MADELINE, M. TARDIF
Jls restent quelque temps en face l un de Vautre , et se regardent sans rien dire.
Et Lien!... qu'en dis tn? je Téc'iappe belle... Vois-tu ce que c'est que de se presser ?... Si jamais cela m'arrive maintenant.
MADELINE
Je n'en reviens pas... je n'aurais jamais cru que vous fussiez d'une défaite aussi difficile... et j'en suis restée là ( montrant le papier quelle tient à la main ) avec ma lettre.
M. TAP.DIF.
Qu'est-ce c'est que cela ?
MÀDELINE.
C'est de maadame Ursule qui vient de l'envoyer ; et voyez-vous, mon parrain... je crois maintenant que cellelà valait mieux.
M. TARDIF, tout en décachetant le paquet. Je le crois aussi., au moins ^ elle était douce et aimabla... mais quand je pense à la tromperie qu'elle m'a faiie... si jamais elle m^y ratrappe î... {jetant les jeux sur le papier. ) Ah , mon dieu !
MADELINE
Qu^est-ce donc?
C'est le contrat de mariage qu'elle m'envoie , avec une lettre d'elle ^ signée veuye Ursule.
MADELIIîE.
Là... vous voyez donc bien qu'elle ne voulait pas vous tromper.
M. TARDIF, lisant :
« Monsieur^
» Des raisons d'intérêt et de famille que je vous ferai » connaître , m^avaient engagée à taire un précédent ma- » riage... Il m'eût été doux de vous laisser une erreur qui » semblait vous plaire; mais aux termes où nous en *» sommes, la plus grande franchise doit régner entre » nous; et je vous prie de vouloir bien m' accorder un mo- » ment d'entretien.
Votre servante,
veuve Ursule Pincé. »
J'ai tort , Madeline ; j'ai été injuste envers elle.
MADELINE
Oui , mon parrain... et pour réparer l'injure que vous lui avez faite... si j'étais de vous ^ je lui renverrais le contrat tout signé.
Tu as peut-être raison... allons , me voilà décidé... nous verrons... à y penser... dans quelque temps.
MADELINE
Mais du tout... vous allez encore iarriver au dernier
momenf... et cricl là votre ami Didier va vous parler ponr sa sœur... va vous tourmenter encore.
C'est vrai... Vois dans qr.el embarras je me trouve... Qu'est-ce que tu ferais à ma plare?
MADELIJN'E.
Ait. : Ces postillons.
Je signerais c'contrat de mariage.
Quoi ! sur le champ ?
M A DK LINE.
C'est le meilleur parti.
Dès qu'il saura que l'hymen vous engage, Monsieur Didier verra qu'tout est fini; De ses poursuit's vous serez à l'abri.
[écoulant ) Mais je l'entends ; je tremble qu'il ne sorte ;
M. TARDIF , prenant le contrat et signant. Dépêchons-nous. .. j'ai si peur. . . de sa soeur. . .
M ADELINE
Non, mon parrain ,ce n'est pas lui.
N'importe ,
J'ai signé de frayeur.
M. TARDIF, appelant.
Dubois... {un oniesticjue parait ), tu vas porter ce papier...
DUBOIS, prenant le papier.
Oui, monsieur... ( it Madelijie) Mademoiselle I^Iadeline^ voilà une lettre qui arrive ponr vous.
MADELII^E.
Ail ! c'est de Julien.
M. TARDIF, à Dubois,
Tiens ^ c'est pour madame Ursule notre propriétaire... et va vite de peur que je ne te rappelle. ( D il ois sort ) il n'y a donc plus à s'en dédire... me voilà avec une temnie.
ÎVÎADELIIVE.
Eli bien! mon parrain^ puisque c'est liui^ vous devez être content.
li me semble que non... et ça me fait au contraire un drôle d'effet de me voir marié.
MÂDELIJVE.
C'est singulier... et moi anssi... Enfin, mon parrain, pourvu que ça tourne à bien , et que vous soyez lieureux.
Je l'espère , Madeline... d'autant plus que nous y avons mis le temps... Quoi qu'il ensuit , je n'ai que ma parole... Grâce à toi, me voilà enfin marié... C'est maintenant ton tour, et dès demain... Adieu , mon enfant^ je te laisse lire ta lettre... tu vas épouser Julien... tu vas être heureuse... lu ne penseras plus à moi.
MADELINE
Si, mon parrain, toujours.
Et tu viendras me voir ?
MADELINE
Oui, mon parrain.
Et si ton mari ne voidait pas?
MADELIWE.
C'est égal.
Voila un bon naturel... voilà de rattachement... et puis, je ne Tavais jamais regardée comme cela... ce petit minois agréable... cette petite tournure... cette... ( se reprenant^ Lis ta lettre, mon enfant ^ lis ta lettre... Je vais trouver Didier, pour nous séparer bons amis, et lui faire part de mon mariage... ( soupirant ) Si ma femme venait...
MADELINE
Votre femme î...
M. TARDTF.
Oui... ma propriétaire.
MADELINE
C^est juste... je n'étais pas encore an fait de Faiitre îiom... et j'aurai de la peine à m'y habituer.
Et moi, donc!... Eh bien, si elle vient, tu la recevras. J'aime autant que ce soit toi... Adieu, Madeline.
MADELINE
Adieu , mon parrain.
( M. Tardif sort par le fond.)