du collège, avec ses bosquets, ses vastes jardins, sa verte colline, ses aspects enchanteurs, son large horizon, s'étendant au nord jusqu'au sommet des Laurentides, aux pieds desquels l'œil aperçoit la paroisse de la Baie St-Paul et de l'Isleaux-Coudres, des Eboulements, de St-Irénée, de la Malbaie, et le beau fleuve St- Laurent ; embrassant du côté de l'est les vastes plaines de la Rivière-Ouelle, avec son antique église, et les plaines de St Denis avec son superbe temple et sa flèche brillante, s'élevant sur le coteau qui domine le village, puis enfin le clocher de l'élégant village de Kamouraska ; son jeu de paume, ses cours de récréation où se forment des groupes joyeux ; les salles d'étude oii travaillent avec une attention ardente deux cents enfants, et où l'on connaît les premiers plaisirs de l'intelligence ; la classe avec ses luttes pacifiques et les traits d'un professeur vénéré dirigeant et excitant l'émulation ; le dortoir où le sommeil est si pur et si tranquille ; enfin la chapelle avec ses fêtes bénies, ses chants joyeux, ses instructions en rapport avec la vie d'écolier, tout cela repassera devant les yeux de l'âme et fera naître de douces émotions.
*' Le souvenir des jours de deuil renaîtra aussi à la lecture de certains noms. Quelles sont les institutions où les élèves ne voient la tombe s'ouvrir tout à coup au milieu d'eux ? Dans les rangs de cette joyeuse et turbulente jeunesse, la Mort fait parfois sa revue invisible, elle se choisit des victimes, et frappe tout à coup comme à l'improviste des têtes pleines d'espérance et d'avenir. Ces tombes prématurées qui ont donné à plusieurs les premiers enseignements de la mort, ont eu le rare privilège do n'être pas oubliées, leur
souvenir est ineffaçable, ces jeunes gens vivent dans le cœur et l'esprit de leurs condisciples. On sentira plus vivement dans tous ces souvenirs la vérité de ces touchantes paroles ;
" Revenez parmi nous ! vous ne pouvez attendre Dans ce monde où déjà se portent vos- désirs, Ni de bonheur plus pur, ni d'amitié plus tendre, Ni de plus innocents plaisirs. "
'• Dans le monde, ceux qui n'ont jamais connu les charmes de la vie commune où l'on travaille, on prie, souffre et espère ensemble, sont souvent portés à plaindre la jeunesse étudiante. Ah ! ceux-là sont dans Terreur. Si l'enfant éprouve quelque tristesse dans les moments des premières absences, il se fait bientôt à ce nouveau régime, et les soins bienveillants et paternels de ceux qui font son éducation ne tardent pas à faire descendre dans son cœur la joie et le bonheur. D'ailleurs cette tristesse au cœur de l'enfant se séparant pour la première fois de ceux qu'il aime le plus au monde, est toute naturelle : c'est la fleur que le jardinier transporte de sa terre natale en une terre étrangère. Comme elle, elle s'acclimate bien vite.
" Ces pages que nous présentons au public, et surtout aux anciens élèves de Ste Anne qu'elles intéressent plus spécialement, ne sont que des tableaux, indiquant la date d'entrée et de sortie de chaque élève, son lieu de naissance, sa profession. On ignore les occupations d'un grand nombre depuis leur sortie de la maison. Plusieurs d'entre eux ont aussi laissé le pays. La liste finit avec les élèves de la présente année.
" En tête de cette brochure se trouve la liste complète du personnel de la maison, depuis sa fondation jusqu'à ce jour. Chaque année nous offrira le tableau des noms de ceux qui méritent sous tant de rapports toute notre reconnaissance.
Il ne faut pas oublier le dévouement de ceux qui se consacrent à l'éducation, ils vivent de la vie de leurs élèves, et subissent leur règlement à tous les moments de la journée ; ils ne s'appartiennent plus à eux-mêmes.
*' Le collège de Ste- Anne est une institution religieuse qui, quoique bien jeune encore, a fourni au clergé un grand nombre de sujets, comme nous l'avons dit plus haut, et comme on pourra s'en convaincre en lisant ces pages. La Providence qui a veillé sûr son berceau, qui l'a protégé comme son enfant, ne l'a pas abandonné. Tous les catholiques dignes de ce nom qui se sont plu et qui se plaisent encore à travailler à sa prospérité, travaillent, par là même, à faire fleurir la religion dans notre pays. C'est dans ces institutions, qui ont été le salut des Canadiens Français, que se recrutent encore les rangs de cette phalange d'hommes distingués par le savoir et les vertus religieuses et sociales, et qui ont rendu et rendent encore de si importants services à leurs concitoyens.
" Nos maisons d'éducation ne sont pas seulement des institutions religieuses, mais elles sont encore éminemment nationales. Quiconque voudra se dépouiller de ses préjugés antireligieux et antinationaux, le reconnaîtra facilement en faisant la comparaison entre les Canadiens et les Acadiens. Sans elles notre sort eût été indubitablement le leur. A ce point de vue, nous leur devons aussi respect et reconnaissance. Pour nous, élèves de Ste Anne, qui savons apprécier les bienfaits de l'éducation que nous avons reçue, conservons à notre collège un précieux souvenir, et que la reconnaissance gravée en caractères ineffaçables au fond de nos cœurs s'augmente progressivement en face de l'ingratitude de ceux que le vice dégrade, et n'oublions pas que plus que januiis il fait bon se souvenir de ce qu^on a été dans *<i jeunesse. "
Nous avons vu que M. Pilote devint le directeur du collège le 12 février 1838.
^ Durant l'année scolaire de 1838-39, il fut directeur et procureur, et il occupa cette charge jusqu'à 1842-43 inclusivement.
Ce fut le 13 d'août de 1840 que l'on fit l'inauguration d'un marbre sur la façade du collège, à la mémoire du fondateur, M. CF. Painchaud.
Le 8 de juin, 1841, eut lieu la bénédiction de la première pierre de l'aile destinée au cours commercial, par M. C. Bégin, curé de la Rivière-Ouelle. Ce fut Messire F.-X. Delâge, alors curé de l'Islet, qui fit le discours de circonstance.
L'année suivante, le 11 d'août, on fit la bénédiction de cet édifice (le cours commercial). Cette belle cérémonie fut présidée par Messire F. Boissonnault, curé de Saint-Jean- Port-Joli, le jour même de la distribution des prix.
L'édifice consacré au cours commercial augmentait, par ses proportions, le vieux collège d'un annexe qui lui était d'égale grandeur.
En 1843-44, M. l'abbé E. Montminy devint procureur du collège et M. Pilote conserva la position de directeur. Dès l'année suivante, cependant, on ajoutait de nouveau à son titre de directeur celui de procureur. Il conserva ces deux positions jusqu'à l'année 1846 47 inclusivement.
Remarquons ici que la démolition de la vieille église paroissiale de Sainte- Anne, située à quelques pas seulement du collège, se fit le 28 d'avril 1845. Nous nous rappe Ions, comme si c'était hier, la manière dont on fit dégrin- • goler de son piédestal le vieux clocher qui accusait une autre époque. Nous, comme tous nos camarades de cette année, nous avions la main au câble qui devait abattre cette relique, et nous faisions sans remords ce travail de
démolisseur, sans respect même pour les souvenirs attachés à ce clocher d'où s'étaient échappées tant de notes gaies ou funèbres, soit qu'il annonçât l'arrivée ou le départ d'un enfant de la paroisse. Nous ne pensions point à autre chose qu'au plaisir de voir faire la culbute à cette partie élevée du vieux temple.
*' Que de défauts elle a
Cette jeunesse ! On l'aime avec ces défauts-là. "
Le 19 juin de la même année eut lieu la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église par M. C. Bégin, archiprêtre, curé de la Rivière-Ouelle. Le sermon fut donné par Messire E. Quertier, curé de Saint Denis, le Bridaine du Canada. Comme nous admirions l'éloquence mâle, hardie, électrisante de ce vénérable prêtre !
Le 27 d'octobre de 1846, Mgr A.-M. Blanchet, évêque de Walla-Walla, consacrait la nouvelle église de Sainte- Anne.
En 1847-48, Messire J.-C. Cloutier, aujourd'hui curé de Cacouna, notre bien-aimé professeur, fut nommé directeur du collège, et M. Pilote retint la charge de procureur qu'il occupa jusqu'à 1849 50 inclusivement.
L'année suivante, il fut chargé de plus de l'enseignement de la théologie ; et, en 1851-52, il devint directeur des ecclésiastiques, tout en conservant les deux charges onéreuses qu'il avait déjà.
M. le grand vicaire C. Gauvreau, mort le 9 juin de 1862, * et supérieur depuis 1847-48, fut obligé, pour rétablir sa santé, en 1852-53, de prendre un an de congé. Ce fut encore M. Pilote qui fut chargé de le remplacer avec le titre de vice-supérieur. Il était donc à la fois chargé des devoirs du supérieur, de la direction des ecclésiastiques et de l'enseignement de la théologie. Pendant cette même année, on
ajouta à toutes ces obligations, à ce travail déjà trop lourd,, la charge de procureur.
L'année scolaire 1853-54 le vit supérieur, et, le 7 d'avril, 1854, M. Tremblay, plus tard curé de Beauport, étant devenu incapable de remplir les devoirs de sa charge de directeur, ce fardeau fut imposé à M. Pilote.
L'année suivante, on nomma un successeur à M. Tremblay, et M. Pilote fut le supérieur du collège jusqu'à 1856-
Le 14 juin de 1855, Mgr de Tloa bénit la première pierre de l'aile centrale du collège.
En 1857-58, M. Pilote dut ajouter à son travail de supérieur celui de procureur du collège, M. le grand-vicaire Gauvreau s'étant chargé de la direction des ecclésiastiques depuis la fin de 1855 seulement. On avait adjoint à M. Pilote, au travail de la procure, M. Ths Bégin, un laïque. D'après cet arrangement, M. Pilote put remplir les devoirs de ses deux positions jusqu'à 1859-60 inclusivement.
Ce prêtre, taillé pour les grandes entreprises et ami dévoué de la classe agricole, avait conçu le projet de doter le colléfire de Sainte- Anne d'une école et d'une ferme-modèle d'agriculture. C'était une entreprise digne de lui, et qui ne fut pas vue d'un bon œil par tous ses collaborateurs du collège. Ceci ne l'empêcha point de poursuivre son but. Loin de là, les obstacles ne semblaient que redoubler son ardeur à mener à bonne fin le plan qu'il avait conçu et mûri.
Le 10 de février de 1859, il part pour l'Europe. Son but était de visiter les établissements agricoles de la France, de l'Angleterre et de l'Irlande, et d'y étudier les meilleurs systèmes.
Il était de retour au pays en septembre de la même année, après une absence de près de huit mois.
Le 10 d'octobre suivant, Mgr de Tloa bénissait l'école d'agriculture, à la suite d'une messe solennelle chantée à l'église paroissiale. Ce fut M. Quertier qui prononça, dans cette occasion, un de ses sermons les plus éloquents. Après la messe, M. Chapais, alors député de Kamouraska, donna un discours remarquable. Il s'appliqua surtout à faire ressortir la grandeur et l'utilité de l'agriculture, aussi bien que les avantages de l'établissement que venait de fonder M. Pilote.
En 1859-60, M. Pilote reprit les devoirs de supérieur et de procureur, et, les deux années suivantes : 1860-61 et 1861-62, il fut encore le supérieur du collège.
Le 3 d'avril 1862, le septième numéro de la Gazette des Campagnes s'imprima à l'école d'agriculture, par M. Firmin-H. Proulx. La lettre suivante donne l'historique complet de cette publication si utile.
" Je me fais un plaisir de vous communiquer les rensei- /\1 [1 ^ gnements suivants concernant la Gazette des Campagnes. ^-^
"M. Emile Dumais a publié les six premiers numéros de la Gazette des Campagnes. La date de publication du premier numéro a été le 1er novembre 1861, et le 20 janvier 1862, il publiait le 6me et dernier numéro. Il fut obligé de suspendre la publication, faute de moyens.
" Le Rév. M. F. Pilote, qui tenait à relever ce journal, qu'il croyait utile à son école d'agriculture, fit des démarches dans ce sens, et il s'adressa à M. Léger Brousseau pour qu'il lui désignât un imprimeur pouvant se charger de «la publication de ce journal. M. Brousseau me recommanda à M. Pilote.
" La tâche, pour moi, était bien difficile, car je n'avais pas le sou pour l'achat d'un matériel d'imprimerie. Je vivais de mon salaire, au jour le jour. De plus, en relevant ce journal, je devais le distribuer, à mes propres frais, i\ ceux
qui avaient payé d'avance à M. Dumais leur abonnement pour toute l'année : à peu près 500 abonnés.
" Comme point de départ, M. Pilote avait réussi à me faire obtenir $250 du conseil d'agriculture. Avec cette faible somme, je consentis à publier la Gazette des Campagnes à mes risques et propre responsabilité, ayant l'assurance de M. Brousseau qu'il me reprendrait à son service comme typographe, si je ne réussissais pas dans cette hasardeuse entreprise.
." Un M. Charpentier, de Montréal, avait, de confiance, consenti à me vendre un matériel d'imprimerie de la valeur de 8800, à quatre ans de crédit, payable à tant par année, un premier paiement de $200 ayant été fait sur les S250 reçues de M. Pilote. Le Eév. M. Nazaire Leclerc fut choisi comme rédacteur de la partie agricole j' le Rév. M. Thomas Pelletier, pour la Revue de la semaine ; M. Pilote et quelques autres prêtres du collège, comme collaborateurs.
" Il en fut ainsi jusqu'au 31 mars 1868, alors que M. J.-D. Schmouth fut chargé de remplacer le Rév. M. Nazaire Leclerc, pour la partie agricole, jusqu'au 20 mars 1874. Depuis cette date jusqu'aujourd'hui (1), j'ai été le seul rédacteur de la Gazette des Campagnes. Quoique simple typographe, n'ayant que juste ce qu'il faut pour exercer ce métier, j'ai eu la témérité d'entreprendre la tâche difficile de rédacteur d'un journal d'agriculture.
^[ J'ai souvent dit, dans la Gazette des Campagnes^ que le Révd M. Pilote devait être considéré comme le fondateur de ce journal, et voici pourquoi : Sans l'appui moral et matériel donné à la Gazette par cet homme d'initiative et de progrès, ce journal n'aurait pas existé au delà des six numéros publiés par M. Dumais, qui, lui, ne saurait en être
(1) M Proulx m'écrivait cette lettre le 16 de février 1885.
considéré comme le fondateur, quand, après six numéros, il a dépensé ce qui aurait suffi à l'existence de ce journal pendant un an au moins.
" J'ai suspendu la publication de la Gazette des Campagnes à deux reprises différentes ; et, à chaque fois, M. Pilote m'a fait obtenir du conseil d'agriculture un appui qui me permettait de reprendre la publication interrompue. La première fois, je reçus $400 ; puis, pendant deux ans, le conseil se chargea des frais de poste : tout cela grâce à l'intervention de M. Pilote.
" Si je reçois une allocation du gouvernement, malheureusement réduite de $500, cette année, je dois aussi en remercier M. Pilote, qui s'est servi de son influence auprès du gouvernement et des députés de l'assemblée législative de Québec, pour me la faire obtenir. C'en est assez pour que le titre de fondateur de la Gazette des Campagnes soit donné à ce prêtre dévoué, comme il a déjà celui de fondateur de l'école d'agriculture de Sainte-Anne.
" Votre ami dévoué,
FiRMiN-H. Proulx. "
" P. S. — J'ai été un instrument entre les mains de M. Pilote, qui m'a inculqué le dévoûment à la cau^e agricole, et cela à Vexcès ; je dis : à l'excès, car, d'ordinaire, n'est-on pas payé d'ingratitude par ceux qui ont reçu la mission spéciale de nous aider ? On était loin de m'encourager quand, d'un seul coup, on m'a fait une saignée de 8500. J'ai cependant perdu bien des cinq cents piastres à la publication de la Gazette des Campagnes ! N'importe ; marchons, et en avant toujours ! "
M. Proulx, " quoique simple typographe, n'ayant que juste ce qu'il faut pour exercer ce métier, " a néanmoins
réussi à faire de la Gazette des Camjyagnes une excellente revue agricole, citée par toute la presse du pays. Ce n'est pas là tout le mérite de ce compatriote aussi humble que dévoué : après avoir végété toute sa vie pour maintenir sa publication si précieuse, il est fort probable qu'il aura encore le mérite de mourir pauvre, au service d'une belle œuvre. On le regrettera plus tard, probablement : justice tardive, monnaie ordinaire des hommes.
Revenons, maintenant^ à l'année 1862, -dans la biographie de M. Pilote.
Des jalousies sourdes (nous y avons déjà fait allusion), s'étaient déclarées contre le deuxième fondateur du collège dont on cherchait à miner l'influence et à déprécier les longs services. On se rappelle parfaitement encore les misères, les tracasseries, les accusations injustes suscitées, inventées par une certaine coterie de cette époque, qui, . ne voulant point tenir compte du mérite et du dévoûment de ce vétéran de l'Education, entreprit de le décourager par la plus noire ingratitude. Inutile de rapporter ici les détails de cette conspiration ourdie par des hommes qui devaient tout ce qu'ils étaient à M. Pilote, et qui ont du (on doit le supposer du moins) regretter leur manque de loyauté à son égard. •
En 1862-63, le nom de M. Pilote ne paraît point sur le catalogue du collège.
En 1863-64, il redevient procureur, position qu'il occupe jusqu'en 1869.
Nous étions au mois d'août de l'année 1870. L'ingratitude, fille de la vanité, avait accompli son œuvre sur ceux qui, depuis si longtemps, jalousaient M. Pilote dont le mérite, la science et les longs services leur faisaient ombrage. Humble par la naissance, petit par la fortune, mais noble par le cœur et par l'intelligence, M. Pilote
oe voulut point se pré^^aloir de sa longue carrière passée au service de l'institution d'où on voulait l'éliminer ; il ne voulut s'en faire ni un titre, ni un droit, ni un drapeau. Humble et modeste toute sa vie, ennemi des menées sourdes et des réclamations, il justifia, dans cette occasion, cette parole de l'Ecriture : Adolescens juxta viam suam, etiam cùm senuej'it, non recedet ah eâ. La pensée de Dieu qui l'avait toujours soutenu, le grandit assez, dans cette circonstance pénible, pour qu'il pût endurer sans murmure, l'injustice que l'on commettait à son égard. Sans rien dire, il dévora en silence les larmes que provoquait l'ingratitude de quelques anciens élèves. Il ne voulut même pas faire connaître le départ auquel on le forçait, afin de ne pas donner occasion à des démonstrations hostiles à la coterie.
M. Pilote avait alors près de 60 ans II en avait passé -34 au service du coUésce. Il aurait dû trouver, dans cette institution dont il était le deuxième fondateur, un refuge .assuré à ses vieux jours : il y trouva Fingratitude et la calomnie de ses intentions.
Après plus d'un tiers de siècle consacré à l'œuvre de M. Painchaud ; après avoir usé au profit de cette œuvre une santé robuste par un travail incessant et onéreux ; à l'âge où l'on a besoin de se reposer avant d'entrer dans le repos de la tombe, M. Pilote quittait le collège de Sainte- Anne n'ayant pour tout avoir que son linge de corps. Tout le chiffre de ses minces appointements avait passé pour se vêtir et le reste pour les améliorations faites au collège, de sorte qu'au bout de 3-4 ans de services et déjà sexagénaire, il n'emportait pas avec lui une somme suffisante à son entretien l'espace de quelques mois. Il avait reçu en échange •de sa longue vie de sacrifices et de travail ce que reçoivent assez souvent les hommes qui se sont dévoués à des œuvres utiles : l'ingratitude et la pauvreté.
A côté de ces souvenirs si pénibles, mettons un autre souvenir faisant voir que le sentiment de la reconnaissance n'est pas un sentiment nul dans tous les cœurs. A côté de la honte de la conspiration ourdie dans l'ombre et qui devait provoquer le départ de M. Pilote du collège, plaçons un de ces traits d'amitié qui empêchent de désespérer tout à fait de la pauvre espèce humaine.
'' L'amitié, charme de la vie, Peut seule du malheur alléger le fardeau. "
M. Pilote eut la consolation de trouver ce charme de la vie à l'époque où nous sommes, en 1870. Sur le nombre d'élèves qu'il avait formés, UN, un seul eut le courage de protester, par sa conduite, contre l'injustice commise à l'égard de son bienfaiteur. Cet homme généreux, qui vit encore auprès de M. Pilote, qui n'a point voulu se séparer de lui, se nomme' : Messire Amable Blanchet.
Les membres du nouveau régime, sentant l'importance qu'il y avait pour eux de s'attacher M. Blanchet, lui avaient fait des offres les plus séduisantes. Celui ci n'avait ni accepté, ni refusé ; mais, au jour du départ de M. Pilote, on vit M. Blanchet s'attacher aux pas de son bienfaiteur, méprisant les offres qui lui avaient été faites et voulant suivre dans la mauvaise fortune, comme il l'avait suivi aux jours heureux du calme et de la paix, l'ancien supérieur du collège. Grande fut la surprise des nouveaux dictateurs, dont pas un ne sut apprécier cet acte d abnégation dicté par la reconnaissance. Grand aussi fut le désappointement de ces messieurs qui avaient besoin, moralement et matériellement, de M. Blanchet, et dont le départ inattendu jetait de l'eau froide sur leurs projets ambitieux.
La Providence avait ménagé cette consolation à 'M. Pilote dans les chagrins que lui causait la conduite tenue à
son égard ; car, si la reconnaissance est douce pour celui qui la ressent, mille fois plus douce est-elle pour celui qui en est l'objet.
Dans les circonstances pénibles où se trouvaient MM. Pilote et Blanchet, il ne leur restait d'autre alternative que de devenir curés, quoiqu'ils n'en eussent jamais exercé les fonctions. C'est ce que sentit Mgr Baillargeon, qui avait vu avec regret le départ de MM. Pilote et Blanchet du collège de Sainte-Anne. Ce saint évêque, dont le cœur était fait pour comprendre et apprécier tous les beaux sentiments, avait été touché de l'amitié qui unissait l'élève au bienfaiteur ; il ne voulut point les séparer ; et, pour dédommager M. Pilote de l'injustice dont il était la victime, il lui donna la cure d'une des plus belles paroisses du pays : Saint- Augustin de Portneuf.
Voulant aussi récompenser l'acte d'abnégation de M. Blanchet, en refusant la position qu'on lui avait offerte au collège, Mgr Baillargeon le nomma curé assistant de la même paroisse.
Ils arrivaient à Saint- Augustin le même jour: le 19 septembre 1870. C'est là qu'ils attendront, placés près l'un de l'autre dans la mort, comme ils l'ont été dans la vie, le grand jour de la rétribution universelle.
Nous n'entrerons pas dans les détails des travaux accomplis par M. Pilote, sur le nouveau théâtre que lui avait assigné son évêque bien aimé : cela nous mènerait au delà du cadre que nous voulons donner à cette esquisse. On pourra, cependant, avoir tous ces détails en lisant VHlstoire de la paroisse de Sairit-Augustiii, que nous avons écrite et qui est à la veille d'être imprimée.
On pourra se faire une idée des travaux de M. Pilote et de son assistant, M. Blanchet, en lisant la correspondance que nous écrivions, sur Le Courrier du Canada^ le 23 et le 25 de juillet de l'année dernière (1884).
M. le Rédacteur,
Je viens d'avoir l'avantage de passer deux jours dans la paroisse de Saint- Augustin, comté de Portneuf. J 'y ai Vu et admiré de belles choses ; j'y ai réchauffé des souvenirs du cœur, et, sous le toit hospitalier du saint vieillard qui a charge des âmes de cette paroisse, M. Pilote, nous avons longuement causé du temps où il était le directeur bienaimé du collège de Sainte- Anne de la Pocatière époque où il me donnait le doux nom de " son cher écolier. "
Saint- Augustin est une paroisse presque aussi vieille que la ville de Champlain, dont elle n'est éloignée que de cinq lieues, en amont du fleuve, du côté du nord. Les registres remontent jusqu'à près de deux siècles : en 1691 ; mais on sait qu'il y avait, à Saint-Augustin et peu de temps après la fondation de Québec, quelques habitants desservis par des missionnaires allant de Québec dans "les hauts. " Ces serviteurs du bon Dieu déposaient les rapports de leurs missions, avec actes de baptême, mariage et sépulture, soit à Québec, soit à Trois-Rivières, ou ailleurs.
L'église actuelle fut bâtie en 1809, comme l'indique le millésime gravé en chiffres romains au portail de l'édifice. A cette époque, c'est M. Lefrançois qui était curé de la paroisse. Cette maison de la prière a conservé, malgré ses 75 ans, un air de jeunesse et de propreté qui réjouit l'œil. L'intérieur est à l'avenant, les améliorations et réparations qu'on y a faites portent le cachet de l'administrateur habile et de l'homme de goût qui en est l'auteur : M. le curé Pilote. Un orgue puissant donne, aux jours de grandes fêtes,
Tin éclat de plus aux pompes, déjà si belles du culte catholique : c'est la voix par excellence de nos églises ; c'est elle qui élève l'ame jusqu'au chœur des anpjes en répandant sur la foule agenouillée et recueillie des flots d'harmonie religieuse. Choron^ le compositeur, a dit que '' le mécanisme de l'orgue a quelque chose de mystérieux analogue aux mystères chrétiens. " Outre le mystérieux de ce mécanisme, il y a la voix solennelle, majestueuse et grave si propre à jeter dans l'âme toutes les voluptés de l'extase religieuse.