‹ M. Sans-GéneChapitre 8 sur 30 · HENRIETTE , EUGENE · texte numérisé non relu

HENRIETTE , EUGENE

HENRIETTE

Eh bien ! monsieur Eugène, que dites -vous de noire voyageur ?

EUGENE

Ah ! j'ai l'honneur de saluer madame Sans-Gêne.

HENRIETTE , étonnée.

Comment, madame Sans-Gêne !

EUGENE

Et îe la félicite sur son prochain mariage.

Henriette; Mon prochain mariage !

EUGENE

Sans doute , puisqu'il n'attend plus que l'arrivée de monsieur votre père.

HENRIETTE

Qui?

EUGENE

Monsieur Sans-Gêne.

HENRIETTE

Pourquoi ?

EUGENE

Pour vous épouser,

HENRIETTE

Qui vous a dit cela ?

Lui-même. Vous êtes sa femme.

HENRIETTE

Sa femme !

EUGENE

Tout est convenu.

HENRIETTE, Avec qui?

EUGENE

Avec personne. Mais il n'a qu'àparler , et c'est une chose faite»

HENRIETTE

Comment , il aurait vraiment l'intention?.... EUGENE.

De s'emparer de vous comme d'un effet à lui appartenant ; et qu'il vient réclamer.

HENRIETTE

Ah ! doucement } s'il vous plaît.

AIR nouveau.

Disposez, monsieur Sans-Gêne > Du logis du haut en bas ; Mais ne vous flattez-pas Que jamais je vous appartienne;

Henriette est pour Eugène, Et nous allons sous vos yeux De cette heureuse chaîne Former les nœuds. Or, désormais, Calmez le feu qui vous tourmente :

Nos cœurs jamais L'un pour l'autre ne seront faits ; Non, non, jamais, m S J EUGENE.

Quelle grâce touchante, Et combien cet aveu m'enchante!

On ne verra jamais Tant de candeur et tant d'attraits !

Non, non, jamais.

EUGENE

Avec quelle impatience

J'attends hélas! le retour

Qui doit, de notre amour,

Nous assurer la récompense.

Mais si , par la médisance ,

Notre hymen était rompu ,

Trompant mon espérance,

Changerais-tu ?

Réponds ? mais je me tais,

Un pareil doute est une offense.

Eh 1 quoi , tu trahirais

Les premiers sermens que tu fais ;

Non, non jamais.

3 J d ^ HENRIETTE.

Non , rien jamais Ne refroidira ma constauce.

Quoi ! moi , je trahirais Les premiers sermens que je fais !

Non, non, jamais.

HENRIETTE

Quoi ! vraiment ! vous croyez qu'il m'aime :

EUGENE

Il me l'a déclaré très-posit.vemeut.

HENRIETTE

A son âsre !

EUGENE

Cela ne doit pas vous étonner.

AiR : Sur le penchant.

De la beauté , puissance enchanteresse \

Il n'est point d'àgê à l'abri de ses traits ;

Son seul aspect enflamme la jeunesse,

De la vieillesse il déride les traits;

Soumis par toi, quand je te rends les armes ,

Un vieux garçon te les rend à son tour:

Et nous devons , tous les deux , à tes charmes,

Moi, mon premier, lui, son dernier amour.

HENRIETTE

Pourtant, si les informations que mon père est allé prendre n'étaient pas en votre faveur.

EUGENE

Pouvez-vous le supposer ?

HENRIETTE

Je m'en rapporte à vous-, moi, je ne sais pas ce que vous faisiez au Havre.

EUGENE

Mes études de marine.

HENRIETTE

Que cela?

EUGENE

Vous croyez que ce n'est rien ?

AIR : Eh ! vogue, vogue. \ Du Vaisseau amiral.)

J'apprenais l'art de voyager

Sur les vastes plaines de Tonde $

J'apprenais à m'y diriger

Contre la lame et le danger.

Sans bouger, parcourant le monde,

J'ai visité tous les climats,

Et ceux où le tonnerre gronde,

Et ceux que glacent les rrimats :

J'ai déjà de l'île de France,

Et du, cap de Bonne-Espérance

Eeccivin le paisible bord.

sans-gene dans la coulisse.

Amis, un dernier verre encor. i^*-)

HENRIETTE; à Eugène, On vient , fuyez....

EUGENE

Oui, mais j'espère, Par Thymen conduit vers Cythère, Y toucher bientôt à bon port Avec gentille pèlerine; Et vive , vive {ter) la marine \

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