SCENE II
ALFRED endormi, DUPRÉ.
{Dupré entrOy et s'arrête pour écouter Alfred,^ alfbed.
Oui, je veux les fuir tontes... allons, Germain, les chevanx sont-ils prêts? partons... {il se retourne erse rendort. )
DUPRÉ, Ze regardant.
C est celai partons!... pauvre jeune homme !... il faut qu'il ait éprouvé quelque ^rand chagrin... Depuis trois jours qu^il loge dans mon hôtel... il ne cesse de répéter : « la perfide 1 l'ingrate! partons! partons! » heureusement pour moi qu'il n'en fait rien... car il dépense beaucoup^ mange peu et paie Lien.
ALFRED > s'é^eillant et toujours assis.
Hein?... ah ! ah ! c'est toi, Dupré !
Oui , monsieur.
Alfred.
Quelle heure esl-il ?
DU PRÉ,
Le soleil va bientôt se coucher, vous pouvez vous le-^ ver sans inconvénient.
ALFRED, étendant les bras.
C'est vrai.., je suis rentré de si bonne heure... neuf heures du matin, tout au plus... ce diable d'éçarté m'a encore mis à sec...
DUPRÉ
Encore ! mais comment vous, monsieur Alfred de Murville , un jeune homme d'une si belle espérance , donner dans la passion du jeu...
Air du P^aude^ille de Fanchon.
Consumer sa jeunesse, La nuit, perdre sans cesse Argent, santé A l'écarté !
Si le jeu vous excite.
Monsieur , à la Bourse allez donc !
Cela va bien plus vite, Et c'est de meilleur ton.
ALFRED
Parce que je ne bouge pas de récarié, tu t'imagines peut* .être que je 1 aime? du toul, mon cher, je le déieste*, je
joue comme ça par distraction ; pour avoir une contenance, et surtout pour me dispenser d'adresser la parole aux femmes... parce que les femmes, vois-tu... est*ce qae je ne t'ai pas conté ce chapitre de mes douleurs?..
DUPRÉ
Je ne me serais pas permis... ce sont des peines secrètes...
ALFBED.
Que je dis à tout le monde... Ah!., ça ne peut que me faire honneur... donne- moi mon habit... { il quitte sa redingoite du matin, La donne à Dupré ^ qui la pose sur un fauteuil j parce qu'il n'y a pas de mari qui se serait conduit à ma place avec autant de sagesse L
DUPRÉ, surpris et V aidant à sliahiller.
Vous êtes marié , Monsieur?..
ALFRED
A peil près.
DUPRÉ
Comment, h peu près?
ALFRED
Oui, c'est si original !.. figure-îoi qu'il n'y a eu dans mon mariage que le conirat de signé... de manière que je ne suis tout au plus qu'un mari surnuméraire !
DUPRÉ
Quoi, vous vous êtes séparés?
ALFRED
Avant la célébration... j'eus la certitude que l'on me trompait.
DUPRÉ
Le jour même des noces !
Je croyais avoir un peu plus de temps devant moi , niais avec les femmes!.. Si tu l'avais vue^ la plus jolie petite veuve... Une physionomie céleste... un monstre dont
fétHis (ou ; je croyais à son amour, notre mariage allait èc célébrer^ lorsqu^il nous arrive un maudit cousin.
DUPRÉ
Les cousins! ah! Monsieur! ne m'en parlez pas!
ALFRED , passant une manche de son habit»
jX'es-ce pas? c'est le fléau des maris ?...
DUPRÉ^ soupirant.
Je sais ce que c'est... ma défunte en avait un issudegerhiainsî...
ALFRED , lui serrant la main.
Mon pauvre ami!., je t'entends, tu peux t'épargner le reste... Enfin, mon cher, je remarquai entre ma fenime et lui des signes d'intelligence... on ne me voyait plus qu'avec un air contraint, en un mot, je jouissais déjà des prérogatives d'époux dans toute leur plénitude... Mais ce qui me porta le dernier coup... c'est que le matin même du jour fixé pour mon bonheur... comme on venait de signer le contrat... je vois le cousin s'échapper du salon... ma femrùe était sortie du côté opposé quelques minutes avant... il était clair que c'était pour se rencontrer, un rendez-vous d'adieux !.. je m'élance sur les traces du jeune homme ; au moment où je le perds de vue, dans les allées du parc, j'aperçois un petit porte-feuille qui était tombé de sa poche... Je l'ouvre, il renfermait le portrait de la perfide...
Son portrait!..
ALFRED , montrant le secrétaire.
Il est là... oh! je l'ai toujours gardé pour nourrir mon ressentiment et Taccabler de temps en temps des noms les plus odieux; çà me met en colère, ça me rafraîchit le sang!., uri portrait qu^elle n'aurait du accorder qu^à moi seul ! tu penses bien que je ne me donnai que le temps de faire seller un cheval , d'écrire un mot à la parjure, et je m'éloignai pour jamais!.. Mon chapeau...
DUPÎiÉ, te lui donnante
Saas demander d'explication ?
ALFRED
Le silence et le mépris, c*est plus fier..,, seulement si j'avais rencontré le cousin, nous nous serîousbmlé la cervelle , c'était dans l'ordre ; mais imposible de le joindre: j'avais d'abord llntention d'aller verser mes peines dans le sein d'un bon oncle que j'ai aux environs de Grenoble; mais ce pauvre vieillard, la vue de mon désespoir laurait tué, j'ai mieux aimé garder mon chagrin pour moi seul; et venir m'amusera Paris!.. Ah! çà, Dupré, je m'en vais dîner au café Anglais avec deux ou trois amis... de là... à la pièce nouvelle, de là... Tu m'attendras, demain matin...
DUPRÉ
Comme a l'ordinaire...
ALFREÏ>.
Oui , oui , tu sais que je ne me dérange jamais... ab ! à propos , tu m'as dit que tu ferais escompter ces billets que je t'ai remis.
DUPRÉ
Oui... j'ai un ami demi-maron qui fait la renie et le papier comme un petit ange.
ALFRED
Eh bien ! qu'il me procure cela lë plutôt possible.
DUPRÉ
Air : Cet arbre apporté de Proi^cnca,
Soit... je veux bien arranger l'affaire j 3Iais du jeu n'ayez plus la fureur , Car une seule carte contraire Suffît pour maigrir un joueur....
De nous pour que le chagrin s'écarte ^ Pour nourrir l'embonpoint , la fraîcheur ^ Monsieur , parlez- moi d'une carte Comme celle du restaurateur.
ALFRED
Oui, tu aimerais mieux que je dépensasse tout chez toi... hein ! tu aimes l'argent.
Ah ! monsieur ! je n'y songe jamais^ à l'argent. ( Tirant LUI papier.) Voici la petite note du dîner d'hier.
ALFiiED j la prenant et s' essuyant les jeux. C'est bien... demain... dans ce moment-ci mes larmes ni empêcheraient de voirie total; j'ai beau faire... je crains de Taimer encore... ah! quelle existence... adieu , Dupré !
sort en fredonnant. ) Pourquoi pleurer > pourquoi pleurer ?