CHOEUR DES DAMES
Axe Dieu tout puissant par qui le comestible.^
' Ah ! quel Bonheur Taspect de là nature Fait éprouver aux cœurs parisiens !
Les champs , les bois , les prés et la verdure Sont les plus doux et les premiers des biens.
M. VERMOiîT', nn curedent à sa bouche.
Quel déjeûner ! et madère et Champagne ï Pâtés truffés , et faisans-, et perdrix ! Quels bons repas on fait à la: campagne.
LO BOTTE
Lorsque Fon fait tout venir de Paris.
(iES DAMES.
Ah î quel bonheur ! l'aspect de la nature , etc. , etr^ M. VERMONT.
Pour l'appétit , l'aspect de la nature Est enchanteur , car il double le mien ; J'estime peu les prés et la verdure ; ^ Pour moi, la table est le souverain bien,
LOLOTTE, h Mad. de LimeuiU Eli bien î cousine, comment vas-tu?
Mad. de limeuil.
Merci, cela va m'erîx... on est si bien dans cette terre.., en vérité^ mon oncie, vous avez fait là une acquisition superbe ►
M. VERMOIVT.
Gui.... c'est pas mal, c'est campagne.... des arbres, des
feuilles mais j'en ai là pour 5oo^ ooo francs^ et avec
5oo, ooo francs, je pourrais aclieter du trois ou du cinq... des actions de la banque, ou de la caisse hypothécaire.
Mad. VERMOIÎT..
Et le bonheur d'être propriétaire.
M. VERMOIVT.
La belle avance!.. pour devenir un contribuable... pour payer des impôts... c'est bon pour des bourgeois, pour de petites gens, qui ne peuvent pas prêter à l'état... alors c'est juste qu'ils lui donnent.... mais pour un capitaliste, c'est humiliant!
Mad. VERMONT.
Laissez-moi donc tranquille...
M. VERMONT
Ouiy madame, c'est humiliant, et puis ça fait du tort, ça retire des fonds de la circulation , on a l'air de réaliser et de faire Charlemagne... mais vdus , cela vous est égal .... vous n'avez vu là-dedans que le bonheur d'être Dame châtelaine j et de pouvoir dire « ma propriété! » et en effets c'est bien la vôtre; pour ce que j'y viendrai... le samedi, après la bourse, et repartir le lundi matin.
Mad. VERMONT.
C'est ce qui en fait le charme... Le mari est à ses affaires, et la femme à ses occupations champêties et particulières... c'est pour cela que foutes les femmes d'agens dechange ont des maisons de campagne... mais moi^ vous le savez bien , c'^ un autre motif... c'est le soin de ma santé. Le docteur m'avait ordonné Tair de la campagne.
M. VERMONT
Oui... une ordonnance qui me coûte 5oo,ooo fr.Tenez^. ne me parlez pas de votre docteur : vous êtes à Paris une vingtaine de femmes qui faites sa réputation et sa fortune ^ Un petit docteur à l'eau de rose.
Mad. DE LIMEUIL.
Si l'on peut dire cela de M. Roselyn!
Mad. VERMONT.
Un médecin à la mode , à qui rien n'est impossible .... il m'a guérie de mes migraines.
Mad. DE CERNAT.
Moi, de mes vapeurs.
Mad. RAYMOND.
Et Oscar, de la coqueluche.
M. VERMONT
C'est singulier^ il n'a dans sa clienielle que de jeunes darnes^ de jeunes mères... pour les maris ^ les frères et les oncles. . il paraît qu'on ne sait pas les guérir.
LOLOTTE
Sans doute... ce n'est pas son état, puisque c'est un médecin des dames.
M. VERMONT
Air : Tenez, moi, je suis un bon homme.
On dit, voyez la calomnie, Pour que ses soins soient assidus , Qu'il faut être fraîche et jolie , Et n'avoir que vingt ans au plus.
. Mad. VERMONT
Une pareille impertinence Vient des médisans et des sots.
iOLOTTE , montrant Mad. Fermant.
Et puis ma tante est là , je pense , Pour faire tomber les propos.
M. VERMONT
Ail ça ! madame, vous n'avez pas oublié que nous dînons tous aujourd'hui chez le sous-préfet.
Mad. VERMONT.
Ah! mon dieu, non... nous ne sortirons pas... le docteur l'a bien défendu.
TOUTES LES DAMES
Oh! oui^ le docteur l'a défendu.
M. VERMONT
C'est ça, venir à la campagne pour ne pas sortir dn salon... Alors ^ ma clière nièce, vous allez avoir la bonté d'écrire à notre amphytrion une lettre d'excuses.
Mad. DE LIMEUIL.
Ah ! mon dien, mon oncle^ je ne demanderais pas mieux^ mais voici l'heure de mon bain, et le docteur Va ordonnéaï. VERMONT.
Au diable le docteur et ses ordonnances... il faudra que ce soit moi qui réponde.
Mad. VERMONT.
Où est le mal?
M. VERMOKT.
Le mal est... que je n'aime pas à écrire... parce que les lettres, ce n'est pas mon genre... dès que je sors des chiffres, je ne m'y retrouve plus.
Mad. VERMONT.
Ecrivez-la en chiffres.
M. VERMONT, entrant dans le cabinet à droite. C^est cela; comme une note diplomatique.
Mad. DE LIMEUIL.
Adieu, mesdames.
Mad. VERMONT.
Adieu, ma toute belle... est-ce que tu souffres?
Mad. de limeuil.
Oui , j'attends ma migraine.
TOUTES, la reconduisant.
Pauvre femme!
( Au moment ou Mad. de Limeuil va sortir, on entend le bruit d'une voiture.)
Mad DE CERNAT, s^ approchant de la Jenêtre.
Mesdames^ mesdames^ écoulez donc... le bruit d'une voiture.
Mad. VERMONT , ct voix basse.
C'est lui, je le parie.... il m'avait bien promis que s'il pouvait s^échapper...
TOUTES
Qui donc?
Matl. VERMOJVT.
Le docteur. •
Air : de VEcu de six francs,
TOUTES
Le docteur ! ô destin prospère !
LOLOTTE
Le docteur ! ô destin contraire \ Pour notre projet c'est fînr.
luad. DE CERTTAY, à mai. Vermont, Ce n'est pas possible , ma chère , Paris ne peut vivre sans lui.
Mad. VERMOWT.
Si vraiment... Du moins aujourd'hui^ En été sa journée est franche ; Car la campagne à tant d'attraits , Que les gens comme il faut, jamais Ne sont malades le dimanche.
Mad. VERMONT, Mad. DE CERNAT Ct Mad. RAYMOND.
Courons vite à sa rencontre.
{Elles sortent,)