SCÈNE
JAVOTTE
Ail premier mot sur Landry, il a pris sa pipe.,, et tu sais ce que cela veut dire.
SUZANNE
Ah ! mon Dieu! il était donc bien en colère?... Voyons, ma tante, puisque vous êtes la voisine de Landry et que votre mari est mon tuteur, votre devoir est de me rendre service; vous êtes la forte tête du pays, tâchez d'arranger fout ça pour le mieux et surtout pour le plus vite possible !
JAVOTTE
Mais es-tu sûre de Landry? a-t-il promis de t'épouser?
SUZANNE. '
Certainement, ma tante; il m’avait promis d'abord, et puis c'était oui, et puis c’était non, et puis reoul, et puis renon; enfin, il m’a juré que si la récolte des pommes était bonne, on y penserait peut-être du printemps prochain en un an.
JAVOTTE
,6ui-;da! mais ce n'est pas ainsi que je L'entends, ni toi non plus, je pense; aussi, à la première occasion, je donnerai à cet amoureux nonchalant une leçon dont il se souviendfa.
SUZANNE
Oh ! ma tante, je ne veux pas.
JAVOTTE
Et qui le fera te prendre au plus vite, qu'il y ait -des • pommes ou qu’il n’y en ait pas. ..
■ SUZANNE
Oh! ma tante, je veux bien.
JAVOTTE
Mais, voyons... sérieusement... où en sont les choses?
M’SIEÜ LANDRY
Ne rougis pas... ne regarde pas tes sabots... Ainsi, il te fait la cour bien ardemment?
SUZANNE
Oh! oui.
JAtOtTE.
Mais arec beaucoup de respect?
SUZANNE
Oh! oui.
JAVOTTE
Je parie qu'il a déjà voulu t’embrasser?
' SUZANNE
Oh ! oui.
JAVOTTE
Qu’il t’a donné des rendez-vous?
* SUZANNE
Oh.' oui.
Et que tu y as été?
SUZANNE
Oh!... (Od énteikd LandtV chanter au dehon.) Ma taUtC, ma
tante, m’sieu Landry est déjà revenu ; on le voit d'ici dans la cour qui déshamache son âne... Comme il est gentil I
iXVOtTE.
Qui ça?
SUZANNE
M’sieu Landi'y! (a la feaetre.) Yot’ servante > m’sieu Landry.
JAVOTTE
Eh bien! es- tu folle? Retire-toi, tais-toi.
SUZANNE
Mais, ma tante, c’est lui qui m’a saluée le premier.