‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 48 sur 104 · COMMENT M. PASTEUR INTERPRÈTE LES · texte numérisé non relu

COMMENT M. PASTEUR INTERPRÈTE LES

Les événements sont venus malheureusement nous donner raison et justifier les réserves que nous avions conseillées à ceux de nos confrères qui ont pu se préserver de l'enthousiasme contagieux, lorsqu'on leur a annoncé les miracles de la rue d'Ulm.

Les faits qui se sont succédé montrent que M» Pasteur ne guérit pas la rage. Il n'y aurait pas là de quoi récriminer; mais la manière dont le maître interprète ses insuccès est de nature à nous inquiéter sérieusement sur la méthode et les procédés scientifiques employés à lEcole normale.

M. Pasteur s'est d'abord bien gardé de communiquer à la Presse et à nos académies la mort des Russes qui étaient repartis complètement GUÉRIS et qui ont succombé en très grand nombre dès leur arrivée en Russie. Ceux-ci avaient, du reste, été mordus par des loups, qui donnent,

paraît-il, une rage spéciale, réfractaire à la méthode. Mais les décès survenus à l'îIùtel-Dieu, chez des individus mordus par des chiens^ n'ont pu être dissimulés. Il a donc fallu s'exécuter, et voici en quels termes M. Pasteur a fait connaître la mort de l'un d'eux, dans sa communication adressée au Figaro et au Petit Journal, ses organes attitrés :

Le 25 mai arrivait à Pari«, en compagnie de plusieurs de ses compatriotes, un Roumain, nommé Jean Gagu, agriculteur à Vasluin,

Ces malheureux, mordus dans la journée du II mai par un chien enragé, venaient se soumettre aux inoculations de M. Pasteur.

Descendus dans un hôtel du boulevard Saint-Michel, ils repartaient samedi soir pour leur pajs, complètement GUÉRIS, sauf Gagu, qui avait été pris, dans la journée même, de symptômes ressemblant à ceux de la terrible maladie.

Transporté àTHôtcl-Dieu et mis dans une chambre spéciale, il se montra d'abord relativement tranquille, manifestant seulement quelque inquiétude lorsqu'il entendait marcher dans le couloir voisin.

Mais vers 9 heures, pris tout à coup d'un accès épouvantable, il fallut lui mettre la camisole de force el lui injecter une forte dose de morphine. Enfin, après une nuit et une matinée fort agitées, Gagu a rendu le dernier soupir hier, à trois heures quarante-cinq du soir, dans un accès d'une violence épouvantable.

Le malade n'a pas montré Thorreur des liquides qui

se manifeste ordinairement chez les enragés. Il a même bu avec satisfaction à plusieurs reprises.

// se pourrait donc que Gagu eut succombé tout siyiiplement à un accès de delirium tremsns ; mais il faut allendre, pour se prononcer, les résultais de lautopsie.

Ainsi, voilà comment M. Pasteur interprète les faits. En premier lieu, les malades retournent en Roumanie complètement guéris. Mais que savez-vous, grand maître, s'ils sont guéris, puisqu'il est démontré que l'incubation de la rage peut se prolonger jusqu'à 240 jours. La preuve qu'ils ne sont pas guéris est fournie de la façon la plus catégorique par la mort de ce malheureux que vous aviez déjà inscrit parmi vos succès avant son arrivée à l'Hùtel-Dieu.

Mais où le fait est plus grave, c'est lorsque vous annoncez que Gagu est probablement mort du DELiBiuM TREMENS, puisqu'H n'a pas montré Vhorreur des liquides. En agissant ainsi, grand maître, vous altérez la vérité et vous nous montrez que vous ignorez absolument les symptômes de la maladie que vous prétendez guérir. Non, M. Pasteur, les individus atteints de la rage n'ont pas toujours l'horreur des liquides; c'est là une croyance du siècle dernier que vous et les gens du monde avez seuls conservée. Les enragés boivent; ils boivent souvent avec avidité jusqu'à

la fin. Cela est écrit dans tous les traités classiques, et si vous aviez surveillé vous-même les victimes qui sont mortes à l'Hôtel-Dieu, vous auriez vu qu'elles n'ont pas toujours eu l'horreur des liquides. L'un des enragés que vous aviez inutilement inoculé a accepté des mains deM.Tillauxun verre d'eau qu'il a bu en sa pré sence un quart d'heure avant de succomber.

En insinuant que le malade est mort du delirium tremens et non pas rabique, vous altérez la vérité et vous faites planer une imputation malveillante sur une honnête victime de la rage canine.

Il est vrai que vous aviez déjà déclaré que la petite Lepelletier, morte également de la rage après votre traitement, était morte d'une méningite.

Prenez garde, M. Pasteur, en agissant ainsi, vous nous permettrez de mettre en doute votre honorabilité scientifique et alors que deviendra votre méthode? La Presse médicale, qui s'est cru obligée de garder le silence jusqu'à ce jour, quittera cette prudente réserve et arrivera à critiquer les faits. Ce que nous avons bien voulu considérer jusqu'à ce jour comme de l'ignorance de votre part pourrait alors être interprété autrement.

Que dire, par exemple, du silence prudent que

vous avez observé à Tégard de la mort des trois Russes qui ont succombé depuis leur retour en Russie et que vous aviez fait figurer parmi les complètement guéris. Vous aurez plus tard des comptes à nous rendre. 11 ne suffit pas de dire : « J'ai guéri 1,500 enragés. » Il faudra vous mettre en mesure de dire, dans quelques mois, si vos 1,500 enragés sont encore vivants.

Est-il besoin d'ajouter que nous désirons au moins autant que vous que la rage soit curable et que vous fassiez disparaître cette affection qui, tout en n'occasionnant que 28 décès par an dans toute la France, n'en est pas moins le cauchemar du genre humain. Xous serons donc les premiers à faire très humblement Je pèlerinage de la rue d'Ulm lorsque vous aurez démontré que votre système de traitement par l'atténuation des virus s'applique à la rage et surtout aux autres maladies virulentes qui, comme la syphilis, ont une toute autre importance, dans notre cadre pathologique.

Un autre décès survenu à Grenoble mérite encore d'appeler l'atlention et montre comment on pratique la vérité scientifique dans le grand laboratoire de la rue dUlm. Xous avons souvent affirmé qu'il existait à l'Ecole Normale une agence de publicité ayant pour tâche de tromper le

public. Les quelques extraits que nous allons donner en fourniront la preuve.

On verra, d'autre part, par ces extraits du Temps, qu'on ne sait la vérité sur les agissements pastoriens qu'en s'adressant à des « correspondants particuliers », c'est-à-dire indépendants de la coterie de la rae d'Ulm.

On remarquera que tous ces faits scientifiques ne viennent à la connaissance du public médical que parla voie des journaux politiques (comme pour les pastilles Géraudel) I

Commençons par une citation du Figaro :

I. « Le Peut Lyonnais annonce la mort, à Grenoble, de M. Marins Bouvier, qui avait été mordu par un chat enragé, et qui, après trois ou quatre inoculations au laboratoire de M. Pasteur, avait commis la Jante de ne plus venir se faire soigner. Il n'a pas continué le traitement, et il a malheureusement payé de sa vie cette imprudente négUgence. »

Voilà ce qu'annonce, le 23 juillet, le Figaro. dans une note communiquée et mensongère.

IL Autre antienne : on lit dans la Liberté (journal pastorien), 25 juillet 1886 :

« La rage. — On écrit de Grenoble diU Petit Lyonnais :

« Il y a quelque temps, M. Bouvier, domicilié à la « Greille, était mordu par un chat enragé. 11 partit

« pour Paris afin de se faire traiter par M. Pasteur. « A son retour, M. Bouvier se montrait très satisfait « de son voyage et faisait les plus grands éloges de « M. Pasteur pour les soins qui lui avaient été prodi- « gués. C'est le 30 avril qu'il avait été mordu et au- « jourd'hui (20 juillet), après 8\ Jours, vers deux heu- « res et demie, le malheureux était amené à l'hôpital, « dans un fiacre, les bras et les jambes liés. Il écu- « niait et était en proie à de terribles contorsions. Le « docteur Hermil a constaté qu'il était atteint depuis 0 quarante-huit heures de délire hydrophobique. Pouce vier est mort dans des souffrances épouvantables. »

« Nous sommes allés aux renseignements et voici ce que nous avons appris :

« M. Bouvier, mordu à la main gauche par un chat enragé et non par un chien, s'est présenté le 4 mai au Laboratoire de M. Pasteur, où il a subi une première inoculation. Il y est revenu les 5, 6 et 7 mai. }tl?iis, à partir de celte date, u. paraît n'avoir pas conlimié le traitement,

« C'est, du moins, ce qui semble résulter d'une lettre écrite par M. Bouvier à M. Pasteur, lettre dans laquelle il s'excuse de partir précipitamment pour Grenoble, une dépêche lui annonçant que sa femme est gravement malade.

« Le nombre des personnes inoculées jusqu'à ce jour au Laboratoire de M. Pasteur s'élève à 1,630, sur lesquelles 12 décès ont été constatés : 5 personnes ont succombé aux morsures de chiens, 1 à celle d'un chat (Bouvier) et 6 aux morsures de loups. »

Le chiffre de mortalité avoué ici est absolument faux. Ce qui est vrai, c'est le chiffre fantastique des inoculés, attendu qu'on inocule tous ceux qui se présentent, le but étant d'avoir un chiffre énorme d'inoculés (quelconques) à oppo ser au chiffre des morts de rage à la suite d'inoculations.

III. La note vraie est enfm donnée par le Temps, toujours Pastorien. mais avant tout respectueux de la vérité comme de ses lecteurs.

On lit dans ce journal à la date du 20 juillet 1886 :

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