‹ M. Pasteur: histoire d'un savantChapitre 18 sur 23 · LES SUJETS DETUDES. — LA RAGE · texte numérisé non relu

LES SUJETS DETUDES. — LA RAGE

Depuis le jour où un ministre disait à AL Pasteur qu'il n^y avait pas quinze cents francs au - — / ^yKP

budget p'our lui allouer des frais de laboratoire, __ ^

la science a obtenu un peu plus de considération. '

Aujourd'hui elle n'a pas à se plaindre; elle est

traitée en souveraine; se£ écoles tendent à de- rr ■ " *

venir des palais; elle a une liste civile largement -.

suffisante, elle est assez riche enfin pour payer ses recherches. Le laboratoire de AL Pasteur a eu sa bonne part des générosités bien placées de rÉtat. Le Conseil municipal de Paris a même voulu donner à ce laboratoire de vastes dépendances. Le vieux jardin du vieux collège Rollin

354 HISTOIRE d'un SxVVANT.

a été mis à la disposition de ]\I. Pasteur, qui

s'est empressé de bâtir des écuries pour y loger

■ — . des chevaux atteints de la morve, des étables pour y abriter des moutons charbonneux et un chenil pour y enfermer des chiens enragés. Mais, tout en profitant de cet endroit hospitalier, M. Pasteur a voulu conserver dans le sous-sol de son laboratoire de la rue d'Ulm tout un monde de bêtes en expérience. Isolés dans des cages rondes et à peu près rassurantes sont les chiens enragés : les uns atteints de rage furieuse, mordant leurs barreaux, dévorant du foin, pous-

j£^— r^ sant ces aboiements lugubres que l'on ne peut oublier quand on les a entendus une fois; les Ç. autres portant le germe de la terrible maladie, maïs caressants encore et le regard huiTuHe d'une

pém\ ^<^* tendresse qui implore un regard. Les poules et les poulets passent leur tête à travers les lattes des cages de bois. De temps en temps, un coq chante du fond de sa caverne « une aube obscure)). Les lapins mangent impassiblement, pendant que des petites familles de cochons d'Inde se groupent et poussent, à la moindre alerte, un gloussement craintir. Tout ce monde est destiné à des inoculations prochaines. Chaque matin, on fait le tour de ce petit hôpital d'animaux con-

damnés. On relève les morts et on va les porter, dans une des salles supérieures, sur les planchettes d'autopsie.

C'est aussi sur des planchettes que Ton attache les animaux vivants qui doivent servir à une expérience. Certes, quand on arrive devant un chien couché, les pattes liées, le regard perdu, le corps secoué d'un tremblement d'effroi, sur le point de subir, en pleine santé, une opération sanglante, on ne peut se défendre d'un mouvement de pitié. Mais il suffît d'être entré une fois dans un laboratoire de physiologie pour envisager la vivisection sous son seul et vrai jour: l'intérêt qu'elle offre à la science et le résultat qu'elle peut avoir pour le bien de l'humanité. D'ailleurs, au laboratoire de ]\L Pasteur, tout chien vivisecté est un chien chloroformé. Les polémiques engagées sur la vivisection tiennent à ce que les gens du m.onde ne voient que la souffrance ou l'angoisse d'un animal là où il faut surtout voir la solution d'un problème. Est-ce que le physiologiste anglais Harvey aurait découvert la circulation du sang s'il n'avait pas pratique la vivisection sur les biches du parc du roi Charles P'? Est-ce que

.^ . Claude Bernard aurait pu, sans la vivisection,

démontrer la fonction glycogénique du foie ? Est-ce que si M. Pasteur n'avait pas sacrifié quelques poules et quelques moutons, le grand

:^__ fait scientifique de Tatténuation des virus aurait

été découvert? Qu'importe que cinq cents chiens

^— périssent, si l'on trouve demain la cause de la

;" rage, les moyens de la prévenir et si Thumanité

^ „^-^. est préserve'e de cet épouvantable fléau ?

Un jour, devant une grande assemblée, M. Pasteur faisait une expérience sur^Foxygène de Fair. Il plaça sous une cloche un oiseau qm^au bout de peu de temps, après avoir consommé la provision d'oxygène enfermée dans la cloche, se mit en boule, ouvrit le bec et ferma les jeux comme un oiseau qui va mourir. M. Pasteur introduisit à ce moment un second m.oineau qui, passant sans transition de l'air ordinaire sous cette cloche, tomba immédiatement asphyxié. Il ^ y eut un petit cri d'efîroi, un mouvement de sensibilité dans Tauditoire. Pendant que le premier moineau qui l'avait échappé belle était délivré et se ranimait peu à peu, M. Pasteur se tourna vers rassemblée :

« Jamais, dit-il, je n'aurais le courage de tuer un oiseau à la chasse; mais quand il s'agit d'expé-

LE LABORATOIRE DE l'ÉCOLE NORMALE. 357

riencès, je ne suis arrêté par aucun scrupule. La science a le droit d'invoquer la souveraineté du' but. »

Aussi, tous les animaux du laboratoire^ depuis les petites souris blanches qui se cachent sous un paquet de ouate jusqu'aux chiens qui aboient furieusement dans leur cage de fer, sont-ils voués à la mort. Mais ce ne sont pas seulement les hôtes du laboratoire qui chaque matin défilent sur les planches d'opérations ou d'autopsie. De divers points de la France on adresse souvent à M. Pasteur des bourriches pleines de poules mortes du choléra ou de quelque autre maladie. Voici un énorme panier bondé de paille : il renferme le

cadavre d'un porc qui a eu le mal rouge. Ce ^

fragment de poumon,, expédié dans une boîte de fer-blanc, vient d'une vache atteinte de la péri- —-^-^ pneumonie. D'autres envois sont plus précieux encore. Depuis que M. Pasteur est allé, il y a deux ans, guetter à Pauillac le retour d'un bateau qui devait ramener des passagers atteints de fièvre jaune, il reçoit quelquefois d'un pays lointain une bonne dose de vomito riegro en bouteille.

Partout, sur toutes les tables de travail, on ne

/ ^ __^is Jfêt^- 'kîS'T^i'^^E d'un SAVAyrr-^'^ /f^9CétA^

' ^/^. y^voit que des tubes remplis de sang, des lamelles chargées de gouttelettes. Dans les étuves sont rangés les ballons de cultures o^uï ressemblent à des petits flacons de liqueurs. Une pointe d'ai- ^ - guille trempée dans un de ces ballons suffirait

à donner la mort. Enfermés dans leur prison de

^.. verre, vivent et se multiplient des millions et

)A/JfM / des millions de microbes. Â^^P^'^/^^^^^l /h^ ^ 'fr^-> C'est vraiment un curieux spectacle que cette officine de recherches et de découvertes. Que de ffJAAk'^ choses sont à Tétude et avec quelle ardeur et ^^^5//V/ - quelle patience à la fois M. Pasteur aborde tant ^lA^^ de sujets différents! Ce n'est pas seulement aux '^***^ *' maladies les plus redoutables qu'il aappliqué^la ^m^<M^ théorie des germes, il a voulu retendre encorc^à ^it^i "^ certaines maladies communes. Tout lui est sujet d'expériences. Au mois de mai 1879, ^^^ P^^' sonne qui travaillait au laboratoire eut de nom- Kïyfwtl: ^^^'-^^ furoncles, se répétant, comme cela se voit d'ordinaire, à courts intervalles de temps, tantôt sur un point du corps, tantôt sur un autre. Constamment préoccupé du rôle des êtres microscopiques, ^I. Pasteur se demanda si le pus des furoncles ne contiendrait pas un parasite dont la présence, le développement et le transport fortuit ici ou là dans l'économie, après qu'une

porte lui en aurait été ouverte, provoquerait rinflammation locale, la formation du pus et expliquerait la récidive du mal.

Le pus d'un premier furoncle situé à la nuque ■ fut recueilli avec une grande pureté ; quelques jours après, on recueillit le pus d'un second, puis d'un troisième furoncle. Le pus ou la lymphe^ sanguinolente de la proéminence rouge avant Tapparition du pus furent ensemencés dans un bouillon stérilisé et chaque fois on vit se développer un microbe formé de petits points sphé-< riques associés par couples de deux grains fréquemment réunis en petits amas. Le liquide de culture était tantôt du bouillon de poule, tantôt du bouillon de levure de bière. Avec Teau de

levure, les couples de petits crains sont en sus- Cm^iK^^Cu pension dans toutes les parties du liquide qui en U^^^^M^^

est uniformément troublé. Avec les bouillons de,/?>^v*^^ poule, les couples de grains réunis, en petits />,r * amas, tapissent les parois du vase, et le liquide A-ik^ ♦ reste limpide tant qu'il n'est pas agité. ''-• ■ '"'•'

De nouvelles observations furent faites sur . ' ** une série de furoncles d'un homme que le docteur Maurice Raynaud avait adressé à AL Pasteur. Le même parasite rut retrouve, parasite unique sans mélange avec aucun autre. xV Thôpi-

36o HISTOIRE D UN SAVANT.

tal Lariboisière, une femme, dont le dos e'tait couvert de furoncles, fut l'occasion d'une nouvelle expérience et du même résultat. Il paraît

"^ , donc certain que tout furoncle renferme un

, * parasite microscopique aérobie et que c'est à lui

^ que sont dues l'inflammation locale et la forma-

tion du pus qui en est la conséquence.

En inoculant sous la peau de petits cochons d'Inde ou de lapins les liquides de cultures, on provoque la formation de petits abcès, abcès qui disparaissent promptement. Tant que la guérison de ces petits abcès n'est pas achevée, on peut retirer de ces abcès l'organisme microscopique qui les a formés. Si l'on recherche la tr«r-*^^- présence du petit parasite dans le sang de la t^W^^ circulation générale des personnes atteintes de f Cir**^**^ furoncles, on ne le rencontre pas. La cause en ^^^f^/M^» est «ms doute qu'un parasite aérobie a tou- Jjj^0^i^^ jours quelque peine à se développer dans le sang. *l,^à^^ Les globules prennent pour eux et ne cèdent pas #^V^ , volontiers à un organisme étranger rox3^gènc dont ils ont besoin. Il v a lutte pour la vie, et J ^^ dans la lutte contre des furoncles la victoire ^ n'est pas douteuse. On pourrait donc croire que '*^ le petit organisme des furoncles n'existe pas dans

^ ^^*le sang, mais si on pouvait mettre en culture.

LE LABORATOIRE DE L ECOLE NORMALE. 36i

au lieu d'une gouttelette de sang, quelques grammes ou davantage, on réussirait sans doute à avoir des cultures fécondes. Le^etit parasite ^ doit être, à un moment ou à un autre, charrié par ^ le sang et transporté d'un furoncle, où il est en voie de développement, sur un autre point du corps, où il peut fortuitement s'arrêter, se cultiver et former un nouveau furoncle. « Il serait à . souhaiter, disait M. Pasteur, qu'un malade voulût bien se prêter à de très nombreuses piqûres sur divers points du corps, loin des furoncles forme's ou en voie de formation, afin que Ton pût pratiquer une foule de cultures du sang de la circulation générale. Je suis persuadé, ajoutait-il, qu'on rencontrerait parfois des cultures fécondes du petit organisme des furoncles. » Mais pendant que le docteur Maurice Raynaud mettait ainsi des diathèses furonculeuses à la ^ disposition de M. Pasteur, le docteur Lannelongue lui permettait d'étudier la très grave maladie des os et de leur moelle, qu'on appelle l'ostéomyélite. Au mois de février 1880, l'habile chirurgien qui a publié un travail très estimé sur l'oste'omyélite et la possibilité de sa guérison par la trépanation de Tos, suivie de lavages et de pansements antiseptiques, emmena M. Pas-

teur à rhospice Trousseau. Une petite fille de douze ans, atteinte de cette cruelle maladie, devait être opére'e^ Le genou droit était très enflé, ainsi que toute la jambe jusqu'au-dessous du mollet et une partie de la cuisse au-dessus du genou. Après avoir chloroformé Tenfant, le docteur Lannelongue pratiqua, au-dessous du genou, une longue incision qui fit sortir du pus en grande abondance. L'os du tibia découvert se montra dénudé sur une grande longueur. Trois trous de trépan furent pratiqués dans l'os. A chacun de ces trous, le pus se montra en grande quantité. Le pus de l'extérieur de Tos et le pus de Tintériejir, ^l. Pasteur les recueillit f ^^^ avec tous les soins de pureté convenables, et, y rentré dans son laboratoire, les examina attentivement. L'observation directe au microscope des deux pus fut extrêmement intéressante. Il était sensible que ces pus contenaient en grande quantité un organisme pareil à rorganisme des furoncles, par couples de deux et quatre grains 4^u^ et par p'aquets de ces mêmes grains, les uns à ^ contours nets, accusés, les autres peu visibles

et à contours très pâles. Le pus extérieur offrait en abondance des globules de pus, celui de Tintérieur n'en montrait pas. C'était comme une

LE LABORATOIRE DE l'ÉCOLE NORMALE. 363

pâte toute formée de microbes, rappelant cer- "-^^^^^^^ » tains amas psorosperniiques, tellement nombreux et tellement jeunes de vie et de multipli- ^ cation qu'après Tensemencement des liquides de culture, en moirts de six heures, le développe- ^ ment du petit microbe était commencé et visi- ^^ ble à Toeil nu par un trouble faible, mais gêné- *^^^^^^ rai du liquide. Sa ressemblance avec l'organisme *'^^**^i du furoncle est si grande qu'on devrait affirmer ~<:u:d. - , l'identité des deux microbes, si Ton ne savait "***'**> combien les différences physiologiques peuvent ^^^ être grandes entre des parasites microscopiques de même aspect et de mêmes dimensions.

A mesure qu'il avançait dans cet ordre d'études, M. Pasteur trouvait â l'Académie de médecine des confrères qui, vivement intéressés par de telles recherches, faisaient tout pour les seconder. C'est ainsi que M. Villemin, médecin en chef du Val-de-Gràce, — qui a découvert avec une telle sagacité la contai^ion de la tuber-

364 HISTOIRE d\'X SAVANT.

culose, — ne laissa jamais, au moment de l'épidémie de fièvre typhoïde qui se'vissait sur Paris il y a deux ans, passer dans son service un cas de fièvre typhoïde sans le signaler à M. Pasteur qui allait recueillir lui-même le sang des morts. Que de gouttes de sang sont ainsi enfermées dans des petits tubes, que d'essais encore infructueux de culture pour chercher la cause de cette maladie qui fait tant de victimes ! Il est une autre maladie sur laquelle M. le docteur Hervieux appela spécialement l'attention de M. Pasteur, une maladie qui frappe un si grand nombre de femmes, la fièvre puerpérale. M. Pasteur alla dans le service de M. Hervieux, à la Maternité, visiter une femme accouchée depuis quelques jours et atteinte de la fièvre puerpérale. On fit à cette femme^ à Taide d'une épingle, une piqûre à Findexde la main gauche qui avait été d'abord lavé à Talcool et à l'acide phénique dilués, puis essuyé avec un linge flambé. La goutte de sang recueillie fut ensemencée dans du bouillon de muscles de poule. Les jours suivants, la culture resta stérile. Le lendemain, après une nouvelle piqûre, on recueillitdu sang qui. cette fois, se montra fécond. La femme mourut trois jours après. Le sang renfermait donc déjà, au moment où M. Pasteur

Pavait recueilli, un parasite microscopique cultivable trois jours au moins avant la mort. Dix- - huit heures avant que cette femme mourût, on

avait ensemencé du sang pris au pied gauche et, , ^

comme la précédente, la culture s'était montrée -^-^ — ^ féconde. Mais, — le fait vaut la peine d'être noté, — tandis que la première culture féconde \^ ne renfermait qu^un microbe qui ressemblait à -"celui des furoncles, l'autre culture contenait un

[ \ microbe en longs chapelets, flexibles, en petits

paquets enchevêtrés comme des fils de perles- '■ ^

brouillés.

Quand on fit Tautopsie de cette femme, on constata une grande abondance de pus dans le / péritoine et l'utérus. Ce pus fut ensemencé avec "-? toutes les précautions voulues. Du sang, pris dans ^ les veines basilique et fémorale, fut également / ensemencé. Partout il fut facile de constater les /

longs chapelets de grains en petits paquets — ^-Wi:

\ J enchevêtrés, et partout sans mélange d'autres organismes, excepté dans la culture du pus du péritoine qui, outre les longs chapelets de grains, montra également le petit vibrion pyogénique que M. Pasteur avait déjà signalé sous le nom d'organisme du pus.

M. Pasteur alla de la Maternité a l'hôpital

IGG HISTOIRE d'un savant.

Lariboisière, où on lui avait signalé une autre femme qui venait également de mourir de la fièvre puerpérale. Par une ponction dans le péritoine, il recueillit du pus qui s'y trouvait en abondance; il Tensemença, ainsi que le sang d'une veine du bras. La culture du pus fournit les longs chapelets et le petit vibrion pyoge'nique. La culture du sang ne donna que les longs chapelets très purs.

AL Pasteur fit beaucoup d'autres observations du même ordre dans des cas de fièvre puerpérale. Il est arrivé à cette conclusion que l'on range sous Texpression de fièvre puerpérale des maladies à symptômes variés, mais qui paraissent toutes être le résultat de l'envahissement d'organismes communs qui se développent à la surface des parties blessées et de là se répandent sous une forme ou sous une autre par la voie du sang ou celle des lymphatiques, dans telle ou telle partie du corps. Ils y déterminent des formes morbides variables avec la nature des parasites et la constitution générale des sujets. M. Pasteur est convaincu que, peut-être à l'exception des cas où le corps renfermerait déjà avant Taccouchement, par la présence d'abcès internes ou externes, des organismes microscopiques, la mé-

thode antiseptique doit être souveraine pour empêcher la fièvre puerpérale de se déclarer. /T^, -, L'emploi de Tacide phénique peut rendre de J ks/f^Aj grands services, mais son odeur, et souvent la triste association d'idées qu'il éveille, peut avoir des inconvénients pour les accouchées. Il n'en f, s est pas de même de l'acide borique en solution •-^-û'^'^^-^ concentrée à la température ordinaire, qui contient de 3o à 40 grammes d'acide pour un litre d'eau.

(( N'y aurait=il pas une grande utilité', disait M. Pasteur en développant ces idées et ces observations devant l'Académie des sciences, de mettre auprès du lit de chaque malade la solution concentrée et tiède d'acide borique avec des compresses très fréquemment renouvelées, après avoir été trempées dans la solution, et cela dès après l'accouchement ? Ce serait également agir avec prudence que de porter les compresses, avant de s'en servir, dans un poêle à air chaud, à une température de i5o degrés, plus que suffisante pour tuer tous les germes d'organismes vulgaires.^

« J'ai exposé, ajoutait-il, les faits comme ils m'ont apparu, et j'en ai hasardé des interprétations; mais je ne me dissimule pas que, sur le

terrain médical, il est difficile de se soustraire entièrement à des préoccupations subjectives. Je n^oublie pas davantage que les études médi- — cales et vétérinaires me sont étrangères. Aussi j'appelle de tous mes vœux les jugements et les critiques. Peu tolérant pour la contradiction frivole ou de parti pris, dédaigneux du scepticisme vulgaire qui érige le doute en système, j^appelle le scepticisme militant qui fait du doute une méthode et dont la règle de conduite a pour devise : Encore plus de lumière. »

Depuis que ces idées ont pénétré plus avant dans la pratique, les hospices des Maternités, me disait dernièrement un médecin distingué, ne connaissent presque plus les fièvres puerpérales. L'emploi d'une solution au millième de sublimé corrosif, qui est un des meilleurs antiseptiques, donne d'excellents résultats et écarte tout danger. N'est-il pas permis d'espérer que les fièvres puerpérales disparaîtront bientôt, ainsi qu'a disparu l'infection purulente des hôpitaux depuis lesj)ansemenis de Lister?

LE LABORATOIRE DE l'eCOLE NORMALE. Sôg

En 1882, une nouvelle maladie préoccupa le laboratoire de T École normale, maladie dont on ne connaît pas même le nom à Paris, mais qui dans les campagnes fait de grands ravages, le rouget du porc. C'est encore un'"^*^^^ ^^^jv^jtmicrobe qui tait le mal, et ce microbe, ce fut ^ .

Thuillier qui l'aperçut le premier en étudiant ^^^^^^^ dans une petite commune du département de la Vienne le sang et les humeurs des porcs morts--~___:^^ du rouget. On s'empressa au laboratoire d'instituer les expériences capables de démontrer que le microbe était bien Fauteur de la maladie. |AWx>t^

On cultiva le microbe dans du bouillon de veau -^.

stérilisé, on passa de cette culture à une culture — ■ — ^ vivante en prenant toujours pour semence une gouttelette de culture précédente. Inoculées aux porcs, ces dernières cultures provoquèrent le mal rouge sur certaines races de porcs. La preuve était donnée. C'était bien une maladie microbienne.

\ •» K N ^ M. Pasteur, accompagné de Thuillier et d'un f/AA^vAA^^j^g préparateur, M. Loir, alla étudier à son QVt^ tour la maladie dans le département de Vaucluse. 11 resta plus d'un mois, dans le canton de Bollène, chez un vétérinaire, M. Maucuer, qui le promena à travers toutes les porcheries de Parrondissement. Après avoir eu recours à l'action

^- ^^. de l'oxygène de Pair pour atténuer la virulence

-, .— — ^- du microbe, M. Pasteur tenta des essais de

1^/^^.^, V:accination. Des porcs vaccinés restèrent dans

le canton de Bollène, sous la surveillance de

M. Maucuer. Les propriétaires s'étaient engagés

à conserver leurs vaccinés pendant une année

au moins. Au mois de septembre dernier, tandis

^7 que le rouget sévissait partout dans le canton

^ de Bollène et dans l'arrondissement d'Orange,

pas un vacciné n'était frappé. « Ils sont tous

florissants, » écrivait M. ALaucuer. Une adresse

de reconnaissance était adressée à M. Pasteur

par le conseil municipal de Bollène.

Mais, malgré ces heureux résultats, la question de l'appropriation des vaccins aux diverses races exige encore de nouveaux contrôles pour que la vaccination des porcs puisse être généralisée.

Bientôt on tenta au laboratoire une autre

yv^/rx

rXA/V^ V^"^- i/t^ V^-^"""^^ V*W*^,KA^

LE LABORATOIRE DE L ECOLE NORMALE. Syi

méthode que la méthode de Toxygène de Fair . pour atténuer ce virus du rouget.

M. Pasteur avait établi que les virus ne sont pas des entités morbides; qu'ils peuvent affecter -- — des formes et surtout des propriétés physiologiques nombreuses, dépendant des milieux où ces >-^ virus vivent et se multiplient. Bien que la viru- - — — lence appartienne à des espèces vivantes micro- ■— scopiques, elle est essentiellement modifiable. On "-peut Tafiaiblir, on peut Fexalter et chacun de ces — états est susceptible d'être fixé par la culture. Un microbe est virulent pour un animal quand il a la faculté de pulluler dans son corps à la manière d^un parasite et d'y provoquer, en se régénérant lui-même, des désordres pouvant amener la

maladie et la mort. Si ce microbe a vécu dans

une espèce animale, c'est-à-dire qu'à diverses reprises il soit sorti d'un individu de cette espèce pour pénétrer dans un autre individu de cette même espèce, sans avoir subi une influence extérieure sensible pendant Tintervalle des deux passages, on peut considérer la virulence de ce parasite comme arrivée, en quelque sorte, à un état fixe et maximum pour les individus de la race. Le parasite charbonneux, par exemple, -^^ propre aux moutons, varie peu d'un sujet à un

autre, d'une année à une autre, pour un même pays; il faut l'attribuer sans doute à ce que, de passage en passage, à travers les moutons, Faccoutumance du parasite à vivre dans le mouton a atteint un état pour ainsi dire définitif. Il en est ainsi du virus vaccin jennérien. Mais la virulence d'un virus, qui n'est pas à son maximum d'action, peut être essentiellement modifiée par son passage dans une suite d'individus d'une même race. On se i-appelle que lorsque M. Pasteur et ses collaborateurs voulurent rendre au virus-vaccin du choléra des poules et du charbon et d'autres maladies encore des virulences progressivement croissantes, pour les amener finalement à des virulences maximum, ces virus furent inoculés à de jeunes sujets et successivement à des sujets plus âgés

« L'Académie se souviendra sans doute, disait M. Pasteur dans une communication récente,

— de ce virus -microbe que nous avons décou-

.^- vert autrefois dans la salive des hydrophobes.

~- Très virulent pour les lapins, ce microbe s'est montré, au contraire, inofîensif pour les cobayes

■— ^ adultes; mais il tue rapidement les cobayes âgés de quelques heures ou de quelques jours seulement. En poursuivant les inoculations de co-

LE LABORATOIRE DE L'ÉCOLE NORMALE. Sj'}

bayes a coba^^es jeunes, nous avons vu la vi- • rulence s'exalter et arriver facilement à tuer des ^^-•^.#n|»H cobayes d'un âge plus avancé. Les lésions même avaient fini par différer notablement. L'accrois sèment dans la virulence par les passages successifs dans les individus d'une race était manifeste.

(( Mais le résultat nouveau et inattendu que je tiens à signaler à l'Académie consiste en ce que le microbe, après avoir accru sa virulence par les passages successifs à travers le corps des cobayes, se montre ensuite moins virulent qu'auparavant vis-à-vis des lapins,

(( Dans ces nouvelles conditions, il donne aux ' v ^X. lapins une maladie guérissable spontanément, et, en outre, cette maladie, une lois éprouvée, V^vT^f^^ l'animal devient réfractaire au microbe mortel ^ du lapm. De la cette conséquence capitale que, ^ ^ J

par l'accoutumance à vivre chez une espèce €xi/X/«** ' (cobaye), le microbe, correspondant à une virulence déterminée, peut changer cette virulence dans ce qu'elle a de propre à une autre espèce (lapin), la diminuer et faire qu'elle devienne un vaccin pour cette dernière espèce. -- — ' L^i

(( Ce résultat est d'une importance qui ne saurait échapper à personne, car il renferme le

secret d'une méthode nouvelle d'attc'nuation pouvant être appliquée à certains virus les plus virulents. Nous allons en avoir un exemple et une application.

(( Si Ton inocule dans le muscle pectoral d'un pigeon le microbe du rouget du porc, le pigeon meurt dans un intervalle de six à huit jours, après avoir présenté les symptômes extérieurs apparents du choléra des poules.

(( Lorsque le sang de ce premier pigeon est inoculé à un second pigeon, le sang de celui-ci à un troisième, et ainsi de suite, le microbe ;'acclimate sur le pigeon. Le caractère en boule du sujet et sa somnolence, effets habituels de la maladie, apparaissent en beaucoup moins de temps que pour les premiers pigeons de la série. La mort également survient plus rapidement; enfin le sang des derniers pigeons se montre beaucoup plus virulent pour le porc que les produits mêmes les plus infectieux d'un porc mort du rouget, dit spontané.

« Le passage du microbe du rouget du porc par les lapins conduit à un tout autre résultat. Les produits infectieux d'un porc mort du rouget ou leurs cultures inoculées au lapin les rendent toujours malades et les font périr le plus souvent.

LE LABORATOIRE DE L ECOLE NORMALE. SyS

(( Si l'on inocule le rouget de lapin à lapin, le microbe s'acclimate sur le lapin. Tous les animaux meurent et la mort arrive en un petit nombre de jours. Les cultures du sang de ces lapins dans les milieux stérilisés deviennent progressivement plus faciles et plus abondantes. Le microbe lui-même change un peu d'aspect, devient un peu plus gros que dans le ^.^^ porc et se présente sous la forme d'un 8, sans / l'allongement filiforme de certaines cultures.

« Vient-on à inoculer aux porcs le sang des derniers lapins, par comparaison avec celui des premiers de la se'rie, on constate que la virulence a été progressivement en diminuant du premier lapin aux lapins suivants. Bientôt le sang des lapins inocule' aux porcs n'amène plus la mort, quoiqu'il les rende malades. Après leur guérison, ils sont vaccinés contre le rouget mortel. »

Mais au milieu de ces études entreprises, il en est une quidomineles autres, qui, depuis trois ans, concentre à elle seule les efforts de M. Pas- - teur et de ses élèves : c^est la rage. Mystérieuse par son incubation, effrayante par ses symptômes, cette maladie attirait depuis longtemps M. Pasteur, quand il l'aborda en 1880. Outre l'attrait d'un problème obscur, il sentait que s'il ^..,__ parvenait à découvrir rétiologie probablement ]^, microbienne d'une maladie pareille, il empor-

terait tous les esprits dans le courant des idées '

^ - nouvelles. Bien souvent il avait été frappé sinon

de l'opposition, du moins de la réserve prudente et circonspecte dont témoignaient, dans l'examen de ses doctrines, bon nombre de médecins qui, dominés par ce que Télément moral peut provoquer de modifications dans les symptômes et le développement d'une maladie chez Thomme, ne sont pas portés à établir la moindre assimilation entre les maladies humaines et les maladies

trt^*^ ^E LABORATOIRE DE L ECOLE NORMALE. 877 i

des espèces animales. Certes, on comprend que

les qualités affectives, les graves préoccupations

de famille, l'effroi conscient de la mort, du grand \/vvt^»^

inconnu, puissent changer chez l'homme le

cours du mal, Taggraver, le précipiter même. - o>

Mais, tout en reconnaissant^ — car personne n'est plus que lui un être de sentiment, — ce qu'il y a de profondément vrai dans cette opinion, M. Pasteur ne peut s'empêcher de penser que l'origine première, la cause de telle et telle maladie contagieuse est physiologiquement la même dans les deux groupes, et que notre corps,' en dépit de notre supériorité morale, est exposé '' r]/]

^^^^ aux mêmes dangers, aux mêmes désordres que

[ le corps des animaux^.

Pour triompher de ces résistances il fallait donc, après les grandes expériences du charbon, s'attaquer à une maladie qui fût à la fois commune à l'homme et aux animaux, une maladie où l'expérimentation, la seule mais la grande force de M. Pasteur, fût souveraine. La rase offrait tous ces avantages.

Ce fut encore le docteur Lannelongue qui /// signala à M. Pasteur un premier cas d'hydro- / / phobie. Le lo décembre 1880, un enfant de // / cinq ans, qui avait été mordu au visage un mois / /

^/é^è^^A^^^ ^^irSTOIRE d'uX savant, iU^^AM^

^^____^ auparavant, était mourant à l'hospice Trousseau.

^,__^__ Dévore' à la fois d'une soif ardente et pris d'hor-

reur pour tout liquide, il approchait de ses lèvres

^ ^.^ le goulot d'une cafetière fern:ie'e et tout à coup il

-=^— - — ^ se rejetait en arrière, la gorge contractée, en

— • — ^ proie à une colère telle qu'il insultait la sœur

"""""^ occupe'e à lui donner des soins. Il e'tait pris en

y rz^^ Qiême temps d'aérophobie à un degré prodi-

,2iLhÀ»^ gieux. A un certain moment, le talon d'un de ses

pieds sortit du lit. Un interne souffla dessus.

^^^....^ Uenfant n'avait pas vu l'interne et le souffle

^ ^ était si léger qu'il était pour ainsi dire insen-

^ ^ sible. Mais le pauvre petit entra en fureur et un

spasme violent le saisit à la gorge. Le lendemain

^.„^^ le délire commença, délire effrayant. Les ma-

. tières spumeuses qui remplissaient son gosier

^^'^'^^^^ -n'étouffèrent.

.,.^,^ Quatre heures après sa mort, on recueillit les

i Ay^ mucosités du palais de cet enfant, on les délaya

^^^ — ~ . dans un peu d'eau et deux lapins furent inoculés

^**ri^* sous la peau de l'abdomen. Les lapins périrent

^/ 1 en moins de trente-six heures. La salive de ces

^ ^' lapins morts transmit, en outre, la maladie à de Ni

nouveaux lapins. Ne semblait-il pas que l'on eût

affaire à une inoculation de la rage ? Telle fut, en

effet, la conclusion du docteur ^Liurice Raynaud

qui, informé en même temps que M, Pasteur '^

de la maladie rabique de Tenfant, avait fait, de son côté, des expériences sur des lapins. Les lapins étaient morts. Une année auparavant,

M, Maurice Ravnaud avait déjà annoncé la o^

. - . . \ y A ^ A vu ^^^h6^%

transmission par la salive de la rage de 1 homme ,^

aux lapins. « Nous sommes |donc en présence " *^ « A<? d'un nouveau fait de ce genre, disait-il, et nous ^ „-^ l^Jù^ croyons bien, jusqu'à ce que la preuve du contraire nous soit donnée, que les derniers lapins sont morts de la rage. »

Avec sa prudence habituelle et comptant plus sur les résultats de l'expérimentation que sur -.^ — ^.^^

l'observation clinique seule, M. Pasteur ne se . -.-

hâta pas de conclure aussi nettement. Il commença par faire ce que le docteur Maurice Raynaud avait négligé, il étudia au microscope les VUvtOïo tissus et le sang de ses lapins de laboratoire inoculés; il constata, soit qu'ils fussent sur le point de mourir, soit qu'ils fussent morts, l^a ^ présence d'un microbe spécial, facilement culti- ^Çv^a/*^^^ vable à Tétat de pureté et dont les cultures suc- Qr^çto cessives firent périr d'autres lapins. Invariablement le même microbe apparaissait dans le sang. Comme il suffisait d'un ou deux jours pour provoquer la mort, la rage, dans un si

^i^W^^âV.//., «ISTO^^^ ^'UN SAVANT. . -^j^e^^^i^,^

/(u^^ court espace de temps, n'avait pu apparaître.

>»^y* Ce microbe d'ailleurs, M. Pasteur le retrouvait

. ^t^t^*/ dans la salive d'enfants morts de maladies com-

.^t^^u. ■ munes et même dans la salive normale d'adultes

^ * sains. C'était un nouveau microbe provoquant

une maladie inconnue jusque-là. Il se montrait

'^Mr-tA^'<- à M. Pasteur, dans ce cas d'expe'riences faites

j avec les mucosités du palais de l'enfant, comme

un simple compagnon du virus rabique.

Ce microbe de la salive se cultive très facilement dans des bouillons stérilisés, celui de veau, par exemple, et on peut faire des séries successives de cultures en passant de l'une à l'autre par ensemencement de la précédente. La virulence persiste. Pourrait-on, se disait M. Pasteur, atténuer la virulence par l'action de Toxygène ; h-V^ de Fair? Ce serait établir, par un nouvel exemple,

, la généralisation de la méthode d^attenuation ^9^

J-£2îr/ ^ par rox3'gène. Les essais réussirent. Si Ton a ' l/vu*^ soin de ne mettre, ainsi qu'on le fait pour l'atté- Vyu^ nuation du choléra des poules, qu'un intervalle >•—

^ de quelques heures entre une culture et la cul- -^^^

^ ture suivante, la virulence des cultures successi- -^ —

i^iL^V^* ves du microbe de la salive se conserve en quelque ^sorte indéfiniment. Si Ton s'arrange, en d'autres ^*^

^ LE LABORATOIRE DE l'ÉCOLE NORMALE. 3Si

termes, pour que les cultures se succèdent de douze en douze heures, les lapins inoculés par ^ *•'

les dernières cultures meurent aussi vite que par i ^ les premières. Thuillier avait eu la patience de '

faire ainsi quatre-vingts cultures au contact de A f- Tair et quatre-vingts cultures dans le vide, — car lé microbe de la salive est à la fois aérobie * et anaérobie. Les quatre-vingtièmes cultures Vl/>/a^^ y tuaient aussi vite que les premières. Mais si i ^ ù Ton vient à comparer les cultures successives, ^^"^^^^ en les laissant séjourner au contact de Pair -^ ^^^ avant de passer d'une culture à la suivante, la | ^/k^\J virulence des cultures s'affaiblit. Ainsi que pour

^ le choléra des poules, on peut donc obtenir

. des cultures atténuées du microbe. Toutefois,. \ .. à la différence de ce qui se passe pour le cho- *^4jiAy^ léra,les cultures du microbe de la salive, expo- (. a J^o sées au contact de Tair, périssent très vite. -^.^^^ Il suffit de deux ou trois jours d'attente, pour K y^v^f^ quune cultorè^Tnère ^rde toute virulence, if^ ^^^^ La semence, prise en quantité quelconque, ne féconde plus une culture nouvelle. Mais, avant de périr , cette culture passe par des degrés i/l^ très divers de virulence progressivement aflai- ' blie, et il est facile, a\-ec ces cultures, de rendre '^■n'i^^' des lapins malades, sans amaier leur mort. ..' V^uU

HISTOIRE tiVlfN» SA V-'i^N'-fC " ^ ^ 1' fVj.

^^^^ Une fois guéris, ils résistent à une inoculation __ mortelle pour d'autres. L'oxygène de l'air est

'y / bien le transformateur de ce virus virulent en ^^ ,

virus vaccin, car si le sang virulent ou si les cultures qui ont ce caractère restent enfermés f ^^^^^ dans des tubes clos à l'abri de l'air, ils gardent, non pas seulement pendant quelques heures^ mais même pendant des mois, leur vie et leur virulence d'orif^ine.

Bien que de tels résultats fussent aussi nouveaux qu'inattendus et qu'une cause de confusion dans rétude du terrible problème fût ainsi écartée, ces premières recherches n'étaient point /y^^^y marquées par un progrès dans Tétiologie de la ^A44ijt^' rage. La question restait tout entière.

Inquiet de la longue incubation du mai, je cette obligation d'attendre, pendant des mois entiers, le résultat d'une expérience, quand le sujet en comporte de très nombreuses^ M. Pasteur chercha bientôt à donner la rage à coup sûr etaTa faire apparaître plus rapidement. Malgré l'affirmation d'un professeur de l'école vétérinaire de Lyon, qui avaFt assuré que seule la bave du chien enragé contenait le virus de la rage et qu^ll avait échoué dans tout autre essai d'inocu-

Jation, soit avec la substance du cervelet ou de la moelle allonge'e des chiens enragés, M. Pas- • teur inocula sous la peau à des lapins et à des cmenT, avec toutes lés pre'cautîons ne'cessaires de pureté, diverses parties du cerveau d'un chien mort enragé. La rage se déclara chez les chiens et chez les lapins, avec une durée d'incubation à peu près égale à celle qui suivait les cas de rnprsure ordinaire. Quelle que fut la nécessité de se soumettre encore à cette incertitude d'incubation, un résultat très gr a"ÏÏiI~etiIt acquis "f^'n ^^ ^ti^ pouvait inoculer la rage avec une matière <!«SdW^ autre que la bave. Ôut^e que la bave est toujours Va^ impure, qu'elle renferme un microbe spécial . ^"tt-Ade la salive doué d'une virulence spéciale, elle j^ 4^*^ oÏÏraîF^d'autres inconvénients ."'Il fallait, dans A^t^^e^^ la poursuite des recherches, avoir sans cesse à sa /^vc^4^

disposition de la bave de chiens atteints de rage. '/^ /jMt^ Or,^ la bave perd en vingt-quatre heures sa viru-yt^c^/ jj^ lence rabique. L'existence de la virulence rabiqûe 9^\^A^^. daHsTéncéphalc mettait, aîTcôntraire, à la dîspo- . \é( À^

sition de Texpérimentateur le virus dans' un ^

grand état de pureté, abondant et susceptible de longïie conservation.

L'idée vint alors à M. Pasteur et à ses prépa-

rateurs d'inoculer la matière rabique virulente, à Tetat de pureté, sous la dure-mère, à la surrace du cerveau d'un chien. Pourquoi ne porterait-on pas jd' emblée, se disait M. Pasteur, le virus la où il doit agir et se de'velopper ? Après a^ir. pratiqué dans le crâne d'un cliîenchlôrotqfnie une trepanatîon7~ôn'"depôsa à la surface de^on cêrvêàû'une parcelle du bulbe d'un animal mort de la rage. L'influence du chloroforme une fois dissij)ée, le chien reprit toutes les apparences de la santé. Il mangea le soir même. STais, au bout de quelques jours les symptômes de la rage apparurent. L" animal devenait triste, inquiet, il bouleversait sa litière, refusait toute noui^rlture. Bientôt un hurlement lamentable et aigu fut le premier signe de la voix rabique, qui n'est qu'un long cri de souffrance et d'ap)pel, où s entremêlent des aboiements a'nallucinations. La dépravation de l'estomac commença. Il avala du foin et de la paille^ il devint furieux, agité de convulsions violentes; il mourut enfin irès un dernier accès. Pendant toute cette

îtte^c

riode, le laboratoire était dans la joie. On était àonc en possession d'une méthode qui permet-

trait d"abrc2;er sin2:ulièrement la durée d'incubation et de donner la rage à coiy'sïïFrX.es

essais se multiplièrent : tout chien trépane' et qui reçut à la surface du cerveau un peu du bulbe d'un animal enragé succomba à la vchzq dans une période qui atiejgnait rarement vingt jours. L'exercice de cette méthode ne démontrait-il pas, en outre ,'"^que la rage est une maladie de Fencéphale, que le siège" du virus rabique, loin d'être exclusivement dans la bave, est avant tout propre à la matière cérébrale?

D'autres résultats qui agrandissent celui-ci ne se firent pas attendre. Il fut établi que non seulement le cerveau est rabique, mais que la moelle épinière, dans toute sa longueur, peut être rabique, et que les nerfs eux-mêmes, dans tout leur trajet, du centre à la périphérie, peuvent contenir le virus de la rage S'il existe un microbe deki ra^e, ce microbe a dans le corps, pour milieu de culture par excellence, l'encéphale, la moeîTe et les nerfs. Il fut établi, en outre, qu'il y avait des localisations du virus dans telle ou telle partie du système nervéïïT et qu'il faïïait chercher dans ce fait les différences si considérables des symptômes rabiques dans les divers cas de la rage. Au moment de la mort, la moelle allongée j)u bulbe est toujours rabiqjae. Il fut établi enfin qu'on pouvait donner la ra^c,^t

A4aZ^^ 386 HISTOIRE D UX SAVANT.

presque aussi rapidement que par trépanation, en inoculant la matière nerveuse rabique dans le système circulatoire sanguin, — par "une

veine."

'~Én présence de tels faits, on se rend aisément compte de ce qui se produit dans les cas de morsure par un chien enrage'. Le système sanguin porte à la surface du ccrveauouTTlâr'surîacerHe la moelle le virus qui s'y cultive en tel ou tel point, et envahit peu a peu la matière nerveuse. (^Ile-ci serait pro.^ressivement attaquée sûr tous ses points, si la mort par le bulbe n'arrivait pa^ presque toujours avant que la propagation du virus puisse s être généralisée.

^ Bil VlJ M

Les glandes de la salive sont souvent rabiques, sans doute parce que les nerfs qui s'y rendent y déversent peu à peu "le virus."Ainsi s'explique la présence de ce virus dans la bave des chiens enragés, où de tout temps, depuis q"ueT"a maladie est connue, il a elé (ïOîîïiîIfe'. Lorsque la moelle ou certaine de ses parties se trouve prise la première par le virus, une paralysie générale précède souvent la mort. La rage n'est alors, le plus souvent, ni aboyeuse, ni mordeuse, le chien est caressant jusqu'à la fin. ^-^ .^---—

LE LABORATOIRE DE l'eCOLE NORMALE. 38-j

(c Quand on examine avec soin, disait, au mois de juilletjiernier, le préparateur de M. Pasteiïf7^ï7"^ux, dans sa thèse de doctorat en médecine, quand on examine avec soin un peu de la pulpe fraîche du cerveau d'un animaM^^V/*'*»^ enragé et en même temps par comparaison la suBstance d^un animal sain, il est très difficile de faire une différence. Il semble cependant que, dans la matière rabique, outre les granulations qui sont à profusion dans'la pulpe saine, il existe de petits points d'une extrême finesse, presque ^

imperceptibles avec nos plus forts grossissements. Dans le liquide céphalo-rachidien, si Iim->% ^^^%J^ i pide en apparence, on parvient avec beaucoup x^^y. A

d'attention, à découvrir les mêmes petits points/

Est-ce Là le microbe de la rage ? Quelques-uns n'hésitent pas à l'affirmer. Pour nous, tant que la culture du microbe en dehors de l'organisme n'aurà'pas été faite et que la rage n'aura pas été communiquée au moyen de ces cultures, nous nous abstiendrons d'en parler. »

Mais le grand problème de la rage est moins encore d'en isoler le microbe que de trouver le mo3Tn de prévenir ralTreuse maladie.

En ce moment même, on est en pleines expé-

riences. Chiens mordeurs et chiens mordus rempUssent le laboratoire. Sans compter les centaines de chiens qui, depuis trois ans, sont morts enragés au laboratoire, il ne se passe pas à Paris un cas de rage dont M. Pasteur ne soit averti. « Caniche et bouledogue en plein accès, lui télégraphiait, il n'y a pas longtemps, un vétérinaire ; v^nez. » ]\I. Pasteur me proposa de l'accompagner et nous partîmes en emportant ^'x lapins dans un panier. Les deux chiens étaient rabiques au dernier point. Le bouledogue surtout, un énorme bouledogue, hurlait, écumait dans sa cage. On lui tendit une barre de fer, il se jeta sur elle, et on eut grand^peine à la retirer de ses crocs ensanglantés. On approcha alors un * d[és Tapins de la cage et on fit passer a travers les barreaux Foreille pendante du lapirT^effaré. ^fais, malgré les excitations, le chien se rejeta dans le fond de sa cage et refusa de mordre. U/^ Hnous faut cependant, dit ]\L Pasteur^ino-

culer Jesjcipins avec cette bave! )>

Deux garçons prirent une corde à nœud coulant et la jetèrent au chien comme on jette un lacet. Le chien fu^pris et ramené sur le bord de la cage. On s'en empara, on lui ha la mâchoire et le chien, étouffant de colère, les yeux injectes de

LE LADORATOIRE DE l'ÉCOLE NORMALE. SSg

sang, le corps secoué d'un spasme furieux, fut e'tendu sur une table et maintenu immobile, pendant que M. Pasteur, penche' à la distance d'un doigt sur cette tête ecumante, aspirait, à Taide d'un tube effilé, quelques gouttes de bave. C'est dans ce sous-sol de vétérinaire et à la vue de ^

ce tête-à-tête formidable que M. Pasteur m'est ^ÊfÊm apparu le plus grand.

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