SCÈNE VIII
ROSELYN, Mad. DE LIMEUIL, LOLOTrE,
ROSELYN.
Je VOUS assure qu un tour de jardin vous fera du bien»
Mad. DE LIMETJIL.
Cela se peut... mais je u'eu aurais pas la forcc.car pwr
être venue de mon appartement jusqu'ici^ je me sens cl*une faiblesse...
ROSELTN.
Asseyez- voos^ et reposons-nous un instant, (// fait asseoir Mad. de Limeuil, et s'assied à côté d'elle.)
Mad. DE LIMEUIL.
Lolotte, laissez-nous.
LOLOTTE, Cl part.
C'est ennuyeux, on me renvoie toujours quand il arrive... les laisser en têie-à-tête... passe encore si c'était le colonel. {Elle sort par le fond).
ROSELTJY.
Cette faiblesse est TefTet du bain... Voyons s'il y a de la fièvre.,. ( lui prenant la main ) On voit le sang circuler à travers cette peau si blanche et si fine.
Mad. DE LIMEUIL.
Mon dieu ! docteur.... comme votre main tremble î...
PiOSELYW.
Je craignais qu'il n'y eût de l'agîtalion... elle est calmée.
Mad. DE LIMEUIL.
Eb! mais... comme vous me serrez la main... prenez garde, vous me faites mal.
ROSELYN.
Pardon j je voulais voir... Oui, la peau esi excellente... et les yeux ?
Air : Je Céline.
Un seul instant , je vous en prie , Tournez -vers moi ces yeux charmans ; Quoique pleins de mélancolie , Comme ils sont doux et séduisans.
Mad. DE LIMEUII..
Sont-ils mieux ?... pour moi je l'ignore.
,f ROSELYïr.
Oui , madame, j'ai quelque espoir ; Mais je n'y trouve pas encore Tout ce que je voudrais y voir.
ROSELYW.
Et les palpitations... dont vous vous plaigniez l'autre jour ?
Mad. DE LIMEUIL.
Je sonffre moins.
ROSELTN.
Sont-elles aussi fréquentes qu'hier ?
Mad. DE LIMEUIL.
Cela va mieux... je vous remercie... parlons plutôt (Vautre chose; car je ne puis m^empêcher de penser à ce que vous disiez il y a quelque temps... Quoi, docteur !... A ous croyez que réellement. ,
ROSELYN.
Oui, madame... c'est mon opinion... après cela, je peux me tromper j et si vous voulez que nous ayons une consultation !
Mad. DE LIMEUIL.
Y pensez -vous? m'en préserve le ciel ! et cependant , savez-vous que c'est bien terrible de ne pouvoir se remarier... sans mourir.
ROSELTPî.
Du moins d'ici à quelque temps... et après tout, un veuvage de deux ou trois années est-il donc une chose si lerribie... surtout lorsque l'on est, comme vous^ jeune, aimable et riche ^ entourée d'adorateurs... Il est beaucoup de dames qui feraient par coquetterie, ce que je vous conseille par raison.
Mad. DE LIMEUIL.
Je le sais bien... aussi, ce n'est pas pour moi... mais que répondre aux instances de ma famille, de mes amis.(à paî^t} ce pauvre colonel !
ROSELYN.
Je n'ignore point que de tous les côtés, de nombreux partis se présentent; mais vous êtes maîtresse de votre choix, et rien ne vous oblige à vous ]ix ononcitw {(ivec hésitation) Si vous aimiez quelqu'un, je comprends ce qu'une pareille situation aurait de cruel.... mais votre coeur est tout-u "fait libre... du moins vous me l'avez assuré.
Mad. DE LIMEUIL.
Oui^ monsieur.... (à part)^di\: exemple^ je ne suis pas obligée de dire cela à mon médecin... {haut) il n'en est pas moins vrai que, d'après votre ordonnance, me voilà condamnée au célibat... et n'eût-on aucune idée de mariage, cela seul est capable d'en donner. Cependant^ je ne me soucie point de mourir à vingt ans... mais d'un autre côté, d'ici à trois ans^ sait-on ce qui peut arriver ?... je n'ai qu'à ne plus être jolie... on n'a qu'à ne plus m'aimer.
ROSELTN.
Est-ce possible?
Mad. DE LIMICUIL.
Eb! oui^ mensieur... si l'on s'impatiente 5 si on fait un autre cboix... vous autres doctetirs, vous ne comprenez pas tout cela: vous ne pensez qu'à vos livres et à la science,
ROSELYIf.
Nous , madame ! quelle est votre erreur ! qui peut vous faire croire que nous soyons insensibles? nous, dont le coeur s'ouvre à cbaque instant aux émotions les plus douces et les plus cruelles... et comment, en efîet, ne pas céder à l'intérêt le plus tendre ?. . quand on voit la beauté souffrrinte réclamer nos soins?., et lorsque, grâce à nous, ces yeux languissans ont retrouvé leur éclat... quand ces traits charmans ont repris leur fraîcbeur et leur coloris... on se dit : c'est par moi qu'elle respire... c'est à moi qu'elle doit tant de grâces, et tant d'attraits.... et nouveau Pygmalion^ ou adore son ouvrage.
Mad. DE LIMEUIL, sou/iant,
Eblquoi! vraiment, docteur!...
RAMSAY, en dehors.
Il faut absolument que je lui parle.
Mad. DE LIMEUIL ^ Se le^^ant.
Le colonel !
ROSELYN , de même.
Un colonel !