‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 131 sur 233 · SÎ.-FI'LIX · texte numérisé non relu

SÎ.-FI'LIX

Seize ans !

VILLEBLANCHE

Oui^ monsieur... elle en avait quinze alors... je l'aimais long-temps avant son mariage j et sans les malheureuses circonstances qiii m'obligèrent à quitîer la France^ jesuisfondé à croire que je l'aurais emporté sur mes nombreux rivaux... mais j'étais loin d'elle, loin de ma patrie^ frappé de proscription... et sa famille désespérant de mon retour, la força d'épouser le jeune Marcilly , mon ancien camarade au régiment;, et de plus^ mou meilleur ami. Certainement quand j'appris cette nouvelle , j'avais là une bien belle occasion de me brûler la cervelle.

st.- FELIX.

Je n'y aurais pas manqué.

VILLEBLANCHE

Eh bien ! moi, monsieur... je ne l'ai pas fait... c'eût été empoisonner son bonheur ; et quand on aime une femme , il ne faut jamais préférer sa propre satisfaction à celle de l'objet aimé... seulement^ j'avais fait vœu de l'oublier, de ne plus la revoir... mais comment y parvenir, lorsque ses bienfaits venaient me chercher sur une terre étrangère ?... lorsque sa tendre amitié ne cessait de s'occuper de celui qui ne pouvait plus prétendre à son amour... Par elle , Tarrêt fatal de proscription fut levé... par elle^ je fus rétabli dans mes biens ^ dans mon grade militaire... la haine même n'aurait pas tenu contre cela... et quand je rentrai en France... quand je vis leur ménage, leur bonheur intérieur... quand je fus reçu par eux comme un ami, un ami., il fallut bien se résigner à ne plus être que cela.

Air: Dis-moij mon uieujc, etc.

Je vis en eux , mes paï ens, ma famille :

Ils me proposèrent tous deux D'être parrain de leur unique fille , Parrain !.,. je dis : c'est bien, faute de mieuXc

Voyant, depuis , cet enfant , leur ouvrage, Croître à mes yeux en attraits , en raison... Je me disais toujours : « ah ! quel dommage » De n'avoir pu lui donner que mon nom ! »

St.-FÉLIX.

Et lorsqu'elle devint veuve? j

VILLEBLA.NCHE.

Je pleurai Marcilly... ah! cela^ da fondcW ceeiir... mais enfin , j^avais aimé sa femme avants et pendant son mariage; il n'y avait rien qui pût m'empecher de l'aimer encore après. Je la voyais toujours plus jolie ^ plus séduisante... je me flattai qu\in jour elle se souviendrait que j'attendais depuis long-temps... et me voilgfau bout de seize ans de patience et de refus , Tadorant plus que jamais; et toujours surnuméraire... Cela vous prouve^ jeune homme , qu'il ne faut désespérer de rien.

St.-FÉLIX.

Qu'elle vous fasse attendre, vous, qui êtes son adorateur, c'est bien... mais moi qui suis celui de sa filie ! quel peut être son motif ?... c'est ce que je ne piiis comprend! e ; aussi, je suis venu ici, décidé à le lui demander.

VILLEBLAKCHE.

Lui demander!... tu le peux; mais ce n'est pas une raison pour le savoir^ parce que, vois-tu, rèi^de géuéraie :

AiFt du F^aud. de la Somnainhide.

L'habitude de se contraindre Chez les femmes vient en naissant; Voilà pourquoi se déguiser et feindre Sera toujours leur premier mouvement.

Aussi, de peur qu'on ne nous prenne en traître, Il faut, mon cher, pour se former Commencer par bien les connaître.

SAINT- FÉJLIX.

J'ai commencé d'abord par les aimer.

VILLEI5LANCHE.

Et moi aussi... Mais on a tort : ce sexe-là a tant d'io-

lO

lîiience sur nous^ que^ pour bien connaître les hommes , il faut d'abord e'tudier les femmes... et c est ce que j'ai fait... Malheureusement cette étude-là est très-longue, et je prévois que je n'aurai pas le temps de commencer lautre... Mais pour en revenir à toi, ce sont les motifs de Mad. de Marcilly qu'il faut tâoher de connaître.

St.-FÉLIX.

Je lui ai écrit... et justement voici Catherine qui m'apporte la réponse.

Page 1