SCÈNE XXI
JULIEN seul, puis MOUFLET.
JULIEN
Là,c'cstàinerveille,M, Mouflet n'aurait pas larde à s'apercevoir qu'il n'a affaire qu'à un poltron et alors adieu la reconnaissance , tandis que maintenant...
MOUFLET, passant la tête par la porte du fond.
PsitI Julien...
JULIEN
C'est vous.
Je te guettais en bas , mais tu files comme une hirondelle ; dis-moi , tu l'as vu ?
JULIEN
Oui, parlons bas... il est là, vous avez affaire à un homme e'pouvan table , à un atroce spadassin.
Le scélérat, j'en étais sûr , c'est un vampire, un Ilan d'Islande, il a du feu dans les narines...
JULIEN
Allons, du courage, ne vous laissez pas abattre, un tel adversaire ne tue pas toujours son homme ; dans tous les cas vous nie léguez votre fillel combien votre lettre m'a touché! je remplirai votre dernier vœu , et si vous avez le malheur de succomber, nous parlerons de vous bien souvent...
Ah ! ça, mais tu n'as donc pas lu le post-scriptum ?
JULIEN
Au contraire , mais pensez-y , l'affaire est ébruitée , et dans votre position , employé du gouvernement, si l'on savait que vous refusez une affaire d'honneur...
Je ne la refuse pas puisque je t'en charge...
JULIEN
Permettez...
Du tout, je ne la refuse pas... je suis employé du gouvernement, c'est vrai, mais c'est justement pour ça que je ne peux pas nie battre... il m'a payé , le gouvernement, il uie paie tous les mois... si ça dépendait de moi, je me battrais; mais je n'en ai pas le droit ; il faut que demain à neuf heures je sois à mon bureau I...
JUi^IEN.
Cependant...
MOVFLET.
D'ailleurs, tu es mon fils... ça se voit tous les jours... on a un garçon , un gendre, on lui dit : va-l'en monter ma garde, va-t'en te battre à ma place, sois utile à ton pays'.
JCLIEW.
Mais je ne demande pas mieux ; certainement que je suis
Erèt à me battre pour vous ; mais je vous répète que votre onneur est compromis... il ne faut pas que vous paraissiez trembler... et je ne vois qu'un moyen d'en finir vite et sans danger.
C'est que je ne voudrais pas qu'il pût se dire plus brave que moi...
JULIE»
n ne l'est pas plus! mais je le crois autant... voici le moyen que je vous propose.
Voyons.
JULIEW.
Je serai voire témoin à tous les deux , j'ai là des pistolets chargés.
icoTJFL£T| reculant.
Chargés !
jnLiEii , bas.
Avec des balles de liège.
J'y avais songé , aux balles de liège I
Tous vous battrez ici à l'instant même , dans cette chambre...
Nous serons bien près î . . et puis je n'ai jamais pu voir un diable de pistolet en face.
JULIE»
Vous ne le verrez pas... pour que le hasard seul dirige les coups, vous vous mettrez chacun a un coin de l'apparteraent, j'emporterai les lumières et vous tirerez.
Mais ce sera tm duel à colin-maillard...
JULIE»
Il est là , je vais l'amener et le prévenir des clauses du combat.
Va, intrépide jeune homme, héroïque surnuméraire. ( Julien entre dans le cabinet. )