‹ M. l'abbé François Pilote, curé de Saint-Augustin (Portneuf) [microforme]Chapitre 3 sur 17 · LU TE · texte numérisé non relu

LU TE

Ecrire la vie de M. Pilote, professeur, directeur, procureur, etc., du collége de Sainte-Anne, c’est faire, en même temps, l'historique de cette belle institution durant les trente-quatre ans compris entre 1836 et 1870 ; car, soit qu'il fût directeur, ou procureur, ou supérieur, M. Pilote a été l'âme de tous les travaux importants qui se sont accomplis au collége durant cette période.

En 1867, trois ans avant son départ de Sainte-Anne, M. Pilote et ses collaborateurs faisaient publier le Cutalogue par ordre alphabétique des élèves du coliége de Sainte- Anne. Le lecteur nous saura gré de lui donner ici la préface de ce catalogue, si bien faite, si bien dite par un écrivain tellement humble qu’il a voulu qu’on ignore son nom.

“ Plns que jamais il fait bon de se souvenir de ce qu’on à été dans sa jennesse !

La jeunesse est bonne et généreuse !

Dieu veut qne la nature au printemps produise des flenrs.... Mais la jeunesse

asse: vient l’époque des réalités, de ‘ambition, des intérêts; les illusions s’envolent; plus de pures enthousiasmes, plus d’amitiés...., plus de confiance sublime.... Qui fera survivre la jeunésse du cœur à la jeunesse de l’âge

“ Sonvenons-nous! Souvénons-nons, car Dieu a placé au débnt de notre vie as- 8ez de lumière, de poésie et de vérité, pour éclairer, consoler et conseiller, pendant toute sa durée, ceux qui sauiont se souvenir.

“ Le collége de Ste-Anne n'existe que depuis 1829, Il a êté fondé par feu Messire C. F. Painchaud, curé de cette paroisse, aidé de la coopération de ses braves paroissiens et de la générosité de quelques amis dévoués. En 1842, lorsqu'on créa le cours commercial, on l’augmenta de moitié, puis enfin en 1865, on construisit l’aîle du centre qui a 100 pieds sur 57, à 4 étages. La longueur totale de l'édifice èst

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de 364 pieds. Cet établissement depuis sa fondation, grâce à son double enseignement commercial et classique, a donné l'instruction à un grand nombre de jeunes gens provenant des différentes parties de la province. Son vénérable Fondateur, confiant dans la divine Providence et dans le patriotisme de ses concitoyens, avait entrepris cette œuvre religieuse et nationale avec une volonté si énergique, que les difficultés et les obstacles de tout genre ne purent faire faillir son courage un seul instant. Il voulait donner à la nom. breuse jeunesse de ce district les moyens de s’enréler dans la milice sacrée. L'institution de Ste-Anne n’a pas failli à sa noble et religieuse mission. Depuis une douzaine d'années surtout, elle a fourni de nombreux sujets au clergé du dio-

cèse de Québec, sans compter ceux donnés aux professions libérales.

‘ L'idée de publier le catalogue complet des élèvés qui ont fréquenté cette maison, nous a été inspirée par l’épigraphe placée en tête de ces pages. À toutes les heures de la vie, dit-on, on aime à évoquer les souvenirs de l’enfance, et surtout ceux d’une religieuse éducation : ils procurent à l’âme un moment de bonheur, et apportent de bonnes inspirations de calme et d'espérance. Arrivé dans les tristesses et les labeurs de l’âge mûr, on se sent porté comme par instinct au souvenir des directions et des enseignements d'autrefois, on jette en srrière, au delà de la jeunesse éteinte, un regard vers les jours purs et heureux de l'enfance. Cette douce satisfaction qu’on éprouve à faire revivre ainsi le passé, ces pages renfermant les noms des amis de l'enfance la. feront renaître dans l'esprit et le cœur des anciens élèves de Ste Anne. Le collége, a-t-on dit, est une patrie. Oui, si la patrie éternelle de l’âme est au ciel, sa patrie d’ici-bas est aux lieux où elle est née à Dieu et à la vérité, On se rappellera avec une indicible joie le lieu du travail, du jeu,

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du repos et de la prière, avec les différents épisodes qui s’y rattachent toujours nécessairement, Le départ de la maison paternelle, départ toujours accompagné de si solennelles émotions ; la vue du collége, avec ses bosquets, ses vastes jardins, sa verte colline, ses aspects enchanteurs, son large horizon, s'étendant au nord jusqu’au sommet des Laurentides, aux pieds desquels l'œil aperçoit la paroisse de la Baie St-Paul et de l’Isle-aux-Coudres, des Eboulements, de St-Irénée, de la Malbaie, et le beau fleuve St- Laurent ; embrassant du côté de l’est les vastes plaines de la Rivière-Ouelle, avec son antique église, et les plaines de St Denis avec son superbe temple et sa flèche brillante, s’élevant sur le côteau qui domine le village, puis enfin le clocher de l’élégant village de Kamouraska ; son jeu de paume, ses cours de récréation où se forment des groupes joyeux ; les salles d'étude où travaillent avec une attention ardente deux cents enfants, et où l’on connaît les premicrs plaisirs de l'intelligence ; la classe avec ses luttes pacifiques et les traits d’un professeur vénéré dirigeant et excitant l'émulation ; le dortoir où le sommeil est si pur et si tranquille ; enfin la chapelle avec ses fêtes bénies, ses chants. joyeux, ses instructions en rapport avec la vie d’écolier, tout cela repassera devant les yeux de l’âme et fera naître de douces émotions. |

‘ Le souvenir des jours de deuil renaîtra aussi à la lecture de certains noms. Quelles sont les institutions où les élèves ne voient la tombe s'ouvrir tout à coup au milieu d'eux ? Dans les rangs de cette joyeuse et turbulente jeunesse, la Mort fait parfois sa revue invisible, elle se choisit des victimes, et frappe tout à coup comme à l'improviste des têtes pleines d'espérance et d'avenir. Ces tombes prématurées qui ont donné à plusieurs les premiers enseignements de la mort, ont eu le rare privilége de n'être pas oubliées, leur

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souvenir est ineffaçable, ces jeunes gens vivent dans le cœur fi et l'esprit de leurs condisciples. On sentira plus vivement dans tous ces souvenirs la vérité de ces touchantes paroles :

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‘“ Revenez parmi nous ! vous ne pouvez attendre Dans ce monde où déjà se portent vos désirs,

À Ni de bonheur plus pur, ni d'amitié plus tendre, || Ni de plus innocents plaisirs. ”? É.

| Dans le monde, ceux qui n’ont jamais connu les charmes‘ ! | de la vie commune où l'on travailie, on prie, souffre et es- | père ensemble, sont souvent portés à plaindre la jeunesse | étudiante. Ah! ceux-là sont dans l'erreur. Si l'enfant | éprouve quelque tristesse dans les moments des premières | absences, il se fait bientôt à ce nouveau régime, et les soins F | bienveillants et paternels de ceux qui font son éducation ne $ | tardent pas à faire descendre dans son cœur la joie et le | | bonheur. D'ailleurs cette tristesse au cœur de l’enfant se

| séparant pour la première fois de ceux qu’il aime le plus au monde, est toute naturelle : c’est la fleur que le jardinier À transporte de sa terre natale en une terre étrangère. Comme 1 elle, elle s’acclimate bien vite.

h ‘ Ces pages que nous présentons au public, et surtout aux ; anciens élèves de Ste Anne qu’elles intéressent plus spécia- || lement, ne sont que des tableaux, indiquant la date d’enl| trée et de sortie de chaque élève, son lieu de naïssance, sa | | profession. On ignore les occupations d’un grand nombre | | depuis leur sortie de la maison. Plusieurs d’entre eux ont | aussi laissé le pays. La liste finit avec les élèves de la pré. | | | sente année, . |

| ‘ En tête de cette brochure se trouve la liste complète du | | personnel de la maison, depuis sa fondation jusqu’à ce jour. Chaque année nous offrira le tableau des noms de ceux qui

méritent sous tant de rapports toute notre reconnaissance,

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Il ne faut pas oublier le dévouement de ceux qui se consacrent à l'éducation, ils vivent de la vie de leurs élèves, et subissent leur règlement à tous les moments de la journée ; ils pe s’appartiennent plus à eux-mêmes,

“ Le collége de Ste-Anne est une institution religieuse qui, quoique bien jeune encore, a fourni au clergé un grand nombre de sujets, comme nous l'avons dit plus haut, et comme on pourra s'en convaincre en lisant ces pages. La Providence qui a veillé sur son berceau, qui l’a protégé comme son enfant, ne l’a pas abandonné. Tous les catholiques dignes de ce nom qui se sont plu et qui se plaisent encore à travailler à sa prospérité, travaillent, par là mê1.e, à faire fleurir la religion dans notre pays. C’est dans ces institutions, qui ont été le salut des Canadiens Français, que se recrutent encore les rangs de cette phalange d'hommes distingués par le savoir et les vertus religieuses et sociales, et qui ont rendu et rendent encore de si importants services à’leurs concitoyens.

“# Nos maisons d'éducation ne sont pas seulement des institutions religieuses, mais elles sont encore éminemment nationales. Quiconque voudra se dépouiller de ses préjugés antireligieux et antinationaux, le reconnaîtra facilement en faisant la comparaison entre les Canadiens et les Acadiens. Sans elles notre sort eût été indubitablement le leur. A ce point de vue, nous leur devons aussi respect et reconnaissance, Pour nous, élèves de Ste-Anne, qui savons apprécier les bienfaits de l'éducation que nous avons reçue, conservons à notre eoliége un précieux souvenir, et que la reconnaissance gravée en caractères ineffaçables au fond de nos cœurs s'’augmente progressivement en face de l’ingratitude de ceux que le vice dégrade, et n'oublions pas que plus que jamais il fait bon se souvenir de ce qu'on a été dans sa jeunesse, ”?

du 44 de

Nous avons vu que M. Pilote devint le directeur du collége le 12 février 1838.

Durant l’année scolaire de 1838-39, il fut directeur et procureur, et il occupa cette charge jusqu’à 1842-43 inclusivement.

Ce fut le 13 d'août de 1840 que l'on fit l'inauguration d’un marbre sur la façade du collége, à la mémoire du fondateur, M. C.-F,. Painchaud.

Le 8 de juin, 1841, eut lieu la bénédi:tion de la première pierre de l'aile destinée au cours commercial, par M. C. Bégin, curé de la Rivière-Ouelle, Ce fut Messire F,-X. Delâge, alors curé de l’Islet, qui fit le discours de circonstance.

L'année suivante, le 11 d'août, on fit la bénédiction de cet édifice (le cours commercial). Cette belle cérémonie fut présidée par Messire F. Boissonnault, curé de Saint-Jean- Port-Joli, le jour même de la distribution des prix.

L'édifice consacré au cours commercial augmentait, par ses proportions, le vieux collége d’un annexe qui lui était d'égale grandeur.

En 1843-44, M. l'abbé E. Montminy devint procureur du collége et M. Pilote conserva la position de directeur. Dès l’année suivante, cependant, on ajout:it de nouveau à son titre de directeur celui de procureur. Il conserva ces deux positions jusqu’à | année 1846.47 inclusivement.

Remarquons ici que la démolition de la vieille église paroissiale de Sainte-Anne, située à quelques pas seulement du collége, se fit le 28 d'avril 1845. Nous nous rappe lons, comme si c'était hier, la manière dont on fit dégrin-

gc'er de son piédestal le vieux clocher qui accusait une

autre époque. Nous, comme tous nos camarades de cette année, nous avions la main au câble qui devait abattre cette relique, et nous faisions sans remords ce travail de

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à ce clacher d’où s'étaient échappées tant de notes gaies ou funèbres, soit qu’il annonçât l’arrivée ou le départ d’un enfant de la paroisse. Nous ne pensions point à aut, chose se plaisir de voir faire la culbute à cette partie élevée

du vieux temple.

RP TR TR 4 Que de défauts elle a Cette jeunesse ! On l’aime avec ces défauts-là. ”

Le 19 juin de la même année eut lieu la bénédiction de la première pierre de la nouvelle église par M. C. Bégin, archiprêtre, curé de la Rivière-Ouelle. Le sermon fut donné par Messire E. Quertier, curé de Saint Denis, le Bridaine du Canada. Comme nous admirions l’éloquence mâle, nee

électrisante de ce vénérable prêtre !

Le 27 d'octobre de 1846, Mgr A.-M. Blanchet, étui de Walla-Walla, consacrait la nouvelle église de Sainte- Anne.

En 1847-48, Messire J.-C. Cloutier, aujourd’hui curé de Cacouna, notre bien-aimé professeur, fut nommé directeur du collége, et M. Pilote retint la charge de procureur qu’il occupa jusqu’à 1849 50 inclusivement.

L'année suivante, il fut chargé de plus de l’enseignement de la théologie ; et, en 1851-52, il devint directeur des ecclésiastiques, tout en conservant les deux charges onéreuses qu'il avait déjà.

M. le grand vicaire C. Gauvreau, mortle 9 juin de 1862, et supérieur depuis 1847-48, fut obligé, pour rétablir sa santé, en 1852-53, de prendre un an de congé. Ce fut encore M. Pilote qui f t chargé de le remplacer avec le titre de vice-supérieur. Il était donc à la fois chargé des devoirs du supérieur, de la direction des ecclésiastiques et de l’enseignement de la théologie. Pendant cette même année, on

Lis 48 4

ajouta à toutes ces obligations, à ce travail déjà trop lourd, la charge de procureur.

L'année scolaire 1853-54 le vit supérieur, et, le 7 d’a-

vril, 1854, M. Tremblay, plus tard curé de Beauport, étant.

devenu incapable de remplir les devoirs de sa charge de directeur, ce fardeau fut imposé à M. Pilote.

L'année suivante, on nomma un successeur à M. Tremblay, et M. Pilote fut le supérieur du collége jusqu’à 1856-

Le 14 juin de 1855, Mgr de Tloa bénit la première pierre de l'aile centrale du collége.

En 1857-58, M. Pilote dut ajouter à son travail de supérieur celui de procureur du collége, M. le grand-vicaire Gauvreau s'étant chargé de la direction des ecclésiastiques depuis la fin de 1855 seulement. On avait adjoint à M. Pilote, au travail de la procure, M. Ths Bégin, un laïque. D’après cet arrangement, M. Pilote put remplir les devoirs de ses deux positions jusqu’à 1859-60 inclusivement.

Ce prêtre, taillé pour les grandes entreprises et ami dévoué de la classe agricole, avait conçu le projet de doter le collége de Sainte-Anne d’une école et d’une ferme-modèle d'agriculture. C'était une entreprise digne de lui, et qui ne fut pas vue d’un bon œil par tous ses collaborateurs du collége. Ceci ne l’empêcha point de poursuivre son but. Loin de là, les obstacles ne semblaient que redoubler son ardeur à mener à bonne fin le plan qu'il avait conçu et môûri.

Le 10 de février de 1859, il part pour l’Europe. Son but était de visiter les établissements agricoles de la France, de l'Angleterre et de l'Irlande, et d’y étudier les meilleurs systèmes.

Il était de retour au pays en septembre de la même année, après une absence de près de huit mois.

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Le 10 d'octobre suivant, Mgr de Tloa bénissait l’école d'agriculture, à la suite d’une messe solennelle chantée à l'église paroissiale. Ce fut M. Quertier qui prononça, dans cette occasion, un de ses sermons les plus éloquents. Après la messe, M. Chapais, alors député de Kamouraska, donna un discours remarquable. Il s'applique surtout à faire ressortir la grandeur et l'utilité de l’agriculture, aussi bien que les avantages de l'établissement que verait de fonder M. Pilote.

En 1859-60, M. Pilote reprit les devoirs de supérieur et de procureur, et, les deux années suivantes : 1860-61 et 1861-62, il fut encore le supérieur du collége.

Le 3 d'avril 1862, le septième numéro de la Gazette des Campagnes s'imprima à l’école d'agriculture, par M. Firmin-H. Proulx. La lettre suivante donne l'historique complet de cette publication si utile,

‘Je me fais un plaisir de vous communiquer les renseignements suivants concernant la Gazette des Campagnes.

‘ M. Emile Dumais a publié les six premiers numéros de la Gazette des Campagnes. La date de publication du premier numéro a été le 1er novembre 1861, et le 20 janvier 1862, il publiait le G6me et dernier numéro. Il fut obligé de suspendre la publication, faute de moyens.

‘# Le Rév. M. F. Pilote, qui tenait à relever ce journal, qu'il croyait utile à son école d'agriculture, fit des démarches dans ce sens, et il s’adressa à M, Léger Brousseau pour qu'il lui désignât un imprimeur pouvant se charger de la publication de ce journal. M. Brousseau me recommanda à M. Pilote.

‘“ La tâche, pour moi, était bien difficile, car je n’avais pas le sou pour l’achat d’un matériel d'imprimerie. Je vivais de mon salaire, au jour le jour. De plus, en relevant ce journal, je devais le distribuer, à mes propres frais, à ceux

qui avaient payé d'avance à M. T° ‘nais leur abonnement pour toute l’année : à peu près 500 abonnés.

‘ Comme point de départ, M. Pilote avait réussi à me faire obtenir $250 du conseil d'agriculture. Avec cette faible somme, je consentis à publier la Gazette des Campagnes à mes risques et propre responsabilité, ayant l’assurance de M. Brousseau qu'il me reprendrait à son service comme typographe, si je ne réussissais pas dans cette hasardeuse entreprise.

Un M. Charpentier, de Montréal, avait, de confiance, consenti à me vendre un matériel d'imprimerie de la valeur de $800, à quatre ans de crédit, payable à tant par année, un premier paiement de $200 ayant été fait sur les $250 re. ques de M. Pilote. Le Rév. M. Nazaire Leclerc fut choisi comme rédacteur de la partie agricole ; le Rév. M. Thomas Pelletier, pour la Revue de la semaine; M. Pilote et quelques autres prêtres du collége, comme collaborateurs.

Il en fut ainsi jusqu’au 31 mars 1868, alors que M. J.-D. Schmouth fut chargé de remplacer le Rév. M. Nazaire Leclerc, pour la partie agricole, jusqu'au 20 mars 1874. Depuis cette date jusqu’aujourd’hui (1), j'ai été le seul réuacteur de la Gazette des Campagnes. Quoique simple typographe, n'ayant que juste ce qu'il faut pour exercer ce métier, j'ai eu la témérité d'entreprendre la tâche difficile de rédacteur d’un journal d'agriculture.

4 J'ai souvent dit, dans la Gazette des Campagnes, que le Révd M. Pilote devait être considéré comme le fondateur de ce journal, et voici pourquoi: Sans l’appui moral et matériel donné à la Gazette par cet homme d'initiative et de progrès, ce journal n’aurait pas existé au delà des six numéros publiés par M. Dumais, qui, lui, ne saurait en être

(1) M Proulx m’écrivait cette lettre le 16 de février 1885.

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considéré comme le fondateur, quand, après six numéros, il a dépensé ce qui aurait suffi à l'existence de ce journal pendant un an au moins.

‘J'ai suspendu la publication de la Gazette des Campagnes à deux reprises différentes; et, à chaque fois, M. Pilote m'a fait obtenir du conseil d'agriculture un appui qui me permettait de reprendre la publication interrompue. La première fois, je reçus $400; puis, pendant deux ans, le conseil se chargea des frais de poste : tout cela grâce à l’intervention de M. Pilote.

“ Si je reçois une allocation du gouvernement, malheureusement réduite de 8500, cette année, je dois aussi en remercier M. Pilote, qui s’est servi de son influence auprès du gouvernement et des députés de l'assemblée législative de Québec, pour me la faire obtenir. C’en est assez pour que le titre de fondateur de la Gazette des Campagnes soit donné à ce prêtre dévoué, comme il a déjà celui de fondateur de l’école d'agriculture de Sainte-Anne.

‘ Votre ami dévoué, FrrMiN-H, PRoULx. ”?

CP. S—J'ai été un instrument entre les mains de M. Pilote, qui m'a inculqué le dévoûment à la cause agricole, et cela à l'excès ; je dis: à l’excès, car, d'ordinaire, n'est-on pas payé d’ingratitude par ceux qui ont reçu la mission spéciale de nous aider? On était loin de m'encourager quand, d’un seul coup, on m'a fait une saignée de $500. J'ai cependant perdu bien des cinq cents piastres à la publication dela Gazette des Campagnes ! N'importe; marchons, et en avant toujours! ”

M. Proulx, ‘“ quoique simple typographe, n’ayant que juste ce qu’il faut pour exercer ce métier, ” a néanmoins

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réussi à faire de la Gazette des Campagnes une excellente revue agricole, citée par toute la presse du pays. Ce n’est pas là tout le mérite de ce compatriote aussi humble que NL | dévoué : après avoir végété toute sa vie pour maintenir sa INAE publication si précieuse, il est fort probable qu'il aura en- | Fo) core le mérite de mourir pauvre, au service d’une belle Et 11 œuvre. On le regrettera plus tard, probablement : justice FN | .. tardive, monnaie ordinaire des hommes.

Revenons, maintenant, à l’année 1862, dans la biographie de M. Pilote.

| | | Des jalousies sourdes (nous y avons déjà fait allusion), [| | s'étaient déclarées contre le deuxième fondateur du collége on dont on cherchait à miner l'influence et à déprécier les longs services. On se rappelle parfaitement encore les mi- | | aa sères, les tracasseries, les accusations injustes suscitées, in- Re ventées par une certaine coterie de cette époque, qui, ne If | 1 voulant point ten compte du mérite et du dévoñment de | | ce vétéran de l'Education, entreprit de le décourager par la plus noire ingratitude. Inutile de rapporter ici les détails 1h | de cette conspiration ourdie par des hommes qui devaient FAP |] tout ce qu'ils étaient à M. Pilote, et qui ont dû (on doit le En supposer du moins) regretter leur manque de loyauté à son égard.

En 1862-63, le nom de M. Pilote ne paraît point sur le catalogue du collége.

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à l | | En 1863-64, il redevient procureur, position qu’il occupe Pt jusqu'en 1869. | ln het Nous étions au mois d'août de l’année 1870. L'ingrati- || | || tude, fille de la vanité, avait accompli son œuvre sur {|| ceux qui, depuis si longtemps, jalousaient M. Pilote | | dont le mérite, la science et les longs services leur faisaient ombrage. Humbie par la naissance, petit par la fortune, mais noble par le cœur et par l'intelligence, M. Pilote

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une excellente pays. Ce n’est si humble que r maintenir sa qu'il aura ence d’une belle ment : justice

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fait allusion), eur du collége déprécier les encore les misuscitées, inque, qui, ne dévoûment de écourager par ici les détails qui devaient, û (on doit le loyauté à son

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ne voulut point se prévaloir de sa longuc carrière passée au service de l'institution d'où on voulait l’éliminer; il ne voulut s'en faire ni un titre, ni un droit, ni un drapeau. Humble et modeste toute sa vie, ennemi des menées sourdes et des réclamations, il justifia, dans cette occasion, cette parole de l’Ecriture : Adolescens juxta viam suam, etiam cùm senuerit, non recedet ab eû. La pensée de Dieu qui l'avait toujours soutenu, le grandit assez, dans cette circon tance pénible, pour qu’il pût endurer sans murmure, l'injustice que l’on commettait à son égard. Sans rien dire, il dévora en silence les larmes que provoquait l’ingratitude de quelques anciens élèves. Il ne voulut même pas faire connaître le départ auquel on le forçait, afin de ne pas donner occasion à des démonstrations hostiles à la coterie.

M. Pilote avait alors près de 60 ans Il en avait passé 34 au service du collége. Il aurait dû trouver, dans cette institution dont il était le deuxième fonda 4r, un refuge assuré à ses vieux jours: il y trouva l’ingratitude et la calomnie de ses intentions.

Après plus d’un tiers de siècle consacré à l’œuvre de M. Painchaud ; après avoir usé au profit de cette œuvre une santé robuste par un travail incessant et onéreux ; à l’âge où l’on à besoin de se reposer avant d’entrer dans le repos de la tombe, M. Pilote quittait le collége de Sainte- Anne n’ayant pour tout avoir que son linge de corps. Tout le chiffre de ses minces appointements avait passé pour se vêtir et le reste pour les améliorations faites au collége, de sorte qu'au bout de 34 ns de services et déjà sexagénaire, il n’emporta't pas avec lui une somme suffisante à son entretien l’espace de quelques mois. Il avait reçu en échange de sa longue vie de sacrifices et de travail ce que reçoivent assez souvent les hommes .i se sont dévoués à des œuvres utiles: l’ingratitude et la pauvreté.

PAU. Ain

A côté de ces souvenirs si pénibles, mettons un autre: soavenir faisant voir que le sentiment de la reconnaissance n'est pas un sentiment nul dans tous les cœurs. A côté de la honte de la conspiration ourdie dans l’ombre et qui devait provoquer le départ de M. Pilote du collége, plaçons un de ces traits d'amitié qui empêchent de désespérer tout à fait de la pauvre espèce humaine,

‘ L'amitié, charme de la vie, Peut seule du malheur alléger le fardeau. ”

M. Pilote eut la consolation de trouver ce charme de la vie à l’époque où nous sommes, en 1870. Sur le nombre d'élèves qu'il avait formés, UN, un seul eut le courage de protester, par sa conduite, contre l’injustice commise à l’égard de son bienfaiteur. Cet homme généreux, qui vit encore auprès de M. Pilote, qui n’a point voulu se séparer de lui, se nomme : MESSIRE AMABLE BLANCHET.

Les membres du nouveau régime, sentant l'importance qu'il y avait pour eux de s'attacher M. Blanchet, lui avaient fait des offres les plus séduisantes. Celui ci n'avait. ni accepté, ni refusé; mais, au jour du départ de M. Pilote, on vit M. Blanchet s'attacher aux pas de son bienfaiteur, méprisant les offres qui lui avaient été faites et voulant suivre dans la mauvaise fortune, comme il l'avait suivi aux jours heureux du calme et de la paix, l’ancien supérieur “u collége. Grande fut la surprise des nouveaux dictateurs, dont pas un ne sut apprécier cet acte d abnégation dicté par: la reconnaissance, Grand aussi fut le désappointement de ces messieurs qui avaient besoin, moralement et matériellement, de M. Blanchet, et dont le départ inattendu jetait de l'eau froide sur leurs projets ambitieux.

La Providence avait ménagé cette consolation à M. Pi- Jote dans les chagrins que lui causait la conduite tenue à

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qui la ressent, mille fois plus douce est-elle pour celui qui en est l’objet.

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Dans les çirconstances pénibles où se trouvaient MM, Pilote et Blanchet, il ne leur restait d'autre alternative que de devenir curés, quoiqu'’ils n’en eussent jamais exercé les fonctions. C’est ce que sentit Mgr Baiïllargeon, qui avait vu avec regret le départ de MM. Pilote et Blanchet du collége de Sainte-Anne. Ce saint évêque, dont le cœur était fait pour comprendre et apprécier tous les beaux sentiments, avait été touché de l'amitié qui unissait l'élève au bienfaiteur ; il ne voulut point les séparer; et, pour dédommager M. Pilote de l'injustice dont il était la victime, il lui donna la cure d’une des plus belles paroisses du pays : Saint-Augustin de Portneuf,

Voulant aussi récompenser l'acte d’abnégation de M. Blanchet, en refusant la position qu’on lui avait offerte au collége, Mgr Baillargeon le nomma curé assistant de la même paroisse,

Ils arrivaient à Saint-Augustin le même jour: le 19 septembre 1870. C’est là qu'ils attendront, placés près l’un de l’autre dans la mort, comme ils l'ont été dans la vie, le grand jour de la rétribution universelle,

Nous n’entrerons pas dans les détails des travaux accomplis par M. Pilote, sur le nouveau théâtre que lui avait assigné son évêque bien aimé: cela nous mènerait au delà du cadre que nous voulons donner à cette esquisse, On pourra, cependant, avoir tous ces détails en lisant l'Histoire de la paroisse de Saint-Augustin, que nous avons écrite et qui est à la veille d’être imprimée.

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On pourra se faire une idée des travaux de M. Pilote et de son assistant, M. Blanchet, en lisant la correspondance que nous écrivions, sur Le Courrier du Canada, le 23 et le 25 de juillet de l’année dernière (1884).

M. le Rédacteur,

Je viens d’avoir l’avantage de passer deux jours dans la paroisse de Saint-Augustin, comté de Portneuf. J'y ai vu et admiré de belles choses ; j'y ai réchauffé des souvenirs du cœur, et, sous le toit hospitalier du saint vieillard qui a charge des âmes de cette paroisse, M. Pilote, nous avons longuement causé du temps où il était le directeur bienaimé du collége de Sainte-Anne de la Pocatière époque où il me donnait le doux nom de ‘ son cher écolier. ”

Saint-Augustin est une paroisse presque aussi vieille que la ville de Champlain, dont elle n’est éloignée que de cinq lieues, en amont du fleuve, du côté du nord. Les registres

remontent jusqu’à près de deux siècles: en 1691; mais on sait qu'il y avait, à Saint-Augustin et peu de temps après la fondation de Québec, quelques habitants desservis par des missionnaires allart de Québec dans “les hauts. ” Ces serviteurs du bon Dieu déposaient les rapports de leurs missions, avec actes de baptême, mariage et sépulture, soit à Québec, soit à Trois-Rivières, ou ailleurs.

L'église actueile fut bâtie en 1809, comme l'indique le millésime gravé en chiffres romains au portail de l'édifice. A cette épôque, c'est M. Lefrançois qui était curé de la paroisse, Cette maison de la prière a conservé, malgré ses 75 ans, un air de jeunesse et de propreté qui réjouit l'œil. L'intérieur est à l’avenant, les améliorations et réparations qu’on y a faites portent le cachet de l'administrateur habile et de l’homme de goût qui en est l’auteur : M. le curé Pilote. Un orgue puissant donne, aux jours de grandes fêtes,

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un éclat de plus aux pompes, déjà si belles du culte catholique : c'est la voix par excellence de nos églises ; c’est elle qui élève l'âme jusqu'au chœur des anges en répandant sur la foule agenouillée et recueillie des flots d'harmonie reli-

“ gieuse. Choron, le compositeur, a dit que “ le mécanisme ! de l'orgue a quelque chose de mystérieux analogue aux

{ mystères chrétiens. ” Outre le mystérieux de ce méca-

nisme, il y a la voix solennelle, majestueuse et grave si propre à jeter dans l'âme toutes les voluptés de l’extase

… religieuse.

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