‹ M. LʹAbbé François PiloteChapitre 12 sur 70 · DRE" AS · texte numérisé non relu

DRE" AS

ete. ; occupé à la surveillance et la direction des travaux énormes de construction qui se sont faits au collége de Sainte-Anne, de 1841 à 1870 ; on est surpris, disonsnous, de voir cet homme traiter avec tant de science la question de l’agriculture au double point de vue de la théorie et de la pratique. La surprise provoque tout naturellement cette question: ‘“ Où et quand ce prêtre, déjà surchargé de travail, a-t-il pris ces connaissances en agronomie ?

L'école d'agriculture de Sainte-Anne, comme toutes les œuvres utiles, a eu ses ennemis, ses détracteurs, plus ou moins sérieux, plus ou moins habiles.

‘ La langue du détracteur est un feu dévorant, ” a dit Massillon. Sur ce feu dévorant, M. Pilote jetait une eau tellement froide, que le feu ne se rallumait plus de ce côté; ou, si l’on veut, ceux qui ont attaqué les œuvres chères à ce prêtre agronome, n’ont pas eu le courage de revenir à la charge : une première réponse leur a toujours suffi. Ils se sont retirés sans tambour ni trompette de la dispute qu’ils avaient provoquée.

Au nombre de ces réponses, on peut placer celle que fit M. Pilote, en 1868, à ‘“ M. Cléophe Cimon, ci-devant député de Charlevoix. ” Ce monsieur, poussé par un ressort qu'il n’osait avouer, avait porté contre l’école d'agriculture de Sainte-Anne des accusations tombant dans la catégorie des accusations en l'air. La réponse digne, motivée, appuyée sur des statistiques, ne se fit pas attendre et prouva à M. Cimon une chose qu’il devait apprendre à ses dépens: c’est qu’un détracteur se ‘détracte lui-même par le seul fait qu’il détracte. Nous donnons ici un extrait de cette belle réplique publiée en brochure.

‘€ Tous les étrangers qui nous ont fait l’honneur d’une visite, n’ont jamais manqué de nous donner les témoignages

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les plus flatteurs. Quand il y a eu des critiques, ils se sont toujours trouvés parmi ceux qui n’ont jamais daigné ni voir, ni lire ce qui s’est fait ici. Etrangers, par calcul ou autrement, à tout ce qui se passe depuis huit ans à Sainte- Anne, ils n’ont pas la moindre idée de l'excellente organisation de l’enseignement et de la pratique agricole à laquelle nous sommes arrivés après des essais laborieux et pénibles.

‘€ Si, avant de nous faire donner ce rude soufflet, on eût pris la peine de lire quelques-uns de nos rapports, ou mieux de venir se renseigner sur les lieux, ou même de questionner à distance une seule personne attachée à l'établissement, on aurait connu la vérité, et on nous eût ménagé cette humiliation. C’est ainsi que, par un seul trait de plume, on fait bon marché des sacrifices énormes de temps, de patience, de repos et d'argent qu’il à fallu faire pour créer une institution capable de rendre les plus importants services, si elle recevait du Gouvernement l’encouragement auquel elle a droit. Et c’est au moment où cette même institution reçoit trois distinctions honorifiques de la part du jury international de l'Exposition universelle de Paris, que M. Cimon vient déclarer que nos écoles (il n’a pas osé dire notre école) ne sont pas ce qu’il faut pour régénérer l’agriculture canadienne, ‘‘ parce que le système, qu’on y enseigne est trop dispendieux. ” Entre M. Cimon et le verdict du jury international, le publie saura bien faire une différence.

‘€ De telles misères usent vite les hommes. Mais si les hommes passent, la vérité reste. Elle finit toujours par prévaloir. Si quelques contemporains sont ingrats, la postérité reconnaissante saura bien leur mettre au front une marque qui les fera reconnaître, ”

Le travail le plus important de M. Pilote est son livre ayant pour titre: ‘“ Le Saguenay en 1851; le passé, le

présent et l’avenir du Haut-Saguenay, au point de vue de la colonisation, ” ayant pour épigraphe : ‘ Emparons-nous du sol, si nous voulons conserver notre nationalité ! ”

On ne saurait être l'ami de l’agriculture sans être, en même temps, l’ami de la colonisation. C’est pourquoi M. Pilote écrivait, dans les observations préliminaires de son livre :

‘ C’est donc un service à rendre à la colonisation du Saguenay que de réunir, dans un certain ordre, tous les renseignements possibles. Cette tâche, plusieurs amis de l’œuvre nous l’ont imposée. La nouveauté du sujet, l’inexpérience, et le peu de temps que nons avions à y mettre, nous faisaient un devoir de refuser. Mais, d’un autre côté, la juste déférence due à la demande d’un haut fonctionnaire, ami sincère de la colonisation, et l’urgence de faire mieux connaître au public tous les avantages du Haut Saguenay, surtout dans un temps où des Canadiens, mus par on ne sait quel esprit, font tant d'efforts pour dépeupler le Bas-Canada, au profit des Illinois, malgré d’hypocrites protestations de ne vouloir conseiller à personne de quitter le Canada ; toutes ces raisons nous ont forcé de ‘céder à de très légitimes répugnances. Le lecteur voudra donc bien se montrer indulgent,. ?

Ce livre renferme des détails très intéressants et fort importants sur les premiers’ missionnaires du Saguenay : les RR. PP. de Crépieul, Druillet, Dablon, Albanel, Cocquart et Labrosse. Nous ne pouvons résister au désir de reproduire une autre page de ce travail précieux, et où l’auteur a parlé de l'avenir de la vallée du lac Saint Jean d’une manière prophétique. En 1851, ces vues au sujet d’un pays presque ignoré ont dû paraître exagérées ou comme les rêves ‘d’une imagination portée à l'optimisme. Cependant, tous ces rêves d'il y a trente-quatre ans se sont réalisés à la

lettre, et plût à Dieu que les écrivains eussent tous le don de rêver de cette manière |!

Voici cet extrait :

‘ A quelques pas du bassin de la rivière Chicoutimi, l'on voit encore la vieille chapelle de la Mission sur le penchant d’une colline qui commande la vue à une assez grande distance, ayant le bassin à droite et la rivière Saguenay à gauche. On a cessé d’y faire les saints offices depuis 1849. Il était temps. Les cent et quelques années qui pèsent sur elle l’auront bientôt écrasée. En 1850, son vieux clocher fortement incliné du côté du portail, menaçait de s’abattre sur quiconque voulait entrer. C’est une vieille relique pleine de touchants souvenirs. Elle rappelle une époque qui, sans être ancienne, semble déjà bien loin de nous, tant on l’a oubliée. Tous les étrangers qui vont à Chicoutimi ainsi qu'à Tadoussac, à peine débarqués, courent vite au poste, voir l’ancienne chapelle, le cimetière, le jardin, etc. Ceux qui connaissent quelque chose des anciennes missions du Canada, quelles que soient leurs croyances religieuses, ne manquent pas de mettre dans leurs sacs de voyage quelques fragments de pierre ou autres objets comme souvenirs. La pierre tumulaire du Père Cocquart, mort à Chicoutimi en 1771 (1), n'existait plus qu’en morceaux, sur lesquels on distinguait des lettres incrustées, et qui avaient appartenu à des mots latins. Les capitaines de vaisseaux et autres étrangers, ont ramassé avec avidité ces divers fragments. M. de Puibusque, écrivain français, et grand amateur d’antiquités canadiennes, en reçut les derniers morceaux de M. le curé de Chicoutimi, il y a trois ou quatre ans. C’est ainsi que des étrangers viennent de plus de mille lieues nous apprendre à donner quelque attention à des souvenirs qui devraient pourtant

(1) Ou en 1766 suivant la liste chronologique etc., de 1634.

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nous être bien chers. Profiterons-nous de la leçon ? Il est bien tard maintenant que tous les registres, livres d'église, tableaux, pierres gravées, etc., ont été perdus, abandonnés sans souci dans les chapelles et sacristies ouvertes au premier venu. Quelques débris ont pourtant échappé à ce honteux gaspillage, et sont en mains sûres. Espérons que ces vieux mémoires ne resteront pas longtemps une lettre morte. ”?

Encore un mot au sujet du livre de M. Pilote, et nous avons fini.

L'histoire du Haut-Saguenay, en 1851, ne pouvait se faire sans parler des travaux accomplis là par deux prêtres dont les noms vivront toujours sur les bords du lac Saint- Jean. Ces noms sont ceux de M. A.-F. Boucher, curé alors de la paroisse de Saint-Ambroise, et de M. N.-T. Hébert, alors curé de Saint-Pascal de Kamouraska. Ces deux grands amis de la colonisation et, par là-même, de leur pays, ont poussé le dévoûment jusqu’à l’héroïsme. En lisant le récit de leurs travaux, de leurs peines et de leurs fatigues, on se demande comment ils ont pu endurer autant de misère sans succomber. Le patriotisme qui s'inspire de la Religion a pu seul enfanter autant de courage et d’abnégation.

Comme souvenir de reconnaissance bien méritée, on a donné à la plus belle paroisse de la vallée du lac Saint-Jean Je nom de son fondateur : Hébertville.

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