SCENE VI
m""^ lhomme, troublée, — C'est vous, déjà.., ? Nous ne vous attendions pas si tôt.
M. lhomme, hypocrite. — Priez donc le compagnon Narcisse de venir ici. Vous l'accaparez...
m"'' lhomme, troublée. — Mais non... Je lui montrais notre chambre. {Elle sort.)
m. LHOMME, seul. — Ail! la vilaine...! Attention, je vais être imposant. (// prend le bâton.)
Tu... me demandes?...
LE COMPAGNON NARCISSE, entrant
me
demandes?
M. LHOMME. — Cet être est un hideux mélange de cynisme et de... je ne sais quoi.
LE COMPAGNON NARCISSE, dégagé. — Tu n'as pas été long.
M. LHOMME. — Toi non plus. Je sais tout!
LE COMPAGNON NARCISSE. — Gommc Pic de la. Mirandole ?
M. LHOMME. — Ne plaisante pas. D'abord je ne vous tutoie plus; le vous a plus de dignité; je vous invite à l'employer. Vous n'ignorez pas comment on nomme ce que vous venez de faire.
LE COMPAGNON NARCISSE. — Nou... OU appelle ça : l'amour.
M. LHOMME. — Pas du tout... OU appelle ça lâcheté et trahison.
LE COMPAGNON NARCISSE. — Vous êtcs trop intéressé dans l'affaire pour la juger impartialement.
M. LHOMME. — Taisez-vous ! Vous avez manqué^ gravement à l'amitié, vous m'avez déshonoré.
LE COMPAGNON NARCISSE, Conciliant. — Vous avez bien tort de prendre les choses au tragique !
M. LHOMME. — Moi qui vous ai accueilli, invité, comblé!
LE COMPAGNON NARCISSE. — Vous avoucz que ce n'est pas moi qui suis allé vous chercher. Ma parole, c'est inouï ! Vous partagez tout avec moi,,
LE COMPAGNON NARCISSE Gq.
soi-disant, mais vous vous réservez M'""® Lhomme ; il n'y a que ça, chez vous^ qui soit à ma convenance, et vous l'avez assez fait valoir ; j'avoue, entre parenthèses, que vous n'aviez rien exagéré.
M. LHOMME. — Sot que j'étais !
LE COMPAGNON NARCISSE. — Ne VOUS étoiinez pas si j'ai cherché à vérifier. Je veux hien avouer que j'ai été un peu vif. Il ne s'agit que de discuter pour s'entendre.
M. LHOMME. — Je ne discute pas, j'exécute. Je vous tuerai et les jurés m'acquitteront, car je venge mon honneur.
LE COMPAGNON NARCISSE. — Pourquoi moi d'abord, et pas M"'^ Lhomme ?
M. LHOMME. — J'épargne ma femme, elle expiera ses torts par toute une vie de soumission. Quelles sont vos dernières volontés ?
LE COMPAGNON NARCISSE. Que VOUS UC mC
tuiez pas ! '
M. LHOMME, faisant le moulinet, -^ Désolé de VOUS refuser. Je tiens le bon bout, je ne le lâche pas. Etes-vous prêt ?
LE COMPAGNON NARCISSE. — Attendez... nous ne sommes pas si pressés... Si je vous adressais des excuses ?
M. LHOMME. — Je ne les accepterais pas.Oue
6o MONSIEUR ET MADAME LHOMME
faut-il dire de voire part à votre vieille mère ?
LE COMPAGNON NARCISSE. — Un moment : en premier lieu, vous lui direz que je meurs contraint et forcé ; secondement, que je regrette de n'avoir pu lui dire adieu ; troisièmement, que je lui lègue ma mémoire à venger ; quatrièmement...
M. LHOMME, posant le bâton. — Il faut que j'écrive ça, sinon je ne me le rappellerai pas. Répétez, s. V. p.
LE COMPAGNON NARCISSE, SQutant sup le bâton. — Ah ! c'est moi maintenant qui tiens le bambou.
M. LHOMME. — Coquin ! rendez-moi ça tout de suite... Vous allez vous blesser...
LE COMPAGNON NARCISSE. — Poiut! Je VOUS tuC-
rai, et les jurés m'acquitteront, car je suis en légitime défense. A votre tour : vos dernières volontés...
M. LHOMME, s'avance. — Vous oseriez?
LE COMPAGNON NARCISSE. — Halte au falot, ou je cogne. [Moulinet.) Que faut-il dire de votre part à votre vieille mère ?
M. LHOMME. — Après m'avoir déshonoré, vous m'assassineriez ?
LE COMPAGNON NARCISSE. — Oui ; commc ça, c'est plus complet. N'ayez pas peur, je rendrai votre veuve heureuse.
LE COMPAGNON NARCISSE 6l
M. LHOMME, se sauvant. — Je cours chercher le commissaire. (// sort.)