TARDIF, MADELINE
C'est ça;, l'autre n'était que colère, el celle-ci est liyno-
crite.... encore un mariage de manqué.... car je plaiderais^ plut(>t... Madeliiie.
MADELINE
Quoi! mon parrain, vo!is étiez-là ?
Oui, mon enfant, et c'est fini... j'y renonce... je ne suis pas mariable... lly a qiielque cliose en moi qui s'y oppose... tout décidé... j'aime mieux être ruiné... (;a me coûtera moins elier.
MADELINE
Pourquoi donc ca, mon parrain?... il ne faut pas vous décourager.
(^est un parti pris... mais n'importe; ca n'empêche pas ton •iiariage avec Julien... écris lui, ou plutôt qu'est-ce qu'il te disail-là?
Est-ce que j'ai eu le temps de le voir?
{Elle Ut)
» Mademoiselle,
)) L'amour est agréable; mais c'est quand on a quelque » chose en ménage... Votre parrain que je révère, vous a » promis trois mille francs de dot; et c'est bien à lui... » Mais on dit qu'il va se marier, et c'est mal... parce » qu'enfin, après hai^ il nous en serait revenu... du moins 5) j'y comptais... Il faut alors^ si son mariage a lieu , qu'il « double la dot, ou qu'il assure quelque chose... sans cela, j) il ne faut plus penser entre nous , mademoiselle y a une » alliance a ve^ laquelle j'ai riionneur d'être ^
Claude Julien, commis aux octrois.
Eh bien, par exemple... je ne lui aurais jamais cru de pareils sentimens.
Ecoute donc, c'est assez jnste... Ce garçon pense à sa fortune, et h son avenir... et puisqu'il lui faut six mille francs... que je me marie, ou non... tu les auras, Madeiine^ je te les donnerai...
MADELINE
Et moi ^ je n'en veux pas... je ne veux pas d'un ul mari... c'est donc pour voire argent qu'il m'épons'.it... et il comptait sur votre héritage... ah bien oui... {déchirant le papier), je le prends au mot, et je dis comme vous : « Plus de mariage... tout est fini. »
Comment, est-ce que tu ne l'aimais pas ?
MADELIWE.
Moi!... ça ne m'est jamais \ ena à ride'e.., je me mariais... parce qu'on dit qu'il faut se marier; mais après une conduite comme celle-là, j'aimerais mieux rester fille touie jna vie, que d'épouser M. Julien.
M. TARDIF , ai^ec joie.
Il serait vrai!... {se reprenant) Disdonc, Madeline... c'est singulier, nous voilà tous deux dans la même position.
MADELINE , qiii s'cst assisc , et qui a pris son owrage. Comment cela?
TARDIF , s'appujant sur le dos de sa chaise^ Nous sommes tous deux à marier.
MADELINE
Oui , mon parrain.
Tu attends un mari... et je cherche une femme.
MADELINE
C'est vrai.
M. TARDIF , d'un air d'embarras.
Eh bien... il me semble que sans nous donner tant de peine... et sans aller bien loin, nous pouvons trouver tous les deux ce qui nous manque.
MADELINE ^ d'un air étonnée Comment, mon parrain! qu'est-ce que vous voulez dire ?
Air : Elle fut heureuse au village.
Oui , tout-à-l'heure j'éc outais Ce plan , et si doux, et si sage , Qu'à ma femme tu prescrivais Pour le bonheur de mon ménage.
Mais pour bien l'observer en tout , Cela demande un soin extrême. . . .
Tu n'en viendras jamais à bout, Si tu ne t'en charges toi-même.
MADELipjE, as^ec joie ^ et jetant son oui^rage. O ciel! moi ! votre femme!... ça n'est pas possible!...
Si^ Madeline... c'est un service à me rendre... je ne trouverai jamais mieux que toi... et si tu m'aimes...
MADELINE
Moi, mon parrain ! je n'ai jamais aimé que vous. M. TARDIF, lui baisant la main.
Dieu, quel bonheur! eh bien ! Madeline , moi aussi... et c'est d'aujourd'hui que je m'en suis aperçu ... mais tu le sais bien, je suis toujours en retard.