CHAPITRE
Avant d'aller plus avant dans la critique, il nous a paru nécessaire de remémorer à nos lecteurs les points les plus importants de la méthode.
Cet exposé sera fait aussi clairement que possible et avec la plus stricte impartialité.
La méthode comprend les quatre opérations suivantes : Trépanation d'un lapin ; Dessiccation de ses moelles ; Préparation du virus moelleux ; Injectio?!. du bouillon à Vhomme.
l'J" TEMPS : TRÉPANATION DU LAPIN.
Voici comment on procède :
On coupe avec des ciseaux les poils qui couvrent le sommet de la tété, puis on divise la peau avec un bistouri sur une longueur de quelques centimètres.
Le crâne se trouve ainsi mis à découvert. Adaptant alors une couronne de trépan au centre de
cette incision, on enlève en quelques tours de roues une rondelle osseuse, de la largeur d'une lentille, ce qui permet d'apercevoir la dure-mère. On pique délicatement cette membrane avec l'aiguille d'une petite seringue Pravaz, et on fait pénétrer à la surface même du cerveau quelques gouttes de son contenu, lequel contenu n'est autre que le prétendu virus rabique de M. Pasteur. On retire alors la seringue et on réunit par deux points de suture la plaie des téguments. Que devient alors le lapin?
L'animal se réveille de l'anesthésie à laquelle il a été soumis, puis* il éprouve du cinquième au sixième jour les effets du virus et de l'opération qu'il a subie. Il devient triste et abattu, mange peu et traîne péniblement ses pattes de derrière. Puis ses pattes de devant s'entreprennent à leur tour, et, la paralysie se généralisant, il tombe sur le côté et meurt le septième jour dans cette attitude sans convulsions, sans cris et sans présenter du reste aucun des symptômes habituels de la rage.
Il est à remarquer, en effet, que le lapin, de même que les autres animaux auxquels M. Pasteur inocule son virus moelleux, succombent sans présenter aucun des symptômes de la rage. C'est une objection que faisait très judicieusement
M. Jules Guérin à l'Académie de Médecine, (séance du 21 octobre 1885). « Ces expériences, disait l'illustre savant, se rapportent à une rage artificielle, à une rage théorique et nullement à la rage des rues, à celle qui est transmise du chien à l'homme. »
L'autopsie des lapins vient également à l'appui de cette manière de voir. On sait que le centre nerveux est (d'après M. Duboué) le siège de la localisation du virus rabique : « Vous aurez beau soumettre à la dissection la plus minutieuse le cerveau, la moelle épinière et le bulbe qui réunit le cerveau à la moelle, a dit M. Constantin James, à qui nous empruntons quelquesuns des passages de ce chapitre, nulle part vous ne trouverez des traces, je ne dis pas seulement de la présence, mais même du passage de ce virus.
Le microscope donne de même des résultats entièrement négatifs : point de microbes ; pas même ces granulations que M. Pasteur avait signalées d'abord comme caractéristiques de la rage. C'est au point qu'en mettant en regard l'un de l'autre le cerveau d'un lapin tué plein de vie dans une garenne, et le cerveau d'un lapin mort de la rage dans nos laboratoires, il vous sera impossible de distinguer le cerveau sain du cerveau contaminé. »
En somme, pour les animaux comme pour l'homme, il n'existe aucune lésion anatomique qui puisse démontrer chez un individu l'existence de la rage. 11 faut donc convenir que cette maladie est peu connue, aussi bien dans ses symptômes que dans ses lésions.