LES MÊMES, MOINS LES DEMENAGEURS
JULIEN. — Nous en sommes débarrassés...
Asseyez-vous, près de moi, sur le canapé...
M"^*^ JOLIETTE, obéissant. — Ces gens ont coupé court à mon exaltation. Où en étions-nous restés ?
JULIEN, lui passant le bras autour de la taille.
— A la Chanson du printemps. C'est sur cet air que je vous aime, mon adorée. Je me souviens que vous Pavez joué quand je vous fus présenté...
M'"" JOLIETTE. — Je ne sais par cœur que ce morceau.
JULIEN. — Comme vous êtes jolie ! Je n'arrive pas à croire à mon bonheur. Vous êtes... près de moi... je vous aime, et vous me permettez devons le déclarer.
M'"^ JOLIETTE. — Je me suis souvent représenté ce moment-là, quand je songeais à vous. Je croyais que je serais très confuse, très embarrassée. Et pas du tout, ça me paraît fort naturel...
JULIEN. — M'aimez-vous un peu ?
M'"'' JOLIETTE. — Est-ce que l'on pose de ces questions ? Ne connaissez-vous pas d'avance ma réponse?
JULIEN. — Justement c'est ^quand on connaît d'avance la réponse que l'on pose ces questions.
m"^^*^ JOLIETTE. — Je vous aime... je vous aime parce que vous êtes l'homme le plus capable de me comprendre.
JULIEN. — Nous avons le rnême caractère...
M™® JOLIETTE. — Ou plutôt la même absence de caractère. Avec vous, je me sens à l'aise, comme avec une amie de pension.
JULIEN, timide., — Est-ce que vos amies de pension vous embrassaient ?
M™^ JOLIETTE. — Des fois...
JULIEN. — Me permettrez-vous ?. . .
M*"^ JULIETTE. — Comment ? vous demandez la permission, maintenant... cambrioleur?
JULIEN. — C'est bête... je suis très intimidé...
M'"*' joLiETTE. — Vous emportez toute l'argenterie, et vous hésitez devant les petites cuillers !
JULIEN. — Je suis très enfant, je ne sais par où commencer. D'avance, j'avais formé un plan de séduction ; je pensais : « Je la gagnerai ainsi, petit h petit... place par place... » Et puis, plus rien. Aidez-moi.
M'"^ JOLIETTE, tendant le col. — Mordez à même.
JULIEN, V embrassant. — Ah ! ma chérie... ma chérie ! que je suis heureux!
M"""" JOLIETTE. — Vous Tavcz dit... Prouvezle.
JULIEN, tout contre elle. — Vous ne vous doutez pas de l'impatience avec laquelle j'attendais cette heure ! Comme vous avez été longue à vous décider !
M'"'' JOLIETTE. — J'étais décidée depuis longtemps! Il me fallait un jour de beau soleil comme celui-ci, un samedi, parce que ça porte bonheur, et une circonstance exceptionnelle...
JULIEN. — Vous avez choisi la date de ma fête ?
M'"^ JOLIETTE. — La façon de se donner vaut mieux que ce qu'on donne.
JULIEN r embrasse sans voir le déménageur qui entre. — Il n'y a que vous pour ces attentions-là.